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Full text of "Palestine: Description géographique, historique, et archéologique"

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in 2013 



http://archive.org/details/palestinedescrOOmunk 



L'UNIVERS. 

HISTOIRE ET DESCRIPTION 

DE TOUS LES PEUPLES. 



PALESTINE. 



PARIS, 
TYPOGRAPHIE DE FIRMIN-DIDOT ET C IE , 

RUE JACOB, 56. 



PALESTINE. 



DESCRIPTION 

GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE 

ET ARCHÉOLOGIQUE, 

PAR S. MUNK, 

EMPLOYÉ AU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 




PARIS 



LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET C ,E , 

IMPRIMEURS DE L'iNSTITUT DE FRANCE, 
RUE JACOB, 56. 



M DCCC LXXXI. 



LIBRAIRIE 
LIPSCHUTZ 

28Fue Lamartine 

.— PARIS — 



'< MAY 2 i 1968 . 

K OF ^' 



L'UNIVERS, 



OC 



HISTOIRE ET DESCRIPTION 



DE TOUS LES PEUPLES, 

DE LEURS RELIGIONS, MŒURS, COUTUMES, etc. 



PALESTINE, 



PAR M. S. MUNK, 



Le nom seul de Palestine fait naître 
en nous les sentiments les plus élevés 
et les plus divers. Il n'est aucun pays, 
quelque peu important qu'il soit par 
lui-même, auquel se rattachent d'aussi 
grands souvenirs. Dès notre première 
jeunesse, notre imagination, nourrie 
des traditions sacrées des Hébreux, 
aime à se transporter sur ces hauteurs 
où jadis dans chaque écho les âmes 
pieuses entendirent la voix de Dieu, 
où chaque pierre est un symbole de 
la révélation divine , chaque ruine un 
monument de la colère céleste. Le flam- 
beau sacré qui éclairait le sanctuaire 
de Sion a répandu ses clartés sur les 
peuples de la terre ; Jérusalem fut la 
première chaire des apôtres , et c'est 
dans la religion de Moïse, dans celle 
de Jésus, que Mahomet vint chercher 
ses inspirations. Les sectateurs des 
trois religions se tournent vers ces 
ruines de deux mille ans avec des sen- 
timents de vénération ; tous y cher- 
chent des consolations, les uns par 
les souvenirs, les autres par l'espé- 
rance ; le Turc qui écrase sous son 
joug les faibles restes des anciens do- 
I" Livraison. (Palestine.) 



minateurs, le Bédouin qui établit sa 
tente dans les pleines désertes , jadis 
bénies du ciel , foulent avec un pieux 
respect les tombeaux des prophètes. 
Ceux-là même dont les croyances se 
sont effacées devant l'esprit sceptique 
du siècle aiment encore à chercher 
dans la Palestine des impressions poé- 
tiques ; ils rendent une justice histo- 
rique aux grands événements dont ce 
pays a été le théâtre et aiment à s'y 
arrêter comme à des souvenirs d'en- 
fance. La description de ce pays, l'his- 
toire abrégée de tout ce qui s'y est passé 
sont donc d'un intérêt palpitant pour 
nous tous; mais comme nous n'écri- 
vons point dans un but poétique et 
religieux, comme nous n'avons en vue 
que l'instruction historique, nous de- 
vrons nous défendre autant que pos- 
sible de toute impression qui nous se- 
rait personnelle, pour présenter au 
lecteur une peinture fidèle de ce pays 
mémorable, un résumé succinct de 
l'histoire de ses premiers habitants et 
unehistoire plus développée du peuple 
hébreu, qui y a accompli la grande 
mission que la Providence lui avait 



L'UNIVERS. 



confiée. Nous résumerons ensuite les 
événements , qui, depuis la dispersion 
des Juifs, se sont passés en Palestine, 
et nous suivrons aussi les débris de ce 
peuple parmi les nations au milieu 
desquelles ils ont conservé jusqu'à nos 
jours leur culte antique. Les matériaux 
que nous avons à notre disposition 
sont extrêmement nombreux; mais au 
lieu de faciliter le travail , l'abondance 
des sources peut devenir pour l'écri- 
vain un écueil dangereux. Nous de- 
vons puiser dans les écrits d'un grand 
nombre d'historiens et de voyageurs 
anciens ou modernes , dominés sou- 
vent par certaines préoccupations et 
qui ne voyaient pas toujours les choses 
sous leur vrai jour. Ce n'est que par 
le moyen d'une critique impartiale que 
nous pouvons arriver à la vérité; se- 
lon nous, la Bible elle-même, source 
principale de notre travail et où l'idée 
divine s'est incarnée dans la parole 
humaine, ne saurait, comme œuvre 
des hommes , échapper entièrement à 
la critique humaine. Simple historien, 
nous traiterons l'histoire des Hébreux, 
leurs institutions, leur religion et leurs 
monuments littéraires sous un point 
de vue purement rationnel. Notre rôle 
ne sera ni celui du théologien qui ne 
voit que le dogme, ni celui du scepti- 
que philosophe, pour lequel le doute 
lui-même est un dogme non moins 
étroit. Notre but sera de rechercher la 
vérité historique, l'enchaînement na- 
turel des faits, sans nous préoccuper 
des conséquences qui peuvent en ré- 
sulter, soit pour le théologien ou pour 
le philosophe. Selon nous , l'idée di- 
vine, déposée dans la Bible, les sen- 
timents grands et généreux que respi- 
rent les paroles des prophètes, sont 
placés hors des atteintes de la critique, 
ert'examen des faits ne saurait jamais 
nuire au vrai sentiment religieux. 

Quoique nous ayons particulière- 
ment en vue les gens du monde , et 
que nous ne soyons pas appelé à faire 
un livre d'érudition, notre travail, 
par cela même que les sujets qu'il ren- 
ferme ont été traités tant de fois et 
sous tant de faces différentes, a néces- 
sité des lectures très-variées et des 



recherches consciencieuses. Nous pré. 
senterons les résultats de tout ce qui 
a été dit avant nous, sans pourtant 
nous effacer nous-même. Nous espé- 
rons, au contraire, soumettre au 
lecteur un travail neuf, tant par le ca- 
dre que nous nous sommes tracé que 
par la manière dont nous tâcherons 
de le remplir. Tout en évitant le pé- 
dantisme de l'érudition, nous sommes 
jaloux de mériter l'approbation des 
érudits. 



LIVRE PREMIER 



ÉTAT PHYSIQUE ET TOPOGRAPHIE DE 
LA PALESTINE. 



CHAPITRE PREMIER. 

La Palestine, ses noms, sa position, se» 
limites. 

Sous\e nom âe Palestine, nous com- 
prenons le petit pays habité autrefois 
par les Israélites , et qui aujourd'hui 
fait partie des pachalics d'Acre et de 
Damas. Il s'étendait entre le 31 et 33 e 
degré latitude N. et entre le 32 et 35 e 
degré longitude E., sur une superficie 
d'environ 1300 lieues carrées. Quel- 
ques écrivains jaloux de donner au 
pays des Hébreux une certaine im- 
portance politique, ont exagéré l'é- 
tendue de la Palestine; mais nous 
avons pour nous une autorité que 
l'on ne saurait récuser. Saint Jérôme, 
qui avait longtemps voyagé dans 
cette contrée, dit dans sa lettre à 
Dardanus (ep. 129) que de la limite 
du nord jusqu'à celle du midi il n'y 
avait qu'une distance' de 160 milles 
romains, ce qui fait environ 55 lieues. 
Il rend cet hommage à la vérité bien 
qu'il craigne, comme il ledit lui-même, 
de livrer par là la terre promise aux 
sarcasmes des païens r . 

Quant au nom de Palestine, qui 
nous a été transmis par les auteurs 

* Pudet dicere latitudinem ierrœ repm- 
missionis, ne ethnicis occasionem blasphe* 
mandi dédisse videamur. 



PALESTINE, 



<grecs, et dont se servaient aussi Jo- 
sèpheet Philon, il dérive du nom hé- 
breu Pdéscheth. II ne désignait que 
la partie sud-ouest du pays , habitée 
par les Philistins et qui forme encore 
aujourd'hui la Palestine proprement 
dite. Le plus ancien nom du pays que 
nous trouvions chez les auteurs hé- 
breux est celui de Canaan. Ce nom 
cependant ne désignait que la partie 
située entre le Jourdain et la Médi- 
terranée, mais il comprenait aussi la 
Phénicie et le pays des Philistins. II 
dérive de Canaan, fils deCham, au- 
quel les anciens habitants du pays fai- 
saient remonter leur généalogie. On 
trouve ce nom sur les monnaies phé- 
niciennes, et saint Augustin rapporte 
qu'il était usité encore de son temps 
en Afrique parmi les paysans des en- 
virons de Carthage qui s'appelaient 
eux-mêmes Canani , comme descen- 
dants des Phéniciens. Depuis l'entrée 
des Hébreux, la Palestine est désignée 
sous plusieurs autres dénominations , 
telles que terre des Hébreux, terre 
d'Israël. Après l'exil de Babylone, 
elle fut appelée terre de Juda, d'où 
vient le nom de Judée , dont se servent 
les auteurs romains. Le prophète Za- 
charie l'appelle (erre sainte, nom qui 
est en faveur auprès des juifs moder- 
nes et des chrétiens. Le nom de terre 
promise appartient au Nouveau Tes- 
tament ; on le trouve dans l'ivre aux 
Hébreux (ch. 11, v. 9). 

Il est difficile de bien fixer les limi- 
tes de la Palestine, qui varièrent beau- 
coup à différentes époques et sur les- 
quelles nous ne trouvons pas toujours 
des données bien précises. Selon la 
Genèse (ch. 10, v< 19), l'ancienne terre 
de Canaan s'étendait sur la côte de la 
Méditerranée depuis Sidon jusqu'à 
Gaza; de là la limite méridionale tour- 
nait vers l'ancien enplacement de So- 
domeetGomorrheou vers la merMorte, 
et s'avançait à l'est jusqu'à Lasa, qui, 
selon saint Jérôme, est Callirrhoë au 
sud-est de la mer Morte. L'auteur de 
la Genèse ne nous dit pas jusqu'où 
s'étendait la limite septentrionale à 
partir de Sidon vers l'est. Quant à la 
limite orientale, elle était formée très- 



probablement par le Jourdain, de sorte 
que nous ne sommes dans l'incertitude 
que sur l'intervalle qui se trouve entre 
les sources de cette rivière et la ville 
de Sidon. Mais les limites de la terre 
d'Israël ne sont pas les mêmes que 
celles de l'ancienne Canaan. A l'est les 
possessions des Hébreux s'étendirent 
bien loin au delà du Jourdain; les li- 
mites du pays en deçà du Jourdain 
n'ont jamais été en réalité celles que 
Moïse avait assignées aux Hébreux 
(Nombres, ch. 34, v. 2-12). Les con- 
quêtes de David et de Salomon , au 
delà des limites de Canaan, ne doivent 
point nous occuper ici, et pour ne pas 
nous perdre dans des conjectures ha- 
sardées , nous nous en tiendrons à quel- 
que passages de la Bible cjui nous pa- 
raissent contenir les données les moins 
douteuses et les moins vagues sur les 
limites de la terre d'Israël. Voici ce 
qui résulte de plus certain de la com- 
binaison de ces passages : A l'orient, 
au delà du Jourdain , le pays des Hé- 
breux s'étendit jusque dans le désert, 
vers l'Euphrate, sans que les limites 
fussent bien Axées (sous Salomon, qui 
bâtit Tadmor (Palmyre), la ville de 
Thapsacus, sur l'Euphrate, est le point 
extrême du royaume vers le N. E.). 
Au nord il aboutit au territoire de Da- 
mas, à l'Antiliban et au territoire de 
Tyr. La limite occidentale est la Mé- 
diterranée jusqu'à l'embouchure du 
torrent d'Egypte (maintenant ÏVadi- 
el-arisch), bien que plusieurs villes 
aient été longtemps occupées par les 
Phéniciens au nord et par les Philistins 
au midi. La limite du midi partantd'El- 
arîsch se dirige vers la pointe méri- 
dionale de la mer Morte(Jos M ch. 15, 
v. 2) ; mais à l'est de cette mer et du 
Jourdain , les possessions des Hébreux 
ne dépassaient pas vers le midi le tor- 
rent d'Arnon (maintenant IVadi- 
moudjeb) qui les séparait du pays dea 
Moabites. 



L'UNIVERS. 



GHAPITRE II. 

CÉOGRA.PHIE PHYSIQUE. 

Aspect du sol. — Montagnes. — Plaines. — 
Eaux. — Climat. — Phénomènes. — Fer- 
tilité. 

Dans le Deutéronome (ch. 11, v. 
10 et 11) , Moïse s'exprime ainsi à l'é- 
gard de la Palestine : « Le pays où 
« tu vas entrer, pour en prendre pos- 
« session , n'est pas comme la terre 
« d'Egypte d'où vous êtes sortis, et 
« où tu jetais la semence et l'arrosais 
« avec ton pied (par des machines) 
« comme un jardin potager. Mais le 
« pays dans lequel vous passez pour 
« en prendre possession est un pays 
« de montagnes et de vallées, qui 
« s'abreuve d'eau par la pluie du ciel. » 
Dans d'autres passages de la Bible 
la Palestine est souvent caractérisée 
comme pays de montagnes , de là les 
expressions de monter et descendre, 
si souvent employées dans la Bible 
pour dire : entrer en Palestine ou en 
sortir. A l'est et à l'ouest du Jourdain 
deux chaînes de montagnes, partant 
du Liban , traversent le pays du nord 
au midi, pour aboutir aux montagnes 
de Horeb et de Sinaï. Ces montagnes 
et les différentes branches qui s'en 
détachent sont coupées çà et là par 
des plaines et des vallons. Entre les 
deux chaînes se trouve la grande val- 
lée que parcourt le Jourdain. Moins 
hautes vers le nord , les montagnes , 
couvertes d'arbres et de verdure, ont 
un aspect plus riant; vers le midi, 
dans la Judée proprement dite, et 
surtout vers la mer Morte, elles sont 
stériles et les plaines elles-mêmes dé- 
sertes et incultes. Sous le rapport géo- 
logique, la Palestine appartient à la 
grande formation du calcaire alpin. 
En comparant ce qui a été précédem- 
ment écrit sur le sol de la Palestine 
et sur ses montagnes avec ce qu'ont 
dit les voyageurs modernes qui ont 
visité les contrées voisines 1 , on est 
amené à conclure que les montagnes 
sont formées de roches calcaires et 

1 Surtout M. Ainsworth. Voy. Bulletin de 
la société géolog. de France, t. IX, p. 348. 



crétacées, entrecoupées d'éruption» 
basaltiques, qui prédominent au 
nord-est; et que le voisinage du lac 
Asphaltite a été tourmenté par des 
phénomènes volcaniques. Au sud-ouest 
le pays est presque entièrement plat , 
et quoiqu'il manque d'eau en été, le 
sol est pourtant noir et gras. 

Au nord nous remarquons d'abord 
les célèbres montagnes du Liban. Leur 
nom hébreu Lebanôn signifie mont 
blanc; les neiges qui couvrent la par- 
tie orientale du Liban lui ont donné 
ce nom. Sur sa tête, disent les poètes 
arabes, il porte l'hiver, sur ses épau- 
les le printemps, dans son sein l'au- 
tomne, et l'été sommeille à ses pieds. 
Le Liban, qui sépare le pays de Canaan 
de la Syrie, se compose de deux chaî- 
nes de montagnes : le Liban propre* 
ment dit et l'Antiliban. Dans la Bible 
cependant on ne trouve qu'un seul 
nom pour les deux chaînes *. Elles 
sont séparées par une grande vallée 
appelée par les anciens auteurs profa- 
nes Cœlésyrie et dans la Bible vallée 
du Liban, maintenant en arabe Bou- 
qha (la vallée). Nous n'avons ici à 
nous occuper que de l'Antiliban qui 
seul, par ses branches méridionales r 
pénétrait dans le pays des Hébreux. 
L'une de ces branches, à l'est des 
sources du Jourdain, est souvent men- 
tionnée dans la Bible sous le nom de 
Hermon. Aujourd'hui la montagne 
du Hermon s'appelle Djebel-eU 
schéïkh; au sud-est Djebel Héisch. 
Selon Burkhardt, cette montagne 
forme le sommet le plus élevé du Li- 
ban ; ses neiges éternelles lui ont faif 
donner par les Arabes le nom de Dje* 
bel-el-theldj (montagne de neige). En 
deçà du Jourdain une autre branche de 
l'Antiliban s'étend au sud-ouest; c'est 
la montagne deNaphtali (Jos., ch. 20, 
v. 7), aujourd'hui appelée Djebel sa- 
fed. Si maintenant nous restons placés 
à l'ouest du fleuve, nous trouvons au 
sud-ouest la mont Carmel qui forme 
dans la Méditerranée un promontoire , 

1 Dans le cantique (ch. 7, v. 5) on trouve 
cette image poétique : la tour du Liban 
qui regarde vers Damas; il ne peut ici être 
question que de l'Antiliban. 



PALESTINE. 



au-dessous de Saint- Jean d'Acre. C'est 
un pic écrasé et rocailleux d'environ 
350 toises d'élévation (Volney). Son 
nom signifie plantation (de vignes, 
d'arbres); en effet le Carmel , ainsi 
que ses environs , sont couverts d'ar- 
brsset de verdure : sur le sommet on 
«oit des pins et des chênes, plus bas 
des oliviers et des lauriers. Aussi le 
Carmel est souvent dans la Bible l'em- 
blème de la fertilité , opposé au désert : 
Au désert sera donnée la beauté du 
Carmel et de la plaine de Saron, dit 
ïsaïe dans une de ses visions prophé- 
tiques; et Amos, le berger de Thé- 
coa, dit : Les pâturages des bergers 
sont en deuil, et la tête du Carmel 
se dessèche. Cette montagne a beau- 
coup de cavernes; l'on y montre en- 
core celle qu'habitait, selon la tradi- 
tion , le prophète Elie. Le couvent de 
saint Elie, que les Carmélites bâti- 
rent sur la montagne , en l'année 1 180, 
fut détruit par les Turcs en 1799, 
après avoir été transformé par les 
Français en un hôpital pour les pes- 
tiférés. 

Au sud-est du Carmel , à une dis- 
tance de six à sept lieues , nous trou- 
vons le mont Thabor, appelé par les 
Grecs Ittabyrion, et par les Arabes 
de nos jours Djebel Tour 1 . C'est un 
cône tronqué entièrement isolé. In 
omni parte fmitur œqualiter, dit 
saint Jérôme. Ses pentes t,ont cou- 
vertes de buissons, de chênes et de pis- 
tachiers sauvages. Sur le sommet , qui 
forme un plateau ovale d'une demi- 
lieue de circuit, on voit les ruines 
d'un fort, et sur les bords est un mur 
épais où se trouve à l'occident une 
porte voûtée. Cette montagne est 
célèbre dans les traditions sacrées 
des juifs et des chrétiens. C'est là 
que Barak, sur l'ordre de Débora, 
rassembla son armée , pour combattre 
contre Sisera , et , selon saint Jérôme , 
c'est au Thabor qu'eut lieu la trans- 
figuration de Jésus Entre le Tha- 
bor et Safed, se trouve une colline 
oblongue, ayant deux pointes aux 

■ M. Schubert, botaniste bavarois qui tout 
récemment a visité la Palestine , donne au 
Thabor une hauteur de 1747 pieds de Paris. 



deux extrémités ; de là son nom de Ko* 
roun-hotteïn (les cornes de Hotteïn ) ». 
Les chrétiens l'appellent montagne 
des béatitudes; car, selon la tradi- 
tion, ce fut là que Jésus prononça 
son discours appelé le sermon sur "la 
montagne. 

Au midi du Thabor, après avoir 
traversé la plaine d'Esdrélon, on voit 
s'élever une chaîne de montagnes , 
qui s'étend jusqu'au désert ÏÏEl-Tyh. 
La partie du nord s'appelle dans la 
Bible la montagne d'Éphraïm, celle 
du sud la montagne de Juda ; elles ne 
sont point séparées par une limite 
naturelle, et se terminent à l'occident 
en une plaine qui aboutit à la mer; 
leur pente orientale forme la côte 
pierreuse à l'ouest de la plaine du 
Jourdain et de la mer Morte. 

Josèphe présente la montagne d'É- 
phraïm comme riche en sources, en 
vignes et en arbres fruitiers. Là 
nous trouvons les monts Ébal et Ga- 
rizim,l'un au nord de la plaine de 
Sichem , nu et escarpé , l'autre au 
midi, couvert de jardins, qui s'élèvent 
en forme de terrasses. 11 est parlé des 
monts Ébal et Garizim dans la loi de 
Moïse. Les tribus israélites après avoir 
pris possession du pays de Canaan 
devaient bâtir un autel sur l'Ébal et 
y célébrer un sacrifice solennel. En- 
suite six tribus devaient se placer sur 
cette montagne pour prononcer la 
malédiction contre ceux qui n'obser- 
veraient pas la loi ; les six autres tri- 
bus sur le Garizim pour prononcer 
la bénédiction sur ceux qui suivraient 
la loi. Josué en effet fit exécuter cet 
ordre de Moïse ( v. Deutéron., ch. 27, 
et Jos., ch. 8, v. 30-35). Les Samari- 
tains , qui , sous Alexandre le Grand , 
bâtirent un temple sur le Garizim , 
substituèrent dans le Deutéronome 
le nom de cette montagne à celui 
d'Ébal , afin de désigner le lieu de 
leur sanctuaire comme celui où jadis 
s'était conclue l'alliance solennelle. 
Encore aujourd'hui les Samaritains 

1 Hottéïn est le nom d'un village qui se 
trouve au pied de la colline; c'est laque 
Saladin battit les Francs, le 4 juillet H87,. 
dans la célèbre bataille où Guy de Lusigoan, 
roi de Jérusalem, fut fait prisonnier. 



L'UNIVERS. 



de Nablous se tournent en priant 
vers la montagne de Garizim. Au 
nord-est la montagne d'Éphraïm se 
termine par le Gelboa, maintenant 
Djebel Djilbo } célèbre par un combat 
entre les Israélites et les Philistins 
où Saùl et ses enfants perdirent la vie. 
Au nord-ouest elle se lie au Carmel 
dont nous avons déjà parlé. 

La montagne de Juda s'étend jus- 
qu'à la limite méridionale de la Pales- 
tine; elle portait avant la conquête 
des Hébreux le nom de montagne des 
Amorites. A l'est elle est limitée en 
partie par la mer Morte. Là nous 
trouvons les célèbres hauteurs de Jé- 
rusalem , les monts Sion et Moria et 
la montagne des Oliviers. Sur cette 
dernière on ne trouve maintenant 
qu'un petit nombre d'oliviers; mais 
on y voit des vignes, des citronniers, 
des amandiers et des figuiers. — Au 
nord-est de Jérusalem jusqu'à Jéri- 
cho, on ne trouve que des montagnes 
pierreuses et des vallées stériles. La 
plus remarquable de ces montagnes 
est celle qu'on appelle Quarantania , 
située au nord de la plaine de Jéricho. 
Elle tire son nom du jeûne de quarante 
jours observé par Jésus , et les tradi- 
tions placent ici la scène de la tenta- 
tion. — Au midi de Jérusalem les 
montagnes sont également stériles; 
ce n'est qu'aux environs de Bethléem 
qu'on trouve quelques collines plan- 
tées de vignes et d'oliviers. Dans ces 
environs Seezen trouva un mont Car- 
mel qu'il ne faut pas confondre avec 
la célèbre montagne du même nom , 
mais qui est très-probablement le 
Carmel mentionné dans le premier 
livre de Samuel (ch. 15, v. 12, et ch. 
25, v. 5). 

Si maintenant nous retournons au 
Hermon pour suivre la chaîne des 
montagnes qui s'étend du nord au 
sud , à l'est du Jourdain , entre les ri- 
vières d'Hieromax (Scheriat-man- 
dhour) et d' Arnon (Wadi-moudjeb), 
nous trouvons les montagnes de Ba- 
san et de Gilead ( maintenant Djebel 
Djelaàd). Ces montagnes s'étendent 
au delà du Wadi Zerka (le Yabboc 
de la Bible) jusqu'à Rabbath Ammon. 



En avançant vers le sud, s'élèvent les 
montagnes tfAbarim, qui s'étendent 
jusque dans le territoire des Moabi- 
tes. Ici on remarque, comme le point 
le plus élevé , le Djebel Attarous qui 
est très-probablement le Nebo ou Pis- 
gah sur lequel monta Moïse avant sa 
mort, pour voir le pays que les Hé- 
breux allaient conquérir. 

Les deux chaînes de montagnes, à 
l'est et à l'ouest du Jourdain, se conti- 
nuent au midi de la mer Morte et vont 
se joindre aux montagnes de Seïr 
(maintenant Djebâl) qui se prolon- 
gent jusqu'au golfe élanitique. 

Dans toutes ces montagnes, l'on 
trouve un grand nombre de grottes 
et de cavernes , qui dans les temps 
anciens étaient habitées par les peu- 
plades encore sauvages et qui plus 
tard servaient souvent de lieux de sé- 
pulture. Le nombre prodigieux de ca- 
vernes que l'on trouve en Palestine 
s'explique naturellement par le carac- 
tère des montagnes. Les cavernes ne 
manquent jamais dans les formations 
du calcaire alpin et jurassique. 

La plaine la plus importante de la 
Palestine est celle du Jourdain. Dans 
la Bible elle est appelée , par excel- 
lence, Ha-arabah (la plaine) ; mainte- 
nant on l'appelle El-Ghôr. Elle s'é- 
tend entre les deux chaînes de mon- 
tagnes depuis le lac de Tibériade 
jusqu'à la mer Morte, où elle a près 
de deux lieues de largeur. Cette partie 
est appelée dans la Bible plaine de Jé- 
richo. Elle sert de pâturage aux trou- 
peaux des Bédouins, mais elle est peu 
cultivée maintenant. Voici comment 
M. de Chateaubriand décrit la plaine 
du Jourdain : « La vallée comprise 
« entre les deux chaînes de montagnes 
« offre un sol semblable au fond d'une 
« mer depuis longtemps retirée : des 
« plages de sel , une vase desséchée , 
« des sables mouvants et comme sil~ 
« lonnés par les flots. Çà et là des 
« arbustes chétifs croissent pénibie- 
« ment sur cette terre privée de vie ; 
« leurs feuilles sont couvertes du sel 
« qui les a nourries, et leur écorce a 
« le goût et l'odeur de la fumée. Au 
« lieu de villages on aperçoit les rus* 



PALESTINE, 



« nés de quelques tours. Au milieu de 
« la vallée passe un fleuve décoloré ; 
« il se traîne à regret vers le lac em- 
« pesté qui l'engloutit. On ne distin- 
« gue son cours au milieu de l'arène 
« que par les saules et les roseaux qui 
« le bordent : l'Arabe se cache dans 
« ces roseaux pour attaquer le voya- 
« geur et dépouiller le pèlerin. » 

La Bible mentionne beaucoup d'au- 
tres plaines, dont nous nous conten- 
tons de nommer ici les plus célèbres. 
La plaine de Yesrecl ou EsdrUon 
(maintenant Merdj Ibn-Amer), au 
sud du Thabor, a environ huit lieues 
de long sur quatre lieues de large. Ce 
n'est pas une plaine dans le sens pro- 
pre du mot ; elle consiste , dit un voya- 
geur moderne (Buckingham, p. 552), 
en une série d'élévations et de dépres- 
sions dont quelques-unes sont fort 
considérables. Maintenant elle est 
fort peu cultivée, quoiqu'elle soit 
propre à la culture des blés. Dans 
l'histoire elle est célèbre par plusieurs 
combats qui s'y livrèrent, entre Gé- 
déon et les Madianites , entre Saùl et 
les Philistins, entre Achabetles Sy- 
riens. Là tomba le roi Josias frappé 
par les archers du roi Pharaon-Nécho. 
— La plaine deSaron, célèbre pour ses 
pâturages, était située probablement 
près de Yâfa et de Lydda, comme le 
dit saint Jérôme, quoique la Bible ne 
nous donne là-dessus aucun rensei- 
gnement. —La Schefélah (lieu bas) est 
sans doute la plaine qui, sur la côte 
delà Méditerranée, s'étend de Yâfa 
jusqu'à Gaza , et où se trouvaient les 
cinq principautés des Philistins. — 
Dans les environs de Jérusalem nous 
trouvons les vallées des Rephaïm ou 
géants, àeJosaphat etde Guéhinnôm. 
Dans cette dernière vallée se célé- 
braient les cérémonies du culte bar- 
bare de Moloch , et plus tard les Juifs 
désignèrent par son nom l'enfer ; de 
là le nom de Géhenne qu'on lit dans 
le Nouveau Testament. — A l'est de 
la mer Morte nous trouvons les plai- 
nes de Moab (maintenant El-Kurâh), 
où les Hébreux campèrent quelque 
temps avant de passer le Jourdain. 
Les lieux qui dans la Bible sont ap- 



pelés déserts (Midbar) ne sont pas 
toujours des terrains stériles et en- 
tièrement incultes. Souvent ce sont 
des lieux peu propres à l'agriculture , 
mais où l'on trouve toutefois des pâ- 
turages. Dans le nord nous ne voyons 
mentionné que le désert de Bethsaida 
où se rendit Jésus après la mort de 
saint Jean-Baptiste. Dans le midi il 
y en a plusieurs , dont le plus impor- 
tant est le désert de Juda qui conte- 
nait six villes et était situé près de 
Thécoa sur la côte occidentale de la 
mer Morte. Au nord-est de Jérusalem 
est le désert de Jéricho et au sud-est 
sont les déserts de En-guedi et de 
Ziph, qui renferment, l'un et l'au- 
tre, beaucoup de montagnes et de ca- 
vernes. 

La Palestine n'est point riche en 
bois , si on en excepte la Batanée au 
delà du Jourdain , qui abonde en chê- 
nes. La Bible mentionne cependant 
plusieurs forêts en deçà du fleuve 
comme, par exemple, in forêt d*É- 
phraïm (2 Sam. en. 18, v. 6) et la 
forêt de Hareth (1 Sam., ch. 22, v. 5) 
dans le pays de Juda. 

Il nous reste à parler des eaux de 
la Palestine ; nous allons les examiner 
en allant de l'ouest à l'est et en com- 
mençant par les golfes de la Méditer- 
ranée. Nous verrons d'abord quel- 
ques petits torrents qui se jettent dans 
la mer; ensuite le Jourdain se pré- 
sentera avec les trois lacs qu'il ren- 
contre sur son chemin , et enfin les 
torrents qui viennent de l'est se jeter 
dans le Jourdain et dans la mer Morte. 

La Méditerranée est appelée dans 
la Bible la mer par excellence, la 
grande mer, la mer extrême. Le golfe 
le plus important sur les côtes de la 
Palestine est celui de Saint-Jean d'A- 
cre; celui de Yâfa est moins considé- 
rable, quoique le port , d'ailleurs très- 
mauvais, lui donne une certaine 
importance. Les cèdres du Liban 
destinés à Jérusalem étaient trans- 
portés par radeaux jusqu'à Yafa (2 
Chron., ch. 2, v. 15). Le flux et le re- 
flux sont peu sensibles sur ces côtes. 

On ne trouve à l'ouest du Jourdain 
que de petites rivières qui ne sont 



L'UNIVERS. 



point propres à la navigation. Nous 
en remarquons cinq : 1* Le Belus 
(maintenant Nahr-Halou?) qui tra- 
verse la plaine de Saint-Jean d'Acre et 
qui se jette dans le golfe près de cette 
ville. Il ne se trouve pas mentionné 
dans la Bible, mais il est célèbre dans 
Vantiquité, car ce fut sur ses bords 
(me les Phéniciens inventèrent le 
verre «. Selon Josèphe {de Bello Jud., 
2, 11), il ne parcourt que l'espace de 
deux stades ou de 250 pas. 2° Le Ki~ 
son ( Nahr el-mokatta et Nahr-Hai- 
fa z ) a sa source à quelque distance 
du Thabor, et après avoir parcouru 
la plaine d'Esdn Ion , il touche le Car- 
mel au nord et se jette près de Haifa 
dans le golfe d'Acre. En hiver il se 
gonfle par les torrents qui descendent 
des montagnes de Samarie. Débora 
l'a célébré dans son cantique; car ce 
fut sur ses bords que Barak remporta 
la victoire sur Sisera. 3° Le Kanah 
a son embouchure entre Césarée et 
Yâfa ; il formait autrefois la limite en- 
tre les tribus de Manasséet d'Éphraïm. 
4° Le Besor tombe dans la mer près 
de Gaza; il est connu dans la Bible 
par l'expédition de David contre les 
Amalécites(l Sam., çh. 30, v. 9, 10, 
21). 5° Le torrent d'Egypte (Wadi-el- 
Arîsch) , qui forme la limite méridio- 
nale de la Palestine. Il tombe dans la 
mer près d'El-Arisch , autrefois Rhi- 
nocoroura. — Nous remarquons en- 
core à l'ouest du Jourdain deux petits 
torrents, le Crith et le Kidron (Cé- 
dron) ; le premier tombe dans le Jour- 
dain à l'est de Samarie 3 , le second , 
sorti de la vallée qui sépare Jérusa- 
lem de la montagne des Oliviers, 

» V. Tacit, Hist, liv. 5, ch. 7. Plin., Hist. 
Nat., liv. 5, ch. 19 : Rivus Pagida, sive Belus, 
vilri fertiles arenas parvo litori miscens : 
ipse e palude Cendevia a radicibus Carmeli 
prqfluit. 

2 Ce dernier nom se trouve dans la Vie 
de Saladin par Boha-eddin. Voy. XIndex 
geograph. de Schultens, aux mois Fluvius 
Haiphœ. 

3 Selon Eusèbe et St. Jérôme le Crith était 
à l'est du Jourdain. Nous avons suivi l'o- 
pinion de Brochard (Descript. Terrœsanclœ, 
p. 176) eldeS'dmito (Liber secrelor. fidel. cru- 
cis, 1. III, part. 14, cap. 3) qui ont trouvé la 
source du Crith près de l'ancienne ville de 
Phasaélis au nord-ouest de Jéricho. 



court vers le midi se jeter dans la mer 
Morte, après avoir passé près du cou- 
vent de Saint-Sabas. 

Le grand fleuve de la Palestine , le 
seul qui mérite réellement ce nom, 
est le Jourdain (en hébreu yarden). 
Il est formé par le confluent de trois 
petites rivières; ce sont : l°le Hasbeni 
ou Moyet-Hasbeïa, qui prend sa 
source près de Hasbeïa, au pied du 
Djebel-el-Scheïkh ; 2° le Dan, qui sort 
au sud-est du Hasbeni, près de Tell-el- 
Kadhi, et qui après un court trajet se 
lie avec 3° le Banias (Paneas) venant 
de l'est ; celui-ci sort d'une grotte près 
de Banias , l'ancienne Césarée -Phi- 
lippi, et sa source fut considérée par 
les anciens habitants comme étant 
la seule véritable source du Jourdain «. 
Elle paraît être en rapport avec le lac 
appelé Birhet-el-Râm, autrefois Phia- 
la, qui se trouve à deux lieues de là 
au nord-est; car Josèphe rapporte 
(de Bell Jud. , 1. 3, ch. 1 6 ) que le tétrar- 
que Philippe, ayant fait jeter de la 
balle dans la Phiala, elle reparut 
dans la source du Banias. Les trois 
rivières réunies forment donc le Jour- 
dain, qui va couler d'abord dans le 
lac &Elhoula, autrefois appelé Sa- 
mochonilis et dans la Bible eaux de 
Merôm (hauteur). Ce lac a environ 
deux lieues et demie de long sur une 
lieue de large; son eau est quelquefois 
bourbeuse et malsaine, ce qui ne l'em- 
pêche pas d'être très-poissonneux. En 
été il est presque à sec, et on y voit 
pousser des joncs et des buissons qui 
servent de repaire aux serpents et aux 
sangliers. Ses bords orientaux sont 
les seuls habités; au sud-ouest le sol 
est couvert d'une couche de terre sa- 
line, en sorte que les Arabes ont ap- 
pelé le bord occidental du nom de Me- 
lâha. Là Josué vainquit Jabin , roi de 
Hasor, et quelques autres rois des Ca- 
nanéens. Après avoir traversé ce lac, 
le Jourdain parcourt les vallées autre- 
fois si florissantes de la Galilée, se di- 



1 Voy. Josèphe, d<i Bello Jud., I. 2, ch. 
21. Dans le Tatmud (Bava Bathra , fol. 74 
verso) on lit aussi que le Jourdain sort de la 

ârotte de Pamias. Voy. aussi le commentaire 
e Raschi au Deutéron., ch. 33, v. 22. 



PALESTINE. 



rigeant au sud. À une demi -lieue du 
lac se trouve le pont des fils de Ja- 
cob (Djisr Béni- Yacoub), ainsi ap- 
pelé parce que , selon le tradition po- 
pulaire, ce fut là que Jacob passa le 
Jourdain en revenant de la Mésopota- 
mie avec sa famille. Le pont, bâti en 
basalte, a quatre arches; la largeur du 
fleuve, dans cet endroit, est de 35 
pieds. A deux lieues de là le fleuve 
tombe dans le lac de Tibériade. Ce 
lac appelé en hébreu Yam-Kinnéreth 
( mer de Kinnéreth ), du nom d'une 
ville des Naphthalites située sur ses 
bords à l'occident , fut plus tard nommé 
lac de Genesar ou Genesareth, nom 
qui se trouve déjà employé dans le 
premier livre des Machabées (ch. n, 
v. 67) et souvent dans le Nouveau Tes- 
tament et dans les écrits des anciens 
rabbins. La mer de Galilée, dont il 
est question dans les Évangiles, est 
encore ce même lac. Le nom qu'il porte 
maintenant, celui de lac de Tibé- 
riade, ou (comme prononcent les Ara- 
bes), Tabariyya, est également très- 
ancien ; on le trouve dans l'Évangile 
de saint Jean (ch. 6, v. i, et ch. 21, 
v. i). Ce lac , dont le fond est sablon- 
neux, a des eaux limpides et douces 
et on y trouve beaucoup de poisson, 
surtout dans la partie du nord. Ses 
environs forment la plus belle contrée 
de toute la Palestine ; on y jouit de la 
température des tropiques, et Bur- 
ckhardt rapporte que les melons y 
mûrissent un mois plus tôt que dans 
les environs de Saint-Jean d'Acre et 
de Damas. Tous les voyageurs moder- 
nes parlent encore de la beauté de ce 
lac, comme le font Josènhe et les au- 
teurs du Talmud. Autrefois les villes 
de Tibériade, Tarichée, Bethsaida , 
Caphemaùm et autres animaient les 
environs de ce lac; maintenant on 
n'y trouve plus que des ruines. Tibé- 
riade, autrefois capitale de la Galilée, 
n'est plus qu'une petite bourgade. La 
longueur du lac est, selon Josèphe, de 
140 stades (environ 6 lieues), la lar- 
geur de 40 stades (une lieue et demie). 
Des voyageurs modernes lui donnent 
une étendue un peu moins grande. 
La pêche y est encore aujourd'hui 



assez productive, quoiqu'elle ne se 
fasse que sur ses bords. La mer de 
Galilée est célèbre dans les traditions 
chrétiennes; le calme et la paix qui y 
régnaient ordinairement furent trou- 
blés, sous Vespasien, par un combat 
qui s'y livra entre les Juifs et les Ro- 
mains (Jos., Bell. Jud., m, 10). 

Sorti du lac, le Jourdain continue 
son cours vers le sud à travers la val- 
lée du Ghôr, et à une distance de 25 
lieues il se jette dans la mer Morte. 
Les Arabes appellent cette partie du 
fleuve Scheria ou Scheriat-el-kebir , 
tandis qu'ils donnent à la partie su- 
périeure le nom d'Ordoun. La lar- 
geur du fleuve ne passe guère soixante- 
dix à quatre-vingts pieds, mais il a 
une profondeur de dix à douze pieds 
(Volney, t. n,ch. 6). Il offre beaucoup 
de sinuosités : en sortant du lac de 
Tibériade, il parcourt d'abord trois 
lieues le long des collines occidenta- 
les, puis tourne vers l'orient, et après 
avoir encore fait plusieurs lieues dans 
cette direction, il se dirige de nou- 
veau vers l'occident et va ensuite en 
ligne assez droite du nord au sud jus- 
qu'à son embouchure. Il résulte de 
plusieurs passages de la Bible que le 
Jourdain débordait quelquefois vers 
l'équinoxe du printemps. (Jos., ch. 3. 
v. 15. 1 Chron., ch. 12, v. 15. Ecclé- 
siastique, ch. 24, v. 36.) Parmi les 
voyageurs modernes , Volney est le 
seul qui parle de ses inondations. 
Quaresmius (Elucid. Terras S., t. n, 
p. 738) dit positivement qu'elles ne 
paraissent plus avoir lieu, qu'il a vi- 
sité plusieurs fois les rives du Jour- 
dain à l'époque de la Pâque, pour y 
célébrer la messe, et que le fleuve 
alors non-seulement ne sortait pas 
de son lit, mais qu'il le remplissait à 
peine. On pense que les bords du 
fleuve sont maintenant plus élevés 
que dans les temps anciens et que par 
cette raison les débordements sont 
plus rares. Au reste, tout dépend de 
la fonte plus ou moins prompte des 
neiges de l'Antiliban , seule cause du 
gonflement du Jourdain. L'embou- 
chure du fleuve offre le plus grand 
contraste avec le beau lac de Tibé- 



10 



L'UNIVERS. 



riatle. Là une nature pleine de charme, 
une végétation riante , ici la tristesse 
et la mort. Dans la mer Morte le Jour- 
dain trouve son tombeau. 

Cette mer porte dans la Bible 
plusieurs noms : dans le Pentateuque 
elle est appelée la mer de sel ou la 
mer de la plaine ( parce qu'elle est si- 
tuée près ae la grande plaine du Jour- 
dain, Araba). Quelques-uns des der- 
niers prophètes, comme Joël, Ézé- 
chiel, Zacharie, l'appellent la mer 
orientale. Les Grecs et les Romains 
lui donnèrent le nom d'Asphallitis, 
à cause de l'asphalte qui y surnage 
et qu'elle dépose sur ses bords. Enfin 
les Arabes l'appellent Bahret-Lout 
(lac de Lot), parce que Lot, neveu 
d'Abraham , demeurait dans ses envi- 
rons. Le nom de mer Morte que nous 
lui donnons communément se trouve 
déjà dans les écrits d'Eusèbe et de 
saint Jérôme. Ce dernier, dans son 
commentaire sur Ézéchiel (ch. 47, 
v. 9), dit qu'on l'appelle ainsi parce 
qu'elle ne renferme rien de vivant, et 
il ajoute : Rêvera, juxta literam 
hue usque nikil, quod spiret et pos- 
ait incedere, prx amaritudine ni- 
mia in hoc mari reperiri potest , nec 
cochleolse'quidem parvique vermiculi 
et anguillse et csetera animantium 
sive serpentum gênera quorum ma- 
gis corpuscula possumus nossequam 
nomina. Denique si Jordanes auctus 
imbribus pisces illuc injluens rapue- 
rit, statim moriuntur et pinguibus 
aquis supernatant. Il sera intéressant 
de rapprocher de ces paroles de saint 
Jérôme ce qu'a écrit quatorze siècles 
après lui un voyageur dont le témoi- 
gnage n'a pas moins d'autorité. Voici 
comment s'exprime Volney (État phy- 
sique de la Syrie, ch. i, § 7 ) : « Le 
« seul lac Asphaltite ne contient rien 
« de vivant ni même de végétant. On 
« ne voit ni verdure sur ses bords , ni 
« poisson dans ses eaux 1 ; mais il est 

1 M. de Chateaubriand ayant entendu 
quelque bruit sur le lac, on lui dit que c'é- 
taient des légions de petits poissons qui 
viennent sauter au rivage. Pococke aussi, 
étant à Jérusalem, avait entendu dire qu'un 
missionnaire avait vu des poissons dans le 
lac Asphaltite. Mais ces données sont trop 



« faux que son air soit empesté aw 
« point que les oiseaux ne puissent le 
« traverser impunément. Il n'est pas 
« rare de voir des hirondelles voler 
« à sa surface, pour y prendre l'eau 
« nécessaire à bâtir leurs nids. La 
« vraie cause de l'absence des végé- 
« taux et des animaux est la salure 
« acre de ses eaux, infiniment plus 
« forte que celle de la mer. La terre 
« qui l'environne , également impré- 
« gnée de cette salure, se refuse à pro- 
« duire des plantes; l'air lui-même 
« qui s'en charge par l'évaporation, 
« et qui reçoit encore les vapeurs du 
« soufre et du bitume, ne peut conve- 
« nir à la végétation. De la cet aspect 
« de mort qui règne autour du lac. » 
Il est facile de se maintenir sans nager 
sur la surface de l'eau, à cause de son 
poids spécifique. Josèphe raconte que 
Vespasien y avait fait jeter des hom- 
mes, les mains liées sur le dos, et 
que ces hommes ne périrent point (de 
Bell. Jud. 1. 4, ch. 8). Periti imperi- 
tique nandi perinde attolluntur, dit 
Tacite (Hist., v. 6). 

On n'a su se rendre compte de la 
consommation des eaux que le Jour- 
dain verse sans cesse dans le lac. 
Quelques-uns ont supposé une com- 
munication souterraine avec la Médi- 
terranée; d'autres l'ont expliquée par 
l'évaporation , et cette dernière opi- 
nion est la seule vraisemblable 1 . 



vagues, pour pouvoir être opposées à l'opi- 
nion généralement adoptée par les anciens 
et les modernes. Ce qui est plus positif » 
c'est que Hasselquist et Maundrell décou- 
vrirent des coquillages sur la rive du lac. 

M. de Buten a fait transporter sur les bords de 
la Méditerranée plusieurs litres d'eau puisée dans 
la mer Morte. Des poissons péchés à l'instant dans 
la Méditerranée et encore pleins de vie furent 
placés dans un vase contenant l'eau du lac As- 
phaltite .: ils n'y vécurent qu'une demi-minute. 
L'autopsie de ces poissons fut faite par le docteur 
Grassi , médecin en chef du service sanitaire en 
Egypte et se trouvant alors en Palestine. Les or- 
ganes digestifs ne présentaient aucune lésion ap- 
parente, et il en conclut que la mort avait. été 
causée par une asphyxie ou que le poison avait 
agi sur le système nerveux. 

1 La première hypothèse n'est guère ad- 
missible, si l'on considère le niveau delà 
mer Morte comparé à celui de la Méditer- 
ranée et de la mer Rouge. Tout récemment 
plusieurs voyageurs ont constaté, par defc 
observations thermométriques , une dépres» 



PALESTINE. 



Il 



Le lac a environ 19 lieues de lon- 
gueur, et une largeur de 5 lieues. A 
sa place était autrefois, selon la Ge- 
nèse (ch. 14, v. 3), une vallée appelée 
Siddîm, dans laquelle se trou vaient des 
puits d'asphalte {ib., v. 10 ) '. Le lac 
se serait formé par le terrible phéno- 
mène qui causa ladestrucliondes villes 
deSodome,Gomorrhe, Adama et Se- 
boïm , situées dans ces environs. 

La catastrophe de ces villes fut 
amenée sans doute par l'éruption d'un 
volcan. Les laves et les pierres ponces 

J[u'on trouve sur les bords du lac ne 
aissent pas de doute sur la nature 
volcanique de ces contrées , et il pa- 
raît que le feu n'est pas encore entiè- 
rement éteint. « On observe, dit Vol- 
ney (ib., § 4), qu'il s'échappe souvent du 
lac des trombons de fumée, et qu'il 
se fait de nouvelles crevasses sur ses 
rivages. » 

Parmi les petites rivières de l'est 
nous en nommerons trois, qui sont 
les plus remarquables : 1° Le Scheriat- 
el-mandhour ou Menadhiré, appelé 
aussi Hiêromax ou Yarmouk. Ses 
sources sont, selon Burckhardt, dans 
le Djebel Hauran et dans le Golan. Il 
coule d'abord dans un profond lit de 
basalte ; en sortant des montagnes sa 
largeur est de 65 pas, et il se jette 
dans le Jourdain à deux lieues au-des- 
sous du lac de Tibériade. Il n'est point 
mentionné dans la Bible. 2° Le Zerka, 
dans la Bible Yabbok. Selon Burc- 
khardt, il vient du Djebel Hauran 



sion très-forte du niveau de la mer Morte. 
Voy. les observations communiquées à ce 
sujet à l'Académie des sciences par M. le 
capitaine d'élat-major Cahier. Comptes ren- 
dus des séances de l'Acad. des se, année 
1838, second semestre, p. 798. — Selon les 
observations de MM. Moore et Bertou, la 
mer Morte serait placée environ 600 pieds 
au-dessous de la Méditerranée. Voy. le 
Bulletin de la société de géographie ; 2 e sé- 
rie, t. xi, p. 328. 
1 Le moi hémar 1QH qu'on trouve dans 

le texte hébreu est le même dont se servent 
encore aujourd'hui les Arabes pour désigner 
l'asphalte. Brochard dit : Hiputei usque in 
hodiernum diem cernuntur in lilore ejus 
(lacus) haltentcs singuli pyramides erectas, 
td quod oculiis meis Wi'(Descr. Terrae S., 
càp. 7)- La même chose est confirmée par 
Volney. 



et après être sorti des montagnes, il 
va à une lieue »'* O. se jeter dans 
le Jourdain. Autrefois il séparait les- 
Ammonites des Amorites; maintenant 
il forme la limite entre les districts de 
Morad et de Belka. 3° Le IVadi 
Moudjeb, dans la Bible Arnon. Il sort 
des montagnes de l'Arabie déserte 
près de Katrane, station des pèlerins 
de Syrie; il coule d'abord vers le midi, 
ensuite il tourne vers l'ouest pour se 
jeter dans la mer Morte, près de son 
extrémité septentrionale. 11 sépare le 
Belka du Kerek, ancien pays des 
Moabites, et il formait autrefois la 
limite méridionale de la Palestine 
orientale. 

On trouve aussi en Palestine plusieurs 
sources chaudes. Josèphe et Pline par- 
lent des eaux thermales de CaUirrhoe, 
au sud-est de la mer Morte; elles ont 
été retrouvées récemment par Legh , 
voyageur anglais 1 . « Ce sont là très- 

Î)robablement les Yémlm que, selon 
a Genèse (ch. 3G, v. 24), Anah fils 
de Sibéon trouva dans le désert a . » 
Dans les environs du lac de Tibériade 
il y a également des bains chauds : à 
l'ouest près de la ville de Tibériade, 
et à l'est près de Gadara, maintenant 
Omm-Keïs, où Burckhardt trouva 
dix sources d'eau minérale. Dans la 
Bible il n'en est pas question. 

On voit par la description que nous 
venons défaire, que si, à raison des 
latitudes, la Palestine devrait être un 
pays très-chaud , son climat est ce- 
pendant très-varié à raison de l'éléva- 
tion du terrain. Peu de pays offrent 
sous ce rapport autant de variété dans 
une enceinte aussi étroite. Il suffit 
souvent de se transporter à quelques 
lieues pour se trouver dans un climat 
tout différent. Ici vous trouverez des 
palmiers et les fruits des tropiques, 

1 Voy. Journey from Moscow to Conslan- 
tinople on the years 1817, 1818, by Will. 
Macmichael. Lond. 1819, 4°, p. i«i. 

2 Le raot0^2> # a beaucoup embarrassé 

les interprètes; les uns y ont vu une rac4 
de géanis, les autres des mulets. Mais la Vul- 

fate le rend déjà par aquœ calidœ, et saint 
érôme observe que les sources chaudes 
s'appelaient Yemim dans la langue phéni- 
cienne 



12 



L'UNIVERS. 



là des noyers et d'autres productions 
des pays plus froids; ainsi on y voit 
réunies, dans un rayon peu étendu, 
les productions des climats les plus 
différents et des pays les plus éloi- 
gnés les uns des autres. 

Le soleil se lève, dans le solstice 
d'été, un peu avant .5 heures et il se 
couche à sept heures et quelques mi- 
nutes; dans le solstice d'hiver il se 
lève un peu après 7 heures et il se 
couche un peu avant 5 heures ; la lon- 
gueur des jours varie de 9 heures 48 
minutes à 14 heures 12 minutes. L'an- 
née se divise en deux saisons , celle 
des chaleurs et celle des pluies, ou en 
été et hiver l . Les chaleurs de l'été 
sont tempérées par la rosée qui tombe 
pendant la nuit et qui dans la Bible est 
souvent présentée comme une des plus 
grandes bénédictions du ciel. Elle est 
tellement abondante que ses effets res- 
semblent souvent à ceux de la pluie. 
Ouvre-moi, dit l'amant dans le canti- 
que (ch. 5, v. 2), ouvre-moi, ma 
sœur, mon amie; car ma tête est 
pleine de rosée, les boucles de mes 
cheveux sont pleines des gouttes de 
la nuit. L'été est presque sans nuage 
et les orages sont fort rares. La saison 
des pluies commence vers la fin d'oc- 
tobre. Après la première pluie ou la 
pluie hâtive, qui est suivie d'un 
second été, on s'occupe des semail- 
les d'hiver, qui consistent en orge 
et en froment. Au milieu de l'hiver, 
aux mois de décembre et de janvier, 
les pluies deviennent de plus en plus 
fortes , et dans le pays élevé , elles 
prennent la forme de neige. Plusieurs 
passages de la Bible, où il est question 
de neige et de glace, prouvent que 
dans quelques contrées de la Pales- 
tine le froid est quelquefois très-sen- 
sible : Il envoie de la neige {blanche) 
comme la laine, il répand le frimas 
comme les cendres , il jette sa glace 
en morceaux ; qui pourrait tenir de- 
vant sa gelée"? (Ps. 147, 16.) Les eaux 
se cachent comme sous une pierre, et 
la surface de l'abîme se consolide 
(Job, ch. 38, v. 30). — La dernièje 

1 L'hiver est passé, la pluie s'en est allie, 
(Cantique, ch. 2, v. II.) 



pluie ou la pluie tardive tombe aux 
mois de mars et d'avril , avant la ré- 
colte des fruits d'hiver. C'est à la fin 
d'avril et dans le courant de mai qu'on 
coupe le froment et l'orge. On profite 
de la pluie tardive pour faire les se- 
mailles d'été, telles que le sésame, le 
doura, le tabac, le coton, les fèves et 
les pastèques 1 , dont la moisson se fait 
dans les mois de septembre et d'oc- 
tobre. C'est à la même époque, c'est- 
à-dire, à la fin de septembre, que se 
font les vendanges dans les monta- 
gnes. 

La marche des vents est très-régu- 
lière. Vers l'équinoxe d'automne le 
vent du nord-ouest commence à souf- 
fler, et il dure jusqu'en novembre, al- 
ternant surtout avec le vent d'est. De 
novembre jusqu'en février régnent 
ceux du nord-ouest , de l'ouest et du 
sud-ouest ; ces deux derniers sont ap- 
pelés par les Arabes les pères des 
pluies 2 . Ils sont remplacés, au mois 
de mars, par les pernicieux vents du 
sud qui soufflent ordinairement trois 
jours de suite. Les vents d'est qui 
leur succèdent durent jusqu'au mois 
de juin. Tandis que le vent d'ouest 
amène la pluie, le vent d'est, qui vient 
du désert, est extrêmement chaud, 
et brûle les plantes. Ézéchiel (17, 10; 
19, 12) 3 parle du vent d'est qui des- 
sèche la vigne; par une image dont 
se sert Osée (13, 15) nous voyons 
qu'il fait tarir les sources. Il souffle 
avec force et souvent dégénère en 
tempête. Aussi, dans la Bible, se sert- 
on souvent du motes£(KADÎM)dansIe 
sens defempéte. Le vent d'est brise 
les vaisseaux de Tarsis (Ps. 48, 8). 
Après le vent d'est, c'est le vent du 
nord qui s'établit , et qui permet 
d'aller et de revenir à la voile sur 
toute la côte 4. 

La Palestine nous présente quel- 
ques phénomènes extraordinaires , 
qui , dans les temps anciens et mo- 



10. 



Volney, État pliys. delà Syrie, ch. I, S 



2 Volney, ib., § il. 

3 Voy. aussi Isaïe, 27, 8; Jérémie, 18, 
17. 

4 Volney , même endroit. 



PALESTINE. 



13 



dernes, sont devenus quelquefois 
pour ce pays des fléaux redoutables. 
Tels sont les tremblements de terre et 
les sauterelles. Les tremblements de 
terre sont dus sans doute à la même 
cause que les éruptions volcaniques, 
dont la Palestine fut autrefois le théâ- 
tre x . L'histoire nous a conservé le sou- 
venir de plusieurs tremblements, qui 
ont détruit des villes entières dans la 
Syrie et la Palestine. Le prophète Za- 
charie (ch. 14, v. 5) parle d'un grand 
tremblement de terre qui eut lieu sous 
le règne d'Ouzia, roi de Juda; ce qui 
prouve que cette catastrophe resta 
longtemps dans la mémoire des 
hommes, car entre Ouzia et Zacharie 
on compte plus de 250 ans. Cet évé- 
nement avait formé une ère nouvelle; 
car dans l'épigraphe des prophéties 
d'Amos, pour fixer l'époque de la 
mission de ce prophète, on dit qu'il 
prêcha deux ans avant le tremble- 
ment. — Sous Hérode, lors de la 
bataille d'Actium , il est fait mention 
d'un autre tremblement de terre qui 
fit périr dix mille personnes (Josèphe, 
Antiqu., 1. 15, ch. 5, § 2). Les terri- 
bles tremblements qui , pendant le 
règne de l'empereur Justinien (527- 
565), se renouvelèrent presque cha- 
que année, firent surtout de grands 
ravages dans la Syrie et la Palestine 2 . 
Plusieurs écrivains du moyen âge 
parlent également de semblables fléaux 
dont ils furent témoins dans ces con- 
trées; le tremblement déterre de 1 1G9, 
dont parle Guillaume de Tyr (Hist., 1. 
20, ch. 19), se renouvela pendant 
quatre mois \ On trouve dans la rela- 
tion de l'Egypte, par le médecin 
arabe Abdallatif 4 des détails sur celui 
de 1202, qui détruisit presque toutes 
les villes sur la côte de Syrie et dans 
la Galilée , et qui s'étendit jusqu'en 
Egypte. Dans les temps modernes, 
Volney parle d'un tremblement arrivé 
en 1759, qui fit périr plus de 20,000 

1 Voy. ci-dessus, page II. 

a Vov. Gibbon. Hist. à la fin du T. VII; 
Ritter Erdkunde , T. II, p. 338 (première 
édition). 

3 Comparez aussi Benjamin de Tudèle, 
Jtiner. Ed. L'Empereur, p. 33 et 58. 

♦ Traductiou de M. Silv. de Sacy, p. 415. 



personnes. Enfin de nos jours encore 
la Syrie et la Palestine ont cruelle- 
ment souffert de ce fléau; en 1822 la 
ville d'Alep fut détruite en grande par- 
tie, et tout récemment (janvier 1837), 
Tibériade, Safad et plusieurs autres 
villes de la Galilée ont subi le même 
sort. 11 est digne de remarque , que de 
tout temps le territoire de Jérusalem 
est resté presque intact dans les 
grandes secousses; un des plus anciens 
poètes a dit : Dieu est au milieu 
d'elle, elle ne chancelle pas (Ps. 46, 
V.9). 

La Palestine, ainsi que d'autres con- 
trées de l'Orient, est en proie au fléau 
des sauterelles, qui arrivent quelque- 
fois par nuées ravager les campagnes. 
Nous citerons ici la description d'un 
auteur moderne, elle offre la plus 
grande analogie avec celle que nous a 
laissée le prophète Joël : « La quan- 
tité de ces insectes, ditYolney (1. c, §5), 
est une chose incroyable pour quicon- 
que ne Tapas vue" par lui-même : la 
terre en est couverte sur un espace de 
plusieurs lieues. On entend de loin le 
bruit qu'elles font en broutant les her- 
bes et les arbres comme d'une armée 
qui fourrage à la dérobée. Il vaudrait 
mieux avoir affaire à des Tartares 
qu'à ces petits animaux destructeurs : 
on dirait cjue le feu suit leurs traces. 
Partout où leurs légions se portent , 
la verdure disparaît de la campagne , 
comme un rideau que l'on plie; les 
arbres et les plantes dépouillés de 
feuilles, et réduits à leurs rameaux 
et à leurs tiges, font succéder en un 
clin d'œil le spectacle hideux de l'hi- 
ver aux riches scènes du printemps. 
Lorsque ces nuées de sauterelles pren- 
nent leur vol pour surmonter quelque 
obstacle ou traverser plus rapidement 
un sol désert, on peut dire à la lettre 
que le ciel en est obscurci. » Voici 
maintenant quelques passages de la 
description du prophète Joël , qui 
compare l'arrivée des sauterelles à 
l'invasion d'un peuple ennemi : « Il 
« est précédé d'un feu dévorant, une 
« flamme brûlante est à sa suite; h 
« terre était devant lui semblable au 
« jardin d'Éden, et (il la laisse) der- 



14 



L'UNIVERS. 



« rière lui comme un désert de déso- 
« Iation ; rien ne peut lui échapper. Us 
« ont (les ennemis) l'aspect de che- 
« vaux, ils courent comme des cava- 
« liers. Avec un bruit comme celui 
« des chars, ils sautent sur les sommets 
« des montagnes; c'est comme le bruit 
« d'une flamme de feu qui dévore le 
« chaume; comme un peuple puissant 

« rangé en bataille Ils courent 

« comme des héros, ils escaladent le 
« mur comme des hommes de guerre ; 
« ils s'avancent, chacun dans son 
« chemin; ils ne dévient pas de leur 

« route Ils pénètrent dans la ville, 

« ils courent sur le mur ; ils mon- 
« tent dans les maisons, ils entrent 
« par les fenêtres comme un voleur. 
« Devant eux, la terre tremble, le ciel 
« s'ébranle, le soleil et la lune s'obs- 
« curcissent, et les astres retirent 
« leur clarté. » — Poussées dans la 
Méditerranée par les vents d'est et de 
sud-est les sauterelles s'y noient en 
très-grande quantité. Même dans la 
mer, ces terribles ennemis ne cessent 
pas leurs hostilités; leurs cadavres 
rejetés sur le rivage infectent l'air pen- 
dant plusieurs jours à une grande dis- 
tance 1 . » 

« Ne craignez rien, animaux, des 
campagnes , dit le prophète Joël ; car 
les pâturages du désert se recou- 
vrent de verdure, l'arbre porte son 
fruit, le figuier et la vigne donnent 
leurs richesses. » Les écrivains bibli- 
ques vantent beaucoup la fertilité de 
la Palestine; on connaît cette expres- 
sion si souvent répétée dans la Bible : 
le pays où coule le lait et le miel, et 
Ézéchiel ajoute : le plus beau de tous 
les pays (en. 20, v. 6) 2 . « L'Éternel, 
ton Dieu (dit Moïse au peuple d'Israël), 
te conduit dans un bon pays, pays à 
torrents d'eau , à sources d'eaux sou- 
terraines , jaillissant dans la vallée et 

1 Volney, 1. c. Comparez Joël, ch. 2, v. 20. 

2 Saint Jérôme, dans son commentaire sur 
ce passage, s'exprime ainsi : Jnclytam esse 
terrant Judœœ et cunctis terris fertiliorem 
dubitare non poterit qui a Rhinocorura (El- 
Arisch) usque ad Taurum montent et Eu- 
phratem fluvium cunctam consideraverit 
terram et urbium potentiam amœnitatemqtie 
regionum. 



sur la montagne; pays de froment* 
d'orge, de vignes, de figuiers et de 
grenadiers, pays d'oliviers, d'huile 
et de miel; pays où tu ne mangeras 
pas le pain avec pénurie; tu n'y man- 
queras de rien; pays dont les pier- 
res sont du fer, et de ses montagnes 
tu tailleras le cuivre. » (Deuteron. 
ch. 8, v. 7-9.) Le témoignage des au- 
teurs profanes vient confirmer les pa- 
roles de Moïse. Tacite parle de la fer- 
tilité du sol de la Judée ". Justin , en 
parlant de la vallée de Jéricho, loue 
sa fertilité et sa beauté 2 . Ammien 
dit également : Palestina cultis abun- 
dans terris et nitidis*. Strabonseul 
parait être en opposition avec les té- 
moignages que nous venons de citer; 
il dit que la contrée où se trouve Jé- 
rusalem avait pu facilement être con- 
quise par le peuple que conduisit Moïse, 
parce qu'elle ne pouvait être un objet 
d'envie , et que ce sol pierreux et sté- 
rile ne valait pas la peine qu'on se bat- 
tît pour sa possession 4. Mais la con- 
trée de Jérusalem n'est pas toute la 
Palestine; d'ailleurs Strabon ne con- 
naissait la Palestine que très-impar- 
faitement, comme l'a fait voir le 
savant Reland 5 . Les relations d'un 
grand nombre de voyageurs prouvent 
que la Palestine a même conservé 
beaucoup de traces de son ancienne 
fertilité 6 . Les plaines offrent partout 
la végétation luxuriante d'un climat 
méridional , les montagnes , il est vrai , 
ne présentent pour la plupart que des 
rochers nus , mais la main de l'homme 
est venue en aide à la nature : des ter- 
rasses furent taillées dans les monta- 
gnes et on y apporta de la terre propre 
aux plantations. Maundre 11, d'Arvieux 

1 Uber solum. Exubérant fruges nostrum 
ad morem, prœlerque eas balsamum et 
palmœ. Hist., 1. 5, c. 6. 

2 L. 3tf , ch. 3. 

3 L. 14, ch. 8. 

4 Voy. Strabon , 1. 16 , en. 2 , § 36. 

5 Palaeslina, p. 390. 

6 Ces relations ont été recueillies avec 
beaucoup de soin par l'abbé Guénée. Voy. 
Recherches sur la Judée , considérée princi- 
palement par rapport à la fertilité de son 
terroir, depuis ta captivité de Babylone 
jusqu'à notre temps. (Mémoires de l'Acadé- 
mie des inscriptions et belles-lettres , t. 50 Â 
p. 142-246.) 



PALESTINE. 



et Volney parlent de ces terrasses, 
dont ils ont retrouvé les débris. En- 
core aujourd'hui la Palestine fournit 
un grand nombre de productions di- 
verses ; mais les guerres qui ont si 
souvent dévasté ce pays , l'oppression 
barbare que les Turcs ont fait peser 
sur ses habitants, le brigandage des 
Arabes nomades , expliquent suffisam- 
ment la désolation qui règne dans ces 
contrées jadis si fertiles. Volney * 
dépeint avec les couleurs les plus som- 
bres l'état des paysans et de l'agri- 
culture dans la Syrie : « Dans les can- 
« tons ouverts aux Arabes , tels que 
« la Palestine, il faut semer le fusil 
« à la main. A peine le blé jaunit-il, 
« qu'on le coupe pour le cacher dans 
« les matmoures ou caveaux souter- 
« rains. On en retire le moins que l'on 
« peut pour les semences, parce que 
« Ton ne sème qu'autant qu'il faut 
« pour vivre; en un mot, l'on borne 
« toute l'industrie à satisfaire les pre- 
« miers besoins. Or, pour avoir un 
« peu de pain, des oignons, une mau- 
<« vaise chemise bleue et un pagne de 
« laine, il ne faut pas la porter bien 
« loin. Le paysan vit donc dans la 
« détresse; mais du moins il n'enri- 
« chit pas ses tyrans ; et l'avarice du 
« despotisme se trouve punie par son 
« propre crime. » 

De la fertilité plus ou moins grande 
de la Palestine dépend naturellement 
la question de sa population dans les 
temps anciens. Sans vouloir complè- 
tement justifier les nombres que nous 
donnent les différents recensements 
rapportés dans les livres de Samuel , 
des Rois et des Chroniques , nous de- 
vons dire cependant qu'on les a trop 
légèrement révoqués en doute en rai- 
sonnant sur des analogies tirées de 
l'Occident et des temps modernes. 
Non-seulement les terres d'Asie sont 
beaucoup plus fécondes et peuvent 
nourrir plus d'hommes que celles d'Eu- 
rope, mais tous les voyageurs s'accor- 
dent à dire que les Orientaux consom- 
ment beaucoup moins que nous. Burc- 
khardt dit que ses compagnons de 



voyage , qui marchaient au moins cinq 
heures par jour, se contentaient pour 
toute nourriture, pendant 24 heures , 
d'une livre et demie de pain «. Nous ne 
voulons pas ici discuter les différents 
recensements que nous présente la 
Bible. Il est permis de douter de l'exac- 
titude des chiffres , d'autant plus que 
pour l'un de ces recensements, celui 
qui eut lieu sous David , nous trouvons 
deux nombres différents; il y a là 
évidemment une erreur de copiste. 
Cependant le chiffre de ce même re- 
censement n'est pas aussi exagéré que 
quelques personnes ont pu le croire, 
et nous pensons que, combiné avec 
d'autres recensements, il peut servir 
de base pour fixer approximativement 
le chiffre de la population de l'ancienne 
Palestine. Joab, chargé par David de 
faire le recensement des guerriers, 
trouve, selon le2 me livre de Samuel 
(ch. 24, v. 8) 800,000 hommes dans 
Israël et 500,000 dans Juda ; selon le 
1 er livre des Chroniques, il y avait 
1,100, 000 hommes dans Israël et 
470,000 dans Juda. Total, selon Sa- 
muel, 1,300,000; selon les Chroni- 
ques 1,570,000. Dans les chiffres du 
livre de Samuel il y a une trop grande 
disproportion entre Juda et les dix 
tribus d'Israël , même en comptant 
Benjamin avec Juda; dans les Chro- 
niques cette disproportion est moins 
grande, mais le nombre total a l'in- 
convénient d'être plus grand que celui 
de Samuel. Plus tard, après la défec- 
tion des dix tribus , Abia , roi de Juda , 
avait , selon les Chroniques (n , ch. 1 3) 
une armée de 400,000 hommes; celle 
de Jéroboam, roi d'Israël, se compo- 
sait de 800,000 hommes. Ici le total 
est à peu près égal à celui que le livre 
de Samuel donne pour le recensement 
de David. 

Je pense que les documents que nous 
possédons étant tous d'origine ju- 
déenne, on peut les soupçonner de quel- 
que exagératiou en faveur de Juda. 
Cette exagération n'est que trop évi- 
dente, lorsqu'on donne au roi Josa- 
phat une armée de 1,160,000 hom- 



1 T. II, ch. 13. 



1 Voy. aussi Volney, 1. c, ch. 8. 



16 



L'UNIVERS. 



mes 1 . En considérant comme plus 
exact le chiffre 800,000 que nous 
trouvons deux fois pour l'armée d'Is- 
raël , et en tenant compte de la pré- 
pondérance numérique qu'offre la 
tribu de Juda dès les temps de Moïse 
(voy. Nombres, ch. 1 et 2), nous pou- 
vons accorder aux deux tribus de Juda 
et de Benjamin, sous David et ses suc- 
cesseurs, une armée de 200,000 hom- 
mes ce oui nous donnerait un total 
d'un million de guerriers. Ce nombre 
ne paraîtra pas exagéré, si l'on réflé- 
chit que, en temps de guerre, tout 
cultivateur devenait soldat, et qu'ainsi 
l'armée se composait de tous ceux qui 
étaient capables de porter les armes. 
Nous pouvons, d'après cela, compter 
un guerrier sur quatre individus , ce 
qui nous donnerait 4,000,000 d'habi- 
tants. A ce nombre il faut ajouter les 
Cananéens qui étaient restés parmi les 
Israélites, les esclaves, enfin les lévi- 
tes , qui, exemptés de la guerre par la 
loi de Moïse, n'étaient probablement 
pas compris dans le recensement. Ce 
surplus de population pouvait se mon- 
ter à un million; ce qui donnerait un 
total de cinq millions d'âmes. C'est 
beaucoup, sans doute, pour un pays 
d'environ 1300 lieues carrées; mais 
nous savons que la Palestine pouvait 
y suffire, car d'après le tableau de la 
Judée au temps de Titus, tableau que 
Volney trouve assez bien constaté, le 
pays devait contenir encore à cette 
époque quatre millionsd'âmes. Si nous 
en croyons Josèphe 2 , lemoindrebourg 
de la Galilée avait à cette époque plus 
de 15,000 habitants. Strabon dit que 
les seuls territoires de Jamnia et de 
Joppé {Yafa) pouvaient armer 40,000 
hommes. Au reste, les ruines innom- 
brables semées dans ces contrées at- 
testent combien étaient nombreuses 
les populations qui jadis y avaient fixé 
leurs demeures. 

CHAPITRE III. 

HISTOIRE NATURELLE. 

Nous donnerons ici le résumé de 

1 Chroniques, liv. II, ch. 17, v. 14-18. 
* DeBelloJud., 1. III, ch. 3, g 2. 



tout ce que la Palestine ancienne et 
moderne offre de plus remarquable 
dans les trois règnes de la nature, en 
recueillant ce que nous trouvons à ce 
sujet dans la Bible et dans les relations 
des voyageurs. Les poètes hébreux ai- 
ment à contempler le Créateur dans les 
merveilles de la nature, et pour bien 
comprendre leurs images il faut con- 
naître surtout le monde qui les en- 
toure. L'Écriture , en vantant la sa- 
gesse de Salomon et les livres qu'il 
composa, nous dit qu'il parla sur tou- 
tes les plantes depuis le cèdre du Li- 
ban jusqu'à l'hysope qui croît sur les 
murs, ainsi que sur les quadrupèdes, 
les oiseaux, les reptiles et les poissons 
Malheureusement nous ne possédons 
plus ces trésors scientifiques, mais des 
savants modernes y ont suppléé par 
de savantes et minutieuses recherches. 
L'histoire naturelle de la Bible a été 
traitée dans plusieurs ouvrages spé- 
ciaux, où sont expliqués tous les ob- 
jets d'histoire naturelle mentionnés 
dans l'Écriture sainte r . Nous nous 
bornerons dans ce chapitre à ce qui a 
rapport spécialement a la Palestine; 
le reste appartient aux antiquités bi- 
bliques et à l'histoire du commerce et 
des sciences chez les Hébreux. 

A. MINÉRAUX. 

Les pierres calcaires et crétacées 
dominent dans les montagnes delaPa- 

1 Le travail de ce genre le plus important 
est l'immortel ouvrage sur la zoologie bibli- 
que, de Bochart , ministre protestant né à 
Rouen, en 1599. Cet ouvrage intitulé Hie- 
rozoicon , sive de animalibus sacrœ scriptu- 
rœ, 2 vol. grand in-fol ., a eu pi usieurs éditions, 
dont la dernière fut publiée par Rosenmul- 
ler, professeur des langues orientales à 
Leipzig, en 3 vol. în-4°, 1793. —Celsius, 
savant suédois, publia un ouvrage sur les 
plantes : Hierobotanicon s. de plantis S. S. 
2 vol. in-8°, Upsal, 1745, l747.0Edmann, son 
compatriote, a écrit en suédois plusieurs 
mémoires sur l'histoire naturelle et la phy- 
sique de l'Écriture sainte. Ces mémoires, 
traduits en allemand, ont été publiés à 
Rostock, 1786-95. — Récemment Rosenmul- 
ter, qui par ses travaux (dont la plupart 
sont des compilations) a rendu de très-grands 
services aux éludes bibliques, a publié une 
histoire naturelle de la Bible, en allemand i 
Biblische Naturgeschichte , vol. in-8°, Leip- 
zig, 1830, 1831. 



PALESTINE. 



17 



lestine; çà et là on y trouve des cou- 
ches de grès. Au nord-est cependant, 
dans le pays de Basan et surtout dans 
le Hauran, le basalte prédomine, et on 
en trouve encore sur quelques points à 
l'ouest du lac de Tibériade. Seetzen 
parle de travaux exécutés en basalte, 
qu'il trouva dans ces contrées ; il y vit 
particulièrement beaucoup d'anciens 
sarcophages. Ritter * a pensé que le 
lit de fer d'Og, roi de Basan, dont il 
est question dans le Deutéronome 
(3, 11). pouvait bien être un sarco- 
phage de basalte. Cette conjecture a 
beaucoup de vraisemblance; d'autant 
plus que le basalte 2 renfermant quel- 
quefois jusqu'à un cinquième de 
ter, pouvait être considéré par les 
Hébreux comme étant de même nature 
que ce métal et en porter le nom 2 . Dans 
le Hauran on se sert du basalte pour 
les constructions et le pavage. Il pa- 
raît que Salomon fit venir du basalte 
du pays de Basan pour paver les routes 
de Jérusalem ; ce sont là, sans doute, 
les pierres noires dont parle Josèphe 
(Antiq., liv. 8,ch.7, §4). 

Les environs de la mer Morte four- 
nissent à la Palestine plusieurs subs- 
tances minérales fort utiles, telles que 
le sel, le soufre et l'asphalte. Au 
sud-ouest du lac, il y a des mines de 
sel gemme y situées dans le flanc des 
montagnes qui régnent de ce côté 3 . 
L'eau du lac renferme elle-même beau- 
coup plus de sel que toutes les autres 
eaux connues. Sur cent parties d'eau 
il y en a 42,80 de seH. A l'est du lac, 
le sel se dépose en couches d'un pied 
d'épaisseur, et toutes les pierres sur 
cette partie du rivage sont incrustées 



« Erdkunde, II, 363. (I er édit.) 

2 Selon Buttmann , cité par Ritter, le mot 
basalte (le basanites des anciens) vient d'un 
mot oriental vas, qui veut dire fer. Comparez 
Pline, Hist. nat. 36, 7. Burkhardt rapporte 
que les Arabes croient encore maintenant 
que les pierres de basalte se composent prin- 
cipalement de fer, et qu'on lui demandait 
souvent s'il ne connaissait pas de moyen 
pour en extraire le métal. J'observerai en- 
core que le mot hébreu barsel (fer) ressem- 
ble beaucoup à basalte. 

3 Volney, Voyage ; État phys. de la Syrie , 
ch. I, § 7. 

4 Ritter, l. c, p. 336. 

2* Livraison. (Palestine."» 



de sel ; les objets qui tombent dans le 
lac se couvrent bientôt d'une croûte 
saline l . On trouve aussi sur le rivage 
des morceaux de bitume et de soufre 2 . 
Nous avons déjà parlé des puits d'as- 
phalte mentionnés dans la Genèse ; on 
en trouve aujourd'hui à l'ouest de la 
mer Morte 3 . 

Parmi les métaux, le fer et le cui- 
vre devaient, selon les paroles de 
Moïse (Deutér. 8, 9), être abondants 
dans la Palestine, et surtout dans le 
canton de la tribu d'Aser (ib. 33, 25), 
entre Sidon et le Carmel. Cependant 
il n'en est pas question dans les rela- 
tions de voyages. Volney dit seule- 
ment que le fer est abondant dans les 
montagnes de Kesrâouan et des Dru- 
zes , et qu'on parle d'une mine de cui- 
vre à Antabès , au nord d'Alep. Mais 
il ne sait rien dire de positif sur la 
Judée. 

B. VÉGÉTAUX. 

Nous avons déjà dit que le climat 
de la Palestine favorise la végétation 
la plus variée. Nous ne pouvons pas 
avoir la prétention d'énumérer ici tou- 
tes les plantes que produit ce pays 4 ; 
nous nous bornons aux plus remar- 
quables et à celles dont-il est souvent 
fait mention dans la Bible. 

a. Céréales et Légumineuses. 

Le blé le plus commun en Pales- 
tine, comme dans toute la Syrie et 

1 Les pétrifications salines qu'on remarque 
dans ces contrées peuvent expliquer l'ori- 
gine de la tradition sur la femme de Lot, 
qui, s'étant arrêtée trop longtemps dans ces 
lieux de désolation, y trouva la mort et de- 
vint une colonne de sel (Genèse, ch. 19 , v. 
26,). Jahn, professeur de théologie et cha- 
noine de l'église métropolitaine de Vienne, 
savant orientaliste, mais nullement favora- 
ble au rationalisme, n'a pas hésité à prendre 
le necib melahh de la Genèse pour un 
monument élevé à la mémoire de la femme 
de Lot, et qui consistait en un monceau 
de pétrilications salines. Voy. Biblische 
Archœologie , t. I , p. 161. 

2 Volney, 1. c. 

3 II y a encore d'autres puits d'asphalte 
dans les environs de Hasbela dans l'ancienne 
Galilée. 

4 Dans la Bible, qui ne renferme que 
quelques débris delà littérature hébraïque, 
nous trouvons 250 noms de plantes. 



33 



L'UNIVERS. 



l'Egypte, est le froment. Les Hébreux 
le cultivaient beaucoup; ils en tiraient 
aussi du pays des Ammonites, et c'é- 
tait un de leurs articles de commerce. 
Salomon donnait chaque année à Hi- 
Tam, roi de Tyr, vingt mille cor de 
froment et vingt cor d'huile, en 
échange du bois de cèdre et de cyprès 
que lui fournissait ce roi. Parmi les 
denrées que les Juifs apportaient sur 
les marchés de Tyr, nous trouvons en 
première ligne le froment de Min- 
nith * (Ézéch. 27, 17). On mangeait 
aussi les épis, coupés avant d'être 
mûrs et rôtis au feu; des épis rôtis se 
trouvaient parmi les offrandes du tem- 
ple, on en offrait particulièrement 
avec les prémices (voy. Lévit. 2, 14 
et 23 , 14). La récolte du froment se 
fait à la fin d'avril. Uépeautre, espèce 
particulière de froment, se trouvait 
aussi en Palestine; il paraît résulter 
d'un passage d'Isaïe (28, 25) qu'on le 
semait au bord des champs. 

L'orbe était peu estimée; elle ser- 
vait surtout à nourrir les chevaux (I 
Rois, 5, 8), et de nos jours encore 
<on en fait le même usage; on la coupe 
a la fin de mars. V avoine est fort 
rare 2 . 

Le riz est maintenant cultivé avec 
succès sur les bords du )ac tfEl-houla*. 
Dans la Bible il n'en est pas question; 
îe Talmud le connaît sous le nom 
de Orez (6'puÇa). — Le dourra, main- 
tenant très-commun en Palestine et 
en Egypte, est une espèce de millet. 
Les Arabes pétrissent la farine de 
dourra avec du beurre, de l'huile, de 
la graisse et du lait de chameau , et ils 
en font du pain dont Niebuhr trouva 
le goût fort désagréable. Une autre 
espèce de millet est mentionnée dans 



la Bible (Ezéch. 4 , 9) sous un nom 
usité encore aujourd'hui chez les Ara- 
bes , c'est le dokhn l {holcus dochna 
Linn). On le cultive en Syrie et en 
Egypte; étant encore vert il sert de 
fourrage ; quand il est mûr on en fait 
de l'empois; mais on le mange aussi 
comme bouillie, ou même sous la 
forme de pain , ce qui résulte aussi du 
passage d'Ézéchiel. 

Parmi les plantes légumineuses la 
Palestine produit surtout des lentilles 
et des fèves. Les premières sont déjà 
mentionnées dans l'histoire du patriar- 
che Jacob, auquel Ésaù vend son droit 
d'aînesse pour un plat de lentilles*. 
Dans le 2 e livre de Samuel (ch. 23, v. 
11) il est question d'un champ semé 
de lentilles, et dans le même passage 
il est parlé des fèves , sous le nom de 
Phôl (2 Sam. 17, 28), qu'elles portent 
encore aujourd'hui chez les Arabes. 

6. Plantes potagères ou cultivées. 

Les herbes amères (Merorîm) qui 
servaient de salade sont mentionnées 
dans l'Exode (12, 8); on devait en 
manger avec l'agneau pascal. A ce 
sujet le Talmud nomme plusieurs 
espèces, entre autres la laitue et Y en- 
dive. — Les Hébreux aimaient le por- 
reau, Yail et Yoignon, qu'ils regret- 
taient de ne plus trouver dans le désert 
après leur sortie d'Egypte (Nombres , 
11, 5). Les Égyptiens s'abstenaient 
de manger ces plantes auxquelles ils 
rendaient un culte 3 , et elles se trou- 
vaient probablement en grande quan- 
tité à la disposition des Hébreux , qui , 
plus tard, n'auront pas manqué de 
les cultiver dans leurs jardins en Pa- 
lestine. En effet, il est souvent ques- 



! Minnith était situé dans le pays des 
ammonites (Juges, II, 33.) 

2 Volney, État phys. de la Syrie, r ch. I , § 
8. Selon cet auteur, le seigle se cultive éga- 
lement en Syrie. L'avoine et le seigle ne 
sont pas mentionnés dans la Bible; mais il 
en est question très-probablement dans la 
Mischna (texte du Talmud). On y men- 
tionne deux espèces de blé sous les noms 
de scniBBOLETH schoual (épi de renard) et 
scihpeion . Selon les commentateurs le premier 
désigne l'avoine et le second le seigle. 

3 Volney , 1. c. 



1 En hébreu dohhan. 

2 II ne peut y avoir aucun doute sur le 
sens du mot hébreu adaschim; maintenant 
les lentilles portent le même nom chez les 
Arabes, qui disent adas. 

3 Porrum et cèpe ne/as violarq, ac fran- 

gere morsu. 
O sanctas génies, guibus hœc nascuntur in 

hortis 
Numina ! (Ju vénal , Sat. 15 , v. 9 , 10.) 

Les Brahmanes s'abstiennent également 
de ces plantes. Yoy. les Lois de Manon, 
liv.5, § 6. 



PALESTINE. 



19 



tion de ces plantes dans la Mischna, 
au sujet de la dîme et de l'année sab- 
batique. — Les concombres et les 
pastèques figurent également parmi 
les plantes d'Egypte tant regrettées 
des Hébreux; nous les rencontrons 
aussi dans la Palestine ancienne et 
moderne. Le prophète Isaïe compare 
la montagne déserte de Sion à la ca- 
bane du gardien dans un champ de 
concombres. Volney trouva à Yâfa 
des pastèques, préférées même à celles 
de Broulos sur la côte d'Egypte. — 
Isaïe (ch. 28 , v. 25 , 27) parle de la 
nielle et du cumin; Jésus-Christ men- 
tionne la menthe et Yaneth, comme 
des plantes dont les pharisiens 
payaient la dîme f , et qui , par consé- 
quent, étaient cultivées. Dans l'Évan- 
gile de St. Luc, Jésus parle aussi de la 
rue , que la Mischna compte parmi 
les herbes potagères non soumises à 
la dîme. — Le sénevé, à ce qu'il pa- 
raît, était cultivé dans les jardins, 
car il était soumis à la dîme 2 ; mainte- 
nant il croît sans culture. Chez les 
rabbins le grain de sénevé a passé en 
proverbe, pour désigner une chose 
extrêmement petite; ce qui explique 
ces paroles de l'Évangile (Luc. 17, 
6.) : Si vous aviez une foi semblable 
au grain de sénevé 3 . 

e. Herbes et arbustes sauvages. 

Parmi les plantes qui croissent sans 
art il en est une qui joue un grand 
rôle dans la loi de Moïse , où elle est 
appelée Ézob, mot qu'on rend ordi- 
nairement par hysope, mais que tous 
les rabbins arabes expliquent par Sah- 
tar*, qui est Y origan, plante aroma- 
tique de la famille des labiées et ana- 
logue à notre hysope. Cette plante 
aime un sol sec et pierreux, et on la 
voit quelquefois croître au milieu des 
bâtiments en ruine; c'est pourquoi 
l'Écriture dit : « Y Ézob qui croît sur 

1 Matth. 23 , 23. 

* Mischna , des dîmes , ch. 4 , § 6, 

3 Voy. aussi la parabole sur lu royaume 
des cieux, Matth, 13, 31 ; Marc 4, 31 ; Luc, 
13, 19. 

4 Voy. le Sépher schoraschim (livre des 
racines) de R. David Kimchi. 



le mur. » (I Rois, 5, 13.) Pour les as- 
persions du sang des sacrifices et de 
l'eau lustrale, Moïse recommande de. 
se servir d'un bouquet (Yézob. Dan? 
plusieurs cérémonies symboliques de 
purification, on se servait en même 
temps de bois de cèdre et d'ézob 1 , 
comme des deux degrés extrêmes de 
l'échelle des plantes. — La câpre 
est mentionnée dans l'Ecclésiaste (12 , 
5), selon les anciennes versions, et 
souvent dans le talmud. — Le pro- 
phète Jérémie (2 , 22) parle de la sapo- 
naire. St. Jérôme, qui conserve dans 
sa traduction le mot hébreu borith, dit 
dans le commentaire, que ce mot dé- 
signe une herbe qui croît en Palestine 
dans des endroits humides et qui 
sert au lavage \1 indigo, dit Vol- 
ney , croît sans art sur les bords du 
Jourdain au pays de Bisân, et il ne 
demande que des soins pour acquérir 
de la qualité. Selon le même auteur, 
la Palestine abonde en sésame propre 
à faire de l'huile. — Dans l'histoire 
du prophète Élie il est question du 
genêt (I Rois, ch. 19, v. 4 et 5) ; le pro- 
phète, fugitif dans le désert, s'endort 
sous un arbuste de genêt {Rôthem , en 
arabe ratam). Dans les déserts de 
l'Orient on fait du feu avec cet arbuste ; 
dans les Psaumes (120, 4), la langue 
du calomniateur est comparée à la 
braise du genêt. — L'arbre merveil- 
leux du prophète Jonas à Ninive est, 
selon le commentaire de St. Jérôme, 
très-commun en Palestine; il croît 
dans des endroits sablonneux. Le mot 
hébreu est kikayôn; les rabbins ara- 
bes expliquent ce mot par El-kheroua, 
qui est le ricin. Les détails que donne 
St. Jérôme s'appliquent parfaitement 
à cet arbuste. De ses graines on fait 
de l'huile; il en est question dans la 
Mischna, où on l'appelle huile de kik. 
N'oublions pas le roseau de marais 
du lac de Merôm, qui, selon Pline, 
sert à faire d'excellentes flèches (Hist. 
Nat. 6. 13); là, dit le même auteur, il 
croît aussi du papyrus, comme à 
Babylone et sur le Nil. 
En fait de plantes nuisibles, ou 

1 Voy. Lévit. ch. 14, v. 4 et 49; Nombres, 
ch. 19, v. 6. 



20 



L'UNIVERS. 



qu'on prenait pour telles, à cause de 
leur goût amer, la Bible mentionne 
les pakkouôth 1 , espèce de concom- 
bres sauvages (cucumeres* asinini); 
Y absinthe qui chez les auteurs hébreux 
est très-souvent l'image du malheur 
et de tout ce qui est désagréable et 
nuisible ; le rôsch* que quelques com- 
mentateurs ont pris pour la colo- 
quinte, d'autres pour la ciguë. Il pa- 
raît que le mot hébreu signifie plante 
vénéneuse, en général. Selon un pas- 
sage du prophète Osée (10, 4), le rôsch 
pousse dans les sillons des champs ; 
ici c'est probablement la zizanie (Çi- 
Çàvtov, lolium temulentum, l'ivraie an- 
nuelle des botanistes), dont il est 
question dans l'Évangile de St. Mat- 
thieu (ch. 13 , v. 25 et suiv.) , et qui 
cause des vertiges et des éblouisse- 
ments 3 . Volney dit, en parlant des 
paysans de la Syrie 4 : « Pour ne rien 
« perdre du grain, ils y laissent toutes 
« les graines étrangères, même Yi- 
« vraie (en arabe Ziouân), qui donne 
« des vertiges et des éblouissements 
« pendant plusieurs heures, ainsi qu'il 
« m'est arrivé de l'éprouver. » 

C'est ici qu'il y a lieu de dire quel- 
ques mots du fameux arbre de So- 
dome, mentionné déjà probablement 
par Moïse sous le nom de vigne de 
Sodome (Deutéron. ch. 32, v. 32). Se- 
lon Josèphe, on trouve dans les envi- 
rons de la mer Morte un fruit d'une 
Belle apparence, mais qui, dès qu'on 
le touche , se cnange en cendres (De 
bello jud. 1. 4, c. 8, § 4). On pense 
bien que les voyageurs et les pèlerins 
ont cherché ce fruit; quelques-uns 
ont douté de son existence , d'autres , 
comme Hasselquist, l'ont pris pour le 
solanum melongena de Linné, que 
l'on trouve en grande quantité dans 
le voisinage du lac et qui est quelque- 
fois rempli de poussière, lorsqu'il est 
attaqué par un insecte. M. de Cha- 
teaubriand , après avoir cité les opi- 
nions de différents autres voyageurs , 

1 2. Rois, 4, 39. 

2 Ce mot signifie aussi poison. Voy. Deu- 
téron. 29, 18; 32,33 

3 Et careant loliis oculos vitianlibus agri. 

Ovid. Fast, 1,691. 

4 T. II , ch. 13. 



ajoute ce qui suit : « Me voilà bien 
« embarrassé, car je crois aussi avoir 
« trouvé le fruit tant cherché : l'ar- 
« buste qui le porte croît partout à 
« deux ou trois lieues de l'embouchure 
« du Jourdain; il est épineux, et ses 
« feuilles sont grêles et menues ; son 
« fruit est tout à fait semblable en 
« couleur et en forme au petit limon 
« d'Egypte. Lorsque ce fruit n'est 
« pas encore mûr, il est enflé , d'une 
« sève corrosive et salée ; quand il est 
« desséché il donne une semence noi- 
« râtre qu'on peut comparer à des 
« cendres , et dont le goût ressemble 
« à un poivre amer. » 

d. Arbustes et fleurs d'agrément. — 
Baumes. 

Les jardins de la Palestine étaient 
riches en parfums de diverses espè- 
ces; au milieu de cette nature enchan- 
teresse qui entoure de toutes parts les 
deux amants du Cantique des canti- 
ques s'exhalent les odeurs les plus 
suaves, les fleurs et les parfums vien- 
nent répandre tous leurs charmes sur 
le langage d'amour des fiancés. Plu- 
sieurs plantes qui offrent des images 
à l'auteur du Cantique n'étaient con- 
nues parmi les Hébreux que comme 
des objets de luxe introduits des pays 
étrangers , surtout de l'Inde et de l'A- 
rabie. Nous ne parlerons ici que des 
plantes indigènes : « Mon ami (dit 
l'amante dans le Cantique) est comme 
une grappe de Copher dans les vignes 
d'En-Gadi. » Cette plante est celle 
que les Arabes appellent Al-henna; 
elle est très commune en Palestine et 
en Egypte. Chez les anciens elle s'ap- 
pelait cyprus (jcu7rpoç), nom qui se 
trouve aussi dans les versions grec- 
que et latine pour le mot hébreu co- 
pher. C'est la lawsonia inermis de 
Linné , arbuste de hauteur d'homme , 
dont les feuilles, qui ressemblent à 
celle du myrte , ne tombent pas en 
hiver. Les fleurs qui poussent au bout 
des branches forment une espèce de 
grappe. La variété des couleurs et l'o- 
deur agréable des bouquets du henna 
en font une parure dont les femmes 
sont fort jalouses. Cette plante joue 



PALESTINE. 



21 



un grand rôle dans la toilette des 
femmes orientales; ses feuilles cuites 
dans l'eau, séchées et pulvérisées, 
donnent une poudre de couleur oran- 
ge , avec laquelle les femmes se tei- 
gnent les ongles et les cheveux *. 
L'amante du Cantique parle aussi de 
la mandragore qui répand son par- 
fum. Cette plante croît sans culture 
en Palestine et dans les pays environ- 
nants. Il en est question aussi dans 
la Genèse ( ch. 30, v. 14 et suiv.) et 
il résulte de ce passage, que déjà du 
temps de Jacob, les Orientaux voyaient 
dans le fruit de la mandragore un re- 
mède contre la stérilité, superstition 
répandue encore aujourd'hui dans 
tout l'Orient. 

En fleurs, la Palestine nous offre 
des jacinthes, des jonquilles, des 
anémones, des tazettes, dans les 
environs du Garuiel; la plaine de Sa- 
ron est riche en roses, en lis, en 
narcisses et en giroflées. La fiancée 
dit (Cant. ch. 2, v. i ) : Je suis le nar- 
cisse de Saron , le lis des vallées. Au- 
trefois il y avait de belles roses dans 
les environs de Jéricho (Sirach, 24, 
18); maintenant on en trouve au vil- 
lage de Saint- Jean, dans le désert du 
même nom. Ce qu'on appelle la rose 
de Jéricho (anastatica hierochuntica , 
Linn.) n'est qu'un arbuste de quatre 
à cinq pouces de hauteur, qui se com- 
pose d'une multitude de petites bran- 
ches sur lesquelles poussent des feuil- 
les et des fleurs extrêmement petites. 
Les pèlerins disent que ces roses 
croissent dans le désert à tous les en- 
droits que Marie, dans sa fuite en 
Egypte, toucha du pied. On dit que 
la rose de Jéricho, étant déjà dessé- 
chée, s'ouvre de nouveau lorsqu'on 
la met dans l'eau. Ritter cite une ex- 
périence faite, après sept cents ans, 
sur une des roses rapportées de la 
terre sainte au temps des croisades et 
conservées comme reliques 2 . 

La Palestine était autrefois célèbre 
pour son baume. Pline dit (Hist. nat. 

1 Voy. Hartmann, Die Hebrœerin am 
Putztische (sur la toilette des femmes chez 
les anciens Hébreux), t. II, p. 356 et suiv. 

2 Erdkunde, t II, p. 431. 



1. 12, c. 25) : Omnibus odoribusprx- 
fertur balsamum , uni terrarum Ju- 
dœx concessum. Strabon dit égale- 
ment que le baume ne se trouve que 
dans les jardins de Jéricho, et, selon 
Justin, la Judée en tirait une grande 
partie de ses revenus ■ . On voit que 
tous ces auteurs ne connaissaient pas 
le baume d'Arabie. Il ne faut pas con- 
fondre le baumier de la Judée, ar- 
buste de la hauteur d'une ou deux 
coudées 2 , avec celui de la Mecque, 
qui arrive à la hauteur du grenadier. 
Le baumier se cultivait dans deux 
jardins célèbres près de Jéricho et 
d'Ên-gadi. Ces jardins, détruits par 
les Juifs dans leur guerre avec les Ro- 
mains , furent rétablis par ces der- 
niers. Il en est encore question au 
huitième siècle (voy. Ritter p. 349, 
350). Le baumier suait aux mois de 
juin, juillet et août. On obtient le 
baume en faisant des incisions dans 
l'écorce, opération qui demande beau- 
coup de précaution et pour laquelle il 
faut se servir d'un fragment de pierre 
ou de verre 3 . Abdallatif, médecin 
arabe du douzième siècle, donne de 
longs détails sur la manière de re- 
cueillir le baume; il dit aussi que , se- 
lon Galien, le meilleur baume se 
trouvait autrefois en Palestine, mais 
que de son temps on n'en voyait plus 
dans ce pays 4. Sous Pompée le bau- 
mier de Jéricho fut apporté en triom- 
phe à Rome. Dans la Bible on nomme 
plusieursfois le pays de Gilead comme 
la patrie d'un baume salutaire 5 . 
Comme les auteurs grecs et romains 
placent le baumier dans les environs 
de Jéricho, OEdman 6 et après lui 



1 Opes genti ex vectigalibus opobalsamt 
crevere, quod in his tanlum regionibus gi- 

Snitur. Hist. L. 36, c. 3. Voy. aussi Tacite, 
[ist. L. 5 , C. 6. 

2 Modica arbor, dit Tacite. 

3 Si vim ferri adhibeas, pavent vence, 
fragmine lapidis aut testa aperiuntur. Ta- 
cite , /. c. Inciditur vitro, lapide, osseisve 
cultellis ; ferro Icedi vitalia odit. Pline, L c. 

« Relation de l'Egypte par Abdallatif, 
traduction de M. Silv. de Sacy, page 21. 

* Genèse, 37, 25; Jérémie,8, 22; 46, 110 

• Sammlungen, troisième cahier, p. n 
et suiv. 



2ÏJ 



L'UNIVERS, 



Rosenmùller « ont pris le baume de 
Gilead pour Y huile du zakkoum 
(elaeagnus angustifolius, Linn.) qui 
est le myrobalan des anciens (Pline, 
1. 12, ch. 21). L'arbre du zakkoum, 
qui existe encore maintenant en Pa- 
lestine, ressemble à un prunier; son 
fruit est un gland sans calice, sous 
l'écorce duquel est une pulpe, puis 
un noyau dont on tire une huile que 
les Arabes considèrent comme un 
médicament fort précieux pour les 
blessures. Parmi les produits de Gi- 
lead la Genèse mentionne encore deux 
substances sous les noms de Necoth 
et Lût. Les anciennes versions et les 
commentateurs ne sont pas d'accord 
sur le sens de ces mots; la plupart 
des savants modernes prennent le 
necôth pour la gomme adragant que 
donne la tragacante, et le lot pour le 
ladanum, substance résineuse qui se 
trouve sur les branches du ciste. 11 
paraît résulter d'un passage du Can- 
tique (ch. 4, v. 6) que la Palestine 
ancienne produisait aussi la myrrhe 
et r encens. 

e. Matières textiles. 
La Palestine produit le lin ,1e chan- 
vre et le coton. Le lin y était cultivé 
déjà avant l'entrée des Hébreux. Les 
deux explorateurs que Josué envoya 
à Jéricho sont cachés par Rahab sous 
des tiges de lin qu'elle avait disposées 
sur le toit, probablement pour les faire 
sécher au soleil. Avant l'époque de 
l'exil de Babylone nous ne trouvons 
pas d'indications certaines d'une 
plante filamenteuse autre que le lin. 
Le schesch (\}yù), dont il est très- 
souvent question dans le Pentateuque 
(dans les versions grecque et latine 
byssus ) et que beaucoup de savants 
modernes prennent pour le coton, 

• Biblische Naturgesckichte , t. I,p. 168 
et suiv. On peut observer contre cette opi- 
nion gue les Septante rendent le mot hé- 
breu Çori par p-ryavï] (gomme, résine), et 
que, selon le Talmud, le Çori est une ré- 
sine qui coule des arbustes du baumier 
;Kerithoth, fol. 6 recto). Voy. aussi le com- 
mentaire de Yarchi à la Genèse 37, 25. Il 
est donc plus probable que le baumier était 
autrefois cultivé dans le pays de Gilead. 



n'est, selon l'opinion des anciens rab- 
bins, qu'un fil particulier de lin. La 
femme forte, dans les Proverbes de 
Salomon ( ch. 31 , v. 13 ), n'emploie 
dans ses travaux que la laine et le lin. 
Les vêtements des prêtres étaient de 
lin ; Isaïe parle de mèches de lin (42 , 
3; 43, 17 ) et de Yétoupe ( 1 , 31 ); Jé- 
rémie mentionne des ceintures de lin 
(13, 1). Le chanvre, originaire delà 
Perse, n'était pas cultivé par les an- 
ciens Hébreux; il n'en est pas ques- 
tion dans la Bible , mais la Mischna 
le mentionne sous le nom de Kanbos 
ou Kannabos (cannabis). Le coton- 
nier ne fut probablement introduit en 
Palestine que sous les derniers rois de 
Juda. Le mot bouss ( y^ le byssus 

des anciens) que l'on trouve dans les 
livres bibliques de la dernière époque, 
tels que les Chroniques , Esther, Ezé- 
chiel, désigne peut-être le coton. Ce- 

Î>endant les anciens rabbins prennent 
e mot bouss lui-même dans le sens de 
lin, et la Mischna appelle le coton -|py 

7S3i laine de vigne l , ce qui prouvé 
que les rabbins ne trouvaient pas de 
nom biblique pour le coton 2 . Quoi 
qu'il en soit , la Palestine a su s'appro- 
prier cette plante, et encore, dans les 

1 Sans doute parce que les feuilles du 
cotonnier ressemblent à celles de la vigne. 

2 Comparez Braun : De vestitu sacerdo- 
tum hebrœorum , lib. I , c. 6 et 7. — Jahn, 
Rosenmùller, Gesénius, et d'autres savants 
qui ont écrit sur l'archéologie biblique, 
voient le coton, non-seulement dans le bouss, 
mais aussi dans le schesch que l'on trouve 
déjà dans l'histoire de Joseph en Egypte 
(Genèse, ch. 41, v. 42); mais les traditions des 
anciens rabbins , plus rapprochés des temps 
bibliques, ne sont nullement à dédaigner. 
La ressemblance des mots bouss et byssus 
ne prouve rien, car le mot byssus lui-même 
a un sens très-vague et se prend aussi pour 
le lin. Au reste, le célèbre philologue J. H. 
Voss s'est livré au sujet du byssus à des 
recherches profondes et il a prouvé que le 
coton, originaire de l'île de Tylos dans le 
golfe Persique, n'a été apporté aux Hébreux 
que peu de temps avant l'exil de Babylone, 
et plus tard encore aux Égyptiens. Voy. 
Mythologische Briefe, deuxième édition, t. 
III, p. 262 et suiv. Voy. aussi, à l'appui de 
celte opinion : Dutrochet, Note sur la subs- 
tance végétale qui a servi à la fabrication 
des toiles qui enveloppent les momies d'E- 
gypte. Compte rendu des séances de l'Aca- 
démie des sciences, vol. IV, pag. 739 ; séance 
du 15 mai 1837. 



PALESTINE. 



28 



temps modernes , elle y fut cultivée 
avec beaucoup de succès. Dans la se- 
conde moitié du dix-septième siècle, 
on exportait seulement pour Mar- 
seille cent trente et un mille livres de co- 
ton par an, comme on peut le voir dans 
les relations du chevalier d'Arvieux. 
Du temps de Volney (1783-85) le vil- 
lage de Mesmiéj à quatre lieues de 
Ramla, fournissait beaucoup de co- 
ton, et il y avait au village de Loudd 
(Lydda), une fois par semaine, un 
marché où les paysans de tous les en- 
virons venaient vendre leur coton filé 
(T. II, ch. 7). « Avant le ravage des 
derniers troubles, dit le même voya- 
geur ( État phys. , ch. i , § 8), Yàfa 
voyait dans ses jardins deux plants 
du coton-arbre de l'Inde, qui gran- 
dissaient à vue d'œil. » Le coton fait 
partie des semailles d'été; sa récolte 
tombe dans le mois de septembre. 

/. Vigne. 

Dans la bénédiction que Jacob, 
avant de mourir, donne à ses douze 
fils, il dit, en parlant de Juda : « Il 
« attache à la vigne son âuon, et au 
« cep le petit de son ânesse; il lave son 
« vêtement dans le vin, et son manteau 
« dans le sang de raisins. 11 a les yeux 
« pétillants de vin , et les dents blan- 
« chesde lait. » Les montagnes et les 
collines qui traversent le pays des Hé- 
breux favorisaient la culture de la vi- 
gne, et le canton de Juda surtout était 
célèbre pour son vin. Là se trouve la 
vallée ftEscol (grappe), d'où les ex- 
plorateurs qu'avait envoyés Moïse rap- 
portèrent un pampre et une grappe de 
raisins que deux hommes portèrent 
sur un bâton. Des voyageurs moder- 
nes ont trouvé dans ces contrées des 
grappes qui pesaient jusqu'à 12 livres 
et dont les grains avaient la grosseur 
de petites prunes; un seul homme ne 
peut se charger de les porter bien loin, 
si on veut les conserver dans toute 
leur beauté. Là sont aussi les vignes 
d'En-gadi (Cantique, 1, 14) et de 
Thimnath (Juges, 14, 5), ainsi que la 
vallée de Sorek qui, sans doute, a tiré 
son nom d'une espèce de vignes 
renommée. Mais il y en avait aussi 



dans d'autres contrées de la Palestine. 
Naboth possédait àYezréel une vigne, 
pour laquelle le roi Achab lui en offrit 
une meilleure (I Rois, ch. 21, v. 1, 2). 
A l'est du Jourdain, Moab était un pays 
de vignobles, et lorsque Isaïe prédit 
la chute de Moab , il pleure la vigne de 
Sibma : « Les maîtres des nations en 
« écrasent les ceps, qui touchaient 
« Yaazer, allaient se perdre dans le dé- 
« sert, et dont les jets se répandaient 
« au loin et passaient la mer, » c'est- 
à-dire le lac Asphaltite. La Palestine, 
au milieu de ses ruines et de sa désola- 
tion , n'a pas perdu cette belle plante, 
mêmesous le gouvernement des Turcs, 
dont les principes religieux sont hos- 
tiles au vin. C'est toujours l'ancien 
pays de Juda qui se distingue par ses 
vignes; on en voit beaucoup dans les 
environs de Hébron. L'on ne s'en sert, 
dit Volney r , qu'à faire des raisins 
secs mal préparés, quoique l'espèce 
soit fort belle 2 . A Bethléem, où il y a 
des chrétiens, on fait du vin blanc, 
qui, selon le même auteur, justifie la 
réputation qu'avaient jadis les vins de 
Judée; mais il a l'inconvénient d'être 
trop capiteux. Etienne Schulz, voya- 
geur allemand, raconte que dans un 
village des environs de Saint-Jean 
d'Acre il soupa avec ses compagnons 
de voyage sous un grand cep de vigne, 
qui avait environ un pied etdemi de dia- 
mètreet trente piedsde hauteur, etdont 
les branches, soutenues de tous les cô- 
tés, formaient un abri de plus de cin- 
quante pieds en long et en large : « Je 
« me rappelai alors, dit-il, le verset de 
« Michas (ch. 4, v. 4) : Ils demeurer ont, 
« chacun sous sa vigne et sous son 
«figuier*. » Le raisin de Palestine 
était, pour la plupart, rouge, de là 
l'expression sang de raisins* : « Pour- 
« quoi ce rouge sur ton vêtement, et 

1 T. II, vers la fin du ch. 6. 

2 Selon Shaw , on en fait aussi du sirop 
dont on exporte en Egypte 300 charges de 
chameau par an {Travels, p. 339, deuxième 
édit.). 

3 Schulz, Leitungen des Hœchsten , t. V, 
p. 285. — Être assis sous sa vigne et saus 
son figuier est, dans la Bible, une expression 
proverbiale , qui veut dire : vivre en pais* 

4 Genèse, 49, il; Deutéron. 32, 14 Com- 
parez Isaïe, 63 , 2 et suiv. 



24 



L'UNIVERS. 



* tes habits comme d'un homme qui 
« foule la cuve? » (Isaïe, 63, 2.) Dès 
les mois de juin et de juillet on avait 
du raisin mûr, mais les vendanges ne 
se faisaient qu'en septembre. Nous 
aurons l'occasion de revenir sur les 
fêtes des vendanges dans une autre 
partie de cet ouvrage. Les poètes bi- 
bliques comparent le peuple d'Israël 
à une vigne. Dans les Psaumes (80, 9) 
ce peuple est appelé un cep de vigne 
transplanté d'Egypte. Israël est une vi- 
gne luxuriante, dit le prophète Osée 
(10, 1). Tombé dans le péché, il est 
comparé par Isaïe (ch. 5) à un vigno- 
ble qui a trompé l'espérance du vigne- 
ron; la même image se trouve dans la pa- 
raboledeJésus(Matth.ch.21,v. 33-41). 

g. Arbres fruitiers et forestiers. 

Outre les arbres fruitiers, communs 
dans nos contrées , tels que le pom- 
mier, le poirier, le noyer, le cerisier, 
l'abricotier, l'amandier, etc., la Pales- 
tine en possède plusieurs d'une noble 
espèce et qu'il est important de con- 
naître pour l'intelligence de la Bible. 
U olivier, toujours verdoyant, et qui, 
selon Pline (1. 16, ch. 44), arrive à 
l'âge de deux cents ans, est toujours 
compté dans la Bible parmi les riches- 
ses dont le ciel avait béni le pays des 
Hébreux. Il paraît que la contrée la plus 
riche en oliviers était la Scheféla ou le 
bas pays au sud-ouest ; car parmi les 
ministres de David nous trouvons un 
inspecteur des oliviers dans cette con- 
trée (I Chron. 27, 28). C'est là aussi 
que des voyageurs modernes ont trouvé 
un grand nombre d'oliviers. Hassel- 
quist en trouva dans trois vallées en- 
tre Yâfa et Jérusalem , et Volney en a 
tu à Ramla, qui croissaient à la hau- 
teur des hêtres. Çà et là il y avait aussi 
des plantations d'oliviers dans les mon- 
tagnes; on connaît la célèbre monta- 
gne près de Jérusalem autrefois plan- 
tée d'oliviers , qui ont presque entiè- 
rement disparu. Seydîitz, voyageur 
du seizième siècle (1556), en a rencon- 
tré dans les montagnes du midi l , et 
Belon sur les collines de Nablous 2 . 

1 lahn : Archéologie , t. I, p. 397. 

2 Rosmimuller, 1. c, 1. 1, p. 269. 



Selon la bénédiction de Moïse (Deu- 
tér. 33, 24), Asser devait baigner son 
pied dans l huile. Les anciens Hébreux 
exportaient beaucoup d'huile d'olives , 
en Phénicie (Ézéchiel , 27 , 17 ) et en 
Egypte (Osée, 12, 2). Salomon donna 
20,000 bath d'huile aux ouvriers de 
Tyr (II Chron. 2, 9). Les olives de Pa- 
lestine sont encore maintenant préfé- 
rables à celles de Provence; si l'huile 
qu'on en tire est aujourd'hui moins 
estimée, il faut en attribuer la cause au 
peu de soin qu'on met dans la fabri- 
cation. U olivier sauvage, appelé dans 
la Bible : arbre d'huile z , a été remar- 
qué dans les temps modernes, aux 
environs de Jéricho 2 . Il porte un fruit 
bien plus grand que celui de Y olivier 
cultivé, mais l'huile qu'on en prépare 
n'est pas aussi bonne et on ne s'en 
sert que pour des médicaments. Le 
figuier de Palestine n'est pas moins 
remarquable; pendant dix mois de 
l'année il porte ses fruits 3 , et, en 
trois récoltes, il en offre trois quali- 
tés différentes. Quand les dernières 
pluies sont passées, le figuier par- 
fume ses fruits verts ( Cant. 2,13) 
qui germent dès l'équinoxe du prin- 
temps; cesfgues de primeurse cueil- 
lent au mois de juin : ce sont les meil- 
leures (Jérémie, 24, 2). Pendant que 
celles-ci mûrissent, les figues d'été 
commencent à pousser. Les Arabes 
les appellent Carmous; elles se cueil- 
lent au mois d'août, et se conservent 
longtemps. A la même époque les fi- 
gues d'hiver commencent à se mon- 
trer; celles-ci ne mûrissent que fort 
tard dans l'automne , lorsque l'arbre a 
déjà perdu son feuillage. Si l'hiver 
n'est pas trop rigoureux, on ne les 
cueille qu'au mois de janvier. Elles 
sont plus grandes que les autres figues, 
d'une forme plus ovale et de couleur 
violette. Dès la plus haute antiquité 
les figues sèches étaient très-estimées; 
pour les conserver plus longtemps, on 
en formait des masses ou cabas, que 

1 Dans un passage de Nehemias (8, là) 
il est expressément distingué de V olivier cul- 
tivé, qui s'appelle Zaïth. 

7 Sclmlz,l. c. p. 86. 

3 Josèphe, de Bellojud. 1. III, ch. ro, g 5. 



PALESTINE. 



25 



les Hébreux appelaient Debéllm 
(Q>S:n)- Les figuiers sauvages ou 
les sycomores se trouvaient en grand 
nombre dans Ja plaine appelée Sche- 
féla (I Rois, ch. 10 , v. 27). Le syco- 
more a le tronc très-fort, et ses bran- 
ches horizontales, toujours vertes, 
s'étendent au loin. Il a des feuilles sem- 
blables à celles du mûrier; ses fruits , 
quiressemblentauxfigues,ontungoùt 
fade et peu agréable. Le bois , quoi- 
que léger, est très-durable; les Hébreux 
remployaient aux constructions (Isaïe, 
9, 9). Les cercueils des momies, que 
les Egyptiens faisaient du bois de sy- 
comore, se sont conservés jusqu'à nos 
jours ». Cet arbre par sa forte cons- 
titution , ses branches d'un vaste dé- 
veloppement et sa verdure perpétuelle, 
est un lieu de rendez-vous fort agréa- 
ble et fort commode ; les Orientaux y 
grimpent encore maintenant, comme 
Zaccnée dans l'Évangile de saint Luc 
(19, 4), et ils s'y installent pour fu- 
mer et causer. De nos jours cet arbre 
paraît être rare en Palestine; Hassel- 
quist ne le trouva que sur la côte, 
près de Yâfa. 

Lepalmier était dans les temps an- 
ciens un des plus beaux ornements de 
la Judée , surtout des environs de Jé- 
richo, qui fut appelée, dès la plus haute 
antiquité , la ville des palmiers ( Deu- 
téron. 34, 3). Les auteurs grecs et 
romains vantent beaucoup les palmiers 
delà Judée; selon Strabon(l. xvi, c. 41), 
leurs dattes sont préférables à celles 
de Babylone et de la Thébaïde. Cet 
auteur parle du bois de palmiers près 
de Jéricho qui , dit-il , avait cent stades 
de longueur. Pline parle dans le 
même sens 2 , ainsi que Tacite ( Hist. 
1. 5, c. 6) et Justin (1. 36, c. 2). Il existe 
encore des monnaies du temps des 

' Voy. Ritter, Erdkunde , II, 432. Cet 
auteur cite aussi, d'après Clarke, des ta- 
bleaux s«r bois de sycomore, trouvés dans 
l'église de Sainte- Anne à Siphori en Galilée , 
et transportés à Cambridge. Ces tableaux , 
qui remontent bien au delà du dixième 
siècle, se sont conservés sans être piqués 
de vers. 

2 îudaea vero inclyta est vel magis palmis 
(1. 13, c. 6) — Sed ut copia ibi atque ferti- 
Utas, ita nobilitas in Judaea, nec in tota; 
eed ad Hierichuntem maxime. 



Maccabées, sur lesquelles on trouve 
le palmier comme emblème de la Ju- 
dée , et il y a des monnaies romaines 
qui portent le même emblème, avec 
l'inscription Judaea capta. On por- 
tait des branches de palmiers dans les 
marches triomphales (voy. Macca- 
bées, 1. 1, 13, 51, et II, 10, 7; Évang. 
de saint Jean, 12, 13), et pendant la 
fête des tabernacles, qui était celle 
des récoltes, on portait en procession 
les branches du palmier, ce roi du rè- 
gne végétal, comme l'appelle Linné. 
Cet usage existe encore aujourd'hui 
chez les Juifs, et la plus petite synago- 
gue des régions boréales se procure 
pour la fête des tabernacles quelques 
tranches desséchées du noble arbre, 
souvenir de l'ancienne indépendance. 
Aujourd'hui la Palestine a presque 
perdu ce bel ornement; les palmiers 
de Jéricho ont succombé sous la hache 
des Bédouins. Des voyageurs moder- 
nes en ont trouvé dans les environs de 
Saint-Jean d'Acre, de Yâfa et de Gaze ; 
mais ce n'est qu'à Yafa , dit Volney 
(1. II , c. 7), que les palmiers commen- 
cent à porter de bons fruits. Gaze, dit 
le même auteur, a des dattes comme la 
Mecque (État phys., c. i, § 8). — C'est 
à Gaze aussi qu'on voit le grenadier, 
autrefois très-comrnun en Palestine , 
comme le prouve le nom de Rimmon 
(grenade) que portaient plusieurs vil- 
les. Dans le Cantique (4, 13) on parle 
d'un jardin de grenadiers ; des grena- 
des ainsi que des dattes on tirait une 
espèce de moût (ib. 8, 2). — Les ci- 
tronniers et les orangers , que la Pa- 
lestine possède en grande quantité, ne 
sont pas mentionnés dans la Bible. Le 
cédrat, espèce de citronnier, est, selon 
la tradition rabbinique, l'arbre kadar 
ou le bel arbre dont parle la loi de 
Moïse ( Lévit. 23 , 40 ) , au sujet de la 
fête des tabernacles. Les versions chal- 
daïque et syriaque sont d'accord avec 
cette tradition. — Le pistachier était, 
dès le temps de Jacob , un des arbres 
les plus nobles de Canaan 1 ; parmi les 
présents que Jacob envoie à Joseph en 
Egypte ( Genèse , 43 , 1 1 ), se trouvent 

1 Maintenant Alep a le privilège exclusif 
des pistaches. Volney, 1. c. 



26 



L'UNIVERS. 



des botnim (na>aiaa), qui, selon 

toutes les versions orientales, sont des 
pistaches. Les Septante et la Vulgate 
ont térébintke; mais le fruit du téré- 
binthe est trop insignifiant pour figu- 
rer parmi les cadeaux offerts à un vice- 
roi. Au reste, cet arbre, qui est de 
l'espèce du pistachier et qui lui res- 
semble beaucoup, est très-souvent 
mentionné dans la Bible, quoique, 
de nos jours, il soit fort rare en Pales- 
tine. A Mamré près de Hébron , il y 
avait un bois de térébinthes. Saint Jé- 
rôme dit que, dans son enfance, on 
montrait encore, non loin de Hébron, le 
vieux térébinthe sous lequel avait de- 
meuré le patriarche Abraham. —Nous 
devons accorder une mention au carou- 
bier; il est question de son fruit dans 
la parabole du fils perdu (Évang. de 
Luc, 15, v. 16); le caroube était si 
commun qu'on en faisait manger aux 
bestiaux. 

En arbres forestiers la Palestine 
possède surtout beaucoup de chênes. 
Richard Pocock en a compté cinq es- 
pèces. Au rapport de plusieurs voya- 
geurs , tout le pays à l'est du Jourdain, 
entrele Mandhour et le Zerka (Yabbok), 
est riche en bois de chênes. Ce sont 
là probablement les chênes de Basan 
mentionnés dans plusieurs passages 
des prophètes ■. Ézéchiel dit que les 
Tyriens s'en servaient pour faire des 
rames; Isaïe mentionne les chênes 
avec quelques autres arbres dont on se 
servait pour le chauffage ainsi que 
pour la fabrication des idoles (c. 44, 
V. 15). 

Parmi les bois que les Hébreux em- 
ployaient aux constructions et que, 
en partie, ils tiraient des pays voisins, 
nous trouvons , du temps de Moïse, le 
bois de sittîm (très-probablement 
une espèce d'acacia) dont on se servit 
pour construire le tabernacle ou le 
temple portatif 2 . Plus tard , pour le 

1 Isaïe, 2, l3;Ëzéchiel,27,-6;Zacharie,n,2. 

2 L'arbre sitta, en arabe sont esl la spina 
œgyptia (mimosa nilotica, Linn. ) On le 
trouve surtout en Egypte et en Arabie; il 
devait être commun dans le pays de Moab 
sur les limitas de la Palestine, ou nous trou- 
vons la val ht des Siltim (Joël, 4 , 18; comp. 
P«ombres, 86, 1; Jos. 2, i). 



temple de Salomon, on employait le 
bois de cyprès et de cèdre. Le cèdre , 
qui joue un si grand rôle dans la Bible, 
n'est pas indigène dans le pays des Hé- 
breux ; il en sera parlé dans la descrip- 
tion de la Syrie et du mont Liban. — 

C. Animaux. 

La zoologie de la Palestine ne diffère 
point de celle des autres pays voisins. 
Ici encore nous n'avons pour but que 
de donner quelques détails qui intéres- 
sent le lecteur de la Bible, et qu'il est 
important de connaître pour l'intelli- 
gence de certains passages. 

a. Mollusques. — Poissons. — Reptiles. 

La Bible ne mentionne qu'un très- 
petit nombre d'animaux mollusques. 
David, en parlant du juge inique et op- 
presseur, désire qu'il s'en aille comme 
le limaçon qui se fond à mesure qu'il 
s'avance (Ps. 58, v. 9). Dans cette image 
le poète fait allusion à l'humidité que 
le limaçon laisse sur son chemin. — 
Un autre animal de la classe des mol- 
lusques mérite de fixer notre atten- 
tion, c'est la pourpre. Quoique son 
nom ne se trouve pas dans la Bible, 
il y est question cependant des belles 
couleurs qu'elle fournit. Deux genres 
de coquilles, fournissant les couleu»s 
dites pourpre et conchy tienne, se 
trouvent, selon Pline, sur les rivages 
de ïyr et sur plusieurs autres points 
du littoral de la Méditerranée. Selon 
les anciens rabbins, des coquilles em- 
ployées pour les teintures se trou- 
vaient sur le littoral de la Galilée «. 
Seetzen y a trouvé deux espèces de co- 
quilles, celles que Linné appelle mu- 
rex truncidus et hélix ianthina. 

I^es poissons sont très -abondants 
dans le lac de Génésareth ou de Tibé- 
riade et dans le Jourdain. Quant aux 
espèces, nous ne les connaissons que 
fort peu ; la Bible parle des poissons en 
général, mais elle ne nous fournit au- 
cun nom particulier. Parmi les poissons 

> Voy. la paraphrase chaldaïque de Jo- 
nathan, Deutéron, ch. 33, v. 19, et plusieurs 
autres passages cités dans le Lexicon cfiald. 
talmud. et rabbinicum de Buxtorf, co2. 
780. 



PALESTINE. 



27 



qui se trouvent dans le lac de Génésa- 
reth, Josèphe mentionne le coracinus 
(xopautwoç) , qu'on péchait près de Ca- 
phernaiim, et qui, dit-il, se trouve 
aussi près d'Alexandrie en Egypte 
(de Bello jud. 1. 3 , c. 10) ; Hasselquist 
ajoute le silurus, le mugil et le sparus, 
espèces qui se trouvent également 
dans le Nil (voy. Ritter, p. 316). Les 
anciens rabbins parlent d'un poisson 
de mer qu'on péchait sur les côtes de 
la Galilée et qu'ils appellent Tarith l ; 
selon les commentateurs, c'est le thon. 
Eureptiles, nous trouvons plusieurs 
espèces de lézards et de serpents ; sur 
les huit espèces de reptiles dont parle 
Moïse (Lévit. ch. n, v. 29 et 30) , six 
appartiennent à la famille des sauriens 
ou des lézards. On en compte encore 
maintenant un grand nombre de gen- 
res en Palestine et en Syrie. — Les 
serpents mentionnés dans la Bible 
n'appartenaient pas tous à la Palestine. 
Dans la Genèse le serpent est appelé 
le plus rusé de tous les animaux; 
Aristote appelle également les ser- 
pents des animaux illibéraux et insi- 
dieux (àvsXeuôîpà Jtal s7n2ouX<x) *. Parmi 
les modernes , Seetzen parle de plu- 
sieurs espèces de serpents qu'il a ren- 
contrées dans la Judée; mais il dit n'y 
avoir pas vu de serpents venimeux. Le 
même auteur parle aussi de tortues. 

b. Insectes. 

Dans les environs inhospitaliers de 
la mer Morte les scorpions se trouvent 
en grand nombre. Dans les Nombres 
(34,4) , dans le livre de Josué (15,3) et 
dans celui des Juges (1, 36) nous trou- 
vons mentionnée la hauteur des scor- 
pions, située sur la limite méridionale 
de la Judée, et par conséquent, à 
l'ouest de la mer Morte. Volney a ouï 
dire qu'il y a d'énormes scorpions dans 
les nombreuses ruines qui se trouvent 
au sud-est du lac (t. II , ch. 7). Etienne 
Schulz en a vu beaucoup dans la plaine 
du Jourdain, au-dessous de Jéricho. 
Nous avons déjà parlé des sauterelles, 
qui deviennent souvent un fléau redou- 
table pour la Palestine, ainsi que pour 

1 Paraphr. chald., 1. c. 

7 Hist. anim., 1. 1 , vers la fin du ch. I. 



la Syrie , la Perse, l'Egypte et quelques 
autres parties de l'Asie et de l'Afrique. 
Dans la Bible, on trouve neuf noms 
différents pour les sauterelles « ; il est 
impossible de dire quelles sont les dif- 
férentes espèces désignées par ces 
noms; les vastes recherches auxquel- 
les s'est livré Bochart dans le Hie- 
rozoïcon n'ont produit aucun résultat 
satisfaisant. Ses successeurs, Michaélis 
et Tychsen, n'ont pas été plus heu- 
reux ; le premier a pensé que les quatre 
noms du Lévitique (ch. n, v. 22) in- 
diquent quatre âges ou époques des 
sauterelles, selon leurs différentes 
transformations; cependant le texte 
dit très-clairement que ce sont diffé- 
rentes espèces. L'hypothèse de Mi- 
chaélis pourrait s'appliquer avec plus 
de succès aux quatre noms donnés par 
le prophète Joël (ch. 1 , v. 4), parmi 
lesquels on ne retrouve qu'un seul de 
ceux du Lévitique; mais là encore il 
serait difficile d'arriver à des résultats 
positifs. Les anciennes versions ne nous 
offrent aucun secours; car non-seule- 
ment elles se contredisent les unes les 
autres , mais les noms que nous y trou- 
vons ne nous sont pas plus connus 
que ceux du texte hébreu. Tout ce 
qu'on peut dire de certain , c'est que 
les Hébreux connaissaient plusieurs 
espèces de sauterelles, dont quatre 
pouvaient, selon le Lévitique, leur ser- 
vir de nourriture. Decenombreétaient 
sans doute les àxo'.^ç que mangeait 
Jean-Baptiste dans le désert (Matth. 
3,4; Marc ,1,6). Encore aujourd'hui 
les Orientaux mangent des sauterelles 
salées ou rôties 2 . Niebuhrdit, dans 
sa description de l'Arabie, que les 

1 Voy. Oedmann, deuxième cahier, ch. 6; 
de Wette, drchœologie, § 82, IV, not. a. 

2 Joseph de Saint-Ange dil dans son Ga~ 
zophylacium persicum : « J'ai mangé de 
« hons plats de ces sauterelles à l'exemple 
« des Arabes, qui les mangent coites dans 
« l'eau avec du sel. Elles sont aussi bonnes 
« comme les plus grosses chevrettes de mer, 
« auxquelles elles ressemblent. » Job LudoLf 
dit que les Éthiopiens les mangent avec avi- 
dité, et il ajoute : suavis enim valde , nec- 
non salubris est cibus. Voy. Historia œthiop. 
kl, C. 13. Le même auteur cite à ce sujet 
une foule de naturalistes et de voyageurs 
anciens et modernes. Commentar. ad hùi, 
œthiop., p. 168 et suiv. 



28 



L'UNIVERS. 



Juifs de l'Yémen en mangent avec au- 
tant de plaisir que les Mahométans , 
et ils prétendent que les oiseaux que 
Dieu envoya aux Hébreux dans le dé- 
sert n'étaient que des sauterelles ». En 
Orient, ces insectes remarquables sont 
beaucoup plus grands que chez nous; 
les ravages qu ils font de temps en 
temps ont été décrits par un grand 
nombre d'historiens et de voyageurs ; 
de même que Volney, que nous avons 
cité, tous les autres auteurs confir- 
ment la description du prophète Joël. 
Les sauterelles trouvent un ennemi 
redoutable dans l'oiseau samarmar, 
qui ressemble au loriot; cet oiseau, 
dit Volney, les suit en troupes nom- 
breuses , comme celle des étourneaux ; 
et non-seulement il en mange à sa- 
tiété , mais il en tue tout ce qu'il en 
peut tuer. 

Il paraît que la Palestine est aussi 
incommodée quelquefois par une es- 
pèce de mouches. A Ekrôn, dans le 
pays des Philistins , on cherchait pro- 
tection, contre ces ennemis, auprès 
d'une divinité spéciale , appelée Baal- 
Zeboub (dieu des mouches). Eugène 
Roger, voyageur du XVII e siècle, ra- 
conte que pendant son séjour à Naza- 
reth une troupe de petites mouches 
noires, appelées barqasch, fit invasion 
dans la plaine d'Escfrelon, où se trou- 
vait un camp de Rédouins composé de 
six cents tentes. Hommes et bestiaux 
manquaient d'être étouffés par ces in- 
sectes, qui leur entraient dans la bou- 
che et dans le nez 2 . Dans le livre de 
Josué (en. 24, v. 12), on dit que deux 
rois des Amorites furent chassés de 
leur pays, non pas par les armes des 
Israélites, mais par un insecte appelé 
Sirâh 3 . Ce mot est rendu communé- 
ment par frelon. Élien raconte aussi 
que les Phasélites, peuplade cana- 

1 La même opinion a été soutenue par 
Ludolf , 1. o, p. 185 et suiv. Mais la plupart 
des commentateurs anciens et modernes 
prennent les selaw pour des cailles, et c'est 
aussi l'opinion de Buffon. 

2 Voy. La Terre sainte par Roger, p. 84. 

3 Moïse avait prédit que cet insecte serait 
un puissant auxiliaire pour les Hébreux. 
Exode, 23, 28; Deutéron. 7, 20. Selon le Tal- 
mud il piquait les ennemis aux yeux et sa 
piqûre était mortelle. 



néenne, furent forcés parles guêpes 
de quitter leur pays «. 

Les abeilles qui , dans l'Orient , de- 
viennent quelquefois très-incommo- 
des et même dangereuses 2 , étaient 
pourtant une des bénédictions de la 
Palestine. L'éducation des abeilles y 
avait fait sans doute de grands pro- 
grès ; car nous trouvons le miel parmi 
les articles de commerce que les Israé- 
lites exportaient pour Tyr (Ézéchiel , 
27,17). On y trouve aussi beaucoup 
d'abeilles sauvages, dont les essaims, 
logés dans les arbres creux et dans 
les rochers , y préparent un miel qui 
est fort estimé 3 . C'est là , sans doute , 
le miel sauvage de Jean-Raptiste 
(Math. 3,4; Marc, 1,6), et le miel du 
rocher dont parlent Moïse et le poète 
Asaph (Deutéron. 32, 13, et Ps. 81, 16). 

Le kermès (le coccus des anciens) , 
insecte de l'ordre des hémiptères, qui 
s'attache à certains arbres, notam- 
ment à l'yeuse , mérite ici une men- 
tion ; il en est souvent question dans la 
Rible, où on l'appelle tholaath schani 
(ver à cramoisi). Les Hébreux en fai- 
saient un grand usage pour leurs tein- 
tures, et il est toujours mentionné 
dans l'Exode lorsqu'on parle des tis- 
sus coloriés employés dans le sanc- 
tuaire 4. 

c. Oiseaux. 

Dans le Lévitique (ch. 11 ) Moïse 
énumère vingt espèces, et dans le 
Deutéronome (ch. 14) vingt et une 
espèces d'oiseaux que les Israélites ne 
doivent pas manger. Nous ne con- 
naissons plus maintenant la valeur 
exacte de tous les noms hébreux don- 
nés par Moïse, mais nous rencontrons 

1 Histoire des animaux, 1. XI, ch. 28. 

2 Voy. Oedmann , Sammlungen , sixième 
cahier, p. 131 et suiv. Dans la Bible les 
abeilles sont quelquefois l'image d'ennemis 
nombreux et persécuteurs. Voy. Deutéron. 
i, 44; Psaume 118, v. 12. 

3 Voy. les rapports de plusieurs voyageurs 
cités par Rosenmùller : Biblische ISaturge- 
schichte, t. II, p. 425, 426. 

4 Volney dit que la plante à cochenille 
croît sur toute la côte de la Syrie , et il ajoute 
qu'elle nourrit peut-être déjà cet insecte 
précieux comme au Mexique et à Saint-Do- 
mingue. 



PALESTINE. 



29 



parmi ces noms, ceux de V aigle, du 
corbeau, de plusieurs espèces Vau- 
tours, et on peut dire avec certitude 
qu'ils désignent, pour la plupart, 
des oiseaux de proie'. A côté de ces 
oiseaux impurs nous voyons figurer, 
dans la loi de Moïse, la colombe et la 
tourterelle comme les oiseaux les plus 
purs et les seuls admis à l'autel de 
Jehova , comme offrande du pauvre. 
Au reste, nous ne trouvons en Pales- 
tine aucun oiseau bien remarquable 
qui mérite ici une mention particu- 
lière, à l'exception peut-être de la 
eolumba Palxstinx mentionnée par 
Hasselquist, et dont le plumage est 
d'une blancheur éblouissante. Parmi 
les animaux domestiques des anciens 
Hébreux nous remarquons l'absence 
des coqs et des oies. Il n'en est jamais 
question dans l'Ancien Testament; 
sans doute, ces oiseaux domestiques 
ne furent introduits que plus tard 
dans la Judée. S'il faut en croire le 
Talmud , le coq était banni de Jéru- 
salem, pour ne pas souiller la ville 
sainte par les ordures qu'il répand 
en grattant la terre. Cependant , dans 
le Nouveau Testament, il est question 
du chant du coq dans Jérusalem 
(Matth. 26 , 74 ; Marc, 14 , 68). 
La loi de Moïse renferme une dis- 

Sosition spéciale en faveur des nids 
'oiseaux (Deutér. ch. 22, v. 6, 7.) 
Il y est défendu , lorsqu'on rencontre 
un nid d'oiseaux sur le chemin, de 
prendre à la fois la mère et les petits : 
« Tu renverras la mère , dit Moïse , et 
« tu prendras les petits. » Michaëlis a 
vu dans cette loi un règlement de 
chasse, ayant pour but d'empêcher 
la destruction de certains oiseaux dans 
lesquels l'agriculteur peut voir tout 
d'abord des ennemis dangereux pour 
les semences, et qui pourtant sont très- 
utiles dans ces contrées pour détruire 
les serpents, ainsi que les troupes de 
mouches et de sauterelles a . Je rap- 

1 Les oiseaux carnivores et les oiseaux de 
proie sont aussi défendus aux Brahmanes. 
(Lois de Manou 1. 5 § il et 13). 

2 Voy. dans le Syntagma commentationum 
de Michaélis , t. II, la dissertation intitulée : 
Lsx tnosaim Dent. XXII, 6, 7, ex historia 
nairurali et moribus ASgyptiorum itlustrata, 



pellerai à ce sujet que de nos jours 
l'oiseau samarmar (turdus seleucis), 
le redoutable ennemi des sauterelles, 
est généralement respecté en Orient ; 
l'on ne permet en aucun temps de le 
tirer. 

Mammifères. 
Animaux domestiques. — Animaux sauvages. 

La Palestine possède, comme la 
Syrie, tous nos animaux domestiques, 
auxquels elle ajoute le buffle, et le 
chameau à une bosse. Dans les temps 
anciens ce furent le bœuf et Yâne qui 
jouaient le plus grand rôle parmi les 
animaux domestiques des Hébreux; 
l'un et l'autre étaient d'une grande 
importance pour un peuple d'agricul- 
teurs, et nous les voyons figurer de 
préférence dans deux passages du 
Décalogue. Nous les trouvons aussi 
parmi les richesses des patriarches , à 
côté des brebis et des chameaux. Les 
meilleurs bœufs se trouvaient autre- 
fois dans le pays de Basan, où il y 
avait de bons pâturages. David ap- 
pelle ses ennemis puissants les forts 
(taureaux) de Basants. 22, v. 14); 
les femmes voluptueuses de Samarie 
sont appelées parle berger et prophète 
Amos (ch. 4, v. i) vaches de Basan. 
La plaine de Saron, entre Yâfa et 
Lydda , avait aussi des pâturages de 
bœufs pour lesquels David nomma 
un inspecteur spécial (I. Chron. 27, 
29). On se servait des bœufs non-seu- 
lement pour labourer la terre et pour 
triturer les grains , mais aussi pour 
porter des charges et pour traîner des 
chariots. Il se faisait aussi une grande 
consommation de bœufs , non-seule- 
ment pour la table, mais aussi pouf 
l'autel. Du lait des vaches on faisait 
du fromage; le beurre , à ce qu'il pa- 
raît, était rare chez les Hébreux, com- 
me chez tous les peuples de l'antiquité. 
L'âne, animal impur pour les Hé- 
breux, leur servait de bête de somme 
et de monture. Grâces aux soins que 
les Orientaux donnent à cet animal, il 
devient chez eux pîus grand , plus 

et le Droit mosaïque (Mosaisches Recht) du 
même auteur, t. III, § 171. 



30 



L'UNIVERS. 



courageux et plus alerte que dans 
nos contrées. Il devait surtout être 
estimé en Palestine, pays de mon- 
tagnes, et où le cheval, dans les 
temps anciens , était très-rare. — Le 
mulet est souvent mentionné dans 
la [Bible, à partir de l'époque de Da- 
vid, soit que les Héoreux ache- 
tassent les mulets à l'étranger, ou 
qu'ils dérogeassent sous ce rapport à 
la loi de Moïse qui avait expressément 
défendu la copulation de deux es- 
pèces (Lévit. 19, 19). C'est à la même 
époque, et surtout sous Salomon,que 
nous voyons le cheval devenir de 
plus en plus commun chez les Hébreux. 
A la vérité, quelques anciennes peu- 
plades cananéennes avaient des che- 
vaux et elles s'en servaient dans la 
guerre * ; mais en général les chevaux 
ne pouvaient pas rendre de grands 
services dans un pays aussi monta- 
gneux, et Moïse, qui ne voulut pas 
faire des Hébreux un peuple guerrier et 
conquérant , se montra peu favorable 
à la cavalerie (Deutéron. 17, 16). Mais 
Salomon, qui se permettait mainte 
infraction à la loi de Moïse, tira beau- 
coup de chevaux de l'Egypte. Ce roi 
avait des haras bien fournis, quatorze 
cents chariots de guerre et une cava- 
lerie de douze mille hommes. Ce luxe 
fut continué et même augmenté par 
ses successeurs, ce qui ne pouvait 
manquer de scandaliser les prophè- 
tes 2 . Une belle description du cheval 
se trouve dans le livre de Job (ch. 39, 
v. 19-25). En menu bétail nous trou- 
vons la brebis et la chèvre; de tout 
temps elles étaient extrêmement abon- 
dantes chez les Hébreux. Du temps 
de Josèphe on tuait pour la Pâque 
256,500 agneaux 3 . La Palestine 
possède , comme tout l'orient et le 
nord de l'Afrique , une espèce de bé- 
liers qui ont la queue très-longue et 
très-grasse. Cette queue pèse quel- 
quefois jusqu'à quarante livres, et on 
est obligé de la soutenir par un petit 
chariot que le bélier traîne après lui 

1 Voy. Josué, ch. il , v. 4; Juges , cb. 5, 
v. 22. 
1 Voy. Isaïe, ch. 2, v. 47; Osée,ch. I, v. 4. 
•De Bellojud., I. 6, c. 9, 



(voy. Tab. III). On comprendra main- 
tenant, pourquoi chez les Hébreux la 
queue des béliers figure toujours parmi 
les meilleures parties de la victime qui 
devaient être brûlées sur l'autel l . Rus- 
sel, dans son histoire naturelle d'Alep, 
parle d'une espèce particulière deche- 
vres, que l'on trouve en Syrie et en Pa- 
lestine et qui se font remarquer par 
leurs longues oreilles. Elles ont les 
cornes petites, le corps long et mince, 
le poil court, et leur couleur est pres- 
que toujours d'un rouge clair. Selon 
Sonnini, on appelle cette espèce chèvre 
de Mambré, parce qu'elle est très- 
commune sur la montagne de ce nom 
dans les environs de Hébron 2 . 

Il paraît que les Hébreux même 
avant Moïse s'abstenaient de la chair 
de porc; parmi les bestiaux des pa- 
triarches nous ne trouvons jamais des 
pourceaux. Les Arabes, les Phéni- 
ciens, les Égyptiens , les Indiens ne 
les avaient pas moins en horreur. 
Quoiqu'on puisse conclure de plu- 
sieurs passages delà Bible que le 
cochon se trouvait dans l'ancienne 
Palestine , on ne saurait nullement 
admettre qu'un Hébreu se soit permis 
de l'élever en troupeaux. On pourrait 
donc s'étonner tout d'abord du trou- 
peau nombreux de pourceaux qui, 
selon les Évangiles , se trouvait dans 
les environs de Gerasa (ou mieux 
Gadara), non loin du lac de Tibé- 
riade 3 , et qui, selon saint Marc, se 
composait de 2000 individus. Mais il 
ne faut pas oublier que le district de 
Decapolis (dix villes) était habité en 
partie par des Grecs 4. Les chiens, 
quoique très-utiles aux nomades , et 
fort nombreux dans toutes les loca- 
lités, sont frappés du plus profond 
mépris chez presque tous les peuples 
de l'Orient, qui évitent leurattouche- 
ment comme immonde. Les Hébreux 



1 Voy. dans le tome IV de la Bible de M. 
Cahen, les Réjlex ions sur le culte des anciens 
Hébreux par S. Munk, page 31. 

2 Voy. Rosenmûller, t. Il, p. 85. 

5 Matth.ch.8, v. 30; Marc, ch. 5, v. II et 
13; Luc,ch. 8, v. 32. 

4 Les villes de Gerasa , de Gadara et de 
Hippos sont appelées par Josèphe des villes 
grecques. Antiq., 1. 17, ch, il, g 4. 



PALESTINE. 



31 



avaient sous ce rapport les mêmes pré- 
ventions que leurs voisins, et les chiens 
vivaient chez eux dans le même état 
où nous les voyous encore aujour- 
d'hui dans toute la Syrie. Selon Vol- 
ney x , « on y voit une foule de chiens 
« hideux, qui n'appartiennent à pér- 
it sonne. Ils forment une espèce de 
« république indépendante qui vit des 
« aumônes du public. Us sont canton- 
« nés par familles et par quartiers, et, 
« si quelqu'un d'entre eux sort de ses 
« limites , il s'ensuit des combats qui 
« importunent les passants. » Ancien- 
nement , comme aujourd'hui , ils man- 
geaient des charognes ( Exode , 22 , 
30) et quelquefois même des cadavres 
humains 2 . 

Parmi les animaux sauvages de la 
Palestine, nous trouvons en première 
ligne le lion; de nombreux passages 
de la Bible ne nous permettent pas de 
douter que le lion n'ait existé autre- 
fois dans ce pays, quoiqu'on ne l'y 
trouve plus à présent. Il habitait prin- 
cipalement dans les forêts de Basan 
(Deutéron. ch. 33, v. 22), et sur quel- 
ques points de l'Antiliban (Gant, des 
cantiques, ch. 4, v. 8) ; mais on le ren- 
contrait aussi dans d'autres contrées 
de la Palestine. Samson, David et Be- 
naïa luttèrent avec des lions et les 
tuèrent; un prophète fut tué par un 
lion près de Bethel et un autre près 
d'Aphek, non loin de Sidon 3 . Les co- 
lons que le roi d'Assyrie envoya à Sa- 
marie furent maltraités par les lions 1 *. 
La Bible parle aussi d'ours : David se 
vantait d'en avoir tué un ; des enfants 
qui avaient insulté le prophète Elisa, 
lurent tués par deux ours (II Rois , 2 , 
24). La fureur de l'ourse privée de 
ses petits avait passé en proverbe 
chez les Hébreux 5 . Volney dit que la 
Syrie est maintenant exempte des lions 

1 Voyages, t. II à la fin du ch. 9. 
1 Voy. 1 Rois, ch. 14, v. il; ch. 16, v. 4; 
ch. 21, v. 23 et 24; II Rois, ch. 9, v. 35 et 36 

3 Voy. Juges, ch. 14, v. 5; I Sam. ch. 17, 
v. 39; II Sam. ch. 32, v. 20; I Rois, ch. 13, 
v. 24, et ch?20, v. 36. 

4 II Rois, 17,25. 

s On lit dans les Proverbes de Salomon 
(17., 12) : Il vaut mieux rencontrer une 
ourse privée de ses petits , qu'un sot dans sa 
sottise. Voy. aussi 2 Sam. 17, 8; Osée, 13, 8. 



et des ours * ; mais cette assertion, 
du moins pour ce qui concerne les ours, 
se trouve contredite par le témoignage 
de plusieurs autres voyageurs, tels 
queSeetzen, Burckhardt, Buckingham, 
Ehrenberg. Ce dernier tua sur le Li- 
ban un ours d'une espèce particulière 
qu'il cite sous le nom de ursus syria 
eus. — Le sanglier, appelédansIaBible 
pourceau de forêt 2 , se trouve encore 
maintenant en Palestine dans les mon- 
tagnes et les marais; selon Volney, il 
est moins grand et moins féroce que 
le nôtre. Burckhardt l'a vu dans le 
Ghor; on le trouve surtout dans les 
joncs du lac d'El-houla, et c'est là 
très-probablement l'animal des ro- 
seaux dont parle David (Ps. 68, v. 31). 
Dans les lieux écartés il y a aussi des 
hyènes et des panthères ou des onces. 
"L'hyène est mentionnée par Jérémie 
(ch. 12 , v. 9) , comme l'a bien vu Bo- 
chart, et comme l'avait déjà vu avant 
lui l'auteur de la version grecque 3 . On 
parle plus souvent dans la Bible de la 
panthère ou de Yonce (namer, comme 
l'appellent encore aujourd'hui les Ara- 
bes). Dans le Cantique (3, 8), plusieurs 
hauteurs de l'Antiliban sont appelées 
montagnes de panthères. Burkhardt 
a vu le namer dans différentes con- 
trées du Liban, -mais il l'appelle faus- 
sement tigre. Seetzen l'a rencontré 
aussi dans les environs de Baniâs, au 
pied du Liban. C'est là et près de 
Hasbeïa qu'on a trouvé des loups; mais 
selon Volney, le loup ainsi que le vrai 
renard sont très-peu connus dans ces 
contrées. Une espèce mitoyenne, ap- 
pelée chacal, s'y trouv&en fort grande 
quantité. « Les chacals, dit Volney, 
habitent par troupes 4 aux environs 
des villes dont ils mangent les charo- 
gnes; ils n'attaquent jamais personne, 
et ne savent défendre leur vie que pat 

1 État physique de la Syrie, ch. i, dans la 
note à la fin du § 8. 

2 Ps. 80, v. 14. 

3 Lesmots de l'original quelaVulgaterend 
par avis discolor, signifient rapax bestia 
hyœna. La version grecque porte <77rrçXou«v 
uat'vYjç, caverne d'hyène. 

4 Selon Belon , ces troupes se composent 
quelquefois de deux cents individus. Obver* 
vations, 1. II, ch. 108. 



32 



L'UNIVERS. 



la fuite. Chaque soir ils semblent se 
donner le mot pour hurler, et leurs 
cris, qui sont très-lugubres, durent 
quelquefois un quart d'heure. » Les 
animaux dont Samson réunit trois 
cents, à qui il fit porter le feu dans les 
champs des Philistins 1 , étaient très- 
probablement des chacals , quoique les 
versions rendent le mot hébreu par 
renards ». Encore maintenant on 
trouve les chacals en très-grand nom- 
bre près de Gaza et de Yâfa. 

En gibier, le lièvre est fort com- 
mun ; Moïse l'avait défendu aux Hé- 
breux, et c'est à ce seul sujet qu'il est 
mentionné dans la Bible (Lévit. ,11, 
6; Deutéron. 14 , 7). Le lapin est in- 
finiment rare. Enfin nous trouvons le 
genre cerf, représenté principalement 
par le cerf commun , la gazelle et les 
chamois sur les hautes montagnes 
(Ps. 104, v. 18). Ces animaux sont 
dans la Bible l'image de la prestesse 
et de la grâce ; la bergère dans le Can- 
tique compare plusieurs fois son ber- 
ger au cerf et à la gazelle qui saute 
sur les montagnes ; dans les Prover- 
bes de Salomon (5, 19), lajeune femme 
fidèle et aimante est appelée une biche 
pleine d'amour, une gazelle pleine 
de grâce. 

Nous bornons ici nos observations 
sur l'histoire naturelle de la Palestine ; 
nous verrons plus tard comment les 
Hébreux savaient lire dans le livre de 
la nature ouvert devant eux, comment 
leurs poètes ont su comprendre le lan- 
gage de toutes ces œuvres de la créa- 
tion pour s'élever jusqu'au Créateur, 
et nous donnerons aussi quelques ren- 
seignements sur les connaissances que 
possédaient les Hébreux en physique et 
en histoire naturelle. 



1 Voy. Juges, 15, 4. 

2 Le mot sciiouAL qui, en effet, est le nom 
hébreu du renard, désigne quelquefois le 
chacal. David désire que ses persécuteurs 
soient la proie des schoualim (Ps. 63,v. 
Il ); ici il ne peut guère être question des re- 
nards , mais bien des chacals , qui , selon le 
témoignage des voyageurs, mangent des ca- 
davees. 



QUATRIÈME CHAPITRE. 

Division de la Palestine. — Topographie 

La Palestine, renfermée dans les li- 
mites que nous avons indiquées plus 
haut (ch. 1) , se divisait naturellement 
en deux parties, l'une à l'est, l'autre à 
l'ouest du Jourdain. Avant l'arrivée 
des Hébreux le pays était divisé en 
différents cantons, portant les noms 
des peuplades cananéennes qui y étaient 
établies. Les Hébreux divisèrent la Pa- 
lestine en douze cantons, selon les 
douze tribus. Sous Roboam , fils de 
Salomon, dix tribus se séparèrent de 
la dynastie davidique, et le pays fut 
divisé en deux royaumes , celui d'Is- 
raël et celui de Juda. Depuis l'exil jus- 
qu'à l'époque d'Alexandre nous man- 
quons de données positives. Depuis 
les Maccabées jusqu'à la destruction 
de Jérusalem par Titus, nous trou- 
vons la Palestine divisée en quatre 
provinces, savoir la Galilée, la Sa- 
marie, la Judée et la Perée, cette der- 
nière à l'est du Jourdain, les trois au- 
tres à l'ouest, en allant du nord au 
midi. Cette division non-seulement est 
la plus conforme à la nature du pays, 
mais c'est aussi celle sur laquelle nous 
avons le plus de données certaines. 
Nous la trouvons dans plusieurs au- 
teurs grecs et romains, dans le Nou- 
veau Testament, dans les écrits de Jo- 
sèphe et dans ceux des premiers Pères 
de l'Église. Nous prendrons donc pour 
base de notre topographie cette divi- 
sion en quatre provinces , en nous 
réservant de revenir, dans l'histoire, 
sur les autres divisions que nous ve- 
nons d'indiquer. Dans chaque pro- 
vince nous nommerons les villes qui 
ont une certaine importance dans 
l'histoire du pays. 

I. La Galilée. 

Le nom de Galilée vient de l'hébreu 
Galil ou Galila , qui signifie cercle, 
district. Le mot Galil se trouve déjà 
dans le livre de Josué (20,7, fit 21 , 32) 
comme nom géographique désignant 
un district de la Palestine septentrio- 
nale , surtout le canton de Naphtali. 
Salomon donna à Hiram , roi de Tyr, 



PALESTINE. 



33 



vingt villes du pays de Galil (I Rois, 
9, 11); les Phéniciens s'y établirent , 
beaucoup d'autres étrangers vinrent 
fixer leur demeure dans le nord de la 
Palestine, et delà cette contrée fut ap- 
pelée le Galil {district) des païens «. 
Mais la province de Galilée dont nous 
parlons ici était beaucoup plus éten- 
due que l'ancien Galîl. Elle était limi- 
tée au nord par le territoire de Tyr et 
par PAntiliban , à l'est par le Jour- 
dain avec les deux lacs ae Samocho- 
nitis (Merôrn) et de Tibériade, à 
l'ouest par cette partie de la Phénicie 
qui s'étendait, le long de la côte, de- 
puis Tyr jusqu'au Carmel qui du temprç 
de Josephe appartenait aux Tyriens ». 
Au sud-ouest et au sud la limite , par- 
tie du Carmel, passait près de Ginée 
(Djennîn) devant la montagne d'É- 
phraïrn, et allait de là au sud-est jus- 
qu'au Jourdain, un peu au-dessus de 
Scythopolis. On voit que la Galilée 
embrassait les montagnes de Naphtali 
et la plaine d'Esdrelon. Là où les mon- 
tagnes s'approchent du Carmel elles 
forment avec celui-ci le défilé que 
parcourt le Kison et par lequel les ha- 
bitants de la province pouvaient com- 
muniquer avec la côte. Cette commu- 
nication, très-importante pour la 
province, la mettait continuellement 
en rapport avec le territoire phénicien 
de la côte. Les relations forcées avec 
des voisins païens exercèrent de tout 
temps une grande influence sur le ca- 
ractère des Galiléens. Ils montrèrent 
moins d'éloignementque les habitants 
du midi pour la religion et les mœurs 
de l'étranger et moins de zèle pour 
la religion de Moïse. Après le retour de 
l'exil de Babylone, les relations entre 
les Galiléens et les païens étaient 
bien plus étendues, car la province 
renfermait dans son sein un grand 
nombre de ces derniers. De là le mépris 
que les Juifs affectaient pour les Gali- 
léens, qui se faisaient reconnaître 
d'ailleurs par leur langage corrompu 
et par leur mauvaise prononciation. 
La Galilée était moins grande que 

» Isaïe, ch. 8, v. 23. Comparez I Maccab. 6 , 
15. 
2 De Bell, jud., 1. 3,ch. 3, § i. 

s e Livraison (Palestine.» 



la Judée, mais un peu plus grandi 
que la Samarie. Sa longueur du nord 
au midi était d'environ vingt lieues; 
sa largeur, de l'ouest à l'est, de 
neuf à onze lieues. Mais sa population 
était très-forte à raison de sa grande 
fertilité. Au nombre les Galiléens ajou- 
tèrent le courage guerrier et un cer- 
tain esprit d'indépendance, et ils 
savaient tenir tête aux nations étran- 
gères qui les entouraient. Dans la 
guerre contre les Romains Josèphe y 
rassembla, sans beaucoup de peine, 
une armée de 100,000 hommes. 

Composée de montagnes au nord 
câ d'une grande plaine au midi , la 
province se divisa en haute et basse 
Galilée l . Nous allons énumérer les 
principales villes, en allant du nord 
au midi. 

Dan, ainsi appelé par la tribu de 
Dan qui en fit la conquête (Juges, 
ch. 18), est souvent nommé dans la 
Bible comme ville frontière à l'extré- 
mité septentrionale de la Palestine. 
Avant la conquête elle s'appelait 
Laïsch ou Léschem ». Elleétait'située , 
selon Eusèbe, à une distance de 4 
milles romains à l'ouest de Paneas 
(Banias), et du temps de saint Jé- 
rôme il existait encore, à la même 
place, un bourg de ce nom 3 . A Dan 
se trouvait l'un des deux veaux d'or 
de Jéroboam. 

Kèdes , ville lévitique et l'une des 
six villes de refuge 4, était également 
située dans les environs de Paneas, 
sur la limite du territoire de Tyr, et, 
selon saint Jérôme, à vingt milles de 
cette ville. 

Kinnéreth , qui a donné son nom 
au lac de Génésareth , était situé sans 
doute à l'endroit où le Jourdain tombe 

1 Jotèphe, de Bellojud., 1. 3, ch. 3. Mischna, 
traité de Schebiitk (année sabbatique), ch. 

a II peut paraître singulier, lorsqu'on con- 
sidère le Pentateuque comme l'ouvrage de 
Moïse, d'y trouver le nom de la ville de 
Ddn (Genèse, 14, 14; Deutéron. 34, i). Mais 
il se peut que Moïse ait écrit Laïsch, et qu'on 
se soit permis plus tard de substituer le nom 
de Dàn , qui était plu* connu. 

3 Onomasticon sous le mot Ddn. 

* Voy. Nombres, ch. 35,v. 9 et suiv., et Jo- 
cué, Ch. 20, V. 7. 



34 



L'UNIVERS. 



dans ce lac. A deux lieues de là était 
Caphabnaoum (village de Na- 
houm). Cette ville n'est pas men- 
tionnée dans l' AncienTestament, mais 
elle joue un certain rôle dans les Évan- 
giles. Jésus y avait fixé sa demeure , 
et il y séjournait très-souvent pendant 
les trois années de sa vie publique. Il 
prêchait dans la synagogue de cette 
ville et y opérait plusieurs cures mer- 
veilleuses. Boniface, evêque de Dal- 
rnatie , qui visita la Palestine au XVI* 
siècle, vit les ruines de Capharrtaoum 
au milieu desquelles s'élevaient deux 
palmiers. Quaresmius, au XVII e siè- 
cle, vit également ces deux palmiers, 
et non loin de là un caravansérai 
nommé Meniéh. Les ruinesde Caphar- 
naourn queBurckhardt vit, non loin 
de Meniéh , sont appelées par les Ara- 
bes Tell-Houm. 

Bethsaïda (lieu dépêche) sur le 
lac, au-dessous de Capharnaoum, 
lieu de naissance des apôtres Pierre 
et André. A côté de Bethsaïda, les 
Çvangiles mentionnent Chorazin ou 
Corozaïn l , qui devait être situé dans 
les mêmes environs , mais dont on ne 
trouve aucune trace dans les anciens 
auteurs. En continuant de suivre les 
bords du lac, on trouve, à environ 
quatre lieues de Capharnaoum , la ville 
de 

Tibébiade (ou Tabariyya) , une 
des principales villes de la Galilée, 
et encore assez considérable dans les 
temps modernes. Elle fut bâtie par le 
tétrarque Hérode Antipas qui en fit 
sa capitale , et le nom qu'il lui donna 
était un hommage rendu à l'empereur 
Tibère. Située dans une plaine étroite 
entourée de montagnes, elle pourrait 
par une culture plus soignée obtenir 
tous les fruits des tropiques, mais 
elle est très-chaude et malsaine. Pour 
peupler la ville, Hérode y attira des 
Juifs pauvres et même des païens , en 
leur donnant des terrains et en leur 
accordant beaucoup de privilèges; car 
les Juifs orthodoxes avaient une cer- 
taine répugnance pour le séjour de 
cette ville, pour la fondation de la- 

1 Matth. il, 2i; Luc, 10, 13. 



quelle U avaft'taiiu détruire beaucoup 
d'anciens tombeaux. Tibériade resta 
capitale de la Galilée, jusqu'à l'époque 
où Hérode Agrippa II lui préféra Sé- 
phoris , l'ancienne capitale. Tibériade 
se soumit, sans attendre un siège, 
à Vespasien arrivé de Syrie; ce qui 
lui valut dans la suite plusieurs fa- 
veurs de la part des Romains. Après 
la destruction de Jérusalem, les plus 
grands docteurs juifs, qui ne voulu- 
rent pas quitter la terre sainte, s'éta- 
blirent à Tibériade, qui devint un point 
central pour l'érudition rabbinique. 
De l'académie de Tibériade émana la 
Mise/ma ou le texte talmudique, 
rédigé par Rabbi Juda le Saint, et 
plus tard la Masora, ou l'appareil 
critique du texte biblique «. Sous Cons- 
tantin le Grand une église chrétienne 
fut fondée dans cette ville, qui devint 
un des sièges épiscopaux de la Pales- 
tine. Les juifs et les chrétiens furent 
expulsés de Tibériade en 636, lorsque 
la Syrie fut conquise par les Arabes. 
L'évêché y fut rétabli pendant les 
croisades. — La ville moderne de Ta- 
bariyya, appartenant au pacha lik de 
Saint- Jean d'Acre, et entourée d'un 
mur en basalte, est beaucoup plus 
petite que l'ancienne Tibériade, qui, 
selon Burckhardt, était située un peu 
plus vers le midi. Elle avait dans les 
derniers temps 4000 habitants, pour 
la plupart musulmans; les habitants 
juifs, au nombre de 1000, sont ori- 
ginaires d'Espagne , de Barbarie et 
de Syrie; 40 à 50 familles y sont ve- 
nues de Pologne. Leur quartier est 
séparé du reste de la ville par un 
mur n'ayant qu'une seule porte, qui 
se ferme au coucher du soleil. Il n'y 
a dans la ville que très-peu de chré- 
tiens; leur église, consacrée à saint 
Pierre, se trouve, selon la tradition, 
à l'endroit où l'apôtre pêcheur jeta son 
filet. Des missionnaires de Nazareth 
y viennent dire la messe à la fête de 
saint Pierre. Selon les rapports des 
Juifs de Jérusalem que nous avons 
sous les yeux, le tremblement de 

1 Voy. l'ouvrage publié par Jean Bux- 
tort, le père, sous le titre de Tiberias, p. i ~ 
22. 



PALESTINE. 



35 



terre du 1 er janvier 1837 a presque en- 
tièrement détruit la ville de Tabariyya, 
3ui ne présente plus qu'un monceau 
e ruines. — Les célèbres thermes 
de Tibériade existent encore mainte- 
nant au sud-est de la ville, sur les 
bords du lac; ils ont quatre sources, 
et la masse d'eau , selon Burckhardt, 
serait suffisante pour faire marcher 
un moulin. Ces eaux thermales ont 
de l'analogie avec celles d'Aix-la-Cha- 
pelle; les habitants les considèrent 
comme un bon remède contre les 
rhumatismes. On y vient de tous les 
points de la Syrie, surtout au mois 
de juillet. 

La dernière ville sur les bords du 
lac est Tarichée, conquise par Ves- 
pasien. Son nom ne se tr ouve pas dans 
la Bible. 

Si maintenant nous nous ren- 
dons dans l'intérieur de la province, 
nous trouvons, à 4 lieues N. 0. de 
Tibériade, la ville de 

Sa.ph.et, maintenant Safad, au N. 
N. E. du Thabor. Elle est mentionnée 
dans le livre de Tobie, selon la Vul- 
gate r . Avant le dernier tremblement 
de terre elle renfermait 7000 habi- 
tants et 600 maisons, dont 150 ap- 
partenaient aux juifs et environ 100 
aux chrétiens grecs. Les juifs, au 
nombre de 300 familles, d'origine 
espagnole ou polonaise, y possédaient 
sept synagogues et une école rabbini- 
que. Safad est considérée par les juifs 
comme une ville sainte , de même que 
Tibériade, Jérusalem et Hébron 2 . 

Sephobis, ancienne capitale delà 
Galilée, et, après la destruction de 
Jérusalem, siège du synedrium, qui 
plus tard se transporta à Tibériade. 
Elle était située sur une montagne. 
Hérode Antipas, qui avait fait élever 
beaucoup de constructions et des for- 
tiiications, lui donna le nom de Dio- 
cxsarea. Dans la Bible on ne parle 
pas de cette ville; mais elle est men- 

1 Tobie, ch. I, v. I. 

La ville de Sephath ou Saphet, mentionnée 
Juges, 1 , 17, était dans la Judée. 

i Voy. les voyages de Burckhardt et de 
Jowett. Volney place Safad à 7 lieues au nord 
de Tabariyya, et, selon lui, c'est un village 
presque abandonné. 



tionnée par Josèphe et souvent dans 
le Talmud. La tradition chrétienne y 
place la demeure des parents de Marie, 
mère de Jésus. En 339 elle fut détruite 
par les Romains, parce que ses habi- 
tants s'étaient révoltés contre Gallus. 
A sa place on trouve maintenant le 
village de Safouri , avec 600 habitants. 

Kana (maintenant Kefer Kanna), 
à 2 lieues S. E. de Sephoris,célèbredans 
l'histoire de Jésus, qui, selon l'Évan- 
gile de saint Jean (ch. 2), y opéra son 
premier miracle. C'est un misérable 
village habité principalement par des 
chrétiens catholiques , qui prétendent 
indiquer aux voyageurs la maison où 
Jésus changea l'eau en vin. L'impéra- 
trice Hélène y fit bâtir une église dont 
on voit encore les ruines. 

Au midi de Kana , en montant à 
travers des collines calcaires, couver- 
tes de broussailles, on arrive à la 
petite ville de 

Nazareth, célèbre dans l'histoire 
du christianisme, et qui aujourd'hui 
porte le nom de Nasra. Cette ville, qui 
joue un si grand rôledans le Nouveau 
Testament, comme le lieu où demeu- 
raient les parents de Jésus et où celui- 
ci reçut son éducation, était en elle- 
même très-insignifiante. Elle n'est 
mentionnée ni dans l'Ancien Testa- 
ment l , ni dans les écrits de Josèphe, 
ni dans le Talmud. « Est-ce que quel- 
que chose de bon peut venir de Naza- 
reth? » demande Nathanaël dans l'É- 
vangile de Jean (1,46), ce qui prouve 
assez le peu de cas que l'on faisait de 
cette petite ville. Cependant elle eut le 
privilège de prêter son nom à Jésus et 
a ses partisans, qui furent appelés 
Nazarêniens ou Nazaréens , épithète 
d'abord injurieuse, mais par laquelle 
les sectateurs de Jésus ne dédaignèrent 
pas de se désigner eux-mêmes jusqu'à 
ce que, sous le règne de Claude, ils 

1 Selon l'Évangile de Matthieu (2 , 23), les 
prophètes auraient prédit que le Messie se- 
rait appelé Nazaréen , c'est-à-dire habitant 
de la ville de Nazareth. Mais une pareille 
prédiction ne se trouve nulle part, et l'as- 
serlion de l'évangéliste ne repose probable- 
ment que sur une interprétation allégorique 
du mot hébreu Nécer ( surculus ), Is. ch. 1 1 , 
v. I. Voy. le commentaire de St. Jérôme sur 
ce passage d'Isaïe. 



36 



L'UNIVERS. 



adoptèrent le nom de Chrétiens ». Se- 
lon la tradition, l'impératrice Hélène 
lit bâtir à Nazareth l'église de l'Annon- 
ciation. Du temps des croisades cette 
ville devint le siège d'un archevêché. 
Après les victoires des musulmans elle 
tomba presque entièrement en ruine. 
En 1620, la confrérie de terra sanla 
obtint la permission de restaurer 
l'église de l'Annonciation. Dans la 
seconde moitié du XVIII e siècle, Naza- 
reth se releva un peu sous la domi- 
nation du cheik Dâher 2 , qui trai- 
tait les chrétiens avec assez d'huma- 
nité. Du temps de Volney, les chré- 
tiens formaient les deux tiers des 
habitants; mais en 1812 Burckhardt, 
qui appelle Nazareth une des villes les 
plus considérables du pachalik d'Acre , 
y compta 2000 Turcs et 1000 chré- 
tiens 3 . Ce qu'on trouve de plus remar- 
quable à Nazareth, c'est le couvent 
des franciscains avec l'église dite de 
l'Annonciation. Burckhardt y trouva 
onze moines, pour la plupart Espa- 
gnols. Sous le chœur de l'église, 17 
marches conduisent dans un souter- 
rain que les chrétiens prennent pour 
le lieu de l'Annonciation de Marie. Oh 
y trouve deux colonnes de granit 
dont l'une est brisée au milieu. On 
sait que, selon la légende, la maison 
de Marie, qui s'y trouvait autrefois, 
fut, dans l'année 1291, transportée 
par les anges à Lorette. L'église de 
l'Annonciation est, après celle du 
Saint-Sépulcre, la plus belle de la Sy- 
rie. On rnoîitre, en outre, à Nazareth 
la demeure de Joseph , le puits de 
Marie , et, dans la partie occidentale 
de la ville , une église qui , dit-on , se 
trouve à la place de la synagogue 
dans laquelle Jésus avait prêché. 
Enfin, du côté de la plaine d'Esdre- 

1 Voy. les notes de Lipsius sur Tacite, 
Annal., 1. 15. ch. 44. Plus tard le nom de Na- 
zaréens fut donné à une secte hérétique. En 
Orient c'est encore aujourd'hui le nom des 
chrétiens en général. 

2 Voy. un précis de l'histoire de ce cheik 
dans les Voyages de Volney, t. II, ch. I. 

* D'autres voyageurs modernes sont loin 
d'être d'accord avec Burckhardt. Tandis que 
Joliffe ne compte que 12 à i,40o habitants, 
Prokesch , un des plus récents , en compte 
6,000. 



Ion, on montre le rocher du haut du 
quel les Nazaréens voulurent préci- 
piter Jésus (Luc, 4, 29). 

En-dôr, au midi du Thabor, est 
connu par la pythonisse que consulta 
le roi Saùl. On montre sa grotte près 
du village de Denouni, à 2 lieues et 
demie de Nazareth. 

Naïm, dans la plaine d'Esdrélon, 
près d'En-dôr. Cette petite ville, à la 
place de laquelle Mariti trouva des 
ruines et un petit village, est men- 
tionnée dans l'Évangile de Luc (ch. 7, 
v. 11), où l'on raconte que Jésus 
ressuscita un jeune homme dont il 
rencontra le convoi à la porte de la 
ville. 

Aphek , dans la plaine d'Esdrélon. 
Près de cette ville se livra , entre les 
Hébreux et les Philistins, le combat 
dans lequel Saùl et son fils Jonathan 
perdirent la vie. Cette ville appartenait 
à la tribu d'Isachar. Un autre Aphek , 
appartenant à la tribu d'Aser, était 
situé près du territoire de Sidon. 
Deux autres villes de la plaine, Me- 
giddo et Thaanach, se présente- 
ront dans l'histoire des Hébreux. 
Elles sont célèbres par plusieurs com- 
bats. 

Sur la côte de la Galilée nous trou- 
vons quelques villes qui de fait n'a- 
vaient pas été conquises par les Hé- 
breux, mais qui, selon le plan de 
Josué, devaient faire partie du canton 
d'Aser 1 . Parmi ces villes nous re- 
marquons Achzibet Acco. 

Achzib, appelé par les Grecs 
Ecdippa, à trois lieues au-dessus 
d'Acco. Maintenant on y trouve un 
bourg appelé Zib. 

Acco (Ptolémaïde, Saint-Jean d'A- 
cre), au nord du Carmel, ancienne 
ville phénicienne et port de mer. Le 
nom de Ptolémaïde lui fut donné, 
sans doute, par l'un des Ptolémées 
d'Egypte; mais on ne saurait dire 
positivement par lequel d'entre eux. 
Sous Alexandre Jannée, elle était mo- 
mentanément entre les mains des 
Juifs , mais elle fut bientôt prise par 
Ptolémée Lathyre d'Egypte. L'empe- 

1 Voy. Juges, l, 31. 



PALESTINE. 



37 



reur Claude en fit une colonie ro- 
maine. Dans les premiers temps du 
christianisme elle était le siège d'un 
évêque, dépendant du patriarche 
d'Antioche. Sous l'empereur Héra- 
clius, en 636, elle tomba entre les 
mains des Arabes conduits par Omar. 
A l'époque de la première croisade , 
elle appartenait, comme toute la Pa- 
lestine, au sultan d'Egypte. Prise par 
Baudouin I er , roi de Jesusalem, en 
1104, elle acquit bientôt une grande 
importance, surtout par son port, 
très-commode pour le débarquement 
des croisés et pour l'arrivage des pro- 
visions. En 1187 elle se rendit au sul- 
tan Saladin; mais en 1191 elle fut 
prise de nouveau par les chrétiens, 
sous Richard Cœur de lion et Phi- 
lippe-Auguste, roi de France. En 1192 
elle devint le siège des chevaliers de 
l'ordre de Saint- Jean , d'où elle reçut 
le nom de Saint-Jean d'Acre. Les 
chrétiens se maintinrent pendant un 
siècle dans cette ville , qui fut la der- 
nière à se rendre aux musulmans. Ce 
fut en 1291 , le 4 mai, que Mélic El- 
Aschraph , ou Serapha , sultan d'E- 
gypte, la prit d'assaut; 60,000 chré- 
tiens y perdirent la vie. Depuis cette 
chute elle était restée presque déserte. 
En 1517 elle fut prise par les Turcs. 
Dans la seconde moitié du dix-hui- 
tième siècle le pacha Dâher et , après 
lui , le fameux Djezzar, y firent exécu- 
ter des travaux importants, qui la 
rendirent une des premières villes de 
la côte. Depuis elle a acquis quelque 
célébrité par l'expédition de Napoléon, 
et tout récemment par la victoire 
des Anglais. Chez les Orientaux la 
ville a toujours conservé son nom 
antique, que les Arabes prononcent 
Acca. On dit qu'elle a maintenant 
près de 15,000 habitants qui font le 
commerce de blé , de soie et de coton. 
Les ruines anciennes et même celles 
du temps des croisades ont presque 
entièrement disparu; elles ont été 
employées aux nouvelles construc- 
tions. Le port , un des mieux situés 
delà côte, est comblé. La campagne 
autour d'Acca est une plaine d'envi- 
ron huit lieues de longueur, sur une 



largeur de deux lieues ; le sol est fer- 
tile et l'on y cultive avec beaucoup de 
succès le blé et le coton. Mais les on- 
dulations du terrain y causent des 
bas-fonds où les pluies d'hiver for- 
ment des lagunes dangereuses en été 
par leurs vapeurs infectes \ La plaine 
est traversée par le Bélus. 

II. La Sasurie. 

Cette province, la plus petite des 
quatre, tire son nom de la ville de 
Samarie , qui depuis le roi Omri , son 
fondateur, avait été la résidence des 
rois d'Israël. Ses limites septentrio- 
nales sont celles du midi de la Ga- 
lilée; à l'est elle est limitée par le 
Jourdain, au midi par la Judée; à 
l'ouest elle ne s'étendait pas jusqu'à 
la mer, car le pays de la côte à partir 
du Carmel appartenait à la Judée. 
Les montagnes d'Éphraïm traversent 
la province du nord au midi, mais 
elle renferme au nord une partie de 
la plaine d'Esdrélon et à l'est la plaine 
du Jourdain avec quelques autres val- 
lons formés par les branches orienta- 
les des montagnes. Le sol, même 
celui des montagnes, est très-fertile 
et encore maintenant assez bien cul- 
tivé; il produit du blé, du coton, du 
tabac, des olives, beaucoup de fruits 
et quelques soies. La plus belle végé- 
tation , des montagnes aux formes- 
pittoresques, des vignes, des bois d'o- 
liviers, des prairies et des champs 
arrosés par les torrents qui descen 
dent des hauteurs , font du pays de 
Samarie une des plus belles contrées 
de la Syrie. Maintenant on appelle 
cette contrée le pays de Nablous , qui 
en est le chef-lieu. Aujourd'hui, 
comme dans les temps anciens, les 
habitants, renfermés dans leurs mon- 
tagnes presque inaccessibles , y sont 
jusqu'à un certain point à l'abri de 
la tyrannie de leurs maîtres et des 
commotions qui peuvent venir du de- 
hors. Aucune grande route ne tra- 
verse la province , les voyageurs s'en, 
écartent généralement, attirés au nord 
sur la route qui conduit de Dam as à 

1 Voluey, II, ch. &. 



38 



L'UNIVERS. 



la mer, et au midi vers les mémora- 
bles hauteurs de Jérusalem. Les ha- 
bitants n'ont pas perdu à cet isole- 
ment; beaucoup de gens aisés sont 
venus chercher chez eux un refuge 
contre la persécution, et ils passent 
maintenant pour le plus riche peuple 
de la Syrie \ 

Mais c'est aussi le pays sur lequel 
les voyageurs nous ont donné le moins 
de détails; aucune des cartes que nous 
possédons ne nous donne exactement 
la position et les distances respectives 
des différentes localités a . Dans l'his- 
toire des Juifs nous verrons jouer aux 
Samaritains un rôle très-secondaire à 
côté des habitants de la Judée ; nous 
verrons aussi la cause des inimitiés 
qui ne cessèrent de diviser les deux 
provinces, l'origine et le développe- 
ment de la secte des Samaritains , 
dont quelques faibles débris existent 
encore aujourd'hui dans le pays de 
Nablous, reconnaissant la loi de 
Moïse, dédaignant Jérusalem et se 
tournant dans leurs prières vers la 
montagne de Garizim, siège tle leur 
ancien sanctuaire. 

Voici maintenant les villes les plus 
importantes de la province de Sa- 
marie , en commençant par la plaine 
du Jourdain et en montant de là dans 
l'intérieur. 

Beth-sean, maintenant Bîsûn, 
selon Burckhardt, à deux lieues du 
Jourdain et à 4 de Tibériade. Du 
temps de Saùl cette ville était en- 
core entre les mains des Cananéens 3 ; 
mais sous Salomon elle appartenait 
déjà aux Hébreux 4. Les Grecs l'ap- 
pelèrent Scythopolis, ce qui a fait 
supposer à quelques savants que les 
Scythes , à l'époque de leur passage à 
travers la Palestine (631 avant J. C), 
passage dont parle Hérodote 5 , avaient 
établi une colonie dans cette ville. 
Mais il n'est pas probable que cet évé- 
nement (dont, du reste, les monu- 
ments des Hébreux ne parlent pas) 



1 Voy. Volney,II, ch. 6, 

2 Voy. Hitler, Erdltunde, II , p. 393. 
*Voy. ISam. 31, 10. 

4 1 Rois, 4, 12. 
4 L I, ch. 105. 



ait pu donner lieu , après plusieurs siè- 
cles, à un changement de nom, lorsque 
la langue grecque se répandit en Pa- 
lestine. D'autres ont supposé que 'e 
nom de Scythopolis était une corrup- 
tion de Succoth- polis , mot moitié 
hébreu moitié grec, et qui signifie 
ville des tentes, hypothèse qui nous 
paraît encore moins satisfaisante que 
la première. Du temps de Josèphe, 
cette ville faisait partie du district de 
Decapolis ' , mais nous en parlons ici 
à cause de sa position à l'ouest du 
Jourdain. Dans les premiers siècles 
du christianisme elle était le siège 
d'un évêché , et d'un archevêché au 
temps des croisades. Maintenant Bi- 
sân est un petit village composé de 70 
à 80 maisons. On y trouve encore 
des ruines considérables à travers les- 
quelles coule un ruisseau appelé Moyet- 
Bisân. Burckhardt, quia vu ces rui- 
nes , pense que la ville ancienne de- 
vait avoir trois milles anglais de 
circonférence. Au midi de Scytho- 
polis, à une distance d'environ trois 
lieues, était situé 

Salem ou Salumias, petite ville 
qui intéresse le lecteur chrétien, par- 
ce que Jean baptisait près de là, dans 
un endroit appelé sEnon (Évang. de 
Jean, 3,23). Selon saint Jérôme, c'est 
le Salem de Melchisedek , que d'au- 
tres prennent pour Jérusalem. 

Abel-Méhola, également dans la 
plaine du Jourdain , et , selon saint 
Jérôme, à dix milles romains de Scy- 
thopolis , était la patrie du prophète 
Elie. 

Dans l'intérieur nous remarquons 
les villes suivantes : 

Ginée (Djennîn) , sur la limite sep- 
tentrionale des montagnes d'Éphraïm 
vers la plaine d'Esdrelon. Cette ville 
n'est pas mentionnée dans la Bible; 
mais, selon Josèphe, c'était la ville 
frontière de la Samarie, du côté de la 
Galilée , à 6 ou 7 lieues N. de Samarie. 

Yezreelou Esdrelon (Stradela), 
à 4 lieues N. E. de Samarie, une des 
villes les plus importantes du royaume 
d'Israël, et qui avait donné son nom à 

1 De Bollo jud. , 1. 3, c. 3. 



PALESTINE. 



39 



toute la plaine dans laquelle elle était 
située. Le roi Achab y avait un palais, 
des fenêtres duquel Isabel fut préci- 
pite dans la rue, par ordre de Jéhu 
(2 Rois, 9, 33). Au temps des croisa- 
des il n'y avait à la place d'Esdreion 
qu'un petit bourg, que Guillaume de 
ïyr appelle parvum Gerinum. Bro- 
chard l'appelle Zaralm. Dans les en- 
virons d'Esdreion était située, selon 
le livre de Judith , la ville de Bethulia, 
qui n'est point mentionnée ailleurs. 

Samarie, ville forte bâtie par 
Omri , roi d'Israël , sur une montagne 
qu'il avait achetée d'un certain Sche- 
mer; de là le nom de Schomrôn (Sa- 
marie). Cette ville, située à environ 
16 lieues N. de Jérusalem, devint, 
depuis la septième année du règne 
d'Omri x , la résidence des rois d'Israël, 
qui avant cette époque avaient résidé 
à Thirsa. Détruite par Salmanassar, 
roi d'Assyrie, elle fut bientôt restau- 
rée par les colons assyriens. Plus tard 
elle fut encore détruite par Jean Hyr- 
can , le Maccabéen. Rebâtie par Ga- 
binius, gouverneur romain en Syrie, 
elle devint très-florissante sous le roi 
Hérode. Celui-ci y fit bâtir un temple 
en l'honneur de l'empereur Auguste , 
et changea le nom de Samarie en ce- 
lui de Sebasté (mot grec , en latin Au- 
gusta). Les écrivains erabes du moyen 
âge la mentionnent encore sous le nom 
de Sebastiyya. Cotwyk, voyageur du 
XVI e siècle, n'en trouva plus que quel- 
ques ruines peu considérables. D'Ar- 
vieux y trouva encore les ruines d'une 
église , où l'on prétend montrer le tom- 
beau de Jean-Baptiste entre ceux des 
prophètes Elisa et Obadia. Environ 
quarante ans après , Maundrell * vit 
à peine quelques traces de cette église. 
A l'endroit de l'ancienne Sebasté, il 
ne trouva qu'un jardin , et au nord un 
carré où l'on voyait de grandes co- 
lonnes. Clarke qui , en 1 80 1 , ne trouva 
flus aucune trace de Sebasté, place 
ancienne Samarie à 3 lieues S. de 
Djennin, où il vit sur une montagne 
une forteresse appelée Santorri, in- 

, Voy. IRois,ch. 16, v. 23,24. 
2 A journey from Aleppo to Jérusalem , 
p. 6D. 



connue à tous les autres voyageurs. 
Mais le témoignage de Maundrell est 
trop positif, et il n'est pas étonnant 
que cent ans après lui le nom de Se 
bastiyya eût disparu avec ses ruines. 
Sichem (Nablous), une des villes 
les plus anciennes du pays de Canaan, 
située dans une vallée entre le mont 
Ébal au nord et le mont Garizim au 
midi, à 2 lieues S. de Samarie. Au 
temps d'Abraham il y avait là un bois 
de lérébinthes appelé More (Genèse , 
12, 6); mais déjà du temps de Jacob, 
nous y trouvons la ville de Sichem, 
sous un prince des Hévites, nommé 
Hamor. Ce prince avait un fils nommé 
Sichem, et il est probable qu'il fut le 
fondateur de la ville, à laquelle il 
donna le nom de son fils. Après la con- 
quête des Hébreux , Sichem , apparte- 
nant au canton d'Éphraïm , devint une 
vilte lévitique ; on y transporta les res- 
tes de Joseph. Cefutlà que Josué, avant 
de mourir, convoqua une grande assem- 
blée nationale, et donna aux anciens 
et aux chefs des tribus ses derniers 
conseils. La ville fut détruite par le 
juge Abimélech contre lequel les Si- 
chémites s'étaient révoltés (Juges, 
ch. 9). Nous ne la trouvons ensuite 
mentionnée que sous David (Ps. 60 , 
v. 8). Après la mort de Salomon, il 
se tint à Sichem une assemblée natio- 
nale par suite de laquelle eut lieu le 
schisme des dix tribus. Jéroboam, le 
premier roi d'Israël, embellit la ville 
et y fixa sa résidence. Sous les rois 
de Perse, Sichem devint le siège prin- 
cipal du culte des Samaritains, qui 
bâtirent un temple sur le mont Ga- 
rizim. Ce temple , après avoir duré 
environ deux cents ans, fut détruit 
par Jean Hyrcan. Dans l'Évangile de 
Jean, la ville de Sichem est mention- 
née sous le nom de Sichar » ; près de 
la ville se trouvait le puits de Jacob, 
auprès duquel Jésus eut son entretien 
avec la Samaritaine. L'empereur 
Vespasien fit de Sichem une colonie 
romaine, qui reçut le nom de Ftavia 

1 On pense que c'est un sobriquet que les 
Juits, par mépris, donnaient à la ville de Si- 
chem; on y ferait allusion au verbe -g-ç; 



40 



L'UNIVERS. 



Neapolis. Depuis cette époque l'an- 
cien nom disparaît peu à peu dans les 
auteurs. De Neapolis les Arabes ont 
fait Nablous, qui est encore aujour- 
d'hui le nom de l'antique Sichem. 
Cette ville eut de bonne heure une 
communauté chrétienne; Justin le 
martyr y vit le jour. L'empereur Ze- 
non expulsa les Samaritains du mont 
Garizim et y bâtit une église; Justi- 
uien rétablit à Sichern cinq églises 
que les Samaritains avaient brûlées ". 
Nablous, incendiée pendant les croisa- 
des, fut rebâtie en 1283. C'est encore 
maintenant une ville considérable par 
son commerce et son industrie. Parmi 
les habitants on trouve 20 à 30 famil- 
les chrétiennes du rit grec et un très- 
petit nombre de Samaritains pauvres 
et opprimés 2 . Les habitants de Na- 
blous se distinguent par un esprit tur- 
bulent et guerrier; ils sont gouvernés 
par leurs propres cheiks, et le pacha 
a beaucoup à faire pour les tenir en 
respect. On montre au nord de la ville 
le tombeau de Joseph , sur lequel les 
musulmans ont bâti une petite mos- 
quée. 

Siloh , ville de la tribu d'Éphraïm , 
où Josué fit placer le tabernacle ou 
le temple portatif, était située au midi 
de Sichem et au nord de Bethel. Il 
n'en reste plus aucune trace. 

Bethel, petite ville d'une haute an- 
tiquité; elle s'appelait d'abord Louz. 
Le patriarche Jacob , après y avoir vu 
en songe l'échelle qui touchait au ciel, 
lui donna le nom de Beth-él (maison 
de Dieu). Elle fut prise par les Éphraï- 
mites, quoique, parle sort, elle dût 
appartenir à la tribu de Benjamin. 
Après le schisme Jéroboam y plaça 
l'un de ses deux veaux d'or ; c'est pour- 
quoi les prophètes Osée et Amos ap- 
pellent la ville Beth-aven (maison de 
crime). Elle txistait encore du temps 
des Romains; Vespasien la conquit 
et y mit une garnison. Au temps de 
saint Jérôme, Bethel n'était plus qu'une 
petite bourgade; les itinéraires n'en 
parlent pas. 

1 Voy. Réi&ndi Paléestina , p. 1010. 
a En 181 5 Otto de Richter ne trouva pins 
que J5 familles samaritaines. 



Nous devons encore mentionner les 
villes de Thimnath-Sêrah et de Thir- 
sa, qui appartenaient à la province de 
Sarnarie , mais dont nous ne saurions 
fixer la position. La première fut don- 
née à Josué pour prix de ses grands 
services. Au temps de saint Jérôme , 
on montrait encore le tombeau de Jo- 
sué sur l'une des montagnes d'É- 
phraïm. — Thirsa mérite une mention 
comme ancienne résidence des rois 
d'Israël, avant la fondation de Sarna- 
rie. L'amant du Cantique appelle sa 
bergère belle comme Thir sa {c. 6, v. 4). 

m. La Judée. 

Sous le nom de Judée, qui , comme 
nous l'avons déjà dit ( en. 1 ) , est sou- 
vent employé pour désigner tout le 
pays des Hébreux , nous comprenons 
ici la province qui , à l'ouest du Jour- 
dain , s'étend des limites de la Sarnarie 
à l'Arabie Pétrée. La limite du nord , 
qui, selon Josèphe, passe près du bourg 
cTAnoua « , va de là au Jourdain , en 
face de l'embouchure du Yabbok ; à 
l'est nous trouvons la limite naturelle 
formée par le Jourdain et la mer mor- 
te; les limites méridionales sont cel- 
les que nous avons indiquées pour la Pa- 
lestine en deçà du Jourdain. A l'ouest, 
la Judée , longtemps limitée par le ter- 
ritoire des Philistins, s'étendait plus 
tard jusqu'à la Méditerranée; elle em- 
brassait même tout le bas pays de la 
côte de Sarnarie et s'étendait au N. O. 
jusqu'au Carmel. 

Les montagnes de la Judée sont les 
plus élevées de la chaîne occidentale. 
A l'est de Rama le pays s'élève de plus 
en plus en différents plateaux; plus 
on avance et plus le terrain est nu et 
stérile; les sommets les plus élevés 
ont généralement la forme conique. 
Aucun sentier ne guide le voyageur 
dans ces rochers presque inaccessi- 
bles ; ce n'est que par deux gorges , 
appelées la vallée de Jérémie et la 
vallée des Térébinthes, que les voya- 
geurs venant de Yâfa peuvent pénétrer 
a Jérusalem, située au point le plus éle- 
vé de la Palestine. 

1 Selon Eusèbe, Anoua était situé à 15 mil- 
les S. de Sichem. 



PALESTINE. 



41 



La Judée, naturellement la moins fer- 
tile de toutes les provinces de la Pales- 
tine, était cependant , selon le témoi- 
gnage de Josephe, riche en blé, en 
Fruits et surtout en vin. Les plaines à 
l'est et à l'ouest offraient de bons pâ- 
turages , et même sur les hauteurs , où 
la nature abandonnée à elle-même ne 
semblait rien promettre, le travail de 
l'homme ne fut pas sans succès «. 

La province de Judée, qui, depuis 
les conquêtes de Jean Hircan , renfer- 
mait aussi une grande partie de l'Idu- 
mée, fut divisée en onze loparchies, 
savoir : Jérusalem, Gophna, Acrabata, 
Tamna , Lydda , Ammaùs , Pella , Idu- 
mée, Ên-gadi, Hérodion et Jéricho. 
Nous ne nous arrêterons pas à cette 
division mentionnée par Josèphe et 
Pline*, mais dont il n'existe aucune 
trace dans le Nouveau Testament. Pour 
notre topographie la nature même du 
pays nous offre une division plus com- 
mode. Nous commencerons par les 
villes situées dans la plaine orientale, 
à l'ouest du Jourdain et de la mer 
Morte ; de là nous monterons dans la 
contrée montagneuse de l'intérieur, et 
nous terminerons par les villes de la 
côte et du pays des Philistins, en allant, 
dans chaque division, du nord au 
midi. 

A. Judée orientale. 

Jéricho, appelée aussi la ville des 
palmiers, à deux lieues du fleuve, et 
a six lieues N. E. de Jérusalem, une 
des villes les plus célèbres de la Judée 
et d'une haute antiquité. Son local est 
une plaine de six à sept lieues de long 
sur trois de large, autour de laquelle 
régnent des montagnes stériles qui la 
rendent très-chaude (Volney, t. II, 
ch.6).Cefut la première villedeCanaan 
conquise par les Israélites. On trou- 
vera les détails de cette conquête dans 
la partie historique de cet ouvrage. 
Josué la fit raser, et il maudit celui 
qui la rebâtirait; nous la retrouvons 
néanmoins sous les juges ; car après 

1 Voy. ci-dessus , page 14. 

a Voy.' Jos. de Bellojud., 1. III, c. 3, § 5. 
Plin. Hist. nat., 1. V, c. 14. Ce dernier tria- 
il ique que 10 toparebies. 



la mort du juge Otbniel , nous voyons 
les Moabites s'emparer de la ville 
des palmiers (Juges, 3, 13). Sous 
David aussi il est question de Jéricho 
(2 Sam. 10, 5). Cependant, selon le pre- 
mier livre des Rois (16, 34), cette ville ne 
fut rebâtie que du temps du roi Achab , 
par un certain Hiel de Bethel , et ce 
fut alors seulement que s'accomplit la 
malédiction de Josué. Pour lever la 
difficulté on a pensé que Josué avait 
voulu défendre seulement de rétablir 
les fortifications et que ce fut là ce 
que fit Hiel 1 . Bientôt après, nous y 
trouvons une école de prophètes (2 
Rois, c. 2, v. 5 et 15); les célèbres 
prophètes Elie et Élisa y demeurèrent 
quelque temps. Quand les Juifs furent 
revenus de l'exil deBabylone, Jéricho 
devint, après Jérusalem, la ville la plus 
importante de la Judée. Nous la trou- 
vons parmi les villes fortifiées par Jona- 
than, prince maccabéen. Un fort appelé 
Doch se trouva, du temps des Macca- 
bées, au nord de Jéricho (I Maccab. 16, 
1 5). Hérode I e ' fit élever à Jéricho un pa 
lais, un amphithéâtre et un hippodro- 
me. Ce roi, dans les dernières^annéesdé 
sa vie, résidaitsouventà Jéricho et il y 
mourut. Pendant le siège de Jérusa- 
lem, sous Vespasien, la ville de Jéri- 
cho fut détruite ; mais elle fut restau- 
rée par l'empereur Adrien. Pendant 
les croisades elle fut réduite en cen- 
dres. Maintenant on ne trouve à sa 
place qu'un misérable village que les 
Arabes appellent Rihâ ; il est habité 
par 40 à 50 familles musulmanes qui 
vivent de brigandage. On n'y voit pres- 
que plus de ruines de l'ancienne ville; 
l'abbé Mariti n'y trouva qu'une espèce 
de tour démolie , que l'on prétendait 
être le reste d'une église bâtie, à l'en- 
droit où se trouvait la maison de Zac- 
chée, chef des publicains (Évang. de 
Luc, ch. 19). Encore au XVII e siècle on 
montrait aux crédules pèlerins le sy- 
comore sur lequel monta Zacchée pour 
voir Jésus. Dans les environs de Jéri- 
cho on montre la source d' Élisa dont 
les eaux furent adoucies par un mira- 

• Voy. Michaélis, Mosaisches Recht (Droit 
mosaïque, t. 111, § 145, p. 13 et H. 



42 



L'UNIVERS. 



cle de ce prophète ^2 Rois, c. 2, v. 19 
«tsuiv.). « Cette source, dit M. deCha- 
« teaubriand », est située à deux milles 
« au-dessus de la ville, au pied de la 
« montagne où Jésus-Christ pria et 
« jeûna pendant quarante jours. Elle 
« se divise en deux bras. On voit sur 
« ses bords quelques champs dedoura, 
« des groupes d'acacias , l'arbre qui 
« donne le baume de Judée 2 , et des 
« arbustes qui ressemblent au lilas 
« pour la feuille , mais dont je n'ai pas 
« vu la fleur. Il n'y a plus de roses ni 
a de palmiers à Jéricho, et je n'ai pu 
« y manger les nicolaï d'Auguste : ces 
« dattes, au temps de Belon, étaient 
« fort dégénérées. Un vieil acacia 
« protège la source; un autre arbre se 
« penche un peu plus bas sur le ruis- 
« seau qui sort de cette source, et 
« forme sur ce ruisseau un pont natu- 
« rel. » 

Guilgal ou Galgala , sous Jé- 
richo, à une distance de dix stades. 
Après avoir passé le Jourdain, les 
Israélites campèrent à Guilgal, qui 
resta le quartier général de Josué pen- 
dant tout le temps que dura la guerre 
avec les Cananéens. Cette place joue 
aussi un certain rôle dans l'histoire de 
Samuel et de Saiil. Nous y reviendrons 
dans la partie historique. Depuis long- 
temps il ne reste plus de trace de 
Guilgal. Josèphe ne le mentionne pas 
dans l'histoire contemporaine 3 . 

Ên-gadi, situé sur le milieu du ri- 
vage occidental de la mer Morte, à 
environ 1 3 lieues de Jérusalem. Seetzen 
trouva au même endroit un ruisseau 
qui porte encore le nom de Ain-djiddi. 
Il y avait dans les environs beaucoup 
de palmiers 4; les vignes d'Ên-gadi 
sont mentionnées dans le Cantique. 
Au milieu du dernier siècle Hassel- 
quist y trouva encore des vignes cul- 
tivées par les Arabes, qui en ven- 
daient le raisin aux chrétiens. 

1 Itinéraire de Paris à Jérusalem. 
a C'est-à-dire l'huile de Zakkoum. Voy. 
ci-dessus , page 22 

3 Un autre Guilgal se trouva dans les en- 
virons de Sic hem. 

4 Pline dit (Hist. nat., 1. 5 , c. 17) : Engad 
dum oppidum fuit secundum ab Hterosoly- 
mis ferlïlitate palmetorumque nemoribus 



En continuant notre voyage le long 
du lac Asphaltite , laissant à l'ouest la 
ville de Carmel, ainsi que les déserts 
de Maôn et de Ziph avec les villes du 
même nom, nous trouvons au midi 
du lac une plaine renfermée entre les 
branches des deux chaînes de monta- 
gnes entre lesquelles se trouve le 
Jourdain et qui viennent se rapprocher 
ici. Dans cette plaine était située la 
ville de 

Soar ou Segor, la seule des cinq 
villes de la vallée de Siddim qui ait 
été épargnée dans la terrible catas- 
trophe arrivée au temps d'Abraham 
et dont nous avons déjà parlé (voy. 
page 11). Cette ville d'une haute anti- 
quité avait porté d'abord le nom de 
Bala; le nom de Segor a traversé 
plus de trente siècles. Eusèbe et saint 
Jérôme rapportent que de leur temps 
Segor avait une garnison romaine. 
Dans les premiers siècles du christia- 
nisme cette ville fut le siège d'un évê- 
que, dépendant du patriarche de Jé- 
rusalem. Nous la trouvons encore 
mentionnée sous le nom de Zoghar 
par le géographe arabe Aboulféda , qui 
vivait dans la première moitié du XIII* 
siècle. Burckhardt place Segor à l'en- 
droit où se trouve maintenant le vil- 
lage de Ghor-Safiêh, au S. E. de la 
mer Morte. Le même voyageur nous 
a donné le premier une description 
exacte de la plaine dans laquelle se 
trouve ce village et dont la largeur 
varie entre 1 et 5 milles. A l'ouest elle 
est sablonneuse et stérile, mais au sud- 
est elle est très-fertile en plusieurs 
endroits. Elle est habitée par environ 
trois cents familles arabes, qui y cul- 
tivent le dourra et le tabac et qui por- 
tent le nom de Ghowarîn (habitants 
du Ghôr). Us sont très-pauvres et ils 
ont beaucoup à souffrir des Bédouins 
de ces environs. En été il règne dans 
la vallée une chaleur insupportable qui 
amène des fièvres intermittentes. 

B. Judée intérieure. 

GuÉBA(Gaba), une des villes fron- 
tières du royaume de Juda au nurd 1 . 

1 Voy. II Rois, ch 23 , v . 8. 



PALESTINE. 



43 



Près de cette ville les Philistins sont 
vaincus par David (II Sam. 5 , 25). Il 
ne faut pas la confondre avec Gab aa, 
située dans les mêmes environs et 
qui fut le lieu de naissance de Saul 
(de là Gabaath-Saul). Cette dernière 
ville s'était rendue fameuse par un 
événement raconté dans les derniers 
chapitres du livre de Juges et dont 
nous parlerons plus loin. A quelque 
distance à l'ouest de Gaba et de Ga- 
baa était située la ville de 

Guibeôn ou Gabaon, à environ 
2 lieues N. 0. de Jérusalem. Du temps 
de Josué cette ville formait avec celles 
de Chephira, Beêrôth et Kiriath- 
yaarim, un district indépendant qui 
avait une constitution démocratique. 
Les Gabaonites échappèrent par une 
ruse à la destruction commune des 
peuplades cananéennes (Jos. ch. 9). 
Après la conquête, Guibéôn devint 
une des villes lévitiques. A la fin du rè- 
gne de David et au commencement de 
celui de Salomon le temple portatif se 
trouvait à Guibeôn. 

Laissant à l'ouest Gazer et Beth- 
Horôn (divisé en haut et bas Beth- 
Horôn), nous trouvons, à peu de dis- 
tance S. E. de Guibeôn, la villede 

Rama, selon Eusèbe et Jérôme à 
six milles N. de Jérusalem, sur le 
chemin de Bethel. On l'appelait aussi 
Ramai halm-Sophîm * . Ce fut le lieu 
de naissance et la résidence du pro- 
phète etjuge Samuel, A près le schisme, 
Rama tomba entre les mains du roi 
d'Israël, mais Asa, roi de Juda, reprit 
cette ville. Quelques auteurs prennent 
Rama ou Ramathaïm pour la ville 
d'Arimathée du Nouveau Testament, 
lieu de naissance de Joseph qui donna 
la sépulture à Jésus. Plusieurs voya- 
geurs modernes ont trouvé dans ces 
environs un village appelé par les Ara- 
bes Nebi-Samouil et où l'on montre 
dans une mosquée le tombeau du pro- 
phète Samuel. [Il y avait encore trois 
autres villes du nom de Rama, dans 
les cantons d'Aser et de Naphtali et 
dans la Pérée.] Dans les environs de 
Rama était probablement Mispah ou 

« Voy. I Sam. ch. I , v. I et 19. 



Maspha, où se réunissaient, dans les 
temps anciens, les assemblées natio- 
nales des Hébreux 1 . 

De Rama nous nous dirigeons vers 
Jérusalem, en traversant le bourg 
d'Emmaûs (qu'il ne faut pas con- 
fondre avec la ville d'Emmaùs , située 
dans la Judée occidentale et appelée , 
par les Romains, Nicopolis) et les 
villes sacerdotales d'Jnathôth et de 
Nôb. 

Nous arrivons enfin à la capitale de 
la Palestine dont l'histoire remonte 
jusqu'au temps d'Abraham, qui de- 
puis son commencement portait les 
noms de justice et de paix, et qui 
dans ses ruines s'appelle encore la 
sainte. Objet de tous les bienfaits du 
ciel comme de ses châtiments les plus 
sévères, Jérusalem a obtenu, au prix 
de ses vicissitudes, les hommages qui 
lui sont adressés des différentes par- 
ties du monde. Dans sa lutte contre 
les nations elle a dû périr pour deve- 
nir l'objet de leurs respects et de leur 
culte. Maintenant qu'elle ne présente 
plus qu'une image de désolation, le 
voyageur s'arrête à chaque pierre 
pour y chercher un souvenir; mais 
malgré les mille investigations dont 
elle a été l'objet , sa topographie an- 
cienne, après tantde bouleversements, 
présente de nombreuses difficultés. 
Entre les traditions d'une pieuse cré- 
dulité et les paradoxes du scepticisme, 
il n'est pas facile de démêler la vérité. 
Nous ne pouvons pas nous livrer ici 
à de longs développements, mais nous 
remplirons le devoir de l'historien 
impartial, en présentant les résultats 
d'un examen consciencieux des docu- 
ments les plus authentiques. 

JÉRUSALEM. 

Probablement l'ancienne Salem (la 
pacifique) où régnait Melchisedek. 
Avant David cette ville s'appelait Jé- 
ta(Yebous),parce qu'elle était habitée 
par les Jébusites. On ne saurait dire 
précisément à quelle époque eile reçut 
le nom de Jérusalem (Yerousehalem, 
héritage delapaix). Ce nom se trouve 

1 Voy. Juges, ch. 20, v. i; ch. 21, v.5ets. 
ISam. ch. 7, v. 5;ch. 10, v. 17. 



44 



L'UNIVERS. 



déjà dans le livre de Josué (10, 1, et 
12, 10); mais cela ne prouvenullement 
qu'il remonte jusqu'à l'époque de la 
conquête. L'empereur Adrien, qui re- 
bâtit la ville détruite par Titus , lui 
donna le nomâ'^Elia capitolina, et 
les géographes arabes du nioyen âge 
l'appellent encore Ma, mais plus sou- 
vent El-Kods, ou Béit-el-Makdas 
(le sanctuaire). Il est probable qu'elle 
portait ce nom déjà dans les temps an- 
ciens, car Cadytis, grande ville de 
Syrie, dont parle Hérodote 1 , et qui, 
dit-il, fut conquise par Nécho , roi 
d'Egypte , ne saurait être que Jérusa- 
lem. Le nom de Cadytis n'est sans 
doute qu'une corruption du mot ara- 
méen Kadischtha (la sainte). 

I. L'ancienne Jérusalem. 

La ville de Jérusalem est située à 
31° 47' lat. N. et 33° long. E. au point 
!e plus élevé des montagnes de la 
Judée, sur les anciennes limites des 
cantons de Benjamin et de Juda. La 
montagne qui sert d'assiette à la ville, 
descendant en pente vers le nord, est 
entourée à l'est , au midi et à l'ouest, 
de profondes ravines, au delà des- 
quelles se trouvent des montagnes 
plus élevées, de sorte que la ville ne 
peut être vue de loin. On y distinguait 
autrefois trois collines , l'une au sud- 
ouest, la plus étendue et en même 
temps la plus élevée : c'est le mont 
Sion, le fort des anciens Jébusites, 
qui ne fut conquis que sous le règne 
de David. En face du Sion, au N. E., 
se trouvait une colline moins élevée, 
en forme de croissant , dont les Hé- 
breux avaient probablement pris pos- 
session dès les premiers temps de la 
conquête, et où la ville s'agrandissait 
de plus en plus depuis le temps de 
David 2 . Un poète sacré a dit (Ps. 48, 
v. 3) : // s'élève magnifiquement, 
délice de toute la terre, le mont Sion; 
du côté du nord est la ville du grand 
roi. La seconde colline ne porte pas 

1 L. 2, ch. 159; 1. 3, ch. 5. 

a C'est peut-être cette partie de la ville , qui 
dans la Bible est désignée sous le nom de 
02^70 Secunda. \oy. II Rois, 22, 14; II 
Ohrou. 34, 22; Sophonia, I, 10. 



de nom particulier dans la Bible 
plus tard la citadelle qu'y avait éle- 
vée Antiochus Épiphane lui fit don- 
ner le nom d'Acra (à/.pa). Sion fut 
appelée la haute ville, Acra la basse 
ville; elles étaient séparées l'une d* 
l'autre par un vallon qui , courant 
du nord-ouest au sud-est vers la fon- 
taine de Siloé , aboutissait dans la 
vallée de Kidrôn (Cédron), et s'ap- 
pelait, selon Josèphe, le vallon des 
fromagers (t«v -rup&Troiwv <papa-^ ). 
Au sud-est d'Acra était une troi- 
sième colline, appelée Moria 1 , sur 
laquelle était assis le temple. Elle 
était d'abord séparée delacollined'A- 
cra par une large vallée; mais le 
prince maccabéen Simon, qui rasa 
la citadelle d'Antiochus, fit aplanir 
l'Acra et combler la vallée , de sorte 
que les deux hauteurs de Moria et 
d'Acra n'en formèrent plusqu'une seu- 
le 2 . A l'ouest, ou plutôt au S. O du 
temple, il y avait, sur la vallée de Ty- 
ropœon ou des fromagers , un pont 
qui conduisait à l'angleN. E. du Sion, 
où se trouvait une plate-forme, ap- 
pelée Xystus*. 

1 Selon la tradition , c'est ce même mont 
Moria , sur lequel Abraham voulut offrir en 
sacrifice son fils Isaac. 

2 Ainsi les trois collines de Jérusalem n'en 
formaient que deux: Duos colles, immen- 
sum editos , claudebant mûri. Tacit. Hist., 
V, II. 

3 II parait que Moria , à l'occident ., regar- 
dait Acra et la partie N. E. du mont Sion. 
Selon d'Anville ( Dissertation sur l'étendue 
de l'ancienne Jérusalem et de son temple), 
le côté occidental du Moria regardait Acra, 
et le pont qui conduisait au xystus du mont 
Sion se trouvait du côté du midi. Mais cette 
opinion est réfutée par deux passages que 
nous trouvons dans les ouvrages de Josè- 
phe. Dans les Antiquités (1. 20 , ch. 8, § II) 
Josèphe raconte que les prêtres firent élever 
un mur à l'occident du temple, pour empè- 
pher le roi Agrippa II d'observer les céré- 
monies sacrées du haut de son palais qu'il 
avait fait construire près du xystus. Le même 
auteur racontejdans la Guerre des Juifs ( 1. 
6, ch. 6, § 2) que, après la conquête de 
la basse ville et ou temple, les Juifs retran- 
chés sur le Sion demandèrent un entrelien 
à Titus , et que celui-ci se présenta du côté 
occidental du temple ( xarà to npoç Suatv 
(xépoç^ ; car, ajoute-t-il, il y avait là sur le 
xystus des portes et un pont qui joignait la 
haute ville avec le temple. 

Ce» passages de Josèphe peuvent aussi ser- 
vir de réfutation à l'opinion émise par 



PALESTINE. 



45 



Les trois collines que nous venons 
de nommer formèrent depuis David et 
Salomon l'emplacement de la ville de 
Jérusalem. Quant au mont Moria, il 
n'avait été d'abord qu'une colline ir- 
régulière , dont la surface n'aurait pas 
Suffi pour toutes les constructions 
dépendantes du temple. Salomon fit 
élever un mur du fond de la vallée de 
l'est et remplir de terre tout l'espace 
intérieur, pour augmenter ainsi l'aire 
de la colline. Le mur était d'une hau- 
teur de 400 coudées(v. Jos.Antiq.l. 18, 
Ch. 3, § 9). Dans la suite des temps, des 
constructions immenses furent encore 
entreprises pour agrandir la colline 
et en soutenir les côtés (v. Guerre 
des Juifs, 1. 5, ch.5, § 1). La surface 
ainsi encadrée formait un carre d un 
stade en long et en large. 

Au nord du Moria il y avait une 
quatrième colline, qui, sous Agrippa 
I er , fut jointe à la ville parun agrandis- 
sement de son enceinte, et qui s'appe- 
lait Bezetha » ; le quartier qui 1 en- 
tourait fut appelé la Villeneuve. De ce 
côté la ville était beaucoup moins for- 
tifiée par la nature; aussi de tout 

Clarke, et adoptée par Rilter (Erdkunde, II, 
406 et suiv. ) , selon laquelle le Tyropœon 
de Josèphe serait la vallée de Hinnom de la 
Bible. Ce qu'on appelle maintenant le mont 
Sion ne serait alors qu'une partie de 1 Acra, 
et le véritable Sion serait une autre monta- 
gne au midi de la vallée de Hinnom. Cette 
opinion , qui changerait toute la topographie 
de l'ancienne Jérusalem , est d'ailleurs en op- 
position avec deux passages de Josue (ch. 15, 
V. 8, etch. 18, v. 16) desquels il résulte que 
la vallée de Hinnom était au midi de la ville 
des Jébusites , c'est-à-dire de Sion . 

1 Selon un passage de Josephe (Guerre des 
Juifs, 1. 5, cf.. 4, § 2) le nom de Bezetha 
signifierait ville-neuve ( xouvy] hoàiç ) ; mais 
il n'existe aucun mot hébreu ou chaldaïque, 
ressemblant à Bezetha , qui ait ce sens-la. 
Dans d'autres endroits Josèphe écrit Bath- 
zétho (By)6Çy]9w), village près de Jérusalem 
<Antiq., 1. 12 , ch. 10,82, et ch. il, § i.) Les 
mots Bcth-zétha, par abréviation Bezetha, ne. 
peuvent signilier autre chose que plantation 
ou jardin d'oliviers. Ainsi, dans la version 
syriaque du Nouveau Testament (Act. des Ap. 
1,12)., lemotèXouùv, olivetum, est rendu par 
Béth-zétho. Je ne doute pas que le passage 
où Josèphe parait rendre ces mots par ville 
neuve, ne soit tronqué; cet auteur, dans 
le 2* livre de la Guerre des Juifs (ch. 19, § 
4 ) , distingue lui-même Bezetha de la ville 
neuve. 



temps les sièges de Jérusafem se fai- 
saient-ils du côté du nord. Des trois 
autres côtés les profondes ravines la 
rendaient inexpugnable. Celle de l'est 
s'appelait la vallée de Kidron, du 
nom du torrent qui la parcourt, ou la 
vallée deJosaphat (Joël, ch. 4, v. 2 et 
12), nom qu'elle porte encore aujour- 
d'hui ; elle a environ 2000 pas de lon- 
gueur et elle sépare Jérusalem de la 
montagne des oliviers, qui est à l'est. 
La ravine du midi s'appelait vallée 
de Hinnom, ou du fils de Hinnom (Gué 
Ben-Hinnôm); à l'une des extrémités 
de cette vallée se trouve la source de 
Siloé, ou de Guihon, au pied du Moria 
et au S. E. du Sion. La ravine moins 
profonde de l'ouest s'appelait vallée 
de Guihon. 

Les différents quartiers de Jérusa- 
lem furent, à différentes époques, en- 
tourés de murailles. Josèphe en dis- 
tingue trois : la première , appelée la 
plus ancienne, environnait Sion et 
une partie du Moria ; la partie du nord 
commençait au nord-ouest de la tou:; 
nommée * Hippicos (du nom d'un ami 
du roi Hérodes, tombé dans un com- 
bat contre les Parthes) 1 , s'étendait de 
là au xystus et aboutissait au portique 
occidental du temple; elle séparait 
ainsi la haute ville d'avec la basse. A 
l'ouest, partant de la tour Hippicos, 
la muraille passait par un endroit ap- 
pelé Bethso , jusqu'à la porte dite des 
Esséniens; de là elle tournait au S. E. 
et environnait tout le midi de Sion 
jusque vers la source de Siloé; puis 
elle tournait au nord, et auN. E., tra- 
versait la place appelée Ophla 2 , et venait 
aboutir au portique oriental du tem- 
ple, de sorte qu'elle enfermait , outre 
le Sion, tout le côté méridional du 
Moria. 

La deuxième muraille commençait 

• La tour Hippicos se trouvait à peu près 
à l'endroit , ou est maintenant la tour de 
David. ,, . 

» Ophla ou Ophel est le nom d une place 
deJérusalemetnon pas d'une colline, comme 
l'ont cru plusieurs auteurs. Le mot henreu 
Ophel parait signifier lieu élevé , fortifie par 
l'art, tour. La place Ophla était située au 
midi du temple. Voy. Reland, Palaest, p. 
855; d'Anvilfe, Dissert., g 2. 



46 



L'UNIVERS. 



à la porte de Genath ou des jardins , 
ijui se trouvait dans la première mu- 
raille à l'est delà tour Hippicos. S'a- 
vança rit de là vers la partie septentrio- 
nalede la ville, elle tournait ensuite 
vers l'est et venait aboutir au château 
Antonia , qui flanquait l'angle N. O. 
du temple. 

La troisième muraille, commen- 
çant à la tour Hippicos, s'étendait en 
aroiture vers le nord jusqu'à la tour 
Psephina. Se tournant ensuite vers 
l'est, elle passait devant le tombeau 
d'Hélène ■ qu'elle laissait au nord , 
traversait tes grottes royales, et se re- 
pliant enfin vers le midi, elle venait se 
joindre à l'ancienne muraille dans la 
vallée de Kidron. Cette troisième mu- 
raille ne fut commencée que sous le 
roi Agrippa I er ; elle avait 25 coudées 
de hauteur et 10 coudées d'épaisseur. 

Les murailles étaient construites 
obliquement ou en zigzag 2 , et gar- 
nies d'un parapet crénelé. De distance 
en distance elles étaient flanquées de 
tours : dans les Psaumes (48,13) on 
parle des tours de Sion; le roi Ouzia en 
lit élever à plusieurs portes de Jérusa- 
lem (2. Chrori. 26, 9). Dans les temps 
anciens une des plus importantes était, 
sans doute, la tour de Hananel, men- 
tionnée par Jérémie (31, 38),Zacharie 
(14, 10) et Nehemias (3, 1, et 12,39); 
ce dernier nomme aussi la loux Méah 
et celle des fours (3, 11; 12, 38). 
Dans les derniers temps les trois mu- 
railles avaient 164 tours, dont 90 se 
trouvaient dans la muraille extérieure, 
éloignées de 200 coudées les unes des 
autres ; dans la deuxième muraille on 
en comptait 14, et dans l'ancienne 60. 
Elles avaient pour la plupart vingt 
coudées de largeur, et elles étaient 
élevées d'autant de coudées au-dessus 
de la muraille. Josèphe nomme, 
comme tours principales, Hippicos, 



Phasaêl, Mariamne et Pséphinos »; 
les trois premières se trouvaient dans 
la partie septentrionale de l'ancienne 
muraille, en allant de l'ouest à l'est; 
la dernière, comme on l'a vu, était 
dans la troisième muraille, à l'extré- 
mité N. 0. de la ville. Elle était octan- 
gulaire et d'une hauteur de70 coudées ; 
du haut de cette tour on pouvait voir 
l'Arabie à Test et la Méditerranée à 
l'ouest. 

Les portes de l'ancienne Jérusalem 
sont nommées dans différents passa- 
ges de la Bible, surtout dans le livre 
de Nehemias; mais il est impossible 
de bien fixer leur position respective. 
Ce que plusieurs savauts, d'ailleurs 
peu d'accord entre eux , ont dit à ce 
sujet, repose sur des hypothèses bien 
vagues; l'illustre Relaud lui-même 
n'a cru pouvoir rien dire de positif, 
et il s'est contenté d'une simple no- 
menclature. Nous énumérons ici les 
portes de Jérusalem dans l'ordre qui 
est, sinon certain, du moins le plus 
probable, en partant du nord-est, et 
en allant de là à l'ouest, au midi et à 
l'est , pour faire le tour de la muraille. 

1. La porte dite Ancienne ou Pre- 
mière, au N. E.; 2. la porte d'É- 
phraïm ou de Benjamin au nord, con- 
duisant dans les cantons de ces deux 
tribus; 3. la porte de l'Angle 2 , au N. 
0., à unedistance de quatrecents cou- 
dées de la précédente; 4. la p. de la 
Vallée, à l'ouest , conduisant proba- 
blement à la vallée de Guihon et à la 
source du Dragon (Nehern. 2, 13); 
5. la p. des Ordures au S. O., à mille 
coudées de la précédente (ib. 3 , 13) : 
il paraît que c'est la même qui plus 
tard fut appelée la porte des Essê- 
niens; 6. la p. de la Source, au S. E. 
ainsi nommée de la source de Siloé (?). 
Peut-être est-ce la même que Jérémie 
(19, 2) appelle Harsîth (p. de la Po- 



1 Hélène était mère d'Isates , roi d'Adia- 
bène , qui embrassa le judaïsme , ainsi que 
l'avait fait sa mère. Celle-ci rendit de grands 
services aux Juifs dans la famine qui eut 
lieu sous le règne de l'empereur Claude. 
Voy. la partie historique de cet ouvrage. 

2 Selon Tacite : per artem obliqui , aut 
introrsus sinuati , ut latera oppugnantium 
ad ictus patescerent. Hist., V, H. 



1 Phasaêl était le nom du frère d'Hérode, 
tombé à la prise de Jérusalem par Pacorus, 
général des Parthes. Mariamne était le nom 
de la reine. On peut voir la description de 
ces différentes tours, dans Josèphe, Guerre 
des Juifs , 1. 5 , ch . 4 , § 3. 

2 La porte de l'angle n'est pas mention- 
née par Nehemias ; mais on en parle 2 Rois , 
14, 13, et dans quelques autres passages. 



PALESTINE. 



terie) et qui conduisait à la vallée de 
Hinnôm. Au midi, où le mont Sion 
était inaccessible, il n'y avait probable- 
ment pas de portes. Il nous reste en- 
core cinq portes , qui devaient se trou- 
ver à l'orient, ou au S. E. du temple 
en allant du midi au nord ; ce sont : 
7. la porte de l'Eau; 8. la p. des Che- 
vaux; 9. lap.de la Revue ou du Re- 
censement (Vulg. porta Judicialis, 
Nehem. 3, 31); 10. la porte des Bre- 
bis; 11. la p. des Poissons 1 . — La 
porte de la Geôle (Nehem. 12, 38) 
était , à ce qu'il paraît , une des por- 
tes du temple. 

La mesure de l'enceinte de l'an- 
cienne Jérusalem , après la construc- 
tion de la troisième muraille, était, 
selon Josèphe, de trente-trois stades, 
qui, selon le calcul établi par d'An- 
ville, font 2,493 toises 2 pieds. On 
pourrait donc s'étonner de lire dans 
Josèphe, que , pendant le siège de Jé- 
rusalem par Titus , onze cent mille 
hommes y perdirent la vie. Hécatée 
d'Abdère cité par Josèphe {contre 
Apion, 1. 1, ch. 22) fixe le nombre des 
habitants de Jérusalem, au temps 
d'Alexandre le Grand , à environ 
120,000. Cenombre variait sansdoute 
aux différentes époques , mais on ne 
trouve nulle part des données positi- 
ves à cet égard, 

Quant aux rues de Jérusalem, la 
Bible n'en nomme qu'une seule , c'est 
laruedes Boidangers {Jerem. 37 , 21). 
Dans le Talmud on nomme quelques 
marchés ou bazars, tels que le mar- 
ché des Engraisseurs (où l'on ven- 
dait des animaux engraissés), le 
marché des Lainiers 2 et le marché 
Supérieur, qui, selon quelques tal- 
mudistes , était habité par des foulons 
païens 3 . Devant les portes il y avait, 
comme dans toutes les villes de eran- 



1 Selon la paraphrase chaldaïque, au 2 e 
livre des Chroniques , ch. 33, v. 14, c'était 
une porte où se tenaient les marchands de 
poisson. 

2 Mischna, ou texte du Talmud, traité 
Éroubîn, ch. 10, § 9. 

5 Voy. ibid. traité Schekalim, ch.'8, § r, et 
le» commentaires de Maimonides et de Bar- 
tenora. 



des places qui servaient aux assem- 
blées populaires f . 

Les principaux édifices de l'an- 
cienne Jérusalem étaient : 1° le Tem- 
ple, fondé par Salomon sur le mont 
Moria, rebâti sous Zorobabel et ma- 
gnifiquement restauré par Hérode : 
nous donnerons dans l'histoire de Sa- 
lomon et d'Hérode la description 
des deux temples et des édifices qui 
en dépendaient; 2° le fort de Sion, 
conquis sur les Jébusites par Joab, 
général de David , et appelé depuis la 
ville de David : il était protégé au 
nord par un rempart appelé Millo; 3° 
le palais de Salomon, surnommé la 
Maison de la forêt du Liban 2 , à cause 
de la grande quantité de bois de cèdre 
dont on s'était servi pour sa construc- 
tion. Ce palais devait être situé dans 
la partie méridionale du Sion , la plus 
élevée de la ville; caria reine, logée 
d'abord dans la citadelle de David , 
mo?itede là dans sa maison, qui faisait 
partie du palais 3 . Nous reviendrons 
sur cet édifice dans l'histoire de Salo- 
mon. 

Dans la conquête de Jérusalem par 
les Babyloniens tous les grands édifi- 
ces devinrent la proie des flammes 
(2 Rois, 25, 9; Jérémie, 52, 13). 
Sous Zorobabel le temple fut rétabli 
avec beaucoup moins de magnificence. 
Plus tard les princes maccabéens fi- 
rent bâtir au N. O. du temple un 
château appelé Baris 4 ; Hérode le for- 

1 Voy. Nehemias,8, I; 2 Chron. 32, 6. 

2 Voy. I Rois, ch. 7, v. I et 2. La plupart 
des commentateurs , ayant mal compris ces 
deux versets , ont cru qu'il s'agissait de deux 
palais différents, et ils ont pris la maison 
du Liban pour un palais d'été. Mais toute 
la description , v. 2 — 1 1 , ne peut s'adapler 
qu'au palais ou résidait Salomon. C'est dans 
ce sens aussi que Josèphe a compris ce pas- 
sage; cet auteur ne parle que d'un seul 
palais , auquel il rapporte la description du 
ch. 7, sans mentionner la maison de la 
forêt du Liban. Voy. Antiquités, 1. 8, ch. 5, 
§ I et 2. 

8 Voy. I Rois, ch. 7, v. 8; ch. 9, v. 24; et 
II Chron. ch. 8, v. n. 

4 Voy. Josèphe , Antiquit, 1. 15, ch. 1 1, § 4. 
Lemotftàptç, ou, comme prononçaient les 
Juifs, Birah, signifie en général, château fort, 
citadelle. Le mot hébreu .Biro h fut sans doute 
emprunté par les Juifs aux Perses; on ne le 
trouve que dans les livres postérieurs à l'esi] 
de Babylone. 






48 



L'UNIVERS. 



tifia et lui donna le nom tfJntonia, en 
l'honneur de Marc- Antoine , son ami 
et son protecteur. Le château formait 
un carré dont chaque côté était d'un 
demi-stade; à l'intérieur se trouvait 
un palais entouré d'un mur quadran- 
gulaire qui était flanqué de quatre 
tours. Trois de ces tours avaient une 
hauteur de 50 coudées, la quatrième 
de 70; cette dernière était celle du 
S. E. , la plus rapprochée du temple. 
Du haut de cette tour la garde romaine 
observait ce qui se passait dans les 
cours du temple. Depuis le temps 
d'Hérode on élevait dans Jérusalem 
beaucoup de beaux édifices dans le 
goût grec. Outre le temple, restauré 
et agrandi par Hérode, nous re- 
marquons le palais royal, bâti en 
marbre blanc. Entouré d'un mur de 
30 coudées de hauteur, il occupait 
avec ses plates-formes et ses jardins, 
ornés de bassins et d'aqueducs, le 
N. E. et l'est du Sion. Josèphe dit que 
la magnificence de ce palais était au 
delà de toute description (^av-rô? Xo- 
•you xpsîaatov) *■; Agrippa II y ajouta un 
nouveau bâtiment. 

Au milieu de la basse ville se trou- 
vait le palais d'Hélène d'Adiabène. 
Josèphe, qui mentionne ce palais 
(Guerre d. J. VI, 6, 3), parle, au 
même endroit , de deux édifices pu- 
blics incendiés par les Romains avant 
la conquête du Sion et qui , par consé- 
quent, se trouvaient dans la basse 
ville : il les appelle àpx^v {palais des 
magistrats ou archives) et (SouXsutyî- 
ptov {palais du conseil du Synedrium). 
Nous savons, par plusieurs passages 
du Talmud, que le Synedrium , qui 
avait toujours tenu ses séances dans 
Tune des dépendances du temple, 
fut transféré, quarante ans avant la 
destruction de Jérusalem, dans un 
endroit du Moria appelé Hanouyôth 
(les boutiques) et de là dans un autre 
local de la ville 2 . 

Avant de passer à la description de 
la moderne Jérusalem, nous rappelle- 
rons brièvement les principaux événe- 
ments dont cette ville fut le théâtre. 

1 Guerre des Juifs , V , 4, 4. 

1 Voy. Seldeiï , de Synedriis , p. 058. 



Les détails de son histoire se trouve- 
ront dans l'histoire générale de la Pa- 
lestine. 

La Bible ne nous fait pas connaître 
l'époque de la fondation de Jérusa- 
lem. Josèphe, les rabbins, tous les 
anciens Pères de l'Église, à l'exception 
de St. Jérôme, s'accordent à retrouver 
Jérusalem dans la ville de Salem, où 
régnait, du temps d'Abraham, le roi 
Melchisédek (roi de la justice'). Du 
temps de Josué nous y trouvons le roi 
Adonisédek (maître de la justice), 
qui trouva la mort en tombant entre 
les mains des Hébreux, avec quatre 
autres rois cananéens, près de Gui- 
beôn (Jos. ch. 10). Quelque temps 
après , la basse ville fut conquise par 
les Hébreux ; les Jébusites y restèrent 
établis à côté des enfants de Juda et 
de Benjamin. La haute ville ne pat 
être arrachée aux Jébusites que dans 
la huitième année du règne de David , 
qui en fit sa résidence. Par le temple 
de Salomon , Jérusalem devint le cen- 
tre du culte hébreu.*Après le schisme 
elle resta la capitale du royaume de 
Juda. Dans la cinquième année de Re- 
habeam(Roboam) , elle fût prise et pil- 
lée par Sésac, roi d'Egypte. Sous le ré- 
gne de Joram, des hordes de Philistins 
et d'Arabes pénétrèrent dans la ville, 
pillèrent le palais du roi et emmenè- 
rent captifs ses fils et ses femmes 
(2Chr. 21, 17). Sous le roi Amasia, 
la ville fut saccagée par Joas , roi d'Is- 
raël. Sous Èzéchias, elle fut vaine- 
ment assiégée par les Assyriens; mais 
environ 130 ans après, les Chaldéens, 
sous Nabuchodonosor, la détruisirent 
de fond en comble. Rebâtie, ainsi que 
le temple, par suite de la permission 
accordée par Gyrus, la chute de l'em- 
pire des Perses lui amena de nou- 
veaux malheurs. Jérusalem se rendit 
à Alexandre, qui la traita avec beau- 
coup de bienveillance. Après la mort 
d'Alexandre elle fut prise par le roi 
d'Egypte Ptolémée, fils deLagus. An- 
tioclius Épiphane, roi de Syrie, la 
saccagea (170 ans avant l'ère chré- 
tienne) et profana le temple en y 
plaçant la statue de Jupiter Olympien. 
Après quelque temps de paix , sous 



PALESTINE. 



49 



les princes maccabéens , Pompée en- 
tra victorieux dans Jérusalem, l'an 63 
avant J.G., et quelque temps après, 
le temple fut pillé par Crassus. Hé- 
rode embellit Jérusalem par de^ ma- 
gnifiques édifices. Mais bientôt la 
Judée devint province romaine : une 
révolte des Juifs amena cette guerre 
qui se termina par la terrible catas- 
trophe de Jérusalem; conquise par 
Titus, l'an 71 de l'ère chrétienne, elle 
fut entièrement détruite. Quelques 
tours et un petit nombre de maisons 
que Titus avait épargnées furent rasées 
par l'empereur jElius Adrien , par 
suite d'une nouvelle révolte des Juifs 
(136). Adrien voulut détruirejusqu'au 
nom de Jérusalem; il fit bâtir à sa 
})lace une nouvelle ville qu'il nomma 
jElia Capitolina, en l'honneur de 
Jupiter Capitolinus , et dont l'entrée 
fut défendue aux Juifs, sous peine de 
mort. Lorsque le christianisme monta 
sur le trône des Césars , Jérusalem vit 
s'élever, au lieu des temples païens , 
un grand nombre de monuments chré- 
tiens, dans les endroits que la tradi- 
tion avait désignés comme le théâtre 
de la vie et de la mort de Jésus. En 
615, la ville fut conquise par Cos- 
roës , roi de Perse. L'empereur Héra- 
clius la reprit en 627 ; mais peu de 
temps après , en 636 , elle tomba entre 
les mains des hordes arabes condui- 
tes par le khalife Omar. Elle tomba 
ensuite successivement au pouvoir des 
sultans persans, des Fatimites d'E- 
gypte, des Seldjoukides. En 1099 elle 
fut prise par les croisés sous Godefroi 
de Bouillon, et elle devint le siège 
des rois chrétiens. En 1 1 87 , le sultan 
Saladin la conquit et mit fin au 
royaume de Jérusalem. Le sultan 
Malec El-Camel la céda, en 1229, à l'em- 
pereur Frédéric II , mais elle fut re- 
prise parles musulmans en 1244. Elle 
resta ensuite sous les sultans d'Egypte 
et de Syrie de différentes dynasties jus- 
qu'à ce que, en 1517 , ellefut conquise 
par les Turcs sous Sélim I er . Ibrahim- 
Pacha s'en empara en 1832; mais, par 
suite des derniers événements de la 
Syrie, elle vient de rentrer de nou- 
4 e Livraison (Palestine.) 



veau sous la domination immédiate de 
la Porte. 

2. LA MODERNE JÉRUSALEM. 

Le terrain de Jérusalem n'a pu tra- 
verser tant de bouleversements, sans 
se modifier sensiblement; c'est pour- 
quoi il est si difficile, souvent même 
impossible, de reconnaître les ancien- 
nes localités dans la ville moderne. 
Les hauteurs sont abaissées dans plu- 
sieurs endroits ; la vallée de Tyropœon 
est comblée, et il en reste à peine 
quelque légère trace près de la fontaine 
de Siloé. La ville n'occupe plus toute 
l'ancienne enceinte, car le mont Sîon 
en est exclu en grande partie, et nous 
savons qu'il l'était déjà à l'époque où 
Adrien fit bâtir sElia 1 . Il paraît que 
depuis ce temps Jérusalem a conser- 
vé à peu près la même étendue. Les 
descriptions qui nous restent du 
moyen âge , par Guillaume de Tyr, 
Jacob de Vitriaco, Brochard et autres, 
s'accordent, sur tous les points essen- 
tiels, avec celles des voyageurs mo- 
dernes. Mais alors Jérusalem n'offrait 
pas encore cet aspect de misère et de 
désolation qui frappe maintenant les 
regards du voyageur. Le géographe 
arabe Kazwini cite un auteur natil 
de Jérusalem, qui vante les belles 
constructions de cette ville 2 . Nous 
donnons ici un extrait de la descrip- 
tion d'Edrisi, auteur arabe du Xïl e 
siècle 3 : 

« Beït-el-Mokaddas est une ville il- 
lustre, ancienne et pleine d'antiques 
monuments. Elle porta le nom à'Hia. 
Située sur une montagne d'un accès 
facile de tous les côtés 4, elle s'étend 

1 Voy. sur JElia : Dissertations pour ser - 
vir à l'histoire des Juifs , par M. de Boissi . 
T. I, p. 312 et suiv. 

2 Voy. l'ouvrage de Kazwini, intitulé ad- 
jaïb al-boldàn (les merveilles des pays), ma- 
nuscrit de la bibl. roy. — troisième climat, 
l'article Beït-al-makdas. 

3 Géographie d'Edrisi, traduite de l'arabe 
en français, par P. Amédée Jaubert . T. I, p. 
341 et suiv. Edrisi acheva son ouvrage en 
janvier 1154. , 

« Ceci est inexact, mais l'erreur n appar- 
tient qu'au traducteur; le texte arabe dit • 
Elle est située sur une montagne, et de tous 
les côtés on y arrive en montant. 



M 



L'UNIVERS. 



de l'ouest à l'est. A l'occident est la 
porte dite d'el-Mihrâb ; au-dessous est 
la coupole de David (sur qui soit le 
salut!); à l'orient, la porte dite de la 
Miséricorde, laquelle est ordinaire- 
ment fermée et ne s'ouvre que lors de 
la fête des rameaux ; au midi , la porte 
de Seïhoun (Sion); au nord, la porte 
dite d'Amoud el-Ghorâb. En partant 
de la porte occidentale ou d'el-Mih- 
râb, on se dirige vers l'est par une 
large rue et l'on parvient à la grande 
église dite de la Résurrection et que 
les Musulmans appellent Komamé.... 

« A l'orient de cette église, en des- 
cendant par une pente douce, on par- 
vient à la prison où le seigneur Mes- 
sie fut détenu et au lieu où il fut 

crucifié Si vous sortez de l'église 

principale en vous dirigeant vers l'o- 
rient , vous rencontrerez la sainte de- 
meure qui fut bâtie par Salomon , fils 
de David, et qui fut un lieu de pèle- 
rinage du temps de la puissance des 

Juifs C'est aujourd'hui la grande 

mosquée connue par les Musulmans 
sous le nom de Mesdjid el-Aksa. » 

Benjamin deTudèle, qui écrivit en- 
viron vingt ans après Edrisi, donne 
aussi quatre portes à la ville de Jéru- 
salem T ; il les appelle : porte d'Abra- 
ham 2 , porte de David , porte de Sion , 
porte de Josaphat. Sans doute ces 
noms étaient plus usités parmi les Juifs. 

La muraille qui maintenant envi- 
ronne la ville de Jérusalem fut bâtie 
en 1534 , par ordre du sultan Soliman. 
Elle a une hauteur de 40 pieds, sa 
largeur est de trois pieds, et elle est 
flanquée de tours de 120 pieds de 
hauteur. On y trouve sept portes, dont 
deux sont condamnées. 

Dans le mur septentrional il y a 
deux portes : vers l'occident, la porte 
de Damas, appelée par les Arabes 

1 Itinerarium Benjaminis, éd. l'Empereur, 
p. 42. 

2 Je ne doute pas qu'il ne se soit glissé une 
faute dans le texte de Benjamin; au lieu de 
D"DN Abrdm il faut lire, sans doute, 
D>"ï3tf Êphraïm. La porte d'Éphraïm est 
celle qu'Edrisi appelle Àinoud el-Ghorâb; la 
porte de David est celle d'El-Mihrâb, et la 
porte de Josaphat celle de la Miséricorde. 



Bâb el-Amoud (porte delà Colonne)^ 
qui mène à Nablous, à Nazareth, à- 
Saint-Jean d'Acre et à Damas; vers 
l'orient la porte oVHérode ou d'É- 
phraïm, en arabe Bâb el-Zaheri 1 ; 
elle est fermée. 

A l'orient il y a aussi deux portes : 
vers le nord, la porte Saint-Étienne a ; 
c'est là, dit-on, que saint Etienne 
fut lapidé; les Arabes l'appellent Bâb 
Sitti-Mariam (porte de Notre-Dame 
Marie), parce qu'elle conduit au tom- 
beau de Marie» Par cette porte on va 
à Jéricho, en passant par la monta- 
gne des Oliviers. Vers le sud est la 
porte Dorée qui donne sur le parvis 
du temple ; elle est murée. 

Au midi, on trouve, vers l'orient, 
la porte des Ordures, qui mène à la 
fontaine de Siloé; en arabe elle s'ap- 
pelle Bab el-Mogharebé (porte des 
Barbaresques). Vers l'occident, sur le 
Sion, que le mur traverse, est la porte 
de Sion ou Bab el-Nabi Daoud (porte 
du prophète David.) En dehors de 
cette porte, sur le sommet du Sion, on 
montre la maison de Caïphe, mainte- 
nant une église arménienne; non loin 
de là est une mosquée, bâtie, dit-on, 
sur le tombeau de David. A l'ouest se 
trouve un édilice, qui autrefois était 
un couvent franciscain, et qui main- 
tenant est un hôpital turc. On y montre 
deux salles : dans l'une, dit-on, Jé- 
sus célébra la dernière pâque; dans 
l'autre le Saint-Esprit descendit sur 
les apôtres. Sur le Sion se trouvent 
aussi les cimetières chrétiens. 

A l'occident on ne trouve que la 
porte de Bethléhem, qui mène à Be- 
thléhem et à Hébron. A droite est le 
chemin de Yafa. Les Arabes appellent 
cette porte Bâb el-Khalil (porte de 
l'Ami de Dieu, c'est-à-dire d'Abra- 
ham), probablement parce qu'elle 

1 M. de Chateaubriand traduit Porte de 
V Aurore ou du Cerceau; le mot Zaheri 
n'a pas ce sens , c'est probablement un nom 

Pr 2 P pres de cette porte, à l'intérieur, on 
trouva une piscine desséchée et à demi com- 
blée; elle est longue de 150 pieds et large de 
50. On croit que c'est la même qui, dans 
l'Evangile de Jean est appelée Bethesda. 



PALESTINE. 51 

mène à Hébron, surnommée el-Kha- On trouve ensuite sept autres peti- 

lîl, comme ville d'Abraham. Près de tes rues : 

cette porte se trouve le château des Harat el-Moslemîn , la rue des Mu- 

Pisans, monument gothique du temps sulmans. 

des croisades; la tour de David, qui Harat el-Naçâra , la rue des Chré- 

enfait partie, existait cependant avant tiens : elle vadu saint sépulcre au 

cette époque. couvent latin. 

Plusieurs voyageurs ont fait le tour Harat el-Arman , la rue des Armé- 

de la muraille et ont compté le nombre niens , au levant du château. 

des pas. Voici les mesures indiquées Harat el-Yahoud, la rue des Juifs : 

par Maundrell, qui sortit parla porte les boucheries de la ville sont dans 

de Bethléhem : cette rue ( elle est située entre le Sion 

. „ , , , et le Moria , là où était autrefois la 

De cette porte a 1 angle N. O. de la mu- vallée de T(/ropœon) . 

De™ àla porte de Damas. '. \ \ 680 *"' T H % at ^b-Hotta , la rue près du 

— à la porte d'Hérode 380 lemple. 

— à la prison de Jérémie. ... 150 Harat el-Zahara. « Mon drogman, 

— à l'angle N. E. 225 dit M. de Chateaubriand, me traduisait. 

— à la porte de Saint-Étienne. . 385 ces mots par slrada Comparita. Je ne 

— à la porte Dorée 240 sa is trop ce que cela veut dire. Il m'as- 

— a l'angle S. E. du Moria. . . 380 surait encore que ] es reoe // es et les 

-ll^t^ s :::: tlî ■**«*• gens de ™ ent dans 

-à l'angle S. O 215 cette rue. » 

— à la porte de Bethléhem. . . 500 Harat el-Mogharebe , la rue des 

— Total 4630 pas ' Maugrabins ou des Barbaresques. 

p Ces rues sont étroites et irréguliè- 

Ces mesures nous font très-bien res, elles ne sont pavées qu'en partie, 

connaître les proportions de la ville; Les maisons présentent des masses 

nous avons au nord 1435 pas, au midi lourdes de terre argileuse ou de 

1290 pas, à l'est 1005 pas, à l'ouest pierre; elles sont très-basses, et elles 

900 pas. On voit qu'elle forme une ont, pour la plupart, des toits plats 

espèce de trapèze, dont les côtés les ou des coupoles, 

plus longs sont au nord et au midi; On ne voit de fenêtres que dans la 

c'est pourquoi Edrisi dit qu'elle s'é- partie supérieure; elles sont petites 

tend de l'ouest à l'est 1 . Voici mainte- et grillées «. 

nant les noms des rues de Jérusalem, Les relations des voyageurs diffè- 
d'après l'Itinéraire de M. de Château- rent beaucoup entre elles sur le 
briand : Les trois principales se nom- nombre des habitants de Jérusalem, 
ment : 1° Harat bâb el-Amoud, la Elles balancent entre quinze et vingt 
rue de la Porte de la Colonne: elle mille; dans ce nombre les Juifs parais- 
traverse la ville du nord au midi ; 2° sent entrer pour un tiers. 
Soukel-kebir, la rue du Grand-Bazar: Nous indiquerons encore rapide- 
elle court du couchant au levant; 3° ment les principaux édifices de la mo- 
Harat el-Alam, la Voie douloureuse : derne Jérusalem : 1° \J église du Saint- 
elle commence à la porte de la Vierge , Sépulcre vers le N. O. de la ville ; elle 
passe au prétoire de Pilate, et va finir fut incendiée dans la nuit du 11 au 12 
au Calvaire. octobre 1808 , mais elle a été rebâtie 

"" plus tard. 2° Le couvent San-Salva- 

1 D'Anville évalue les 4630 pas de Maun- rl nr Pn trp Ips nnrtpç Ac> Tïnmic; pr dp 

drell à 1955 toises 4 pieds 2 pouces , et il g A i u le ?P 0rteS de P*™ S el ° e . 

montre que cette mesure s'accorde assez Bethléhem. 3° Le principal couvent 

exactement avec le plan de Deslvayes (voy. des Grecs près de l'église du Saint- 

îîif,ipm ti fi n ^ sur < 1 i' éten ti ( ! u h e de rancienne '* Sépulcre. 4° V église des Arméniens, 

rusalem , ^ 3). Selon Sieber, voyageur aile- r y 

mand, le plus grand diamètre de Jérusalem * Voy. WaUfahrten im morgenlande, par 

est de 1500 pas. Otto de Richter, p. 48. 

4. 



52 



L'UNIVERS. 



au pied du Sion, bâtie, dit-on, à l'en- 
droit où était la maison d'Anne le 
pontife. 5° La grande mosquée d'O- 
mar avec ses dépendances. Elle est 
bâtie sur le Moria , où des voyageurs 
modernes ont encore découvert des 
traces des anciens murs *. 

Dans l'histoire moderne de la Pa- 
lestine nous donnerons sur quelques- 
uns de ces édifices des détails topo- 
graphiques. Mais nous devons, pour 
compléter la topographie de Jérusa- 
lem, ajouter quelques mots sur les 
lieux qu'on appelle le Calvaire et le 
saint sépulcre. 

Golgotha ou le lieu du crâne (cal- 
variae locus) était situé , selon Eusèbe 
et St. Jérôme, au nord du Sion. C'est 
là tout ce que nous savons sur cette 
place destinée aux exécutions; il n'est 
dit nulle part que ce fût une colline. 
Près de cet endroit , # dans un jardin , 
se trouvait, selon l'Évangile de Jean , 
le tombeau où Jésus fut déposé. Le 
Calvaire ainsi que le tombeau étaient 
hors de la ville; maintenant on les 
montre en dedans , presque au milieu 
de la ville. Cette circonstance n'a en 
elle-même rien d'étonnant; cependant 
l'inspection des lieux a fait naître 
dans l'esprit de plusieurs voyageurs 
des doutes fort graves sur l'authenti- 
cité du Calvaire et du saint sépulcre; 
et la plupart des savants modernes 
qui ont écrit sur cette matière , refu- 
sent d'admettre que ces lieux aient 
pu exister là où on les montre main- 
tenant 2 . M. de Chateaubriand , après 
avoir tâché de corroborer la tradition 
par le témoignage de plusieurs auteurs 
anciens , envie le sort des premiers 
voyageurs , qui n'étaient point obligés 

« Voy. Clarke, Travels , vol. IV, p. 386, 
et la relation du voyage de MM. Robinscn 
et Smith, missionnaires américains (1838), 
insérée dans le recueil allemand Zeitschrift 
fur die Kunde des Moryentandes , t. II , p. 
346 , 347. Ces deux voyageurs ont découvert 
près du mur les débris d'une arche faisant 
partie du pont qui conduisait au Xyslus. 

2 Voy. surtout le savant ouvrage allemand : 
Vebcr Golgatho und Christi Grab, par Ples- 
sing. Halle, 1789.,— Jahn, Arch. bibl. t. III, p. 
252. — Ritter, Erdhunde, t. II, p. 417. La ques- 
tion a été définitivement résolue, dans le même 
•ens, par MM. Robinson et Smith, 1. c, p. 349. 



d'entrer dans toutes cescritiuues, par- 
ce que , dit-il , ils trouvaient dans leurs 
lecteurs la religion qui ne dispute ja- 
mais avec la vérité. Cependant dès le 
quatorzième siècle il s'était élevé des 
doutes sur le saint sépulcre, et il y 
a plus de deux siècles que Quaresmius 
se plaignit amèrement de ces miséra- 
bles hérétiques d'Occident qui nient 
que le saint sépulcre soit celui où le 
corps de Jésus fut déposé «. Il y a en- 
viron cent ans , Korte , voyageur al- 
lemand , malgré i'exaltation'religieuse 
qui se manifeste dans son ouvrage , se 
prononça avec beaucoup de vivacité 
contre la tradition reçue; il s'était 
aperçu au premier regard que ce 
qu'on appelle maintenant le Calvaire 
ne pouvait nullement être le véritable 
Golgotha, ce qu'il prouve avec beau- 
coup de détails 2 . Il se pourrait bien, 
à la vérité , que le Golgotha ait été 
situé dans le quartier de Bezetha , qui 
lors de la mort de Jésus était encore 
exclu de la ville; car la troisième 
muraille n'existait pas encore. Mais 
il paraît être bien difficile d'exclure le 
Calvaire actuel même de la deuxième 
enceinte de l'ancienne Jérusalem; 
d'Anville, malgré la précision et la 
rigoureuse exactitude qui caractéri- 
sent ses recherches , s'exprime à ce su- 
jet d'une manière si vague , que , loin 
de dissiper les doutes, il leur donne 
une nouvelle force. Après avoir dit 
que, avant l'accroissement de Bezetha, 
l'enceinte de la ville ne s'étendait pas 
au delà du côté du nord de la tour 
Antonia, il ajoute : « Il faut même 
« rabaisser un peu vers le sud , à une 
« assez petite distance de la face occi- 
« dentale du temple, pour exclure 
« de la ville le Golgotha ou Calvaire, 
« qui , étant destiné au supplice des 
« criminels, n'était point compris 
« dans l'enceinte de la ville. » — Sans 

1 Audivi nonnullos nebulones occidentales 
hœrelicos, detrahentes Us, quœ dicuntur de 
jam memoralo sacra tissimo Domïni nostri 
sepulchro, et nullius momenti ratiunculis, 
negantes illud vere esse in quo positum 
fuît corpus Jesu. Elucidatio Terra? sancta 
historica, vol. II, p. 515. 

2 Reise nachdemweiland gelobten Lande. 
Altona, 1741 , p. 2ioetsuiv. 



PALESTINE. 



53 



vouloir rien décider à cet égard , nous 
observerons seulement que la tradi- 
tion primitive de la découverte du 
saint sépulcre ne se présente pas avec 
assez de garanties pour ne pas don- 
ner prise à Ja critique. Voici comment 
cette tradition est rapportée par M. de 
Chateaubriand lui-même : « Constan- 
« tin , ayant fait monter la religion 
a sur le trône, écrivit à Macaire, évê- 
« que de Jérusalem. Il lui ordonna de 
« décorer le tombeau du Sauveurd'une 
« superbe basilique. Hélène, mère de 
« l'empereur, se transporta en Pales- 
« tine, et fit elle-même chercher le 
« saint sépulcre. Il avait été caché 
« sous la fondation des édifices d'A- 
<• drien. Un juif, apparemment chré- 
« tien, qui, selon Sozomène, avait 
« gardé des mémoires de ses pères , 
« indiqua la place où devait se trouver 
« le tombeau. Hélène eut la gloire de 
« rendre à la religion le monument 
« sacré *. » Quelque faible que soit 
l'autorité de cette tradition , elle a 
encore trouvé des défenseurs parmi 
les modernes 2 . 

3. Environs de Jérusalem. 

A l'orient se présente la montagne 
des Oliviers, qui s'étend le long de 
la vallée de Josaphat. Elle a trois som- 
mets ; celui du nord est le plus élevé 3 , 
on y voit les ruines d'une tour. Sur le 
sommet du milieu est la chapelle de 
l'Ascension; au même endroit l'impé- 
ratrice Hélène avait fait bâtir une ma- 
gnifique église; car ce fut laque, selon 
la tradition chrétienne , eut lieu l'as- 
cension de Jésus. Dans la chapelle on 
montre encore aux crédules pèlerins 
la trace de son pied gauche. Le som- 
met occidental s'appelle la montagne 
du Scandale (mons offensionis), à 

1 Itinéraire de Paris à Jérusalem , Introduc- 
tion, second mémoire. 

2 M. Scholz , professeur à l'université de 
Bonn , qui a fait le voyage de Jérusalem , a 
publié sur ce sujet une dissertation intitulée : 
Commenta tio de Golgothœ et sanctissimi 
D. N. J. C. sepulcri situ. Bonna?, 1825. 

3 Tout récemment, M. Schubert, vovageur 
bavarois, a mesuré les hauteurs de la'Pales- 
tine. Selon lui, la montagne des Oliviers est 
élevée de 2555 pieds au-dessus de la mer, le 
Sion de 2381 pieds. 



cause du culte idolâtre qu'y célébra 
le roi Saiomon. — Du haut de la 
montagne des Oliviers on a une vue 
magnifique. A l'orient s'étend la plai- 
ne de Jéricho , à travers laquelle on 
voit couler le Jourdain et se verser 
dans la mer Morte ; à l'occident on 
voit la ville et au delà on aperçoit la 
Judée, jusque dans les environs de la 
Méditerranée ; au nord la vue s'étend 
au delà des monts Ebal et Garizim , 
et au midi jusqu'à Bethléhem et Hé- 
bron. 

Au pied de la montagne , du coté 
de la ville , on trouve au nord , pres- 
que à la naissance du torrent de Ki- 
dron, le jardin des Oiiviers, connu 
dans l'Évangile sous le nom de Geth- 
semant (pressoir d'huile) , maintenant 
Djesmaniyyê. On y arrive de la ville , 
en sortant par la porte Saint-Étienne , 
et en passant sur un pont du Kidron. 
Le jardin appartient aux Pères latins 
du couvent San-Salvador ; il a envi- 
ron 160 pieds carrés, et on y trouve 
encore huit gros oliviers, que l'on 
croit très-anciens. Au nord du jardin . 
on montre dans une chapelle souter- 
raine le prétendu sépulcre de Marie, 
mère de Jésus. On y descend par 47 
marches de marbre. Arrivé au milieu 
de l'escalier, on trouve d'un côté le 
tombeau de Joachim et d'Anne, pa- 
rents de Marie , et de l'autre côté celui 
de Joseph , son mari. Toutes les sec- 
tes chrétiennes et même les musul- 
mans ont des oratoires dans cette 
chapelle. — De Gethsemani jusqu'au 
village de Siloan, situé au S. O. de 
la montagne des Oliviers, s'étend la 
vallée de Josaphat. Là se trouvent les 
tombeaux des juifs. Voici ce qu'en dit 
M. de Chateaubriand : « Les pierres 
du cimetière des Juifs se montrent 
comme un amas de débris au pied 
de la montagne du Scandale , sous 
le village arabe de Siloan : on a peine 
à distinguer les masures de ce village 
des sépulcres dont elles sont environ- 
nées. Trois monuments antiques, les 
tombeaux deZacharie, de Josaphat 
etd'Absalon, se font remarquer dans 
ce champ de destruction. A la tris- 
tesse de Jérusalem, dont il ne s'élève 



454 



L'UNIVERS 



aucune fumée, dont il ne sort aucun 
bruit ; à la solitude des montagnes , 
où Ton n'aperçoit pas un être vivant; 
au désordre de toutes ces tombes fra- 
cassées, brisées, demi-ouvertes, on 
dirait que la trompette du jugement 
s'est déjà fait entendre, et que les 
morts vont se lever dans la vallée de 
Josaphat. » En face du village de Si- 
loan, au pied du Moria,est la fontaine 
dite de Marie. C'est peut-être la même 
qui, dans la Bible, est appelée la fon- 
taine Roghel ou du foulon (Jos. 15, 
7). Entre le Sion et ie Moria , là où la 
vallée de Josapbat vient se joindre à la 
valléedeHinnôm,setrouvelasourcede 
Siloé , qui jaillit d'une roche calcaire 
(voy.pl. 25). C'est la seule source d'eau 
vive que possède la ville de Jérusa- 
lem ; ses eaux se divisent en deux bran- 
ches et forment deux étangs , qui exis- 
taient déjà du temps d'Isaïe , et qui 
servaient alors comme aujourd'hui 
à laver le linge. L'un est appelé par 
Isaïe Y étang supérieur (ch. 7, v. 3), 
l'autre Y étang inférieur (ch. 22 , v. 9); 
le premier, qui arrosait les jardins 
royaux , est appelé X étang royal ( Né- 
hém. 2, 14). Toutes les fois que Jé- 
rusalem était menacée d'un siège , on 
détournait l'eau de Siloé et on bou- 
chait la source , de sorte que la ville 
était toujours suffisamment pourvue 
d'eau , tandis que les assiégeants en 
manquaient. Ce moyen fut également 
employé par Hiskia (ou Ézéchias) lors 
du siège des Assyriens, et à l'époque 
des croisades. Saladin força par là 
Richard Cœur de lion de 'renoncer 
au siège de Jérusalem *. Près de là on 
montre, à côté d'un mûrier blanc, 
l'endroit du chêne Roghel où, selon 
la tradition, Isaïe fut scié en deux, 
par ordre du roi Manassé, et où il 
fut enterré. 

Au midi du Sion, au delà de la vallée 
de Hinnôm, on montre Hakel-dama 
ou le Champ du sang, acheté des trente 
pièces d'argent de Judas. Derrière ce 
champ s'élève le mont du Mauvais 
conseil. Cette montagne paraît être 



421. 



Voy. Barhcbraei Chronicon syriacum, p. 



celle que Clarke prend pour le véri 
table Sion. 11 trouva dans sa paroi 
septentrionale beaucoup de tombeaux 
taillés dans le roc, et qui en partie 
portent l'inscription grecque rf,? à-^aç 

Dans le vallon à l'ouest de la ville, 
appelé Guihôn, on trouve une piscine 
portant le même nom; elle est pres- 
que à sec et on ne voit pas de source 
dans ses environs, ce qui peut faire 
supposer qu'elle était destinée à re- 
cevoir les eaux de pluie descendant 
des hauteurs voisines. En tournant 
de là au nord de la ville , on rencon- 
tre, avant d'arriver à la porte de Da- 
mas, une grotte dans laquelle, dit-on, 
Jérémie composa ses lamentations. 
Elle a environ 30 pieds en long et en 
large et 40 pieds de profondeur. Le 
toit est soutenu par deux colonnes. Il 
ne faut pas la confondre avec une fosse 
qui se trouve plus à Test et qu'on 
appelle la prison de Jérémie. 

A trois ou quatre portées de fusil 
de la grotte, on trouve un des plus 
beaux monuments d'architecture an- 
cienne; c'est celui qu'on appelle les 
Sépulcres des rois. Il ne faut pas pen- 
ser ici aux tombeaux des rois de Juda ; 
car nous savons par la Bible que ces 
tombeaux se trouvaient sur le mont 
Sion. D'ailleurs on reconnaît dans les 
ornements l'art grec. Pococke et Clarke 
ont pris les Sépulcres des rois pour 
le monument d'Hélène, reine d'Adia- 
bène, dont parle Josèphe; mais cet 
écrivain, en faisant la description de 
la troisième muraille de Jérusalem , 
distingue expressément le monument 
d'Hélène des grottes royales, qui sont, 
sans aucun doute, lessépulcres en ques- 
tion. Ce qu'il y a de plus probable, 
c'est que ces sépulcres datent des 
derniers rois de h Judée, successeurs 
d'Hérode. Nous reproduisons ici la 
description qu'en a donnée M. de Cha- 
teaubriand : 

« En sortant de Jérusalem par la 
porte d'Éphraïm, on marche pendant 
un demi-mille sur le plateau d'un ro- 
cher rougeâtre où croissent quelques 
oliviers. On rencontre ensuite au mi- 
lieu d'un champ une excavation assez 



PALESTINE. 



55 



-semblable aux travaux abandonnés 
d'une ancienne carrière. "Un chemin 
large et en pente douce vous conduit 
au fond de cette excavation , où l'on 
entre par une arcade. On se trouve 
alors au milieu d'une salle découverte 
taillée dans le roc. Cette salle a trente 
pieds de long sur trente pieds de large, 
et les parois du rocher peuvent avoir 
douze à quinze pieds d'élévation. 

» Au centre de la muraille du midi , 
vous apercevez une grande porte car- 
rée, d'ordre dorique, creusée de plu- 
sieurs pieds de profondeur dans le 
roc. Une frise un peu capricieuse, 
mais d'une délicatesse exquise, est 
sculptée au-dessus de la porte : c'est 
d'abord un triglyphe, suivi d'une mé- 
tope ornée d'un simple anneau ; ensuite 
vient une grappe de raisin entre deux 
couronnes et deux palmes. Le trigly- 
phe se représente, et la ligne se re- 
produisait sans doute de la même 
manière le long du rocher; mais elle 
est actuellement effacée. A dix-huit 
pouces de cette frise règne un feuillage 
entremêlé de pommes de pin et d'un 
autre fruit que je n'ai pu reconnaître, 
mais qui ressemble à un petit citron 
d'Egypte. Cette dernière décoration 
suivait parallèlement la frise, et des- 
cendait ensuite perpendiculairement 
le long des deux côtés de la porte. 

« Dans l'enfoncement et dans l'an- 
gle à gauche de cette grande porte 
s'ouvre un canal où l'on marchait au- 
trefois debout, mais où l'on se glisse 
aujourd'hui en rampant. Il aboutit par 
une pente assez roide, ainsi que dans 
la grande pyramide, à une chambre 
carrée, creusée dans le roc avec le mar- 
teau et le ciseau. Des trous de six pieds 
de long sur trois pieds de large sont 
pratiqués dans les murailles, ou plu- 
tôt dans les parois de cette chambre, 
pour y placer des cercueils. Trois por- 
tes voûtées conduisent de cette pre- 
mière chambre dans les autres de- 
meuressépulcralesd'inégalegrandeur, 
toutes formées dans le roc vif, et dont 
il est difficile de comprendre le des- 
sin , surtout à la lueur des flambeaux. 
Une de ces grottes, plus basse que les 
autres et où l'on descend par six de- 



grés , semble avoir renfermé les prin- 
cipaux cercueils. Ceux-ci étaient gé- 
néralement disposés de la manière 
suivante : le plus considérable était 
au fond de la grotte, en face de la 
porte d'entrée, dans la niche ou dans 
l'étui qu'on lui avait préparé ; des deux 
côtés de la porte deux petites voûtes 
étaient réservées pour les morts les 
moins illustres, et comme pour les 
gardes de ces rois , qui n'avaient plus 
besoin de leur secours. Les cercueils 
dont on ne voit que les fragments , 
étaient de pierre, et ornés d'élégantes 
arabesques. 

« Ce qu'on admire le plus dans ces 
tombeaux, ce sont les portes de ces 
chambres sépulcrales; elles sont de la 
même pierre que la grotte, ainsi que 
les gonds et les pivots sur lesquels 
elles tournent. Presque tous les voya- 
geurs ont cru qu'elles avaient été tail- 
lées dans le roc même; mais cela est vi- 
siblement impossible, comme le prouve 
très-bien le P. Nau. Thévenot assure 
« qu'en grattant un peu la poussière 
« on aperçoit la jointure des pierres , 
« qui y ont été mises après que les 
« portes ont été posées avec leurs pi- 
« vots dans les trous. » J'ai cependant 
gratté la poussière et je n'ai point vu 
ces marques au bas de la seule porte 
qui reste debout : toutes les autres 
sont brisées et jetées en dedans des 
grottes- » 

En allant un peu au nord-ouest on 
trouve d'autres tombeaux qu'on donne 
pour ceux des juges d'Israël. On pré- 
tend que Othniel, Gédéon, Samson, 
Jephta, et d'autres anciens héros d'Is- 
raël y sont enterrés. Maintenant ces 
tombeaux offrent.souvent une retraite 
aux bergers ». 

Avant de quitter Jérusalem pour 
continuer notre voyage vers le midi , 
nous ferons encore une excursion à 
Bethphage et Bethania, villages cé- 
lèbres dans les Évangiles, et qui étaient 
situés à l'est de la montagne des Oli- 
viers, sur la route de Jéricho. Ce fut 
à Bethphage que Jésus fit chercher l'âne 
sur lequel il lit son entrée à Jérusa 

1 Voy. Quaresm. Elucidât, t II , p. 728. 



56 



L'UNIVERS. 



lem. Depuis longtemps il n'existe plus 
de trace de ce village; Quaresrnius dit 
(t. H, p. 335) que de son temps on 
montrait encore l'endroit où il était 
situé. 

Bethania est à environ trois quarts 
de lieue de Jérusalem; là demeura 
Lazare avec ses sœurs Marie et Mar- 
the, et Jésus y passait souvent les 
nuits, dans les derniers temps de sa 
vie, lorsqu'il ne se croyait plus en 
sûreté à Jérusalem. Maintenant Bé- 
thanie est un petit village de la plus 
misérable apparence. On y trouve 
quelques familles arabes, dontles chefs 
mettent à profit la crédulité des pèle- 
rins chrétiens, en leur faisant mon- 
trer, pour une rétribution, la maison 
de Lazare et son tombeau taillé dans 
le roc. A côté de ce tombeau se 
trouve une mosquée. 

Le premier endroit qui au S. E. de 
Jérusalem attire notre attention , est 
la petite ville de 

Bethléhem , de la plus haute an- 
tiquité ; elle avait porté d'abord le nom 
iïEphratha l . La vallée de Rephaïm 
la sépare de Jérusalem, dont elle est 
éloignée à peine de deux lieues. Elle 
est assise sur une hauteur dans un 
pays de coteaux etde vallons, et Volney 
nous assure que c'est le meilleur sol 
de ces cantons; les fruits, les vignes, 
les olives, les sésames y réussissent 
très-bien. C'est de là, sans doute, 
qu'elle portait le nom d' Ephratha qui 
signifie/er/i/îïe. M. de Chateaubriand 
dit pourtant n'avoir point remarqué 
dans la vallée de Bethléhem la fécon- 
ditéqu'onlui attribue. Bethléhem, qui 
a toujours été une des plus petites 
villes de la Judée, est célèbre cepen- 
dant dans l'Ancien Testament, comme 
lieu de naissance de David, et, dans 
le Nouveau, comme celui de Jésus. 
Maintenant Bethléhem est un village 
qui a environ cent maisons, habitées 
par quelques centaines de familles, 
pour la plupart chrétiennes. On y voit 
peu de Mahométans et point de Juifs. 
Déjà au XII e siècle Benjamin de Tudèle 
n'y trouva que douze Juifs qui exer- 

1 Genèse, 35, 19. 



çaient la profession de teinturiers. 
Volney trouva à Bethléhem 600 
hommes capables de porter le fusil dans 
l'occasion. « De ces 600 hommes, dit- 
«il, on en compte une centaine de 
« chrétiens latins, qui ont un curé 
« dépendant du grand couvent de Jé- 
« rusalem. Ci-devant ils étaient uni- 
« quement livrés à la fabrique des cha- 
« pelets; mais les RR. PP. ne consom- 
« mant pas tout ce qu'ils pouvaient 
« fournir, ils ont repris le travail de 
« la terre. » A l'est du village, à deux 
cents pas de distance, se trouve sur 
une hauteur le couvent latin qui , par 
une cour fermée de hautes murailles, 
tient à la célèbre église de la Nati- 
vité ou de Maria de prœsepio (Notre- 
Dame de la Crèche). Cette église 
fut fondée par l'impératrice Hélène 
à l'endroit où, selon la tradition, 
naquit Jésus. Elle fut souvent dé- 
truite et a été nouvellement restaurée , 
et l'architecture grecque qu'on y re- 
connaît encore se mêle aujourd'hui 
aux différentes parties ajoutées par les 
princes chrétiens. Le géographe arabe 
Edrisi dit (p. 346) qu'elle est belle, 
solide , vaste , et ornée à tel point qu'il 
n'est pas possible d'en voir qui lui soit 
comparable. On en trouve la descrip- 
tion dans l'Itinéraire de M. de Cha- 
teaubriand. Des deux côtés de l'autel 
il y a deux escaliers tournants ayant 
chacun 1 5 degrés , par lesquels on des- 
cend à la grotte ou Jésus vit le jour; 
elle occupe l'emplacementdel'étable et 
de la crèche. Selon M. de Chateau- 
briand, elle a 37 pieds et demi de long, 
onze pieds trois pouces de large , et 
neuf pieds de haut. Elle est taillée 
dans le roc; les parois de ce roc sont 
revêtues de marbre, et le pavé de la 
grotte est également d'un marbre pré- 
cieux. Trente-deux lampes éclairent 
cette grotte. La place qu'on donne 
pour celle de la naissance de Jésus est 
du côté de l'orient; elle est marquée 
par un marbre blanc entouré d'u/i 
cercle d'argent radié en forme de so- 
leil. A Tentour on lit cette inscrip- 
tion : Hic de virgine Maria Jésus 
Christus natus est. La crèche se 
trouve à sept pas de là vers le midi» 



PALESTINE. 



67 



On va même jusqu'à montrer, à deux 
pas de la crèche, Ja place où Marie était 
assise lorsqu'elle présenta l'enfant aux 
adorations des mages; on y a élevé un 
autel. Enfin on montre au pèlerin une 
chapelle souterraine où la tradition 
place la sépulture des enfants massa- 
crés par ordre d'Hérode, et près de là 
on voit la grotte de saint Jérôme, 
avec son tombeau et ceux de sainte 
Paule et de sainte Eustochie. A côté 
de l'église, au midi, est le couvent des 
Grecs, et, à l'ouest de ce dernier, 
celui des Arméniens. 

A une demi-lieue de Bethléhem , au 
N. 0., on montre le tombeau de Ra- 
chel , épouse du patriarche Jacob. On 
lit dans la Genèse (35, 20) que Jacob 
y éleva un monument. Benjamin de 
ïudèle et le rabbin Pétachia y trou- 
vèrent un monument composé de onze 
pierres, selon le nombre des onze 
lils de Jacob «; il était surmonté d'un 
dôme qui reposait sur quatre colon- 
nes. Edrisi dit : « Sur ce tombeau 
sont douze pierres placées debout; il 
est surmonté d'un dôme construit en 
pierres. » Le monument qu'on y voit 
maintenant n'est plus le même; c'est 
un petit édifice carré de fabrique tur- 
que, surmontéd'unpetit dôme. L'abbé 
Mariti croit qu'il ne date que de 1679. 

Au midi de Bethléhem, un chemin 
pierreux d'environ une lieue conduit à 
trois réservoirs d'eau qui sont d'une 
haute antiquité et qu'on fait même 
remonter jusqu'à Salomon. Ils sont 
placés sur une pente; le plus élevé 
verse son eau dans le deuxième, d'où 
elle coule dans le plus bas. Selon Ri- 
chardson, le premier a 480 pieds de 
long , le deuxième 600 , et le troisième 
660 ; leur largeur est de 270 pieds ; ils 
sont taillés dans le roc, d'une forme 
carrée, et ils avaient en haut un en- 
cadrement de pierre, comme l'a ob- 
servé l'abbé Mariti. Le premier de ces 
réservoirs reçoit son eau d'une fon- 
taine qui en est éloignée d'environ 140 
pas, et qu'on appelle la fontaine 

1 Car Benjamin , ajoute Pétachia , n'était 
pas encore ne, et ce ne fut qu'en mourant que 
sa mère lui donna le jour (voy. Nouveau 
journal asiatique, novembre 1831 , p. 396). 



scellée y par allusion à un passage du 
Cantique des cantiques (4, 12). Les 
Arabes l'appellent plus communément 
Râs-el-Ain (tête de la source). A côté 
desréservoirs est un aqueducconstruit 
en briques, par lequel une partie de 
l'eau de h fontaine scellée était con- 
duite à Jérusalem. Maintenant il se 
trouve en fort mauvais état ; mais il 
est très-intéressant pour l'archéologue 
à qui il présente, ainsi que les réser- 
voirs, un véritable monument hébraï- 
que. La fontaine scellée ne coule plus 
avec abondance; aussi les réservoirs 
sont-ils presque à sec. Autrefois ils 
arrosaient le vallon qui se trouve près 
de là et qu'on appelle le jardin fermé 
de Salomon (Cantique, 4, 12), sans 
doute parce qu'il est entouré de colli- 
nes. 

Au S. E. de Bethléhem, à la dis- 
tance de six milles romains, était située 
la ville de 

Thecoa, patrie du prophète A mos. 
Dans ces environs se trouve la monta- 
gne des Francs, sur laquelle on voit 
les ruines d'un château du temps des 
croisades. 

Hebbôn, situé à 5 lieues au sud 
de Bethléhem, est une des villes les 
plus anciennes du pays de Canaan. 
Selon le livre des Nombres (13, 22) 
elle fut bâtie sept ans avant Soan ou 
Tanis en Egypte. Son nom primitif 
était Kiriath-Arba (ville d'Arba) r . 
Abraham s'établit sur le territoire de 
Hebrôn, dans le bois deMamré (Ge- 
nèse, 13, 18); il y acheta un caveau, 
appelé la caverne double, où il en- 
terra sa femme Sara. Plus tard il y 
fut enterré lui-même, ainsi que son 
lils Isaac avec sa femme Rebecca, et 
Jacob avec sa femme Léa 2 . Du temps 
de Josué , Hoham , roi de Hebrôn , fut 
fait prisonnier et mis à mort par les 
Hébreux. Hebrôn avec son territoire 
fut donné à Caleb, qui fit valoir une 

1 Elle fut fondée probablement par Arba , 
père des Anahim , anciens habitants de ces 
contrées (voy. Josué, ch. 14, v. I5,et ch. 21, 
v. n). 

2 Du temps de Josèphe on voyait encore 
les monuments des patriarches en beau mar- 
bre et construits avec élégance. Voy. Guerre 
des Juifs, l.IV.ch. 9, §7. 



58 



L'UNIVERS. 



promesse de Moïse; mais bientôt la 
ville fut donnée aux Lévites de la fa- 
mille de Kehath, et elle devint une des 
six villes-asiles. David y avait sa ré- 
sidence jusqu'à la conquête du fort de 
Sion. Nous trouvons Hebrôn parmi 
les villes où les Juifs s'établirent de 
nouveau après l'exil; mais il paraît 
que plus tard les Iduméens s'en empa- 
rèrent, car ils en furent chassés par 
Judas Maccabée (I Macc. 5, 65). Oc- 
cupée par les Romains , elle leur fut 
arrachée par Simon fils de Gioras , un 
des chefs de l'insurrection; mais le gé- 
néral romain Céréalis la prit d'assaut, 
tua la garnison juive et brûla la ville. 
Pendant les croisades Hebrôn était un 
évêché, et portait le nom de Saint- 
Abraham, en l'honneur du patriar- 
che qui y avait demeuré. Renjamin 
de Tudèle dit que l'église de Saint- 
Abraham, bâtie sur le tombeau des 
patriarches , avait été une synagogue 
sous la domination musulmane. Main- 
tenant il y a là une mosquée appelée 
Mesdjed-al-Khalll en l'honneur d'A- 
braham, que les musulmans surnom- 
ment Al-Khalll ou Pami (de Dieu). 
Ils donnent ce dernier nom à la ville 
elle-même, quoiqu'ils l'appellent aussi 
par son ancien nom, qu'ils prononcent 
Habroun. Maintenant Hebrôn a 400 
maisons; les habitants sont musul- 
mans, on ne trouve parmi eux qu'un 
petit nombre de Juifs. Voici la descri- 
ption de Volney (Voyage, t. II, à la fin 
du ch. 6) : « Habroun est assis au 
« pied d'uneélévation sur laquelle sont 
« de mauvaises masures, restes infor- 
« mes d'un ancien château. Le pays 
« des environs est une espèce de bas- 
« sin oblong, de cinq à six lieues d'é- 
« tendue , assez agréablement parsemé 
« de collines rocailleuses , de bosquets 
« de sapins, de chênes avortés et de 
« quelques plantations d'oliviers et de 

« vignes Les paysans cultivent 

« encore du coton , que leurs femmes 
« filent , et qui se débite à Jérusalem 
« et à Gaze. Ils y joignent quelques 
« fabriques de savon, dont la soude 
« leur est fournie par les Rédouins , et 
« une verrerie fort ancienne , la seule 
* qui existe en Syrie : il en sort une 



« grande quantité d'anneaux colorés. 
« de bracelets pour les poignets , pom» 
« les jambes , pour les bras au-dessus 
« du coude, et diverses autres baga- 
« telles que l'on envoie jusqu'à Cons- 
« tantinople. Au moyen de ces bran- 
« ches d'industrie, Habroun est le 
« plus puissant village de ces can- 
« tons. » Outre le tombeau des pa- 
triarches, qui se trouve sous la mos- 
quée, et qui est inaccessible aux Juifs 
et aux Chrétiens, on montre à Hebrôn 
le tombeau d'Isaï (Jessé), père de Da- 
vid , et celui d'Abner, général de Saùl. 
Au midi de la ville, ïroilo trouva, en 
1666, une ancienne piscine ayant 66 
pieds de long et deux fois autant de 
large; on y descendait par quatre es- 
caliers en pierre, ayant chacun 40 
degrés. Une piscine de Hebrôn est 
mentionnée dans le deuxième livre de 
Samuel (4, 12). Dans les environs de 
Hebrôn était située la ville de Debir , 
anciennement Kiriath-Sépher (ville 
des livres). 

Reerschéba ou Rersabà était la 
ville la plus méridionale de la Judée 
et de tout le pays des Hébreux ; c'est 
pourquoi on dit souvent dans la Bible : 
de Dan à Bersaba, pour désigner 
tout le pays du nord au midi. Le nom 
signifie, selon la Genèse (21, 31), 
puits du serment; ce fut Abraham 
qui nomma ainsi cet endroit, à cause 
du serment d'alliance qui y eut lieu 
entre lui et Abimélech, roi des Phi- 
listins. Nous voyons par deux passa- 
ges du prophète Amos (5, 5 et 8, 
14) que de son temps un culte ido- 
lâtre avait été établi à Rersaba. La 
ville existait encore du temps d'Eu- 
sèbe et de saint Jérôme; elle était 
alors occupée par une garnison ro- 
maine. Seetzen y trouva encore un 
village qui porte le nom de Bir-sa- 
bea. 

C. Judée occidentale. 

La Judée occidentale embrasse 
toute la côte du pays de Samarie , ou 
la plaine deSaron, ainsi que la grande 
plaine appelée Scheféla, et le pays 
des Philistins. Les villes suivantes 
méritent une mention particulière : 



PALESTINE. 



59 



Dor, au pied du Carmel , qui , de ce 
côté, est appelé par les Arabes Râs- 
€l-hedjl (tête de la plaine). Ancien- 
nement cette ville fut la résidence 
d'un roi cananéen (Jos. 12, 23). Plus 
tard Dor était une forteresse consi- 
dérable; le roi de Syrie, Antiochus 
Sidètes, l'assiégea par terre et par 
mer, avec 120,000 hommes d'infan- 
terie et 8000 cavaliers (I Maceab. 
ch. 15 , v. 11, etc.) Du temps de saint 
Jérôme on n'y voyait plus que des 
ruines. Maintenant on trouve à sa 
place un village qui porte le nom de 
Tortoura. 

Césarée, sur la Méditerranée, et 
appelée Cxsarea Palestina, pour la 
distinguer de Cxsarea Philippi dans 
la Pérée. Elle fut appelée d'abord 
Tour de Straton, probablement du 
nom de son fondateur; Hérode, qui 
l'entoura d'une nouvelle muraille et 
l'embellit par des palais de marbre, 
lui donna le nom de Césarée , en l'hon- 
•neur de l'empereur Auguste , auquel 
il y consacra un temple. La ville ac- 
quit une grande importance par le 
port magnifique qu'Hérode y fit cons- 
truire , et dont Josèphe nous a donné 
la description (Antiq. 1. 15, c. 9, § 6). 
Les habitants étaient pour la plupart 
Grecs ou Syriens , et ils s'accordaient 
fort mal avec les habitants juifs. Une 
rixe sanglante , qui s'éleva entre les 
Juifs et les païens , sous le gouver- 
neur romain Gessius Florus, devint la 
première cause de l'insurrection gé- . 
nérale des Juifs contre les Romains. 
Après la destruction de Jérusalem , 
Césarée était la capitale de la Pales- 
tine et la résidence du gouverneur 
romain. On parle souvent de cette 
ville dans les Actes des Apôtres : le 
centurion Cornélius y fut converti au 
christianisme; l'apôtre Paul s'y ren- 
dit plusieurs fois, et y passa deux 
ans en prison. Dès les premiers siè- 
cles de l'Église, Césarée devint le 
siège d'un évêque; sous Constantin 
elle possédait une des trois églises 
métropolitaines de Palestine. En 1101 
elle fut prise d'assaut par les croisés , 
sous Baudouin I er roi de Jérusalem ; 
«lie fut reprise par Saladin. Mainte- 



nant on n'y voit plus que des ruines, 
au milieu desquelles sont quelque hut- 
tes de pécheurs. Ce lieu désert , séjour 
de chacals et de sangliers, porte en- 
core le nom de Kaiçariyyê. Entre 
Césarée et Yâfa (Joppé) était situé 
Jpoltonia, sur la mer, et à peu de 
distance de cette dernière ville, à 
l'est, était Antipatris , sur la route 
de Césarée à Jérusalem. 

Yafo (appelée par les Grecs Jappé 
et maintenant par les Arabes Yâfa), 
située sur la Méditerranée, à quinze 
lieues N. O. de Jérusalem, est une 
des villes les plus anciennes de l'Asie. 
D'anciennes traditions la font même 
remonter avant le déluge ». Selon la 
fable grecque, ce fut près de Joppé 
qu'Andromède fut attachée sur un 
rocher par la vengeance des Néréides. 
Pline rapporte que de son temps on 
montrait encore dans le rocher les 
traces des chaînes d'Andromède 2 . Le 
rocher auquel Andromède fut atta- 
chée se montrait même encore du 
temps de saint Jérôme 3 . Dans les 
temps anciens, Yâfo était le seul point 
par lequel les Israélites communi- 
quaient avec la Méditerranée. Les cè- 
dres du Liban dont on avait besoin 
pour le temple et les autres construc- 
tions , arrivèrent par le port de Yâfo 
(2 Chron. 2, 15; Ezra, 3, 7); le 
prophète Jonas s'y embarqua pour 
ïarschisch. Au reste, il est peu ques- 
tion de cette ville dans les écrits bi- 
bliques. Plus tard les princes macca- 
béens Jonathan et Simon la conqui- 
rent sur les Syriens (I Maceab. 10, 
76 ; 14 , 5). Lors de l'insurrection des 
Juifs contre les Romains, la ville fut 
prise d'assaut et brûlée par Cestius ; 
huit mille habitants furent massacrés 
par les soldats romains. Quelque 
temps après , les Juifs relevèrent les 



1 Joppe Phœnicum, antiquior terrarum 
inundatione , utferunt. Plia. Hist. nat-, L 
V, en. 13. 

2 Hist. Nat. 1. c : Insidet {Joppe) collent, 
prœjacente saxo, in quovinculorum Andro- 
mède vesliyia ostendunt. 

3 Comment, in Jonam, c. i: Hic locus est 
in quo usque hodie sacca rnonstranlur m 
liltore, in quibus Andromeda religata Per- 
sei quondam sit libéra ta preesidio. 



60 



L'UNIVERS. 



murs de la ville; des pirates sortis du 
port de Yâfo inquiétèrent les côtes de 
la Phénicie et de la Syrie, ce qui at- 
tira de nouveau contre cette ville les 
attaques des Romains. Vespasien la 
conquit par une surprise nocturne , la 
rasa, et fit élever à sa place une ci- 
tadelle, dans laquelle il mit une gar- 
nison romaine. Depuis Constantin le 
Grand jusqu'à l'invasion des Arabes, 
Yâfo était le siège d'un évêque. Plus 
tard les croisés rétablirent cet évêché. 
Yâfa ou Jaffa, comme on l'appelle 
communément, était une place très-im- 
portante pour les chrétiens. Bau- 
douin I er la fortifia ; Saladin la reprit en 
1188. Depuis cette époque elle a par- 
tagé le sort de toute la Palestine sous 
ses différents dominateurs. A la fin 
du seizième siècle, lorsque Cotwyk 
visita la Palestine, Yâfa ne présen- 
tait qu'un monceau de ruines. En 
1647, Monconys n'y trouva qu'un 
château et trois cavernes creusées 
dans le roc r . Ainsi la moderne Yâfa a, 
tout au plus , un siècle et demi d'exis- 
tence. Dans les temps modernes, Yâfa 
est de nouveau devenue célèbre par 
l'expédition de Napoléon et par le fa- 
meux massacre de 4000 prisonniers 
turcs. Ce fut le 6 mars 1799 que les 
Français prirent la ville après une 
lutte 'acharnée. Nous reviendrons sur 
cet événement dans la partie histori- 
que de cet ouvrage. Après le départ 
des Français , les Anglais bâtirent un 
bastion à l'angle sud-est de Yâfa. Cette 
ville ne présente , selon M. de Cha- 
teaubriand , « qu'un méchant amas 
de maisons rassemblées en rond, et 
disposées enamphithéâtresur la pente 
d'une côte élevée. Un mur qui par 
ses deux points vient aboutir à la mer 
l'enveloppe du côté de terre , et la met 
à l'abri d'un coup de main. » Yâfa a 
environ 5000 habitants. On y trouve 
un hospice pour les pèlerins; c'est 
une simple maison de bois bien bâtie 
sur le port et appartenant aux Pères 
du couvent de Saint-Salvador à Jéru- 
salem. Dans les environs il y avait 
autrefois des jardins magnifiques; on 

1 Chateaubr. Itinéraire, 3 e partie. 



y trouve encore des grenadiers , dej 
figuiers, des citronniers, des palmiers, 
des buissons de nopals et des pom- 
miers. Le port de Yâfa, formé par une 
ancienne jetée, est petit et presque 
comblé. Les bâtiments sont obligés 
de jeter l'anere loin du rivage. 

Lydda ou Lod (Diospolis), à trois 
lieues à l'est de Yâfa. Cette ville fut 
bâtie par un descendant de Benjamin 
(I Chron. 8 , 1 2 ) et elle est mention- 
née dans le livre deNéhémia (11 , 35) 
comme ville des Benjaminites. Il pa- 
raît cependant que, sous la domina- 
tion syrienne, elle faisait partie de la 
province de Samarie ; car Démétrius 
Soter la détacha de cette province , 
ainsi que les villes d'Apherema et de 
Rama, et il donna les trois villes à Jo- 
nathan Maccabée (I Maccab. 11, 
34). Détruite par Cestius, elle fut 
rétablie plus tard sous le nom de Dios- 
polis. Depuis le quatrième siècle 
Lydda eut un évêque, dépendant du 
patriarche de Jérusalem. L'évêché 
rétabli par les croisés reçut le nom 
de saint George; ce saint /disait-on , 
y avait subi le martyre. Il y avait dans 
cette ville une église consacrée à saint 
George et dont Guillaume d? Tyr 
fait remonter la fondation à Tempe 
reur Justinien. D'Arvieux en trouva 
encore des ruines. Maintenant il n'y 
a à la place de Lydda qu'un miséra- 
ble village, portant encore le même 
nom, que les Arabes prononcent 
Loudd. Volney dit que l'aspect d'un 
lieu où l'ennemi et le feu viennent de 
passer, est précisément celui de ce 
village. 

Ramla est à une demi-lieue au 
sud de Lydda, dans la belle plaine 
de Saron. Selon le géographe arabe 
Aboulféda, cette ville fut fondée en 
716 par le khalife Soliman fils d'Ab- 
dalmélik. Réland dit(Palœst., p. 959) 
qu'il ne connaît pas d'auteur plus an- 
cien, qui ait fait mention de cette ville, 
que le moine Bernard, qui visita la 
Palestine en 870. Plusieurs auteurs 
la prennent pour l'ancienne, Arïma- 
thia, que saint Jérôme place près de 
Lydda (voy. Reland, p. 580). Vol- 
ney trouva la ville de Ramla presque 



PALESTINE. 



Cl 



aussi ruinée que Loudd; elle avait 
cependant quelque importance par 
le commerce de coton filé et de savon. 
On y trouve le couvent des moines 
de terre sainte, qui sert d'hospice 
aux pèlerins, et qui fut fondé, dit- 
on , par Philippe le Bon, duc deBour- 
gogne. Près de la ville , sur le che- 
min de Yâfa , est la tour des Qua- 
rante martyrs, autrefois le clocher 
d'un monastère bâti par les Tem- 
pliers, aujourd'hui le minaret d'une 
mosquée ruinée. 

Dans ces environs étaient situées 
très-probablement les antiques villes 
d'Jdoullam et de Thimna ou Tham- 
natha , qui existaient déjà du temps 
du patriarche Jacob (Genèse, 38, 12), 
et la forteresse de Modéïn, où de- 
meurait le prêtre Mattathias, père des 
Maccabées. 

La Judée se terminait au S. 0. par 

le TERRITOIRE DES PHILISTINS, qui 

renfermait les villes suivantes du 
nord au midi : 

Yarné (2 Chron. 26, 6). Cette 
ville , appelée par les Grecs Jamnia , 
est souvent mentionnée dans les li- 
vres des Maccabées. Elle est située à 
peu de distance de la mer, et, selon 
Volney, à trois lieues de Ramla. Phi- 
Ion (dans sa relation de l'ambassade 
envoyée à Caligula) appelle Jamnia 
une clés villes les plus populeuses de 
la Judée, et il nous dit que, de son 
temps , la plus grande partie de la po- 
pulation était juive *. Déjà quelque 
temps avant la destruction de Jéru- 
salem , le siège du grand Synedrium 
fut transféré dans cette ville , et bien- 
tôt elle fut illustrée par une grande 
académie rabbinique. A sa place est 
maintenant un village qui porte en- 
core le nom de Yabné : « Ce village , 
dit Volney, n'a de remarquable qu'une 
hauteur factice, comme celledu llesi 3 , 
et un petit ruisseau, le seul de ces 
cantons qui ne tarisse pas en été. Son 
cours total n'est pas de plus d'une 
lieue et demie. » 

Ekrôn ( Accaron ) fut , comme 

1 Philonis Opéra , p. 790 , édit. de Genève. 
* Autre village des Bédouins , non loin de 

Yabné. 



Gath, Àscalôn, Gaza, et les autres 
villes de ces contrées , prise plusieurs 
fois par les Hébreux et reprise par les 
Philistins. Alexandre Balas , roi de 
Syrie, donna cette ville à Jonathan 
Maccabée. Du temps de saint Jérôme 
Accaron était un grand bourg, habité 
par des Juifs. Il était situé entre Jam- 
nia et Asdôd, mais plus à l'est, à quel- 
que distance de la mer. 

Gath, à l'est d'Ekrôn, fut la 
patrie de Goliath. David , poursuivi 
par Saûl, se réfugia auprès d'Achis, 
roi de Gath. Devenu roi , il lit la con- 
quête de Gath et de ses environs (I 
Chron. 18, i). Plus tard cette ville 
tomba pour quelque temps au pouvoir 
des Syriens (2 Rois , 12 , 18). Le roi 
Ouzia en démolit les murailles; depuis 
lors elle ne joue plus aucun rôle dans 
l'histoire. Maintenant il n'en reste 
plus de trace. 

Aschdôd ou Asdôd, environ à 
dix lieues au nord de Gaza, à quelque 
distance de la Méditerranée «. Les 
Grecs l'appelèrent Azotos. Sous Sa- 
lomon , qui possédait tout le pays jus- 
qu'à Gaza, elle fut au pouvoir des 
Hébreux. Plus tard les Philistins la 
reprirent, mais Ouzia la leur enleva 
de nouveau et fit démolir les fortifi- 
cations. Sous Hiskiah ( Ézéchias) elle 
fut prise par les Assyriens (Isaïe, 
20, 1). Hérodote raconte (l.H,ch. 157) 
que Psammétique, roi d'Egypte, as- 
siégea Azot pendant vingt-neuf ans 
et il ajoute que c'est le plus long siège 
qu'on connaisse. Probablement le 
siège fut abandonné et repris plu- 
sieurs fois. Il paraît qu'à cette époque 
la ville fut presque entièrement dé- 
truite; car le prophète Jérémie parle 
des restes d'Asdôd (ch. 25, v. 20). 
Judas Maccabée y renversa les autels 
des idolâtres ; ses frères Jonathan et 
Simon, après avoir vaincu, près de 

1 Selon Reland (p. G08) il y avait deux 
villes de ce nom , 1 une sur la mer, l'autre 
dans l'intérieur. Mais il parait que dans les 
passages cités par Reland , il est question 
tantôt du port d'Asdôd, tantôt de la ville, 
qui était située à quelque distance à l'inté- 
rieur. C'est dans ce sens que Pline parle 
aussi de deux villes du nom de Jamuia 
(Hist. nat. V, 13, § 14). 



62 



L'UNIVERS. 



cette ville, Apollonius, général des 
Syriens, la brûlèrent, ainsi que le 
temple du dieu Dagôn. Le général 
romain Gabinius la fît rebâtir. Un vil- 
lage du nom à'Esdoud, célèbre pour 
ses scorpions, est tout ce qui rap- 
pelle au voyageur l'ancienne Azot. 

Ascalon, sur la Méditerranée, en- 
tre Asdôd et Gaza. La tribu de Juda 
s'empara de cette ville après la mort 
de Josué, mais elle retomba bientôt 
au pouvoir des Philistins. Ce ne fut 
que sous les Maccabées que les Juifs 
s'en rendirent maîtres, mais les habi- 
tants étaient, pour la plupart, païens. 
Ascalon est la ville natale de Sémira- 
mis et dHérode le Grand. Diodore 
de Sicile (II, 4) raconte que Derceto , 
mère de Sémiramis, honteuse des 
liaisons qu'elle avait eues avec un 
jeune Syrien et dont Sémiramis était 
le fruit \ se jeta dans un lac près d'As- 
calon , après avoir fait tuer son amant 
et exposer sa fille dans un lieu désert. 
Les Syriens lui élevèrent près du lac 
un temple magnifique, où ils l'ado- 
raient sous la forme d'un poisson, 
ayant une tête de femme. Cette déesse 
Derceto est probablement la même 
qu'Hérodote (1 , 105) mentionne sous 
le nom de Vénus Urania, dont le 
temple à Ascalon fut pillé par les 
Scythes. Ce temple, ajoute Hérodote, 
est le plus ancien qui ait été consacré 
à cette déesse. Depuis le quatrième 
siècle jusqu'à l'invasion des Arabes , 
Ascalon était un évêché. Sous les mu- 
sulmans, elle était une des villes ma- 
ritimes les plus importantes ; elle avait 
une double enceinte de murailles », 
et sa beauté la fit surnommer Jrous 
el-Schâm(\a fiancée delà Syrie). Les 
croisades furent funestes à cette ville : 
Baudouin III , roi de Jérusalem, s'en 
empara en 1153, après un siège de 
huit mois. En 1187 elle fut rendue à 
Saladin. Lorsque, en 1191, les chré- 
tiens, sous Richard Cœur de lion, s'a- 
vancèrent de nouveau contre Ascalon, 
le sultan y fit mettre le feu , et l'an- 
née suivante, par une convention faite 
entre les deux rois, les chrétiens et 

1 Edrisi, p. 340. 



les musulmans achevèrent en com- 
mun la destruction de la ville. Depuis 
cette époque elle n'a plus été rebâtie r 
mais on en voit encore les ruines, 
qui ont été visitées par plusieurs voya- 
geurs, et notamment par M. le comte 
de Forbin, dont nous citerons ici la 
description pittoresque *. Après avoir 
parlé du village d'El-rnadjdal 2 et de 
la plaine qui conduit à Ascalon, il 
continue ainsi : « Cette ville, qui ne 
compte plus un seul habitant, est si- 
tuée sur un coteau immense, formant 
le demi-cercle : la pente est presque 
insensible du côté de la terre , mais 
l'escarpement est très-considérable 
au-dessus de la mer qui forme la corde 
de cet arc. Les remparts , leurs portes 
sont debout; la tourelle attend la 
sentinelle vigilante. Les rues vous 
conduisent à des places, et la gazelle 
franchit l'escalier intérieur d'un pa- 
lais; l'écho des vastes églises n'entend 
plus que le cri du chacal; des bandes 
entières de ces animaux se réunissent 
sur la place publique et sont à présent 
les seuls maîtres d'Ascalon. Les Ara- 
bes qui la nomment Djaurah 3 , frap- 
pés sans doute de sa tristesse impo- 
sante, en font le séjour des esprits 
malfaisants : ils assurent que,lanuit r 
cette ville est souvent éclairée, qu'on 
y entend le bruit de voix innombra- 
bles, le hennissement des chevaux, le 
cliquetis des armes et le tumulte des 
combats. 

« Non loin de ces monuments go- 
thiques, se trouvent les grands débris 
d'un temple de Vénus : quarante co- 
lonnes de granit rose de la plus haute 
proportion , des chapiteaux, des frises 
du plus beau marbre, s'élèvent au- 
dessus d'une voûte profonde et en- 



1 Voyage dans le Levant, par M. le comte 
de Forbin, p. 48, 49, de la grande édition. 

2 Selon Volney , c'est à El-mad jdal , situé 
à trois lieues d'Esdoud , qu'on file les plus- 
beaux cotons de la Palestine, qui cependant 
sont très-grossiers. 

3 M. de Forbin s'est trompe; les Arabes 
nomment la ville Jscalân. Joliffe qui visita 
ces lieux à la même époque ( 18 17 ), dit, dans 
ses Letters from Palestina , que Ujorah est 
un hameau près d'Ascalon , au nord. 



PALESTINE. 



tr'ouverte *. Un puits d'un onflce im- 
mense descend dans les entrailles de 
la terre; des figuiers, des palmiers, 
des sycomores, voilent en partie ce 
grand désastre. Quel contraste pitto- 
resque et philosophique que celui de 
ces ruines grecques disputant d'élé- 
gance avec l'ogive et les colonnes ac- 
couplées qui supportent le dôme 
d'une chapelle de la Vierge ! Elle do- 
minait ce rivage, et fut sans doute 
invoquée plus d'une fois au milieu des 
périls de cette côte orageuse. On lit 
encore sur l'azur de sa voûte ces pa- 
roles écrites en caractères gothiques : 
Stella matutina , advocata navigan- 
tium, ora pro nobis. 

« Les travaux du port sont devenus 
le jouet des vagues; elles se rompent 
avec furie et à une grande hauteur 
sur des rochers , bases inébranlables 
de ces tours inutiles, de ces créneaux 
abandonnés. Je ne pouvais m'arracher 
de ce lieu; j'aurais voulu attendre les 
ténèbres , qui devaient , ce me semble , 
repeupler ce séjour lugubre et redou- 
table. » 

Volney dit que les ruines d'Ascalon 
s'éloignent de jour en jour de la mer, 
qui jadis les baignait , et que toute 
cette côte s'ensable journellement, 
au point que la plupart des lieux qui 
ont été des ports dans l'antiquité sont 
maintenant reculés de quatre ou cinq 
cents pas dans les terres. 

Plusieurs auteurs anciens parlent 
d'une espèce particulière d'oignons 
qui venaient des environs d'Ascalon. 
Les Romains les appelaient ascalo- 
nia 2 , d'où les Italiens ont fait sca- 
logna et les Français escalote, écha- 
lote. 

Gaza, à cinq lieuesd'Ascalon, était 
la dernière ville importante de la côte 

1 Nous ne savons comment mettre d'accord 
cette relation avec celle de d'Arvieux qui, 
en 1658, ne trouva plus que sept ou huit 
colonnes debout, et avec celle de Joliffe qui 
a vu seulement beaucoup de fûts de colonnes 
mutilées , dont la plupart étaient de granit 
gris , et une ou deux de très-beau porphyre; 
mais il ne trouva plus ni base ni chapiteau 
assez bien conservé, pour pouvoir recon- 
naître à quel ordre d'architecture apparte- 
laient ces colonnes. 
I ' Voy. Pline , Hist. Nat. L. 19 c6. 



de Canaan, du côté de l'Egypte. Nous 
la trouvons déjà mentionnée dans la 
Genèse (10 , 19) , comme limite de Ca- 
naan. Comme Ascalon , elle fut con- 
quise par la tribu de Juda et reprise 
par les Philistins. Ce fut ici que, selon 
le livre des Juges ( ch. 16 ) , Samson 
renversa le temple de Dagôn et mou- 
rut avec les Philistins qui y étaient 
assemblés. Alexandre le Grand, en se 
dirigeant de Tyr sur l'Egypte , prit 
Gaza après un siège de cinq mois, 
et y mit une garnison. Plus tard elle 
se rendit par capitulation à Jonathan 
Maccabée, qui en avait fait brûler les 
faubourgs. Le roi des Juifs Alexandre 
Jannée détruisit la ville, après l'avoir 
assiégée pendant un an. Elle fut res- 
taurée et fortifiée par Gabinius, gé- 
néral romain; saint Jérôme en parle 
encore comme d'une ville considéra- 
ble. Les musulmans s'en emparèrent 
en 634. Restaurée par les chrétiens, 
sous Baudouin III , elle fut donnée aux 
Templiers (1152). Saladin la reprit en 
1187. Sur la moderne Gaze, c'est 
Volney qui nous donne les meilleurs 
renseignements; aussi nous ne pou- 
vons mieux faire que de citer ici ses 
propres paroles : 

« Gaze, dit-il, est un composé de 
trois villages, dont l'un , sous le nom 
de château, est situé au milieu des 
deux autres sur une colline de mé- 
diocre élévation. Ce château , qui put 
être fort pour le temps où il fut cons- 
truit , n'est maintenant qu'un amas 
de décombres. Le serai de l'aga , qui 
en fait partie, est aussi ruiné que 
celui de Ramlé; mais il a l'avantage 
d'une vaste perspective. De ses murs, 
la vue embrasse et la mer, qui en est 
séparée par une plage de sable d'un 
quart de lieue, et la campagne , dont 
les dattiers et l'aspect ras et nu à 
perte de vue rappellent les paysages 
de PÉgypte : en effet, à cette hauteur, 
le sol et le climat perdent entièrement 
le caractère arabe. La chaleur, la sé- 
cheresse , le vent et les rosées y sont 
les mêmes que sur les bords du Nil, et 
les habitants ont plutôt le teint , la 
taille, les mœurs et l'accent des Egyp- 
tiens que des Syriens. 



64 



L'UNIVERS. 



« La position de Gaze, en la ren- 
dant le moyen de communication de 
ces deux peuples, en a fait de tout 
temps une ville assez importante. Les 
ruines de marbre blanc que l'on y 
trouve encore quelquefois, prouvent 
que jadis elle fut le séjour du luxe et 
de l'opulence : elle n'était pas indigne 
de ce choix. Le sol noirâtre de son 
territoire est très-fécond , et ses jar- 
dins, arrosés d'eaux vives, produi- 
sent même encore, sans aucun art, 
des grenades, des oranges , des dattes 
exquises, et des oignons de renoncules 
recherchés jusqu'à Constantinople. 
Mais elle a participé à la décadence 
générale; et, malgré son titre de ca- 
pitale de la Palestine, elle n'est plus 
qu'un bourg sans défense, peuplé tout 
au plus de deux mille âmes. L'indus- 
trie principale de ses habitants con- 
siste à fabriquer des toiles de coton ; 
et comme ils fournissent eux seuls les 
paysans et les Bédouins de ces can- 
tons, ils peuvent employer jusqu'à 
cinq cents métiers. On y compte aussi 
deux ou trois fabriques de savon. Au- 
trefois le commerce des cendres ou 
qalis était un article considérable. 
Les Bédouins , à qui ces cendres ne 
coûtaient que la peine de brûler les 
plantes du désert et de les apporter, 
les vendaient à bon marché; mais de- 
puis que l'aga s'en est attribué le 
commerce exclusif, les Arabes , forcés 
de les lui vendre au prix qu'il veut, 
n'ont plus mis le même empressement 
à les recueillir, et les habitants, con- 
traints de les lui payer à sa taxe, 
ont négligé de faire des savons : ce- 
pendant ces cendres méritent d'être 
recherchées pour l'abondance de leur 
soude. » 

Volney donne ensuite des détails 
sur le passage des caravanes qui four- 
nissent de grands avantages aux ha- 
bitants de Gaze. 

Au sud-est de Gaza était Gerar, 
sur les limites de l'Idumée. Du temps 
d'Abraham et d'Isaac nous y trouvons 
établi Abimélech, roi des Philistins 
(Genèse, 20, 2; 26,1). 

La dernière ville maritime, avant 
d'arriver à la frontière d'Egypte, 



était Raphia. Près de cette ville Pto- 
lemée Philopator vainquit Antiochug 
le Grand. Elle fut prise et détruite par 
Alexandre Jannée, et rebâtie par Ga- 
binius. Son nom actuel est Refak; 
cette ville, située à 7 lieues N. E. d'El- 
Arîsch, appartient maintenant à l'É- 

gypte. 

IV. La Pérée. 

Le nom de Pérée (riepata, Perœa), 
qui, dans son acception la plus vaste, 
désigne tout le pays des Hébreux à l'est 
du Jourdain, est la traduction grec- 
que du mot hébreu Èber (ce qui est au 
delà). En hébreu cette province fut 
appelée Èber ha-yardén (trans Jor- 
danem)ou Gilead (Deutéron. 34, 1). 
Ce dernier nom , comme celui de Pé- 
rée, se prend souvent dans un sens 
plus restreint : on va voir que, depuis 
la période grecque, le nom de Pérée 
désignait une province entre le Yab- 
bok etl'Arnon ; Gilead, dans les temps 
anciens, avait désigné particulière- 
ment la partie septentrionale, occupée 
par les descendants de Machir, fils de 
Manassé (Nombres, 32, 40). En ou- 
tre, le nom de Gilead se prenait sou- 
vent pour le pays montagneux des deux 
côtés du Yabbok, opposé, au pays bas 
ou à la plaine; dans ce sens on dit 
souvent : Montagne de Gilead (voy. 
Deutéron. ch. 3, v. 10—13). 

Trois petites rivières, l'Hiéromax, 
le Yabbok et l'Arnon , coulant dans 
des ravins profonds et escarpés , divi- 
sent naturellement le pays à l'est du 
Jourdain et de la mer Morte en qua- 
tre plateaux, qui, à l'est, se perdent 
dans l'Arabie déserte et, à l'ouest, tom- 
bent presque à pic dans le Ghôr ou la 
plaine du Jourdain. Le plateau le plus 
méridional, formant le pays des Moa- 
bites , n'entre pas dans notre descrip- 
tion. Au nord àeMoab, entre l'Arnon 
et le Yabbok, habitèrent du temps de 
Moïse, à l'est les Ammonites et à 
l'ouest, jusqu'au Jourdain, une peupla- 
de amorite gouvernée par le roi Sihon, 
qui fut vaincu par les Hébreux. Au 
delà du Yabbok était le royaume de 
Basân, habité par une autre peuplade 
amorite sous le roi Og, qui fut éga- 



PALESTINE. 



6i 



le aient vaincu par Moïse. Ce royaume 
s'étendait, au N. O. et au nord, jus- 
qu'aux districts deGessur et de Maa- 
cliaet au mont Hermon,et à l'est, jus- 
qu'au désert. Il renfermait le district 
d'Argobavec60 villes. II paraît que le 
Basân proprement dit ne formait que 
la partie S. E. de ce royaume, plus 
tard la Batanée. Moïse donna le pays 
de Sinon aux tribus de Ruben et de 
Gad », et celui de Ogà la grande moi- 
tié de la tribu de Manassé. Dans la 
période gréco-romaine la Pérée ou la 
Transjourdaine fut divisée en cinq 
provinces, savoir: laTrachonitide, la 
Gaulanitide, l'Auranitide, la Batanée 
et la Pérée. Les quatre premières, 
auxquelles plusieurs auteurs ajoutent 
i'Iturée, formaient l'ancien pays de 
Basân. 

Il est bien difficile de fixer exacte- 
ment les limites et les localités de ces 
provinces : les anciens monuments 
nous laissent bien des doutes; les 
voyageurs ont rarement pénétré jus- 
que dans ces contrées infestées par 
des hordes barbares. Au commence- 
ment de ce siècle le pays au delà du 
Jourdain était encore une terra inco- 
gnito,; mais depuis la publication des 
voyages de Seetzen et de Burckhardt 2 
il est beaucoup mieux connu. Parmi 
les noms de districts et de villes don- 
nés par ces intrépides voyageurs, 
nous retrouvons beaucoup de noms 
anciens; nous voyons même réparai- 

1 La tribu de Gad occupait aussi , au delà 
du Yabbok, la plaine du Jourdain, jusqu'au 
lac de Kinnéreth ou de Tibériade. 

2 Seetzen visita ces contrées en 1806 ; s: s 
relations se trouvent dans le recueil alle- 
mand publié par Zach sous le titre de Mo- 
natliche Corresponde nz ( Correspondance 
mensuelle), tome xvin, Gotha, 1808. — Burck- 
hardt lit ses voyages dans les années îsio 
et 1812; mais son important journal, que 
nous avons déjà cité plusieurs fois, n'a été 
publié que dix ans plus tard, après la mort 
de l'auteur, sous le titre suivant : Travels in 
Syria and the holy Land , by the laie John 
Lewis Burckhardt. London, 1822, un vol. 
in-4° de 668 pages. Il est accompagné de plu- 
sieurs cartes et plans. Quelques autres voya- 
geurs ont marché depuis sur les traces de See- 
Uen et de Burckhardt; nous nommerons 
surtout Otto de Richter ( fFallfahrten , 
Berlin , 1822 ) et Buckingham ( Travels in 
Palestine, through the countries of Bashan 
ttnd Gilead. London, 1821). 

5 e Livraison. (Pai.fstinr.) 



tre plusieurs noms qui nous sont con- 
servés dans le Pentateuque , et qui 
n'ont pas changé depuis Moïse jus- 
qu'à nos jours. 

Le grand plateau qui s'étend du Her- 
mon au scheriat-Mandhour (Hieromax} 
embrasse maintenant les districts sui- 
vants : 1° Djo'ân, près du Jourdain 
et du lac de Tibériade. 2° Djedour, 
au nord , le long de la pente orientale 
du Djebel-Héïsch. 3° Haurân, qui, 
au nord, est limité par les montagnes 
appelées Djebel- Kessoué et Djebel- 
Kliiara, et, au midi , se perd dans le dé- 
sert; à l'ouest, le Haurân est séparé 
du Djedour et du Djolân par la route 
des pèlerins qui va de Ghebarib à 
Remtha (Burck., p. 285). Ce district 
est riche en blé, mais sans arbre. 4" 
El-Ledja, à l'est de la plaine de Hau- 
rân, un sombre labyrinthe de rochers 
de basalte. Seetzen dit (p. 335) que 
les villages du Ledja, presque tous 
ruinés, sont situés sur des hauteurs 
rocailleuses, et que la couleur noire 
du basalte, les maisons, les églises et 
les tours tombées en ruine, le man- 
que d'arbres et de buissons, donnent à 
cette contrée un air sauvage et mé- 
lancolique qui fait frémir le voyageur. 
5° Djebel Haurân, au S. E. du Ledja, 
couvert de forêts de chênes qui va- 
rient avec d'excellents pâturages. On 
comprend quelquefois les trois der- 
niers districts sous le nom commun 
de Haurân. 

Entre lescheriat-Mandhour etleZer 
ka (Yabbok) sont, du nord au midi, les 
districts (VEl-Bottein , ou Belâd Er- 
bad, de Belâd-Beni-Obéid, ftAdjeloun 
et de Morad. A l'est de ces districts s'é- 
tend celui d'Ez-zouéit. Le pays entre 
le Zerka et le Wadi-Moudjeb ( Arnon) 
s'appelle maintenante- Belka 1 . 

Nous reviendrons maintenant sur 
la division ancienne, et nous tâcherons 
de fixer les limites des différentes pro- 
vinces. 

1° L a Trachonitide. Ce nom vient 

1 Ceux qui désirent de plus amples détails 
sur les divisions actuelles du pays , sur les 
villages qu'il renferme et sur ses habitants, 
peuvent lire Burckhardt , Travels, p. 285- 
309. 



^« 



L'UNIVERS. 



du mot grec rox^t (contré? roc ûl-v. 
leuse), et il embrassait tout le pays 
qui s'étend depuis les montagnes au 
midi de Damas (Djebel Kessoué) jus- 
qu'à Bostra ou Bosra l , c'est-à-dire, 
Djcdour, Djolân, une grande partie 
du Haurân et le Ledja. Tel fut, à ce 
qu'il paraît , le sens du mot Trachoni- 
tis dans son acception la plus large 3 ; 
mais ce nom désignait plus particu- 
lièrement le district du nord-est, ap- 
pelé maintenant Ledja 1 . l/Ifurée, 
ainsi nommée de Yetour, fils d'Ismaël, 
était une contrée montagneuse* ; on ne 
saurait donc la retrouver, avec Burck- 
hardt (p. 286), dans le district de Dje- 
dour, qui est un pays plat {àjlat coun- 
try). Mais il paraît que c'était une 
partie de la Trachonitide, ou, comme 
le veut Eusèbe, cette province elle- 
même. Reland (p. 106 N prend PIturée 
pour I'Auranitide. 

2° La Gaulanitile , ainsi appelée 
de la ville de Golan dans l'ancien 
royaume de Basâ?i (Deutéron. 4, 43). 
Le nom se trouve encore maintenant 
dans celui de Djolân, qui n'est autre 
chose que Golan, selon la pronon- 
ciation arabe. C'est en effet dans le 
Djolân que nous devons chercher l'an- 
cienne Gaulanitide, qui probablement 
embrassait aussi le Djedour actuel. 
Ses limites étaient, au nord et au N. 
O. , le Djebel Héisch ou Hermon , au 
midi le scheriat-Mandhour , à Pest 
i'Auranitide , à l'ouest le Jourdain 
supérieur et le lac de Tibériade. 

3° L'Aur 4.nitide. Dans ce nom on 
reconnaît facilement celui du Ha wrân 
ou Haurân 5 , que le prophète Ezé- 
chiel, dans une de ses visions (ch. 47 , 

* Voy. Reland, p. 109. 

2 Voy. Ritter, Erdkunde, t. II, p. 354. 

3 Dans les ruines de Missema, situé dans 
le Ledja, Burkchardt trouva plusieurs inscrip- 
tions grecques dont l'une commence par ces 
mots : 'loùXoiç EaTOvpvtvoç d>oavy]a-ioiç u.y]- 
Tpoxù)[xi<y toù Tpaxwvoç ^ai'petv. Julius Sa- 
turninus aux Phœnésiens, au chef-lieu de la 
Trachonitide, salut. Voy. Travèls , p. 117. 

4 Voy. Reland, p. 107. 

5 Le nom de Hauràn (Ty\TX) vient sans 
doute de lin trou, caverne. Il y a dans ces 
contrées beaucoup de cavernes "qui aujour- 
d'hui, comme dans les temps anciens, ser- 
vent de retraite aux brigands. 



I 6 et 1 8) , nomme parmi les districts 
limitrophes du territoire de Damas. 
On a vu que ces contrées portent en- 
core aujourd'hui le même nom ; mais 
le Haurân actuel embrasse, outre 
l'ancienne Auranitide, une partie de 
la Trachonitide et de la Batanée. On 
voit que I'Auranitide avait la Tracho- 
nitide à l'est, la Gaulanitide à l'ouest; 
au midi était probablement la Batanée. 
4° La Batanée. Ce nom vient sans 
doute de celui de Basân ou Baschân, 
mais nous avons déjà vu que la pro- 
vince de Batanée n'embrassait qu'une 
partie de l'ancien royaume de Basân. 
On n'est pas d'accord sur la position 
géographique de cette province, et il 
règne à ce sujet une certaine confusion 
dans les auteurs anciens, et notam- 
ment dans Josèphe, qui. sous le nom 
de Batanée comprend tantôt tout le 
pays de Basân , tantôt le district de ce 
nom 1 . Nous ne devons donc ici avoir" 
égard qu'aux passages où Josèphe dis- 
tingue la Batanée des autres provinces 
tram jour daines. Or, dans quelques- 
uns de ces passages, il dit que la Ba- 
tanée est limitrophe de la Trachoni- 
tide* ; il n'est donc pas probable que 
ce soit le district appelé maintenant 
E -Bottéin, comme le disent Gesénius 
et Rosenmùller 3 , car ce district est 
séparé, par le Haurân , de la Tracho- 
nitide proprement dite. La ressem- 
blance des deux noms ne prouve rien, 
s'il est vrai , comme le dit Burckhardt 
{Travels , p. 287), que le district de 
Bottien tire son nom de la principale 
tribu qui l'habitait^. Si je ne me trompe, 
nous devons chercher l'ancienne Ba- 
tanée à Pest du Bottein, dans la par- 
tie méridionale de la plaine de Hau- 
rân, et elle s'étendait très-probable- 
ment au midi du Ledja jusque dans le 
Djebel-Haurân 5 ,de sorte qu'elle limi- 

1 Voy. Reland , p. 202, 3i7et 318. , 

2 Voy. Antiqu. Jud. L. 17, c. '2-, § I, 
Guerre des Juifs, 1. I , c. 20, §4. 

3 Archéol. biblique , t. II, I re partie , p. 127 

4 Burckhardt dit cependant lui-même, 
nous ne savons sur quelle autorité, que le 
district de Bottein renferme la plus grande 
partie de l'ancienne Batanée 

5 Selon Ptolémée (I. 5, c. 15) , le pays ha- 
bité pnr les Arabes Trachonites,soMS le mont 
ALsadamus , faiso : t partie de la Batanée; le 



PALESTINE, 



67 



tait l'ancienne Trachonitide ou le Ledja 
au sud-ouest et au sud. Il est proba- 
ble qu'on aura conservé le nom de 
Basân ou Batanée particulièrement 
au district qui renfermait les villes 
d'Edréï et d'Astharoth , capitales de 
l'ancien royaume de Basân, et dont 
les ruines se trouvent dans la plaine 
de Haurân. Je citerai, à l'appui de 
cette opinion, que, encore du temps 
d'Edrisi , la ville d'Edréï ou Adraât 
était désignée aussi sous le nom de 
Bathaniyya ou Bathnia*. 

5° La Pérée proprement dite com- 
prenait tout l'ancien pays des Amor- 
rhéens ou Amorites entre le Yabbok 
et l'Arnon, gouverné, du temps de 
Moïse, par le roi Sihôn. Voici com- 
ment Josèphc s'exprime sur le royaume 
des Amorrhéens : « Ce pays est situé 
entre trois fleuves et il ressemble à 
une île; car l'Arnon le limite au midi; 
le côté septentrional est circonscrit 
par le Jabacch (Yabbok), qui, se je- 
tant dans le fleuve de Jourdain , lui 
abandonne aussi son nom; la partie 
occidentale du pays est bordée par le 
Jourdain 2 . » — Dans un autre pas- 
sage, où Josèphe compare la Galilée 
avec la Pérée , il donne sur cette der- 
nière les détails suivants : « La Pérée 
est beaucoup plus grande, mais elle 
est, en grande partie, déserte et ra- 
boteuse (rpaxela), et trop sauvage pour 
la production de fruits d'une noble 
espèce. Cependant le sol est doux et 
tres-fertile et les champs sont parse- 
més d'arbres variés; on y cultive sur- 
tout l'olivier, la vigne et les palmiers. 
Elle est arrosée par les torrents qui 
descendent des montagnes, et pour 
le cas où ceux-ci viendraient à man- 
quer par l'effet du Sirius, elle est as- 
sez pourvue de sources perpétuelles. 
Elle s'étend en longueur depuis Ma- 
chxrous jusqu'à Pella, et en largeur 
depuis Philadelphie (Rabbath-A.ni- 

mont Atsadamus parait être celui qu'on ap- 

fielle maintenant Kelb-Haurân et qui forme 
e sommet le plus élevé du Djebel-Hauràn. 
Voy. la préface de Lœke aux voyages de 
Burckhardt , p. xu. 

1 Voy. Edrisi, traduction française de 
M. Jaubcrt, t. T, p. 361. 
1 Ant. Jud. IV, 5, 2. 



mon) jusqu'au Jourdain. Pella, que 
nous venons de nommer, est sa limite 
septentrionale; celle de l'occident est 
te Jourdain; au midi elle a pour li- 
mite la Moabitide, et à l'orient elle 
est bornée par l'Arabie et la Silbo- 
nitide, et, en outre, par le territoire 
de Philadelphie et de Gerasa 1 . » 

Machaerous était une forteresse si- 
tuée à soixante stades du Jourdain; 
c'est là tout ce que nous savons sur 
sa position 2 . Quant à celle de Pella, 
nous n'en savons rien de positif; mais 
comme Josèphe fait monter la limite 
orientale de la Pèrée jusqu'au terri- 
toire de Gerasa, Pella, qui était à 
l'extrémité septentrionale de la Pérée, 
devait être située au delà du Yabbok , 
de sorte que la Pérée s'étendait au 
nord plus loin que l'ancien royaume 
des Amorrhéens, maintenant le* Belka. 
Josèphe appelle même Gadara mé- 
tropole de la Pérée 1 , de sorte que 
cette province s'étendrait jusque vers 
l'Hieromax; mais il se peut que le 
nom de Pérée soit pris ici dans son 
acception la plus large. 

Avant de parler des villes de la 
Transjourdaine, nous devons encore 
expliquer un terme géographique qui 
se trouve plusieurs fois dans les Évan- 
giles; c'est celui de Décapolis ou dis- 
trict, des dix villes*. C'étaient dix 
villes situées dans différentes contrées 
et probablement confédérées. Pline 
dit » qu'on n'est pas d'accord sur les 
villes qui formaient la Décapolis, 
mais que la plupart comptent les villes 
suivantes : Damascus, Philadelphia, 
Raphana, Scythopolis, Gaddara, 
Nippon, Dion, Pella, Galasa (Gera- 
sa) et Canatha. Ces villes étaient, 

1 Guerre des Juifs, III , 3 , 3. 

2 Cette forteresse, la plus célèbre du pays 
des Juifs, fut bâtie par Alexandre Jannée, 
rasée par Gabinius et relevée par Hérode. 
C'est là que Jean-Baptiste fut décapité. Selon 
Seetzen , cette place existerait encore sous le 
nom de Mhaur, ou plutôt Om-Kaur; mais 
la place qu'il indique me parait un peu trop 
éloignée de l'Arnon , limite méridionale de 
la Pérée. 

3 Guerre des Juifs, I V , 7 , 3. 

* Vov. Matth. 4, 25; Marc, 5, 20 et 7 , 31. 
»Hist. nat. V, 18. 



es 



L'UNIVERS 



pour la plupart, habitées par des 
païens. 

Nous allons maintenant énumérer 
les principales villes de tout le pays 
au delà du Jourdain, en allant du 
nord au midi. 

Paneas ou Cesabea Philippi, 
au pied du Hermon, dans la Gaula- 
nitide. Cette ville est sans doute d'o- 
rigine syro- macédonienne, comme 
paraît le prouver le nom grec de Pa- 
neas ou Paneade, dérivé du dieu Pan, 
que l'on adorait dans ces contrées. Au 
nord-est de la ville est une grotte qui, 
avec le bois voisin, était consacrée à 
Pan et portait le nom de Panéum 
(navelov). C'est de cette même grotte 
que sort l'un des ruisseaux qui for- 
ment le Jourdain. Encore maintenant 
on voit dans le rocher qui est au-des- 
sus de la grotte des niches destinées 
autrefois à recevoir des statues. Toutes 
ces niches portent des inscriptions que 
Burckkardt n'a pu déchiffrer; mais 
il donne de l'une d'elles quelques frag- 
ments où l'on reconnaît très- distinc- 
tement les mots Upeùç 6êoî> riavoç (prêtre 
du dieu Pan) 1 . Dans ces environs, 
Hérode bâtit un temple en l'honneur 
d'Auguste; le tétrarque Philippe, fils 
d'Hérode, agrandit et embellit la pe- 
tite ville de Panéade et changea son 
nom en celui de Césarée 2 , auquel on 
ajouta le nom de Philippe pour dis- 
tinguer cette ville de Césarée en Ju- 
dée, dont nous avons déjà parlé. Cœ- 
sarea Philippi est mentionnée dans 
les Évangiles; Jésus visita ses envi- 
rons (Matth. 16, 13; Marc, 8, 27). 
Selon la tradition chrétienne, la femme 
que Jésus guérit du flux de sang était 
de cette ville, et s'appelait Bérénice. 
On dit que, par reconnaissance, elle 
éleva devant sa maison un monument 
qui se composait de la statue de Jésus 
et de celle d'une femme à genoux. 
L'empereur Julien, dit-on, fit ren- 
verser ce monument 3 . Du temps de 

1 Voy. Travels, p. 38, 39. 

2 Hérode Agrippa II l'appela Neronias, 
pour flatter Néron; mais elle ne conserva 
ce nom que peu de temps. 

3 Voy. Reland, p. 922. Eusèbe prétend 
avoir vu ce monument (Hist. ecclés., 1. 7, ch. 
18); mais des savants moderne:» ont pensé 



Constantin U y avait déjà à Césarée 
une grande communauté chrétienne; 
elle avait un évoque dépendant du 
patriarche d'Antioche. Sous les Arabes 
la ville s'appelait Baniâs, nom cor- 
rompu de Paneas et dont les croisés 
ont tait Belinas l . — Aujourd'hui Ba- 
niâs n'est qu'un village d'environ 
cent cinquante maisons; les habitants 
sont pour la plupart Turcs , mais on 
y trouve aussi des Grecs, des Druses 
et des Nozairiens. Burckhardt dit que 
Baniâs dépend de l'émir de Hasbeïa. 

Bethsaïda, village dont le tétrarque 
Philippe fit une ville qu'il appela ju- 
lias, en l'honneur de la fille d'Au- 
guste *. Reland (p. 654) fut le premier 
à s'apercevoir qu'il y avait deux Beth- 
saïda, l'un en deçà, l'autre au delà 
du Jourdain. Bethsalda-Julias était 
situé au nord-est du lac de Génésa- 
reth, là où le Jourdain tombe dans ce 
lac 3 . Reland pense que dans les Évan- 
giles on ne parle que de Bethsalda 
en Galilée, parce que du temps de 
Jésus l'autre Bethsaïda s'appelait déjà 
Julias; cependant, en prenant celui 
qui est mentionné dans l'Évangile de 
Luc (ch. 9, v. 10) pour Bethsalda- 
Julias, on fait disparaître plusieurs 
grandes difficultés de la topographie 
évangélique. 

Gamala, sur une hauteur, non 
loin du lac de Génésareth, ville forte 
prise par Vespasien. Le district dans 
lequel elle était située, s'appelait Ga- 
malitica. 

Gadara, située, selon Pline, non 

qu' Eusèbe s'est trompé et que le monument 
qu'il a vu était consacré à un empereur ro- 
main. Voy. Beausobre, dans la Bibliothèque 
germanique , t. XIII. 

1 C'est sous ce nom qu'elle est mentionnée 
par Benjamin de Tudèle (p. 54), qui dit que 
Belinas est l'ancienne Dan, erreur qu'il 
partage avec les anciens rabbins et avec saint 
Jérôme dans ses Commentaires (Ezéoh. 27, 
15 ; Amos, 8, 14) , et qui a élé reproduite par 
l'éditeur de Burckhardt(p. 39). Selon Eusèbe, 
dans VOnomasticon, Dan était à 4 milles de 
Paneas (à l'ouest). Voy. ci-dessus, page 33. 

2 Josèphe , Antiqu. 18, 2 , I. Ce Bethsaïda , 
situé dans le domaine du tétrarque Philippe, 
ne pouvait être qu'à l'est du Jourdain-^ ausst 
Pline dit-il expressément que la ville de Ju- 
lias était à l'orient (Hist. nat. 15, 15). 

3 Voy. Josèphe, Guerre d. J. III, 10, ' T . 



PALESTINE. 



69 



loin de l'Hiéromax 1 , et, selon saint 
Jérôme, en face de Scythopohs et de 
Tibériade, sur une montagne au pied 
de laquelle il y a des eaux thermales 
et des bains. Josèohe l'appelle h forte 
métropole de la Pérée. — Près d'Om- 
Kéis, village situé à une lieue au sud 
du Mandhotir, Seetzen trouva des rui- 
nes qu'il prend pour celles de Gadara. 
Burckhardt croit que ce sont plutôt 
celles de Gamala; mais M. Lœke, 
l'éditeur des voyages de Burckhardt, 
se déclare pour l'opinion de Seetzen, 
qui s'accorde parfaitement avec tout 
ce que rapportent les auteurs anciens 
que nous venons de citer 2 . Dans les 
ruines on trouve surtout un grand 
nombre de sarcophages en basalte or- 
nés de bas-reliefs, où l'on voit des 
génies, des festons, des guirlandes de 
fleurs. A l'ouest et au nord , Burck- 
hardt trouva les restes de deux grands 
théâtres. — Ce fut dans les environs 
de Gadara que se passa, selon les 
Évangiles, la guérison des démonia- 
ques, qui fut si fatale à un troupeau 
de pourceaux 3 . — Gadara faisait par- 
tie de la Décapolis; plus tard c'était 
un évêché. — A Om-Kéis on ne trouve 
maintenant que quelques familles vi- 
vant dans des cavernes. A une lieue 
de là, près du Mandhour, se trouvent 
les eaux thermales dont parle saint 
Jérôme. La principale source est celle 
qu'on appelle maintenant 'mmmet-el- 
Schéikh; l'eau est si chaude qu'il est 
difficile d'y tenir la main; les pierres 
sur lesquelles elle coule sont couver- 
tes d'une épaisse couche de soufre. 
On préfère le bain d' El-Schéikh à 
celui de Tabariyyah , et au mois d'a- 
vril les habitants de Nablous et de 
Nazareth s'y rendent en grand nombre. 
En remontant le Mandhour on ren- 

1 Gadara , Hieromiace prœjlaente. Hist. 
nat. V, 18. 

2 Voy. Burckhardt, Travels, p. 271, et la 
Préface, p. iv. 

3 Matin. 8, 28; Marc, 5, I; Luc, 8, 26. 
Dans tous ces passages la Vulgate porte : « in 
agrum Gerasenorum;» de même le texte 
grec de Matth. repaarivwv. Mais il faut lire 
partout GutJarcnorum, comme l'a la version 
syriaque; car Gerasa est bien loin du lac de 
Tibériade, dans les environs duuuel se passa 
«•ette scèno 



contre encore neuf autres sources 
dont Burckhardt a donné les noms 
(p. 277, 278). 

De Gadara nous tournons à l'est 
pour chercher quelques villes qui de- 
vaient être situées à l'intérieur, jusque 
vers le désert. Du nombre de ces 
villes était Golan, ville lévitique et 
l'une des six villes-asile, mais dont 
nous ne saurions fixer la position géo- 
graphique. Comme il est probable que 
le Djolân actuel tire son nom de cette 
ville, elle devait être située dans les 
environs du lac de Tibériade, au nord- 
est de Gadara et au nord de l'Hiero- 
max (Mandhour).— Plus à l'est étaient 
les villes d'Jstharothetd'Edréï, rési- 
dences des rois de Basân. Quant à 
Edréï, il ne peut plus y avoir de doute 
sur sa position; Seetzen et Burck- 
hardt ont retrouvé dans le Haurân les 
ruines de cette ville, qui portent en- 
core le nom de Draa ou Adraa. Otto 
de Richter y trouva des débris de co- 
lonnes d'ordre ionique et dorique, et 
les restes d'un bazar où il crut recon- 
naître l'architecture arabe 1 . La posi- 
tion tfAstharoth est incertaine ; Lœke 
pense que cette ville se trouvait à l'en- 
droit ou est maintenant le château de 
Mezârib, à quelques lieues au sud- 
ouest de Draa , et il appuie cette opi- 
nion de quelques arguments fort con- 
cluants 2 . 

A l'est de Draa la ville de Kenath 
(Canatha), appelée aussi Nobah (Nom- 
bres, 32, 42), et qui plus tard était 
une des villes de Décapolis, a été re- 
trouvée dans Kanouat, dont Burck- 
hardt a décrit les ruines (p. 83-- 86); 
il estime la circonférence de i'ancienn 
ville à deux et demi ou trois milles an- 
glais. Il n'y trouva que deux familles 
druses cultivant le tabac. 

Dans Salkhat, à quelques lieues au 
midi de Kanouat, se retrouve l'ancien- 
ne Salcha, ville frontière du royaume 
de Basân (Deutéron. 3, 1C). Burck- 
hardt, qui donne la description de 
Salkhat (p. 99 — 101 ), dit que c'est 
une ville avec un château fort ; le chà- 

» TValJfahrten, p. 172. 
2 Burck. Travels, préface, p. XII. Sur Mé« 
zârlb voy. ib. p 241 et suiv 



70 



L'UNIVERS. 



teau est situé sur une colline, au pied 
de laquelle est la ville, à l'ouest et au 
midi. Elle a plus de 500 maisons; mais 
lors de la visite de Burckhardt, elle était 
entièrement abandonnée. 

A quelques lieues à l'ouest de Sal- 
khat nous trouvons la ville de Bosra , 
qui est appelée, par Aboulféda, capi- 
tale du Haurân, et où Burckhardt 
trouva des ruines considérables de 
trois quarts d'heure de circonférence 
( Travels, p. 226). C'est là sans doute 
la ville célèbre que les Grecs et les 
llomains appellent Bostra, et à la- 
quelle les Pères de l'Église donnent 
l'épithète de metropolis Jrabix 1 . 
Selon Eusèbe, elle est à 24 milles ro- 
mains d'Adraa, ce qui s'accorde bien 
avec la position de Bosra, capitale 
du Haurân. Dans les inscriptions 
grecques que Burckhardt a copiées 
dans cette ville, nous trouvons deux 
fois le nom de Bostra ( p. 228 et 232 ) , 
et il est donnant que, malgré cela, le 
célèbr' voyageur place la ville de Bos- 
tr" >;n loin de là au nord , près des 
' ^urces du Jourdain 2 , ce qui est une 
erreur manifeste. — Reste à savoir 
maintenant si Bostra est mentionné 
dans la Bible. Je ne le pense pas, 
quoique Gesénius et Rosenmùller 
n'hésitent pas à prendre le Bosra de 
la Bible, pour le Bosra du Haurân, 
c'est-à-dire pour Bostra. Mais , dans 
la Bible la ville de Bosra est toujours 
présentée comme métropole du pays 
d'Edom 3 , qui était situé loin de Bos- 

i Voy. Ritter, Erdkunde, II, p. 358. 

2 Voy. Travels, p. 41. Burckhardt dit : 
Bostra must not be confounded with Boszra 
in the Haouran ; bolh places are mentioned 
in the Books of Moses. 11 me semble qu'il y a 
Ici double erreur : le Bostra des Grecs est 
sans doute le Bosra du Haurân , mais rien ne 

ÎHrouve que cette ville soit mentionnée dans 
es livres de Moïse, ou dans quelque autre 
livre de la Bible. 

3 Voy. Genèse, 3C, 33; Isaïe, 34, 6; 63, 
l;Amos, 1, 12; Jérémie,49, 13 et 22; I Chron. 
1 , 44. Si l'on veut que Bostra se trouve men- 
tionné dans la Bible , ce pourrait èlre Bo- 
sorra, I Maccab. 5 , 26, et une ville de Bosra 
comptée par Jérémie (48, 24) parmi les villes 
de Moab, en supposant que les Moabites 
aient fait des conquêtes dans le Haurân. Re- 
land (p. 666) dit fort bien, en parlant de 
B >stra : Non confundenla hœc est cum Bo- 
tzra (Bosra) ldumœorum Jerem. 49, 13 et 



tra, au midi du pays de Moab et de la 
Judée. Selon Reland et Ritter, il faut 
chercher Bostra dans Beè'sthra (Jos 
21, 27 ) ou Astharoth, assertion qui n'a 
que la valeur d'une simple conjecture. 
Il est à remarquer que le nom de Bos- 
tra ne se trouve nulle part dans la 
Vulgate, ni même dans la version des 
Septante, qui cependant remplace très- 
souvent les noms hébreux par ceux 
usités parmi les Grecs. Ainsi il reste 
douteux si Bostra est une ville bien 
ancienne et à quelle époque elle re- 
monte. L'empereur Trajan embellit 
cette ville et y mit une légion; on 
trouve encore des monnaies portant 
pour inscription : Trajana Bostra r . 
Dans les actes de plusieurs conciles il 
est question d'évêquesde Bostra 2 .— 
Les ruines de cette ville présentent la 
forme d'un ovale, s'étendant de 1 l'est 
à l'ouest; les principaux édifices, tels 
que temples, théâtres, palais, se trou- 
vaient à l'est; tous ces monuments 
datent du temps des empereurs ro- 
mains. Une grande mosquée , remon- 
tant aux premiers temps de l'islamis- 
me, est encore debout. 

Au sud ouest de Bosra (à la dis- 
tance de 10 ou 12 lieues) Seetzen re- 
trouva les ruines d'une autre ville 
célèbre dans l'antiquité, qui n'est pas 
mentionnée dans la Bible, et qui a 
été placée par d'Anville et d'autres 
géographes au N. E. du lac de Tibé- 
riade, à plus de 20 lieues N. O. de 
son véritable emplacement 3 ; c'est la 

alibi memorala , uti nec cum Botzra Moa- 
bitarum Jerem. 48, 24. Nec mirum nomen 
rnX3 1 ai, °d locum munitum notât , plu- 
ribus urbibus commune fuisse. — Le Bosra 
édomite de la Bible se retrouve peut-être 
dans Bosséira, village du Djebâl, où Burck- 
hardt trouva également des ruines consi- 
dérables (Travels, p. 407). 

1 Voy. Reland, p. 665. On trouve encore 
d'autres monnaies, jusqu'à Trajan Dèce, sur 
lesquelles Bostra est appelée colonia (colonie 
romaine). Selon Damascius, cité par PboUus, 
la colonie ne fut fondée que sous Alexandre 
Sévère. Voy. Belley, dans les Mémoires de 
l'Acad. des inscr. T. XXX, p. 307 etsuiv. 

2 Reland, p. 666. 

3 L'erreur de d'Anville est due principa- 
lement à la fausse leçon des Évangiles, où 
on lit Gerasenorum au lieu de Gadareno- 
rum , et dont nous venons de parler dan«« 
une note précédente. — Mais il est inconce- 



PALESTINE. 






célèbre ville de Gerasa , dont les rui- 
nes portent encore chez les indigènes le 
nom de Djerasch. Nous traduirons 
ici la relation de Seetzen et nous y 
joindrons quelques notes d'après la re- 
lation de Burckhardt, qui a également 
visité Gerasa, et qui donne de très- 
longs détails sur ses ruines remarqua- 
bles l . Seetzen, après avoir parle du 
village de Souf , continue ainsi 2 : 

«Le jour suivant fut un des plus 
intéressants de tout le voyage. Ce jour 
j'eus le plaisir d'examiner les magnifi- 
ques ruines de Djerasch, situées à 
deux heures démarche à l'est (de Souf), 
et qui sont un pendant remarquable 
des ruines justement admirées de Pal- 
myre et de Baalbec. Je ne conçois pas 
que cette ville jadis si florissante ait 
pu rester jusqu'ici aussi totalement 
inconnue aux amateurs d'antiquités. 
Elle est située dans une contrée fertile, 
assez ouverte, qui autrefois a dû être 
ravissante. La ville est traversée d'un 
beau ruisseau 3 . Déjà avant d'y entrer 
je trouvai beaucoup de sarcophages 
ornés de jolis bas-reliefs, et j'en vis 
un sur le chemin qui portait une ins- 
cription grecque. Le mur est entière- 
ment renversé, mais on aperçoit toute 
son étendue qui est environ trois 
quarts de lieue ou d'une lieue 4 . Il était 
bâti en pierre de taille. L'enceinte de 
la ville présente un terrain inégal qui 
s'abaisse du côté du ruisseau. Il ne 
s'est conservé aucune maison privée, 
mais je trouvai plusieurs édifices pu- 



vable que la faute de d'Anville ait été repro- 
duite après les découvertes de Seetzen et de 
Burckhardt; ainsi dans l'atlas de la Bible de 
Vence, publié en 1833, on n'a fait que suivie 
l'ancienne routine, tant pour Gerasa aue 
pour beaucoup d'autres villes de la Tra'ns- 
iourchiine , ce qui prouve combien peu on 
s'est occupé en France des importantes dé- 
couvertes faites dans ces contrées. Cepen- 
dant les relations de Seetzen ont été consul- 
tées par Malte-Brun. 

1 Voy. Travols, p. 251—264; on y trouve 
aussi un plan des ruines de Gerasa que nous 
avons reproduit : voy. PI. 38. 

3 Voy. Monatl. Correspondenz, t. XVIII, 
p. 42i. 

> Os» l^ TFadi-Déir, qui se jette dans le 
ïf'tuli Ze/ka ; on rappelle aussi Ke rouan ou 
Stït-hjerasch. Il traverse la ville du nord au 
midi. 

Selon Burck. une lieue un quart. 



blics, qui se distinguent par une archi- 
tecture exquise. Deux amphithéâtres 
d'un marbre beau et solide, avec des 
colonnes, des niches, etc., sont très- 
bien conservés; de même quelques 
palais et trois temples. L'un de ces 
derniers avait un péristyle de douze 
grandes colonnes d'ordre corinthien, 
dont onze sont encore debout ■ ; dans 
un autre je trouvai une colonne ren- 
versée du plus beau granit égyptien 
ayant la surface polie. Je vis aussi une 
des portes de la ville ; elle était magni- 
fique et bien conservée, et se compo- 
sait de trois arcades ornées de pilas- 
tres 2 . Ce qu'il y a de plus beau dans 
ces ruines, ce sont deux longues rues 
qui se croisent , et qui des deux côtés 
étaient encadrées d'une suite de colon- 
nes de marbre d'ordre corinthien; 
l'une de ces rues 3 aboutissait dans une 
place , entourée de soixante colonnes, 
d'ordre ionique, rangées en demi-cer- 
cle. Là où les deux rues se croisent, 
il y a à chacun des quatre angles un 
grand piédestal de pierre de taille; 
autrefois on y voyait probahlement 
des statues. On voit encore une partie 
du pavé, qui était en pierres carrées. Je 
comptai en tout plus de 200 colonnes , 
qui , en partie , portent encore leur en- 
tablement ; mais le nombre des colon- 
nes renversées est infiniment plus 
grand. Je ne vis que la moitié de l'es- 
pace qu'occupait la ville 4 ; mais il est 
très-probable que dans l'autre moitié, 
de l'autre côté du ruisseau , on trouve 
encore mainte chose remarquable 5 

1 Ce temple, selon Burckhardt (p. 254), 
était supérieur en goût et en magniheence à 
tout ce que la Syrie possédait en ce genre , à 
l'exception du temple du soleil à Palmyre. 

2 Cette porte est au midi : « Itis a fine 
arch, and apparently in perfecl préserva- 
tion, with a smaller one on ea<h side ador- 
ned with wveral pitasters. » Burckhardt. 

3 C'est la plus longue, qui traverse la ville 
du nord au midi et qui est parallèle au Wadi. 
L'hémicycle est au midi , et à cinq minutes 
de là est la porte dont nous venons de par- 
ler. 

4 C'est-à-dire la partie qui se trouve à 
l'ouest ou à la rive droite du Wadi. 

5 Cette partie delà ville est la plus élevée. 
Malheureusement Burckhardt, qui n'a pu 
employer que 4 heures à visiter les ruines 
de Djerasch n'a examiné que la partie sep- 
tentrionale de la rive gauche du Wadi ; il J 



72 



L'UNIVERS. 



Djerasch ne peut être que l'ancienne 

Gerasa, ville de Décapolis Un 

fragment d'inscription grecque que je 
copiai ici me porte à croire que l'em- 
pereur Marc-Aurèle Antonin avait 
beaucoup de part aux constructions de 
cette ville *. » 

La ville de Gerasa avait donné son 
nom à tout le district. Saint Jérôme 
dit que la contrée d'Arabie autrefois 
appelée Galaad ( Gilead ) s'appelait de 
son temps Gerasa*. Le rabbin Saadia, 
du X e siècle, dans sa version arabe 
du Pentateuque , rend le nom de Gilead 
par Belàd- Djerasch. Les évêques de 
Gerasa sont cités dans les actes des 
conciles (Reland, p. 808). Il y exis- 
tait encore une citadelle du temps des 
croisades ; les historiens de l'époque 
l'appellent Jarras ; le roi Baudouin II 
en lit le siège 3 . 

C'est aussi dans ces environs, au 
N.O. de Gerasa, quenous devons cher- 
cher les villes de Yabesch , ou Jabes- 
Galaad, et d'ÉPHRÔN. La première 
était célèbre par un événement raconté 
dans le livre des Juges (c. 21 ). A la fin 
du 1 er livre de Samuel on raconte que 
les habitants de Jabes-Galaad dérobè- 
rent pendant la nuit les cadavres de 
Saùl et de ses fils, suspendus aux murs 
de Beth-Schân (Béisan). Cette ville 
était donc très-probablement située 
non loin du Jourdain en face de Beth- 
Schân , près du ruisseau qui porte en- 

trouva , en face du grand temple , les restes 
d'un édilice qu'il suppose avoir été un bain. 
Une source qui est près de là, dans la monta- 
gne , et dont l'eau , coulant de l'est à l'ouest, 
se verse dans le Wadi , est probablement la 
même dont parle saint Épiphane(voy. Reland, 
p. 807). Burckhardt croil que vers le midi il n'y 
avait que des maisons privées, et qu'il ne s'y 
iiouvait aucun édilice remarquable (p. 263). 

1 U parait qu'on rencontre fort peu d'ins- 
criptions dans les ruines de Djerasch; car 
Burckhardt, qui copiait toujours avec une 
scrupuleuse exactitude toutes les inscriptions 
qui se présentaient à ses regards, ne donne 
ici que quatre fragments indéchiffrables. Le 
premier (p. 259) est sans doute celui dont 
parle Seetzen; on y reconnaît les lettres 
MAPKONAYP... N.... 

2 Comment, in Obadiam, v. 19 : Cunctam 
possidebit Arabiam , quœ prius vocabaiur 
Galaad et nunc Gerasa nuncupatur. 

3 Gesta Dei per Francos, p. 615. On y fait 
déjà observer que Jarras est l'ancienne Ge- 
tasa. 



core maintenant le nom de IVadi* 
Yabtis et qui se jette dans le Jourdain 
près de Béisàn (Burck., p. 289). — 
Ephrôn était une grande forteresse 
près d'un défilé ( I Maccab. 5 , 46 ) ; il 
paraît qu'elle se trouvait également 
près du Jourdain , en face de Beth- 
Schân (ib. v. 52). 

Au S. 0. de Gerasa était Mah- 
naïm, sur les limites de Mariasse et 
de Gad, non loin de la rive septen- 
trionale duYabbok. Selon la Genèse 
(32, 2), Jacob rencontra à cet endroit 
des messagers de Dieu ou des anges, 
et il appela l'endroit Mahnaï7n(deux 
camps), faisant allusion à son pro- 
pre camp et à celui des messagers cé- 
lestes. De là il passa le Yabbok (ib. v. 
23). Dans ces environs était probable- 
ment la ville d'Amathous, grande for- 
teresse sur le Jourdain, dont parle 
Josèphe (Ant. xiu, 13, 3) et dont les 
ruines subsistent encore sous le nom 
d'Amata (Burck., p. 346). Près de là 
était aussi Penouel ou Phanuel 
(face de Dieu) , dont on fait également 
remonter le nom au patriarche Jacob 
(Gen. 32, 3 1). Il en est de même de Suc- 
coth (cabanes), endroit où Jacob 
établit son camp après avoir passé le 
Yabbok et fait la paix avec Ésaù ( ib, 
ch. 33, v. 17), et où plus tard on bâ- 
tit une ville. 

Une des plus grandes villes de la 
tribu de Gad, au midi du Yabbok, 
était Ramoth ou Ramathmisphé, 
ville lévitiqueet ville-asile. Les Syriens 
s'en étaient emparés sous Achab, roi 
d'Israël; celui-ci, en attaquant les 
Syriens , fut mortellement blessé. Se- 
lon Eusèbe, cette ville était à 15 milles 
ouest (ou plutôt N. 0. ) de RabbatJi- 
Ammôn, capitale des Ammonites. — 
Dans ces environs on trouve mainte- 
nant la forteresse d'As-salt, située sur 
la pente d'une colline, et entourée de 
hauteurs escarpées. Selon Burckhardt 
( p. 349 ), c'est la seule place habitée 
dans le Belka, et les habitants sont 
entièrement indépendants. Les pachas 
de Damas ont essayé plusieurs fois 
de s'emparer de cette ville, mais tou- 
jours sans succès. La population se 
compose d'environ 400 familles musui- 



PALESTINE. 



73 



mânes et 80 familles chrétiennes de 
l'église grecque, qui vivent en parfaite 
amitié et égalité les unes avec les au- 
tres. Une vieille mosquée est le seul 
monument que présente cette ville. 
Dans les environs il y a des jardins; 
la plupart des habitants s'occupent 
d'agriculture. 

Au S. 0. # As- sait, là où le Jour- 
dain reçoit un ruisseau, appelé JVadi- 
Schoab\ sont des ruines qui portent le 
nom de Nimrîn; c'est là, sans doute, 
le BETH-NiMBAdela Bible 1 qui s'ap- 
pelait aussi Nimrîm (Isaïe, 15, 6). A 
côté de cette ville, nous trouvons 
mentionné Beth-Haran , qui , selon 
Eusèbe, était à cinq milles au sud de 
Beth-Nimra, et qui reçut d'Hérode 
le nom de Limas 2 . Non loin de là, 
sur le Jourdain, était sans doute Beth- 
bara (Juges, 13, 24) ou Bethabara 
(lieu de passage), où, selon saint Jé- 
rôme (Onomast.) et Origène, Jean bap- 
tisait dans le Jourdain 3 ; et un peu plus 
au midi étaient Abel-schittim , et 
Beth-yeschimôth, où les Hébreux cam- 
pèrent quelque temps avant de passer 
le Jourdain (Nombres, 33 , 49). Selon 
Josèphe, ^6i/a(Abel-Sittim) était à 60 
stades du Jourdain 4. Cet endroit était 
en face de Jéricho, et Beth-yeschimôth 
au S. E. de la même ville, près delà 
mer Morte. 

A l'est ou au N . E. de ces dernières 
villes était Aroer devant Rabbath 
(Ammon), qu'il ne faut pas confondre 
avec un autre Aroc'r, sur l'Arnôn 5 . 
A quelque distance, au midi, était 
Yaezer, ville lévitique, selon Eusèbe 
à 10 milles à l'ouest (S. O.) de Phila- 
delphie (Rabbath-Ammôn). Seetzeu 
(p. 429) trouva dans cette direction 
les ruines d'une ville appelée Sir, 
d'où une petite rivière du même nom 

1 Voy. Nombres, 32, 36; Jos. 13, 27. 

■ Selon Josèphe (Antiqu. 1. 18, ch. 2, § i), 
Hérode Antipas lui donna le nomde Julias. 

3 Dans l'Évangile de Jean, I, 28, on lit 
Bcthania. Origène corrige Bethabara , par- 
ce que, dit-il, il n'y avait .pas de Bethaniaswr 
le Jourdain. 

* Antiqu. V, i, I. Voyez sur les différents 
Houx nommés A bel et Abila, les Disserta- 
tions de M. de Boissi, 1. 1, p. 283 et suiv. 

6 Voy. Josué, ch. 13, v. IG et 25. 



coule dans le Jourdain *. Comme 
Eusèbe parle aussi d'une rivière qui 
est près de Yaè'zer, et qui tombe dans 
le Jourdain, il est très-probable que 
cette ville se trouvait à l'endroit où 
est maintenant Sir. Aroër et Yaëzer 
étaient sur les limites orientales de la 
tribu de Gad. En allant delà au sud 
et au S. E. nous trouvons les villes de 
Ruben, qui, en partie, portent encore 
aujourd'hui leurs noms anciens. Ce 
sont les villes suivantes : 

Elealé (Nombres, 32 , v. 3 et 37). 
Les ruines de cette ville ont été re- 
trouvées parSeetzen(p. 430) etBurck- 
hardt (p. 365) sous le nom iï El-Aal. 
Le nom signifie hauteur, en hébreu 
comme en arabe, et en effet El-Aal 
est situé, selon Burckhardt, sur le som- 
met d'une colline qui domine toute la 
plaine, et d'où l'on a vue sur tout le 
Belka méridional. On trouve encore 
quelques parties de la muraille, qui 
était bien bâtie. Dans les ruines il n'y 
a rien de bien remarquable; on y 
trouve surtout un grand nombre de 
citernes. 

Hesbon, l'ancienne capitaledes rois 
amorites (Nombres, ch. 21 , v. 26 et 
suivants ). Selon Eusèbe elle était si- 
tuée à un mille à' Elealé; Seetzen l'a 
retrouvée sous le nom de Ilusbân, à 
une demi-lieue S. O. d' 'El-Aal 2 . Sous 
ce même nom elle est mentionnée par 
Aboulféda, qui l'appelle une petite 
ville dans une vallée fertile. 

Dans la Bible, cette ville appartient 
tantôt à Ruben, tantôt à Gad 3 . Plus 
tard nous la trouvons, ainsi que Elealé 
et les autres villes de ces contrées, 
sous la domination des Moabites 4. 
Josèphe la compte parmi les villes 
moabites que les Juifs possédaient sous 
Alexandre Jannée 5 . « On trouve ici, 
dit Burckhardt, les ruinesd'une grande 
viile ancienne, ainsi que les restes de 

1 Comparez Burckhardt, p. 364. 

2 La même distance résulte de la relation 
de Burckhardt (p. 365), qui, après être parti 
de Fehéis , compte de la cinq heures trois 
uuarts à El-Aal et six heures un quart à 
Husbdn. 

3 A Ruhen : Nombres, 32 , 37 ; Jos. 13 , 17. 
A Gad : Jos. 21, 37, et I Chron. 6, 66. 

* Isaïe, 15, 4; 16, 9; Jérémie, 48, 2. 

* Antiqu. XIII, 15, 4. 



74 



L'UNIVERS. 



quelques édifices bâtis de petites pier- 
res; quelques fûts de colonnes brisés 
sont encore debout. Il y a là un cer- 
tain nombre de puits profonds, taillés 
dans le roc, et un grand réservoir d'eau 
pour servir aux habitants pendant 
l'été. » Seetzen rappelle, au sujet de 
ce réservoir, les paroles du Cantique 
(7, 5) : Tes yeux comme les piscines 
a Jïesbôn. 

Sibma était, selon les commentai- 
res de saint Jérôme (Isaïe, 16,8), seu- 
lement à un demi-mille (500 pas) de 
ïïesbôn. Cet endroit était célèbre pour 
ses vignes '. 

Baàl-meon (Nombres, 32, 28). 
Burckhardt trouva à environ trois 
quarts d'heure S. E. deHesbôn les rui- 
nes de Myoun, qui, selon lui, est Baal- 
mcôn. Dans ces environs était aussi 
la ville-asile de Bécer (Bosor) , dont 
la position ne peut plus être exacte- 
ment fixée. 

Médaba (Nombres, 21 , 30). Les 
ruines de cette ville existent encore 
sous le même nom, à quelque lieues 
S. E. de Hesbôn; elles ont, selon 
Burckhardt (p. 366) , une demi-lieue 
de circonférence. On y voit une grande 
piacine, et à l'occident se trouvent les 
fondements d'un temple antique. A 
une demi-lieue à l'ouest de Médaba, 
sont les ruines à'El-Teym, que Burck- 
hardt suppose être le Kiryathaim de 
la Bible (Nombres, 34, 37). 

Yahas (Jasa). Près de cette ville 
les Hébreux, sous Moïse , vainquirent 
Sihôn, roi des Amorrhéens, qui s'y 
était rendu à leur rencontre dans le 
désert 2 . Il résulte de là que Yahas 
était situé sur la limite du territoire 
amorite, vers le désert. Eusèbe la place 
entre Médaba et Dibôn (AïiêoOç). Elle 
avait donc Médaba au N. O. et Dibôn 
au S. O. Au sud étaient Diblatlialm 
et beër-Elîm. Kedémoth, d'où Moïse 
envoya des ambassadeurs à Sihon, et 
Méphaath, qui se trouve plusieurs 
fois mentionnée à côté de Kedémoth 
et de Yahas (Josué, 13,18, et ailleurs), 
devaient également être situées sur 

1 Voy . ce que nous avons d i t à ce sujet dans 
le chapitre d'histoire naturelle, p. 23. 
3 Voy. Nombres, 21, 23; Deutéron. 2,32. 



la limite orientale du pays des Amo- 
rites. 

Dibôn. Cette villeest appelée aussi 
Dibôn-Gad, parce qu'elle fut rebâtie 
par les Gadites ». Seetzen en retrouva 
les ruines dans une plaine magnifique. 
Legh y arriva de l'Arnôn, à travers une 
plaine couverte de gazon et coupée par 
une ancienne voie romaine*. Selon 
Burckhardt (p. 372), Dibôn est situé à 
environ une lieue au nord de l'Ar- 
nôn, dans un bas fond. Ceci explique 
pourquoi dans l'oracle d'Isaïe (15,2), 
sur la chute de Moab, Dibôn monte 
sur les hauteurs pour pleurer. Dibôn 
appartenait alors aux Moabites, 
comme les autres villes voisines. 

Aiioer, sur la rive septentrionale 
de l'Arnôn, à la limite méridionale de 
la Pérée. On l'appelle souvent dans la 
Bible Aroër sur l'Arnôn 3 , pour le dis- 
tinguer de l'autre Aroër, dont nous 
avons parlé 4. Burckhardt arriva de 
Dibôn aux ruines d'un endroit appelé 
Akeb el-Debs : « De là, dit-il (p. 372), 
nous suivîmes, en nous dirigeant à 
l'est, le haut du ravin au fond duquel 
coule la rivière (Arnôn), et au bout 
d'un quart d'heure nous arrivâmes 
aux ruines à'Araayr, Y Aroër des 
Écritures, situé au bord d'un préci- 
pice; un sentier conduit de là à la 
rivière. » 

Dans l'ouest, près de la mer Morte, 
nous nommerons encore les villes de 
Nebo et de Callirrhoë. 

Nebo était située près de la mon- 
tagne du même nom , probablement 
celle qui maintenant s'appelle Atta- 
rous 5 . Il paraît que les Moabites ado- 

« Voy. Nombres, 32, 34; 33, 43. On l'ap- 
pelle aussi Dimôn. Isaïe, 15, 9. 

* Voy. William Macmichaels , Journey 
from Moscow to Constantinople, p. 242. 

a Deutéron. 2, 36; 3, 12; 4, 48. Josué, 12, 
2; 13, 16. 

4 II y avait un troisième Aroër dans la Ju- 
dée, voy. I Samuel , 30, 28. — A cause d'un 
passage d'Isaïe ( 17 , 2), plusieurs commen- 
tateurs supposent un quatrième Aroër sur le 
territoire de Damas; mais il n'existe pour 
cela aucune autre autorité. Voy. Gesénius, 
Commenter ûber den Jesaia, t. I, p. 556, 557. 

5 Burckhardt, p. 370. Gesénius (1. c. p. 
519) pense que le nom tfAttarous vient de 
la ville dAtarôih (Nombres, 32, 33), située 
dans ces environs. 



PALESTINE. 



75 



raient dans cet endroit le dieu Nebo; 
c'est le nom de la planète de Mercure 
chez les Chaldéens. 

Callirrhoe sur la mer Morte , cé- 
lèbre pour ses eaux thermales. Selon 
les anciens rabbins, c'est Lascha ou 
Lasa mentionné dans la Genèse 
(10,19) l . 

Saint Jérôme, dans son commen- 
taire sur ce passage, est du même avis. 



DEUXIEME LIVRE. 

DES ANCIENS HABITANTS PAÏENS DE 
LA PALESTINE AVANT ET APRÈS L'IN- 
VASION DES HÉBREUX SOUS JOSUE 



CHAPITRE PREMIER. 

Coup d'oeil historique sur les différen- 
tes RACES QUI OCCUPAIENT LA PALESTINE 
AVANT LES HÉBREUX. 

L'histoire primitive de la Palestine 
ne nous est connue que par quelques 
traditions conservées dans les livres 
sacrés des Hébreux. Ce que nousavons 
à dire à ce sujet se réduit à un très- 

f>etit nombre de dates, et il s'agit seu- 
ement de présenter, dans un certain 
ordre, les faits historiques ou tradi- 
tionnels, disséminés dans l'Écriture 
sainte, ainsi que les données qui ré- 
sultent de la combinaison de certains 
passages. Les peuples qui occupèrent, 
avant les Hébreux, les contrées dont 
nous avons donné la description peu- 
vent se diviser en trois races, savoir : 
les Aborigènes ou les peuples géants, 
les Cananéens et les Philistins. 

A. Les Aborigènes ou les peuples géants. 
A côté des Cananéens, établis dans 
le pays dès le temps d'Abraham (Ge- 
nèse , 12,6), nous trouvons les restes 
d'une autre race plus ancienne , que les 
Cananéens avaient exterminée en 
grande partie ou forcée d'émigrer. Les 
différents noms que la Bible donne à 
cette race, indiquent généralement 

1 Voy. la paraphrase chaldaïque de Yona- 
than à ce passage de la Genèse, et Beréschith 
eabba, ch. 37. 



des hommes de haute stature et d'une 
grande force ; c'était une race gigan- 
tesque devant laquelle les Hébreux 
n'étaient que comme des sauterelles 
(Nombres, 13, 33) et que les Moabi- 
tes appelaient Émim, c'est-à-dire for- 
midables (Deutér., 2, 11). On la dé- 
signe, en général, sous le nom de 
Rephaïm (ib. v. 1 1 et 20), mot que les 
versions chaldaïque et syriaque, ainsi 
que la Vulgate, rendent par géants. 
Les Rephaïm se divisaient en plusieurs 
peuplades, savoir : 1° Les Rephaïm 
proprement dits, probablement les 
descendants de Rapha (2 Sam., 21, 
v. 16 et 18); ils habitèrent le pays 
de Basân, et leur capitale était Astha- 
rom-Karnaïm 1 (Genèse, 14, 5). Du 
temps de Moïse, les Amorrhéens ha- 
bitaient déjà leur pays; mais le roi 
Og était un des débris de leur race, 
et son sarcophage en basalte 2 qu on 
voyait à Rabbath-Ammôn, avait neuf 
coudées de long et quatre coudées de 
large(Deut.3,li).ïlpossédaitsoixante 
villes fortes, entourées de hautes 
murailles, avec des portes et des ver- 
rous, et , en outre, un grand nombre 
de villes ouvertes (ib. v. 4 et 5 ). 2° 
Les Émîm, établis dans le pays qui 
plustard s'appelait Moab, et aussi dans 
\a plaine de Kinjathaïm (Gen. 14, 5). 
3° Les Zamzummîm ou les Rephaïm 
du pays d'Ammôn (Deut. 2, 20). 4" 
LesZouzîmhfJàm 3 , pays inconnu. 5* 
Les Anakim ou fils tfAnafi, répan- 
dus dans les montagnes du pays de 
Canaan. De cette branche étaient les 
Nephilim que la Vulgate appelle 
monstra quœdam de génère giganteo, 
et les familles d'Achiman, Sésaï et 
Thalmaï, qui demeuraient à Hebron , 
ville d'Arba l'Anakite 4 (Noinb., 13, v. 

1 C'est-à-dire Astharôth aux deux cornes : 
c'est la ville <¥ Astharôth dans la Pérée; on 
l'appelait ainsi par allusion aux cornes de 
taureau, emblème de la déesse Aslarlé qu'on 
y adorait. 

2 Voy. ci-dessus, page 17. 

3 Voy. Genèse, 14, 5, texte hébreu; les 
Septante remplacent ces mots par ëÔvYj 
layyçà àjxa aùtoTç , et la version syriaque 
traduit dans le même sens. La Vulgate porte . 
Zuzim cum eis. Selon les rabbins, les Zouzim 
sont les Zamzummîm. 

4 Voy. notre Topographie , page 57. 



76 



L'UNIVERS. 



23 et Z4). Il y avait aussi des Anakîm 
ù Debir, à Anab, dans toutes les mon- 
tagnes de Juda et d'Israël , de même 
h Gaza, Gath et Jsdod ( Josué, 1 1 , v. 
21,22). 

Outre ces peuples de géants, on 
mentionne encore, comme habitants 
primitifs de ces contrées : Les Horim 
( c'est-à-dire Troglodytes ), qui 
taient surtout les montagnes de 
maintenant El-scherah; les Avvim, 
qui habitaient la plaine au S. 0. jus- 
qu'à Gaza; enfin les peuplades Kéni, 
Kenizi et Kadmoni, mentionnées à 
côté des peuplades cananéennes (Gen. 
15, 19). Kenizi et Kadmoni sont in- 
connus du reste; quant aux Kénites, 
Bileam les voit d'une hauteur, à côté 
d'Amalek (Nomb. 24, 21), et il ré- 
sulte aussi d'un passage du I er livre 
de Samuel (15, 6), qu'ils étaient éta- 
blis parmi les Amalécites , au midi de 
la Palestine. Une de leurs branches 
s'établit parmi les Hébreux J . 

' Gesénius dit dans son Dictionnaire , au 
mot >3>p, que, selon deux passages du li- 
vre des Juges ( I, 16; 4, II), les Kénites des- 
cendirent de Hobab, beau-frère de Moïse. 
Comment alors ce peuple est-il mentionné 
du temps d'Abraham? Jabn, frappé, sans 
doute, de cette diflicuité, dit qu'il faut dis- 
tinguer les Kénites de la Genèse, peuple in- 
connu, des Kénites mentionnés dans le livre 
des Juges (Blbl. Archœologie, t. I,l re partie, 
p. 194 , et t. II , F" part., p. 87 ). M. Bohlen , 
dans son commentaire sur la Genèse (p. 182), 
aime mieux citer ce passage comme un de 
ceux qui prouvent que Moïse n'a pas écrit 
le Pentateuque. Mais quels qu'en fussent les 
auteurs, ils devaient connaître l'histoire de 
leur pays aussi bien que nos critiques mo- 
dernes, et avoir assez de bon sens, pour ne 
pas faire remonter les Kénites jusqu'à Abra- 
ham et pour ne pas faire prononcer à Bileam, 
contemporain de Hobab , un oracle sur les 
Kénites. Le fait est que Jabn, Gesénius et 
autres, se sont trompés sur le sens des deux 
passages des Juges, dont il ne résulte nulle- 
ment que les Kénites descendirent de Hobab, 
mais seulement que Hobab appartenait au 
peuple des Kénites. Dans le premier passage 
(1 , 16) on lit : nwn 73111 Wp >33ï , ce qui 
veut dire : les fils du' Kénile ,' beau-frère de 
Moïse; dans le second passage (4, II) il est 
dit que Hébcr le Kénile s'était séparé ( du 
peuple ) de Kaïn, des fils de Hobab , beau- 
frere de Moïse. Ici le texte , en nous disant 
que Héber était du peuple kénite, nous fait 
connaître aussi a quelle famille de ce peu- 
ple il appartenait, savoir à la famille de Ho- 
bab. La construction des mots ">22)2 ]'''\ï'0 
-2in efc l parfaitement analogue à cellequ'oD 



Les aborigènes de la Palestine, à 
l'ouest du Jourdain, avaient subi déjà 
du temps d'Abraham l'invasion de*» 
peuples cananéens. Les rois de Sodom, 
de Gornorrhe, d'Adama, de Seboïm 
et de Segor, dont on ne nous fait pas 
connaître la race *, étaient tributaires 
de Kedorlaomer, roi d'iilâm , ou de la 
Susiane (maintenant le Khouzistan). 
Pendant douze années ils avaient sup- 
porté le joug ; dans la treizième ils se 
révoltèrent (Gen. 14,4). Le roi d'É- 
lâm arriva donc, dans la quatorzième 
année, accompagné detrois autres rois, 
ses alliés , pour punir les vassaux ré- 
voltés. Chemin faisant, ils attaquèrent 
et défirent les Rephaïm , les Zouzîm 
et les Émîm , établis à l'est du Jour- 
dain; ils s'avancèrent même au midi 
et au S. 0. des villes révoltées et bat- 
tirent les Horîm sur le mont Séïr, puis 
revenant par Kades-(Barnéa) et re- 
tournant à l'est , ils défirent les habi- 
tants du pays d'Amalek, et les Amo- 
rites qui demeurèrent à Hasason-Tha- 
mar ou Ên-Gadi. Les rois des cinq 
villes attendirent l'ennemi dans la 
plaine de Siddim, où, peu de temps 
après, par suite d'une éruption vol- 
canique, se forma le lac Asphaltite. 
Ils furent totalement défaits par Ke- 
dorlaomer, leurs troupes prirent la 
fuite , et périrent en partie , en tom- 
bant dans les nombreux puits d'as- 
phalte qui se trouvaient dans la plaine. 
Kedorlaomer et ses alliés s'en retour- 
nèrent avec un grand butin ; mais 
ayant emmené, parmi les captifs, Lot, 
neveu d'Abraham , celui-ci se mit à 
leur poursuite, avec trois cent dix- 
huit esclaves 2 , les battit et ramena 
tout le butin et tous les captifs. Les 

trouve Nombres, i , 32 : iy^) t]DV ^iS 
'0'i m \'2'it.fdus Joseph, Jîliis Ephraïm. — Dans 
le livre des Nombres (lu, 29) Hobab est 
appelé Midianite, parce qu'il s'était établi 
parmi ce peuple. 

1 II me semble résulter d'un passage de la 
Genèse (13, 12) qu'ils n'étaient pas Cana- 
néens; car on y dislingue la terre de Canaan 
des villes situées dans les environs de Sodom. 

a Josèphe en fait autant de chefs de bande, 
qui avaient chacun un grand nombre de 
troupes sous leur commandement. Voy. 
Gueire des Juifs, V, 9, §4, éciit. de Havea* 
camp, t. II, p. 348. 



PALESTINE. 



77 



villes de Sodom, Gomorrhe, Adama 
et Seboïm furent détruites quelque 
temps après par la catastrophe dont 
nous avons déjà parlé dans la partie 
géographique. 

Le pays des Rephaïm à l'est du 
Jourdain fut envahi, sans doute, par 
les Amorites , car on appelle Sinon 
et Og rois des Amorites ( Deut. 3 , 8), 
quoique Og descendît des Rephaïm. 
Les Emîm furent dépossédés par les 
Moabites (ib. 2,9), et les Zamzum- 
mîm par les Ammonites (ib. v. 20). 
Les Horîm furent vaincus par les 
Édomites ou Iduméens (ib. v. 12 et 
22); cependant, dans la Genèse (36, 
v. 20 , 21 ) , nous trouvons des tribus 
horites à côté de celles des Édomi- 
tes. Les Avvîm furent envahis par 
une colonie de Caphthorîm (Deut. 2, 
23), qui, comme on le verra plus 
loin, sont les Philistins; mais en- 
core du temps de Josué nous trou- 
vons des Avvim à côté des Philis- 
tins (Jos. 13, 3). Quant aux Anakîm, 
ils étaient encore nombreux et redou- 
tables du temps de Moïse : « Écoute 
Israël, dit Moïse, tu passes aujour- 
d'hui le Jourdain , pour déposséder 
des nations plus grandes et plus puis- 
santes que toi, des villes grandes et 
fortifiées jusqu'au ciel; un peuple 
grand et de haute stature , les enfants 
des Anakîm que tu connais, et dont 
tu as entendu dire : Qui peut se tenir 
devant les enfants d'Ànak? » ( Deut. 
9, v. 1 , 2.) 

Josué extermina tous les Anahtm, 
à l'exception de ceux qui étaient éta- 
blis à Gaza , à Gath et à Asdod (Jos. 
11, 22). Peut-être le géant Goliath 
était-il un descendant de ceux de 
Gath. 

Depuis le temps de Josué les noms 
des peuples géants disparaissent de 
l'histoire; quelques descendants de 
Rapha sont encore mentionnés sous 
David (2. Sam. 21, 16). 

B. Les Caxanéens. 

Selon la table généalogique de la 
Genèse (10, 15 ), Canaan, fils de 
Cham, eut onze fils, savoir : Sidon, 
tieth, Ycbousi, Emori, Guirgasi, 



Hivvi, Arki, Sini , Arwadi, Se 
mari, Hamathi. Ces noms, à l'excep- 
tion des deux premiers, ont tous l'ar- 
ticle et la terminaison qui, en hébreu, 
indique la relation de famille ou de 
race, et il est évident que ce sont 
les noms de différents peuples que la 
tradition faisait remonter à la même 
origine et qui se trouvent ici person- 
nifies. Ce sont ces peuples que les écri- 
vains grecs appellent Ooru/.s; (Phéni- 
ciens), en prenant ce mot dans son 
acception la plus large; il est vrai que 
les auteurs grecs classiques ne dési- 
gnent généralement par le nom de 
Phéniciens que ceux des peuples ca- 
nanéens qui habitaient au nord de la 
Palestine, mais la version grecque de 
la Bible le met aussi quelquefois poul- 
ies Cananéens de la Palestine dépos- 
sédés par les Hébreux ■. Or, Hérodote 
(liv. i, ch. 1) nous apprend que, d'a- 
près les historiens d*es Perses, les Phé- 
niciens étaient venus de la mer Rouge 
s'établir sur les côtes de la Méditer- 
ranée. Dans un autre endroit ( I. 7, ch. 
89) Hérodote rapporte que les Phé- 
niciens disaient eux-mêmes avoir an- 
ciennement habité sur la mer Rouge. 
Mais ce qu' Hérodote appelle la mer 
Rouge (ÈpuôpTi 6a\a<r<xa) est tantôt tout 
l'océan austral , d'où sortent le golfe 
Persique et le golfe Arabique, tantôt, 
dans un sens plus restreint, l'un de 
ces deux golfes. Les opinions sont 
donc divisées sur les deux passages 
que nous venons de citer : les uns 
prétendent qu'Hérodote parle ici de ce 
que nous appelons la mer Rouge, ou 
du golfe Arabique; les autres, s'ap- 
puyant de l'autorité de Strabon , qui 
dit expressément que les Phéniciens 
vinrent du golfe Persique à la Médi- 
terranée , pensent , avec plus de vrai- 
semblance, que c'est de ce même golfe 
que parle Hérodote 2 . Quoi qu'il en 

1 Par exemple Josué, 5 , I : ol (3<x<nXsï<; xrfë 
3>oivixy}ç, et v. 12 : éxapîuaavxo ôè Tr)v xu>P av 
Tcliv <ï>oivtxtov. 

2 Voy. à ce sujet Rilter, Erdkunde, t. II, 
p. 163 (lé^ édition). L'argument que Ritter 
tire de quelques villes homonymes que l'on 
trouve sur le golfe Persique et dans la Phéni- 
cie, telles que Tyrus, Aradus, ne prouverait 
rien à lui seul ; car ces villes du golfe Persi 



78 



L'UNIVERS. 



soit, ce qu'il nous importe de consta- 
ter ici, c'est que les Cananéens n'é- 
taient pas indigènes en Palestine et 
qu'ils y étaient venus d'un autre pays z . 
Les anciennes traditions ne nous iont 
pas connaître l'époque de cette mi- 
gration des Cananéens, mais elle a dû 
avoir lieu environ deux mille ans 
avant l'ère chrétienne, car lorsque 
Abraham vint en Palestine les Cana- 
néens y étaient déjà établis 2 . 

Sur les onze peuples descendus de 
Canaan, six s'étaient établis au nord 
•de la Palestine , où ils avaient fondé 
des villes, savoir : Sidon { les Sido- 
niens) sur la côte de la Méditerranée; 
Arki, à Arca, au nord deTripolis; 
Sini, probablement au S. O. du Li- 
ban, où se trouvait, selon Strabon, 
une forteresse appelée Sinna 3 ; Ar- 
wadi sur la petite île dAradus ; Se- 
marij probablement à Simyra, près 

que pouvaient être des colonies phéniciennes. 
Mais les historiens des Perses que cite Héro- 
dote nous indiquent plus naturellement le 
qolfe Persique. Cette opinion s'accorde aussi 
avec les traditions bibliques sur les migra- 
tions des peuples , qui se font de l'Asie cen- 
trale vers l'ouest. 

1 Ce fait se trouve aussi confirmé par Jus- 
tin , 1. 18 , ch. 3 : « Tyriorum gens condita 
a Phœnicibusjuit, qui terra mo'tu vexati, re- 
licto palriœ solo, Assyrium stagnum primo, 
mox mari proximum littus incoluerunt. » 
Vassyrium stagnum est, sans doute, le lac 
Asphaltite , ou celui de Génésareth. 

2 Le texte de la Genèse (1 2, 6) porte >32T3Dm 
Y"^2 "îNi le Cananéen (était) alors dans 
le pays. Le mot 7N, alors, peut s'expliquer 
ad libitum par déjà ou par encore. Déjà Ibn- 
Kzra , célèbre rabbin espagnol du I2>«e siè- 
cle, a remarqué qu'il vaut mieux adopter le 
sens de déjà , et supposer que les Cananéens 
avaient enlevé la Palestine à d'autres habi- 
tants plus anciens, et il fait entendre en 
même temps que, si on traduisait encore, 
on pourrait inférer de là que Moïse n'est 
pas l'auteur de la Genèse. Les paroles obscu- 
res dont Ibn-Ezra a enveloppé sa pensée ont 
été longuement commentées par Spinosa 
(Tract, theologico-polit., cap. 8), et les criti- 

3ues modernes se sont emparés de ce passage 
e la Genèse pour prouver que Moïse n'est 
pas l'auteur de ce livre. Mais le sens- de en- 
core ne nous étant nullement démontré, 
nous n'hésitons pas à nous ranger du côté 
des partisans du déjà ; les philologues et les 
historiens jugeront si c'est là abuser du lan- 
gage et de chistoire ( comme le prétend M. 
Bohlen(#i'e Genesis, p. 1G2.) 

3 Strab. 1. 16, c 2, § 18. Voy. aussi saint 
Jérôme , Quœst. in Gènes. X , 17. 



d'Antaradus à l'ouest du Liban » ; Ha- 
mathi à Hamath (Epiphanie ) en Sy- 
rie. Nous n'avons pas à nous occuper 
ici de ces peuplades qui appartiennent 
à la Phénicie proprement dite , ou à 
la Syrie. 

Il nous reste cinq peuples cana- 
néens établis en Palestine; savoir : 
1° les Hêthites, 2°les Yebousites (ou 
Jébusites) , 3° les Èmorites (ou Amo- 
rties), 4° les Guirgasitesy 5° les Hiv- 
vites (ou Hévites). A côté de ces cinq 
peuplades nous trouvons encore men- 
tionnés : 6° les Canaanites (probable- 
ment d'un autre Canaan, descendant 
de l'un des onze fils du premier Ca- 
naan), et 7° les Phérizites, qui ne 
formaient peut-être pas une tribu par- 
ticulière , mais qui étaient en général 
les campagnards 2 . Ce.sont là les sept 
peuples que la Bible mentionne comme 
habitants du pays et que les Hébreux 
devaient expulser 3 . Voici sur ces peu- 
plades quelques détails géographiques 
et historiques. 

1° Les Hêthites demeurèrent dans 
les montagnes (Nomb. 13, 29), sur- 
tout dans les environs de Hebron. 
C'est là que, après la mort de Sarah, 
Abraham s'adresse aux Hêthites pour 
acquérir un tombeau de famille {Ge- 
nèse, ch. 23). Ésaù épousa deux fem- 
mes hêthites (ib . 26 , 34). Nous trou- 
vons les restes de ce peuple encore 
longtemps après l'invasion des Hé- 
breux. Le malheureux Uria, l'un des 
généraux de David (2. Sam. 23, 39) et 
mari deBathséba, était Héthite; dans 
le harem du roi Salomon se trouvaient 
des femmes hêthites (I Rois, 11 , 1). 
Le mot Hêthites se trouve quelque- 
fois pour Cananéens en général (Jos. 
i , 4) , et c'est sans doute dans ce sens 
qu'on mentionne encore des rois des 
Hêthites 4, après que les derniers res- 



1 Voy. Rosenmûller Archœologie , t. II, 
[ière partie, p. 9. 

a Le mot hébreu Pherizi ou Pherazi dé- 
signe, selon son étymologie, un habitant de 
la campagne ou des villes ouvertes. 

3 Voy. Deutér. 7, I; Josué,3, 10. Dans 
d'autres passages on se contente d'en nom- 
mer une partie seulement. 

4 Voy. 1 Rois, 10,29; Il Chron. T, 17; II Rois, 
7, 6. Aux rois des Hêthites, mentionnés dans 



PALESTINE. 



ro 



tes de ce peuple eurent été subjugués 
par Salomon. 

2° Les Jébusites ou Yebousites 
étaient établis dans la ville de Jéru- 
salem et dans ses environs. Jusqu'au 
temps de David ils restèrent maîtres 
du fort de Sion, et même après la 
perte de ce fort, ils demeuraient en 
paix parmi les Hébreux; David acheta 
d'un Jébusite, nommé Aravna, la place 
où Salomon fit bâtir le temple (2. Sam. 
24, 16 et suiv.). 

3° Les Amorties, de haute stature 
comme Les cèdres, et forts comme 
les chênes (Amos, 2,9), occupèrent, 
comme onl'a vu plus haut, les environs 
d'En-Gadi, à l'ouest de la mer Morte. 
Nous les trouvons aussi dans les mon- 
tagnes (Nomb. 13, 29), et même jus- 
que dans les environs de Yafo et de 
Yabné; car on lit dans le livre des 
Juges (1, 34) qu'ils forcèrent la tribu 
de Dan de rester sur les montagnes 
€t ne la laissèrent pas descendre dans 
la plaine. Il paraît que les Amorites 
étaient les plus puissants des habi- 
tants des montagnes; c'est pourquoi 
ceux-ci se trouvent quelquefois dési- 
gnés en général sous le nom d'Amo- 
rties (Jos. 5, l; 10, 5), qui s'étend 
même à tous les peuples de Canaan 
(Genèse, 15, 16; Amos, 2, 10). Les 
montagnes de la Judée sont appelées 
montagnes des Amorites (Deut. 1, v. 
7, 19 et 20). A l'est du Jourdain, les 
Amorites avaient fondé, avant le 
temps de Moïse, deux royaumes : l'un 
dans le Basân, au nord du Yabbok , 
ayant pour capitales Astharoth et 
Edréi; l'autre entre le Yabbok et 
fjrnôn, dont la capitale était Hes- 
bôn r . A l'arrivée des Hébreux sous 
Moïse, le royaume du nord était gou- 
verné par le roi Og, celui du midi par 
le roi Sihôn, qui avait arraché ce pays 
aux Ammonites * et aux Moabites. 
Un antique poème dit : « Un feu est 
« sorti de Hesbôn , une flamme de la 

le dernier passage , Josèphe substitue le roi 
des Iles. Anliqu. IX, 4, 5. 

1 Voy. sur les limites et les villes de ces 
royaumes notre Topographie de la Pérée. 

2 Trois siècles après, les Ammonites firent 
encore valoir leurs droils sur ce pays. Yoy. 
Juges, Il , 13. 



« ville de Sihôn , qui a dévoré Ar ( la 
« ville) de Moab, les maîtres des hau- 
« teurs de l'Arnôn. Malheur à toi, 

Moab! tu es perdu, peuple de Ca- 
« môs; on a rendu ses fils fuyards, 
« et ses filles captives du roi d'Amori, 
« Sihôn. » (Nombr. 21, v. 28, 29). 

Les deux rois furent vaincus par 
Moïse, comme on le verra dans l'his- 
toire des Hébreux. 

4° Les Guirgasites ou Gergesites. 
Il ne résulte, d'aucun passage de la Bi- 
ble de donnée certaine sur les lieux 
qu'habitaitcette peuplade ; mais, cequi 
est certain, c'est qu'elle demeurait 
parmi les autres peuples cananéens à 
l'ouest du Jourdain. Selon quelques 
éditions des Évangiles (Matth., 8, 
28), nous trouvons le territoire des 
Gergeséens ouGergesites à l'est du lac 
de Tibériade ; mais le mot rep-j-s^vc.v 
n'a été placé ici que par une simple 
conjecture d'Origène , qui ne s'appuie 
sur aucune autorité plus ancienne'. 

5° Les Hévites étaient établis prin- 
cipalement au pied du Hermon ou de 
l'Antiliban ( Josué, 11,3; Juges, 3,3). 
Mais nous trouvons aussi des familles 
hévites à Sichem; Hamor, prince des 
Sichemites, du temps de Jacob, est ap- 
pelé Héuite ( Genèse , 34 ,2 ). Les Ga- 
baonites ou habitants deGabaon, qui, 
par une ruse, obtinrent la paix des 
Hébreux (Josué, ch. 9), étaient égale- 
ment des Hévites ( ib. 11,19 ). Josué 
en fit des scieurs de bois et des por- 
teurs d'eau pour le service du taber- 
nacle. 

6° Les Canaanites demeuraient à 
l'est et à l'ouest ( Jos. 11,3), c'est-à- 
dire dans les plaines, à l'ouest du 
Jourdain et sur la Méditerranée (Nom- 
bres, 13, 29). Nous les trouvons à 
Gazer près d'Emmaùs ( Jos. 16, 10; 

1 Rois, 9, 16); ils occupaient Beth- 
scheân et ses environs , ainsi que la 
plaine d'Esdrélon; et, par leurs cha- 
riots de fer, ils se rendirent redouta- 
bles aux Ephraïmites (Jos. 17, 19). 

7° Les Phérisites. Du temps d'A- 
braham nous les trouvons dans les 
environs de Beth-el (Genèse, 13, 7). 

1 Voy. Reland, p. 806, 807, et notre Topo- 
graphie , p. 69, note 3 



80 



L'UNIVERS. 



Plus tard nous les voyons dans les 
montagnes d'Ephraïm (Jos. 17, 15) 
et de Juda ( Juges ,1,4). 

Lorsque Josué fît !a conquête du 
pays de Canaan , ce pays était divise 
en un grand nombre de petites prin- 
cipautés dont chacune avait son roi 
{Mélech). Le catalogue des rois vain- 
cus par Josué en compte trente et un 
(Jos. en. 12, v.9 — 24) 1 . Les noms de 
plusieurs de ces rois nous sont con- 
servés dans le livre de Josué; tels 
sont : Adoni-Sédek, roi de Jérusalem ; 
floham, roi deHebron; Piream, roi 
de Yarmouth; Yaphia , roi de La- 
chis; Debir, roi d'Eglon( Jos. 10,3); 
Horam , roi de Gazer ( v. 33 ) ; Yabin, 
roi de Hasor; Yobab, roi de Madôn 

(ib.it, i). 

Il paraît que plusieurs de ces prin- 
cipautés formaientdes confédérations, 
sur lesquelles l'un des princes fédérés 
exerçait une certaine suprématie. 
Ainsi Adoni-Sédek fait un appel aux 
rois du midi, pour aller combattre 
les Gabaonites , qui avaient fait la 
paix avec Josué (10, 1-5); Yabîn in- 
vite à la guerre contre les Hébreux 

1 Les villes royales mentionnées dans ce 
catalogue sont : 1° Jéricho. 2° Aï, à l'est de 
Beth-èl. 3 9 Jérusalem , ou Jebus. 4° Hebrôn. 
5° Yarmouth, dans la plaine appelée Sche- 
félah. 6° Lachis, dans la même plaine. 
7° Eglôn, probablement entre Lachis et He- 
brôn. 8° Gazer, selon Eusèbe à 4 milles ro- 
mains au nord d'Emmaùs (Nicopolis). 0° 
Debir, appelée aussi Kiryath-Sanna ou Ki- 
ryath Sepher, dans les montagnes de Juda. 
10° Gader, peut-être la même que Guedera 
dans la plaine (Jos. 15, 36 j. 11° Horma ou 
Sephath, à l'extrémité méridionale ou S. E. 
du pays de Canaan , près de la montagne de 
Séir. 12° Arad, à l'ouest de Horma, près du 
désert de Kades. 13° Libnah , dans la plaine 
Schephéla. 14° Adullâm, dans la même 
plaine. 15° Mackédah, ibid. 10° Beth-êl. n° 
fhappoudh , position incertaine, mais dans 
là Samarie. 18° Hépher idem. 19° Aphék, 
incertaine. 20° Sarôn dans la plaine de Sa- 
ron ( le texte porte "pTttn; nous pre- 
nons le S pour une préposition; selon d'au- 
tres, le nom de la ville était Lassarôn). 21° 
Madôn, nord, incertaine. 22° Hasor, au-des- 
sus du lac Samochonitis. 23" Simrôn-Merôn 
nord, incertaine. 2t° Achsaph (Galilée). 25° et 
26 e Thaanach et Meghiddo, dans la plaine 
de Meghiddo. 27° Kcdcs, en Galilée. 28° Yok- 
■ncdrn, près du Carmel. 29° Dôr, au midi du 
Carmel. 3o° Goim, incertaine. 31' Thirsa, 
j lus tard capitale des rois d'Israël. 

On trouve des détails sur plusieurs de ces 
villes dans notre Topographie. 



tous les rois du nord , depuis le Iler- 
môn jusqu'au midi du lac de Géné- 
sareth et jusqu'à Dur (11 , 1-3), et on 
nous dit expressément que la ville de 
Hasor était à la tête de tous ces petits 
royaumes du nord ( ib. v. 10). 

Au milieu des petits royaumes de 
Canaan, il y avait sans doute aussi 
plusieurs républiques avec des formes 
plus ou moins aristocratiques. Il est 
à remarquer, par exemple , qu'on ne 
fait mention nulle part d'un roi de 
Gabaon, l'une des principales villes de 
Canaan. Dans le livre de Josué (10,2) 
elle est appelée une ville grande , 
comme une des villes royales. Les 
députés des Gabaonites parlent à Jo- 
sué , au nom de leurs anciens et de 
tous leurs compatriotes (9 , 11). 11 
est évident que Gabaon formait avec 
trois autres villes, Caphira, Beéroth 
et Kiryath-Yearîm (9, 17), un petit 
État républicain. Les babitants de Ga- 
baon , comme nous l'avons déjà dit , 
étaient Hévites; il paraîtrait que les 
institutions républicaines avaient été, 
de tout temps , en faveur chez ce peu- 
ple. Le Hécite Hamor, prince de Si- 
chem , pour traiter avec les fils de Ja- 
cob , a besoin de porter l'affaire devant 
l'assemblée du peuple (Genèse, 34, 20 ; 
il n'a pas le titre de Mélech ( roi ) , mais 
celui de Nâsi ( prince) r , et , du temps 
de Josué, la ville de Sichem ne figure 
pas non plus parmi les villes royales. 

Les princes cananéens succombè- 
rent presque tous dans la lutte qu'ils 
eurent à soutenir contre les Hébreux; 
les peuples de Canaan furent exter- 
minés en grande partie. Il est proba- 
ble que pendant cette guerre si dé- 
sastreuse pour les Cananéens, une 
partie de la population aura émigré 
dans d'autres pays ; et si nous en 
croyons une tradition vague répan- 
due en Afrique depuis les temps an- 
ciens et jusqu'à nos jours, les peu- 
plades de l'Atlas seraient en partie les 
descendants des Cananéens émigrés 
sous Josué. Nous avons déjà dit au 

1 LemofrSd Mélech, vient d'une racine 
qui a le sens de posséder, régner; X>U3, 
I\dsi, participe passif de tfUJ, veut dira 
élevé , élu. 



PALESTINE. 



81 



•commencement de cet ouvrage que, 
encore du temps de saint Augustin , 
les paysans des environs d'Hippone 
(maintenant Bone) s'appelaient eux- 
mêmes Chanani ou Cananéens 1 . Se- 
lon Eusèbe(Chron.L. I), les Cananéens 
émigrèrent à Tripolis en Afrique. Pro- 
cope, auteur grec païen du sixième 
siècle, qui ne paraît pas avoir connu 
le li\re de Josuéet qui puisa, comme 
il le dit lui-même , dans les écrivains 
qui ont écrit l'histoire ancienne des 
Phéniciens, parle des Phéniciens 
(Cananéens) qui prirent la fuite de- 
vant Josué et qui se répandirent en 
Afrique jusqu'aux colonnes d'Hercule : 
« Là, dit-il, ils habitent encore, et 
« ils se servent de la langue phéni- 
« cienne. Ils bâtirent un fort dans une 
« ville numidienne, là où est mainte- 
« nant la ville qu'on appelle Tigisis. 
« Il y a là , près de la grande fontaine, 
« deux colonnes faites de pierres blan- 
« ches, et sur lesquelles sont gravés 
« des caractères phéniciens , qui , en 
« langue phénicienne , disent ce qui 
« suit : Nous sommes ceux qui ont 
« pris la fuite devant le brigand Jo- 
« sué, fils de Naué 2 . » — Les au- 
teurs arabes ont aussi entendu parler 
de l'origine palestinienne de plusieurs 
peuples d'Afrique : selon Masoudi , 
tous les peuples répandus dans l'in- 
térieur de l'Afrique sont descendus 



■,* Voici comment s'exprime saint Augustin» 
au commencement de son Exposition de l'Ér 
pitre aux Romains : Interrogati rustici 
nostri quid sinl , punicè respondentes Cha- 
nani , corruptâ scilicet voce , 'sicut in tali- 
bus solet, quid aliud respondent quant Cha- 
nanœi ? Saint Aug. , qui ne savait pas l'hébreu 
ou l'ancien phénicien, se trompe en disant 
que le mot Chanani ( JjyjD ) est cor- 
rompu. 

2 Procop. De bello Vandalico, l.II, cap. 20. 
L'inscription est rapportée par Procope en 
ces termes : 'Hjxetç èajxèv oî (pvyovTreç àno 
7rpocrw7iov 'Jy]aoù toO Xy]<ttoO uïoO Naurj. Saint 
Augustin ne sait rien dé cette inscription , ce 
qui peut en faire suspecter l'authenticité. 
J'observerai cependant qu'elle ne peut être 
forgée par Procope, car elle porte en effet 
le cachet hébreu ou phénicien : l'expression 
àrco upoatoTiou, de la face, pour dire devant, 
n'est point grecque; elle ne se trouve que 
dans la version grecque de la Bible et dans 
le Nouveau Testament, et Procope, qui était 
païen, n'a pu s'en servir qu'en se faisant 
traduire des mois phéniciens. 

6 e Livraison. (Palestine.) 



des enfants de Canaan 1 . Edrisi dit que 
les peuples d'origine berbère habi- 
taient anciennement la Palestine; Da- 
vid ayant tué Goliath le berber, les 
Berbers passèrent dans le Maghreb, 
parvinrent jusqu'aux extrémités les 
plus reculées del'Afriqueet s'y répan- 
dirent 2 . Enfin les Juifs de Barbarie, 
encore aujourd'hui , donnent aux Ber- 
bers le nom de Pelischthim (Philistins 
ou Palestiniens). Cependant la langue 
des Berbers ne paraît avoir aucun 
rapport avec le phénicien, ni avec 
aucune autre langue de cette famille. 
— Quelle que soit d'ailleurs la valeur 
de ces différentes traditions , l'émi- 
gration en Afrique des peuples de Ca- 
naan n'a , en elle-même, rien d'invrai- 
semblable; des tribus cananéennes 
refoulées vers la mer, par les Hébreux 
venus de Test du Jourdain , ont pu 
s'embarquer et chercher un refuge sur 
les côtes de l'Afrique. 

Nous passons sous silence plusieurs 
autres détails de l'histoire de Canaan 
qui devront nécessairement trouver 
place dans l'histoire des Hébreux. 
Nous dirons seulement que, après l'in- 
vasion de ces derniers, les Cananéens 
restèrent maîtres, non-seulement de 
toute la côte jusqu'au pays des Phi- 
listins, mais aussi de beaucoup devilles 
de l'intérieur. On peut voir, dans le pre- 
mier chapitre des Juges (v. 21 et suiv. ), 
les noms des villes dont les Cananéens 
ne purent être expulsés; avec le temps 
elles devinrent, en partie, tributaires 
des Hébreux (ib. v. 28). Plusieurs 
principautés cananéennes conservè- 
rent leurs propres rois, comme nous 
l'avons dit en parlant des Héthites. 
Près de deux siècles après la mort de 
Josué, Yabîn, roi de Hasor, opprima 
les Hébreux pendant vingt années ; il 
avait neuf cents chariots de fer. Son 
armée , conduite par Sisera , fut enfin 
défaite par Barak. Dans le premier 
livre de Samuel (7, 14) nous lisons 
qu'Israël était en paix avec les Amori- 

1 Voy. Masoudi, cité par de Guignes, dans 
les Notices et extraits des manuscrits, t. 1, p. 
14 et suiv. , . 

a Voy. la Géographie d'Edrisi, traduite par 
M. Jaubert,t. I,p. 203. 



82 



L'UNIVERS. 



tes , ce qui prouve que les peuplades 
cananéennes n'étaient pas encore 
entièrement soumises du temps de 
Samuel. Lorsque Joab, général de 
David, fait le recensement de la popu- 
lation , il va aussi dans les villes des 
Héviteset des Canaanites ( 2 Sam. 24, 
7). Enfin Salomon rendit tributaires 
toutes les peuplades qui restèrent des 
Ainorites, des Héthites, des Hévites 
et des Jebusites ( IRois , 9 , 20 ). Dans 
les livres des Rois ( ib. v. 21 ) on lit : 
que ces descendants des Cananéens 
restaient tributaires et soumis aux 
corvées jusqu'à ce jour, ce qui prouve 
qu'ils existaient encore parmi les Hé- 
breux à l'époque où ce document fut 
écrit. Il n'est pas invraisemblable que 
dans quelques contrées ils aient pu 
profiter du schisme qui eut lieu 
sous Roboam , fils de Salomon , et des 
guerres qui en furent la suite, pour se 
rendre indépendants; ceci expliquerait 
l'apparition des rois des Héthites, du 
temps du prophète Elisa (II Rois, 
7 , 6). Enfin, encore après le retour 
de i'exil, nous trouvons plusieurs 

f)euples cananéens parmi ceux avec 
esquels les Juifs s'étaient mêlés par 
des mariages mixtes (Ezra, 9 , v. 1 et 
2). Plus tard il n'est plus question des 
Cananéens. 

C. Les Philistins. 

Au nombre des fils de Misralm , 
c'est-à-dire, des colonies égyptiennes , 
la table généalogique de la Genèse 
(10 , 14) compte les Caslouhim , d'où 
sortirent les Pelischthîm (Philistins) 
et les Caphthorîm. Selon le prophète 
Amos (9 , 7 ) , les Philistins étaient ve- 
nus de Caphthor; aussi Jérémie (47, 
4) les appelle-t-il les restes de Pile de 
Caphthor. Dans le Deutéronome (2, 
23) nous lisons également que les 
Awîm (qui, comme on l'a vu , habi- 
taient le pays occupé plus tard par 
les Philistins) furent envahis par une 
colonie de Caphthorîm. Ainsi tous 
ces passages s'accordent à faire venir 
les Philistins des Caphthorîm , tandis 
que la table généalogique les fait ve- 
nir des Caslouhim. Il me semble que 
Ja difficulté peut se résoudre en sup- 



posant que les Caslouhîm habitèrent 
parmi les Caphthorîm, auxquels il* 
étaient soumis, de sorte que les Phi- 
listins pouvaient être les descendants 
des Caslouhîm et être appelés néan- 
moins une colonie des Caphthorîm. 
Le passage d'Amos est très-favorable 
à cette hypothèse; on y compare la 
sortie des Philistins du pays de Caph- 
thor à la sortie des Israélites du pays 
d'Egypte. ' 

Quoi qu'il en soit, il est certain 
que les Philistins étaient une colonie 
venue de Caphthor. Mais quel est ce 
pays de Caphthor? Les Septante, les 
versions chaldaïque et syriaque et la 
Vulgate s'accordent à le prendre pour 
la Cappadocie dans l'Asie Mineure «, et 
cette opinion a été admise par Bo- 
chart 2 . Mais Jérémie donne à Ca- 
phthor le nom de >N, c'est-à-dire île 
ou pays maritime, ce qui ne peut 
convenir à la Cappadocie 3 . Reland 
(Palaest. p. 74) prend Caphthor pour 
Peiusium, parce qu'il trouve dans ce 
nom une ressemblance avec celui de 
Philistins. D'autres ont pensé à l'île 
de Chypre; mais le nom hébreu de 
cette Ile est Kitthîm. Ce qui est le plus 
probable, c'est que Caphthor est Vile 
deCrète. Les prophètes Ézéchiel (25, 
16) et Sophonias (2, 5) donnent aux 
Philistins le nom de Créthim, et très- 
probablement ils sont désignés sous 
le même nom , dans le I er livre de 
Samuel (30, 14). On peut encore ci- 
ter, à l'appui de cette opinion , que , 
selon Etienne de Byzance, Gaza, 
l'une des villes principales des Phi- 
listins , portait anciennement le nom 
de Minoa, parce que Minos, roi de 
Crète, accompagné de ses frères, 
iEacus et Rhadamante, y avait con- 
duit une colonie. On y voyait, selon 

1 Saadia, rabbin du dixième siècle, qui, 
dans sa version arabe , substitue ordinaire- 
ment les noms géographiques modernes aux 
noms anciens, rend Caphthor par Damieite; 
mais les interprétations géographiques de 
ce rabbin ne méritent pas beaucoup d'atten^ 
tion. Voy. ma Notice sur Rabbi Saadia 
Gaôn, p. 53. B. de Tudèle est du même avia 
que Saadia (Itinér., p. 125). 

2 Geographia sacra, p. 329. 

3 Bochart élurle la difficulté en traduisant 
?>$ par provincia. 



PALESTINE. 



83 



le même auteur, le temple de Jupiter 
Cretensis , qu'on y adorait sous le 
nom de Marnas ». De même que les 
Cretois parmi les Grecs, les Philis- 
tins étaient célèbres en Palestine, 
comme habiles archers , et peut-être 
le corps des Crethi que nous trouvons 
si souvent mentionné, comme faisant 
partie de la garde royale de David , 
n'était-il qu'une compagnie d'archers, 
formée sur le modèle des célèbres ar- 
chers philistins a . 

Quant au nom de Pelischtîm ou 
Philistins, il signifie, sans doute, 
Émigrés; déjà la version grecque des 
prophètes et des hagiographes rend 
ce nom par àXXocpuXoi {forains , étran- 
gers) 3 . Ce fut dans la plaine au S. 
O. de Canaan , au midi de Yàfo , jus- 
qu'à la frontière d'Egypte , que s'éta- 
blirent les Caphthorîm émigrés, et 
cette contrée reçut alors le nom de 
Peléscheth ou Pheléseth, d'où vient le 
nom de Palestine 4. 

Nous ne saurions indiquer avec 
précision l'époque de l'arrivée des 
Caphthorîm. Elle a dû avoir lieu après 
celle des Cananéens; car à une cer- 
taine époque, les possessions des Ca- 
nanéens s'étendaient au midi jusqu'à 
Gemr et Gaza ( Gen. 10, 19), et 
renfermaient, par conséquent, le ter- 
ritoire philistin. On pourrait être 
tenté de croire que les Philistins exis- 
taient à l'époque d'Abraham et d'1- 
saac; car il est question du pays des 
Philistins dès le temps d'Abraham 
(Genèse, 21, v. ; 32 et 34), et, dans 
l'histoire d'Isaaci Abimélech, roi de 
Gerar, est appelé expressément roi 
des Philistins ( ib. 26, v. 1); ce sont 



1 Voy. Bochart, 1. c. p. 458. — C'est peut- 
être en confondant les Philistins avec les 
Juifs, qu'une tradition, rapportée par Ta- 
cite, faisait venir ces derniers de l'île de 
Crète : Judœos, Cretâ insulâ profugos, no- 
vissima Libyœ insedisse memorant. Tac. 
Hist. V,2. 

a La version chaldaîque de Yonathan 
rend en effet 1TTO par WTOp» archers. 

3 La racine ^3 FLS, dans le sens de 
émigrer, s'est conservée dans la langue 
éthiopienne; de là les Juifs d'Abyssinie por- 
tent encore maintenant le nom dePhalasiân 
ou Falaschas, analogue à celui de Ptiiiis- 



les Philistins qui bouchent les puits 
creusés par Abraham. Mais il se peut 
que l'auteur de la Genèse se soit servi 
du mot Philistins par anticipation r 
en parlant du pays où , plus tard , s'é- 
tablirent les Philistins. Toujours est- 
il certain que les Philistins étaient 
établis dans le pays dès avant Moïse ; 
non-seulement le Deutéronome parle 
de l'invasion des Caphthorîm, mais- 
aussi dans le cantique de Moïse, 
chanté après le passage de la mer 
Rouge, et dont une critique raison- 
nable ne saurait mettre en doute l'au- 
thenticité, il est question des ha- 
bitants de Peléscheth (Exode, 15, 14). 
Nous croyons même trouver indiqué 
dans un passage du I er livre des Chroni- 
ques (ch. 7, v. 21, 22) que, aune épo- 
que où Éphraïm, fils de Joseph, vivait 
encore, au moins une génération de 
Philistins avait déjà vécu dans le pays. 
On raconte dans ce passage que quel- 
ques-uns des fils d'Éphraïm (qui alors 
vivaient en Egypte) avaient fait une 
excursion sur le territoire de Gath , 
pour s'emparer des troupeaux de ce 
pays, et qu'ils furent tués par les ha- 
bitants de Gath, nés dans le pays «, 
ce dont Éphraïm, leur père , fut long- 
temps dans le deuil. — Ainsi nous ne 
croyons pas nous tromper, si nous 
faisons remonter l'arrivée de la co- 
lonie des Caphthorîm ou Cretois à 
dix-huit siècles environ avant l'ère 
chrétienne. 

On pourrait s'étonner d'après cela 
que, dans le Pentateuque, les Phi- 
listins ne soient jamais mentionnés 
parmi les peuples que les Hébreux de- 
vaient expulser du pays de Canaan. 
Mais Moïse, connaissant l'esprit guer- 
rier des Philistins, paraît avoir prévu 
que les Hébreux trouveraient toujours 
1 Je crois que les mots tHN3 DHSwi 

désignent les iils ou descendants de colon* 
étrangers; on peut comparer le mot Mowal- 
ladln par lequel les Arabes désignent ceux qui 
ne sont pas de pure origine arabe. Comme, 
pour l'époque d'Ephraïm, on fait encore 
cette distinction dans le pays des Philistins, 
il paraîtrait qu'il ne s'était pas passe alors 
un grand espace de temps depuis 1 arrivée de 
la colonie.— A la vérité, les livres des Chro T 
niques sont très-récents; mais ils ont été 
rédigés en partie sur des documents fort ao- 



84 



L'UNIVERS 



dans ce peuple un rude adversaire, et 
ïi ne voulut pas les engager à risquer 
une attaque de ce côté. Il nous fait 
entendre lui-même (Exode, 13, 17) 
qu'il évita de conduire les Hébreux 
par le pays des Philistins , quoique ce 
fût là le chemin le plus court, parce 
qu'il ne voulait pas s'exposer à les 
démoraliser par une première défaite. 
Plus tard Josué , enhardi par ses suc- 
cès, après avoir vaincu trente et un 
rois cananéens , nomme aussi les dis- 
tricts des Philistins parmi les 
pays dont les Hébreux devaient 
prendre possession , et c'est ici qu'il 
est question, pour la première fois , 
des cinq princes des Philistins, qui 
portaient le titre de seranîm ( axes , 
pivots). Leurs principautés étaient : 
Gaza, Asdôd, Ascalôn, Gath et 
Ekrôn (Jos. 13,3) r . Josué les donna 
même d'avance en partage à la tribu 
de Juda ( ib. 1 5 , v. 45 et suiv. ). Cette 
tribu, après la mort de Josué, s'em- 
para en effet des principautés de Gaza, 
a'Ascalôn et d'Ekrôn ( Juges, 1 , 18), 
mais elle ne sut pas s'y maintenir; 
car bientôt après nous retrouvons les 
cinq principautés des Philistins in- 
dépendantes (ib, 3, 3). Sous les ju- 
ges , comme sous les rois , jusqu'à l'é- 
poque d'Ézéchias, nous trouverons les 
Hébreux presque toujours en collision 
avec les Philistins , tantôt vainqueurs 
tantôt vaincus. Nous nous contente- 
ronsdonc ici d'indiquer rapidement les 
événements les plus remarquables de 
l'histoire des Philistins, renvoyant, 
pour les détails , à l'histoire des Hé- 
breux. 

Sous le juge hébreu Samgar (envi- 
ron 1370 ans avant l'ère chrétienne ) , 
ïes Philistins, ayant essayé probable- 
ment d'attaquer les tribus de la Ju- 
dée , furent repoussés avec une perte 
de six cents hommes ( Juges , 3 , 31 ). 
Près de deux siècles après cet événe- 
ment, ils commencèrent à faire peser 
leur joug sur les Hébreux ( ib. 10 , 7 ) 
Ce fut à peu près à la même époque 
que, selon une tradition rapportée par 

1 Voy. sur ces résidences et sur quelques 
autres villes des Philistins , notre Topogra- 
phie, p. 61-64. 



Justin , les Philistins d'Ascalôn vain- 
quirent les Sidoniens , qui , forcés (im- 
migrer, fondèrent alors la ville de 
Tyr l . La puissance des Philistins 
alla toujours croissant jusqu'à lé- 
poque de Samson (ib, 13, 1), qui 
commença à les humilier (ib. v. 5). 
Lorsqu'il mourut sous les ruii.es du 
temple de Dagôn à Gaza, trois mille 
Philistins, hommes et femmes, y pé- 
rirent avec lui. Mais les Philistins fu- 
rent encore très-puissants du temps 
d'Éli et de Samuel; ils conquirent 
même l'arche sainte des Hébreux et la 
placèrent dans le temple de Dagôn à 
Asdôd, mais ils la rendirent, leurs 
prêtres ayant déclaré qu'elle était la 
cause des maladies dont ils étaient 
alors affligés. Ils furent constamment 
en guerre avecSaùl. Il paraîtrait que, 
à cette époque, ils changèrent la forme 
de leur gouvernement; car nous trou- 
vons un roi (mélech) des Philistins, 
nommé Achis, qui réside à Gath 
(1 Sam. 26, 2). Dans l'épigraphe du 
34 e psaume, ce même roi est appelé 
Abimélech (père-roi ) , et il paraît que 
c'était le titre ordinaire des rois de 
ces contrées, carie roi de Gerar, du 
temps d'Abraham et d'Isaac, est éga- 
lement appelé Abimélech. Le roi Achis 
n'a cependant qu'un pouvoir limité, et 
nous voyons à côté de lui une puis- 
sante aristocratie qui lui impose ses 
volontés (ib. 29, v. 3 et suiv.). Près 
du mont Gelboa, les Philistins obtin- 
rent un éclatant succès sur Saiil, qui 
périt dans le combat ainsi que ses fils. 
Sous David, ils furent battus plu- 
sieurs fois (2 Sam. 5,25; 8, 1, et 23,10), 
et l'empire de Snlomon renferma tout 
le pays des Philistins, car il s'éten- 
ditjusqu'à Gaza(l Rois, 5, 4, ou 4, 24). 
Parmi les villes restaurées ou forti- 
fiées par Roboam, fils de Salomon , 
nous trouvons aussi celle de Gath 
(2. Chron. 11, 8 ). Les guerres civiles 
qui éclatèrent bientôt parmi les Hé- 
breux profitèrent probablement aux 



1 Justini Histor. 1. XVIII , c. 3 : Post multvi 
deinde annos a rege Ascaloniorvm expu- 
gnati (Sidonli), navibus appulsi, Tyro'i 
vrbemante annum Trojanœ cladiscondidc- 
runt 



PALESTINE. 



Si 



Philistins. Sous le roi Josaphat, qui 
sut se faire craindre des peuples voi- 
sins, les Philistins payèrent un tribut 
(2 Chron. ch. 17, v. 10 , 1 1 ); mais déjà 
sous Joram ils firent, en commun avec 
les Arabes , une invasion dans le 
royaume de Juda ( ib. 21, 16). Ouzia 
(Ozias) leur fit la guerre; il les soumit, 
et, après avoir démoli lesfortifications 
de Gath, de Yabné et d'Asdôd, il 
éleva des forteresses israélites sur le 
territoire philistin (ib. 20 , 6). Mais 
sous Achaz, probablement à la fin de 
son règne (728 avant l'ère chrétienne), 
les Philistins se relevèrent; ils se ré- 
pandirent dans la plaine de Schefêlah 
et dans tout le midi de la Judée, et y 
firent la conquête de plusieurs villes 
(ib. 28, 18). Le prophète Isaïe alors 
les avertit de ne pas se réjouir trop tôt, 
et il leur prédit qu'ils seraient hu- 
miliés par une puissance arrivée du 
Nord : « Ne te réjouis pas tout en- 
« tière, ô Philistée, de ce que le bâ- 
« ton de celui qui te frappait est 
« maintenant brisé; car de la racine 
« du serpent sortira un basilic, dont 
« le fruit sera un dragon volant. Et 
« les aînés des pauvres « iront au pa- 
« turage et les indigents se reposeront 
« avec sécurité; tandis que je ferai 
« périr ta racine par la faim, et qu'on 
« tuera ton reste. Gémis, ô porte! 
« crie , ô ville ! tu défailles, ô Philistée, 
« tout entière ! Oui , du nord vient 
« une fumée, de ses masses pas un 
« seul ne reste en arrière. Mais 
« que répondent les messagers 
« des nations (étrangères) 2 ? Que Je- 
« hova a fondé Sion, et que les mal- 
« heureux de son peuple y trouvent 
« un refuge. » (Isaïe, ch. 14, v. 29-32.) 
Le roi Ézéchias obtint de grands 
avantages sur les Philistins, et les 
poursuivit jusqu'à Gaza (2 Rois, 18, 
8) , et bientôt arriva la fumée dunord 
annoncée par le prophète : Sargôn , 
roi d'Assyrie, ayant envoyé une armée 
contre l'Egypte , sous le commande- 
ment de son général Tharthân, celui- 

1 C'est-à-dire : les plus pauvres ou les plus 
humiliés. 

2 Les messagers étrangers , envoyés pour 
connaître le sort de Juda. 



ci occupa, vers l'an 716 avant J. G., la 
forteresse philistéenne d'Asdôd, qui 
était, en quelque sorte, la clef de 
l'Egypte (ib. 20, 1). Sargôn, roi 
d'Assyrie, qui n'est mentionné que 
dans ce seul passage d'Isaïe , fut très- 
probablement le prédécesseur de 
Sennachérib , qui fut si malheureux 
dans son expédition contre la Judée. 
Les Assyriens, malgré leur défaite 
devant Jérusalem, se seraient-ils main- 
tenus dans la forteresse d'Asdôd ? 
C'est ce que nous ne saurions affir- 
mer. Nous savons seulement par Hé- 
rodote, que Psammétique, roi d'E- 
gypte , mit le siège devant cette ville 1 , 
mais on ne nous dit pas qui l'occu- 
pait alors 2 . Ce ne fût qu'au bout de 
vingt-neuf ans qu'elle tomba au pou- 
voir des Égyptiens. Ce fut aussi pen- 
dant le règne de Psammétique que les 
Scythes envahirent la Philistée et pil- 
lèrent le temple de Vénus Urania à As- 
calôn (Hérod.II, 105). 

A l'approche des victorieux Chal- 
déens, les prophètes de la Judée pré- 
disent l'entière ruine de la Philistée 3 . 
Dans la lutte qui s'établit entre les 
conquérants asiatiques et l'Egypte, le 
pays des Philistins était constamment 
en butte aux attaques des deux adver- 
saires. Un Pharaon d'Egypte, proba- 
blement Nécho, fit alors la conquête 
deGaza(Jérém.47, 1). Encore du fond 
de l'exil le prophète Ézéchiel menace 
les restes des Philistins de la vengeance 
du ciel (25 , 15-17). Mais il paraît que 
les Chaldéens leur laissèrent encore 
une ombre d'existence politique, car, 
après l'exil de Babylone, le prophète 
Zacharie (9 , 5) annonce que bientôt 
il n'y aura plus de roi à Gaza, ni d'ha- 
bitants à Ascalôn, que des bâtards 
(des étrangers) habiteront à Asdôd, et 
que l'orgueil des Philistins sera hu- 

1 Voy. notre Topographie , page 61. 

2 Selon Gesénius, le siège du roi d'Egypte 
fut dirigé contre les Assyriens. 11 faudrait alors 
faire remonter le commencement du règne 
de Psammétique bien plus haut qu'on ne le 
fait communément , et c'est en effet ce que 
Gesénius a démontré avec beaucoup de saga- 
cité. Voy. son Commentaire sur Isaïe, t. I, 
p. 595—600 et p. 643. 

3 Voy. Jérémie,ch. 47; Sophonia,ch. 2, v. 
4-7. 



86 



L'UNIVERS. 



railié. Depuis lors il n'est plus ques- 
tion de ce peuple, dont les derniers dé- 
iris furent sans doute engloutis par 
la vaste monarchie des Perses. — La 
dénomination de pays des Philistins 
se conserva encore pendant plusieurs 
siècles; nous la trouvons encore dans 
le I er livre des Maccabées (3 , 24). 

CHAPITRE II. 

Civilisation des anciens habitants de la 
palestine. — langue.— moeurs. — reli- 
GION. 

Nous trouvons dans le pays de 
Canaan, avant la conquête de Josué, 
un certain degré de civilisation. Les 
arts et métiers, l'industrie, le com- 
merce, s'y étaient déjà développés et 
nous y rencontrons même les traces 
d'un certain luxe. Dès les temps des 
patriarches hébreux nous trouvons 
dans ce pays de nombreux produits 
d'industrie qui prouvent que les habi- 
tants étaient sortis depuis longtemps 
de l'état sauvage : non-seulement on 
mentionne des épées, des couteaux, 
des arcs et des flèches, mais aussi toute 
sorte d'ustensiles et de vases, la fleur 
de farine et autres objets artificiels de 
consommation, qui dépassent les be- 
soins quotidiens de l'homme, et jus- 
qu'à des mets exquis , dignes de la ta- 
ble des rois (Gen. 49 , 20). On avait 
des voiles pour les femmes (ib. 38, 
14) et certains vêtements de distinc- 
tion (37, 3), ainsi que des bracelets et 
des pendants d'oreilles et de nez fabri- 
qués d'or (24 , 22). On connaissait l'art 
de fabriquer des idoles , la gravure des 
cachets (38, 18) et la teinture en cra- 
moisi (38, 27). Des caravanes venant 
de l'est du Jourdain parcouraient le 
pays et allaient faire le commerce en 
Egypte (37, 25) ; l'argent avait cours 
chez les marchands (23, 16) et il de- 
vait être marqué au coin. Jacob parle 
de vaisseaux et de ports (49, 13). 
Moïse dit aux Hébreux qu'ils trouve- 
ront, dans le pays de Canaan, des villes 
grandes et belles , des maisons rem- 
plies de toute espèce de biens, des ci- 
ternes, des vignobles et des jardins 
■d'oliviers (Deut. 6, v. 10, 1 1). L'art d'é- 



crire était probablement connu, sinon 
très-répandu, parmi les Cananéens. 
La ville de Debir, appelée, avant l'in- 
vasion des Hébreux , Kiryath-sépher 
(ville des livres), était, sans doute, 
renommée pour ses écrivains 1 . Il ré- 
sulte de tout cela que les anciens ha- 
bitants de la Palestine avaient atteint 
un degré de culture assez élevé. 

La langue de la Palestine, dès les 
temps les plus anciens, était sans doute 
l'hébreu, ou du moins un dialecte 
qui en différait fort peu. Nous avons 
vu que les Cananéens de la Bible 
et les Phéniciens des auteurs grecs 
formaient une seule famille de peuples 
issus de la même souche. Or il ne peut 
y avoir aucun doute sur la parfaite 
analogie, je dirai presque l'identité, 
de la langue phénicienne et de la lan- 
que hébraïque. Il est vrai qu'il ne nous 
reste aucun monument de littérature 
phénicienne, et, pour nous former une 
idée de cette langue, nous sommes 
réduits à un petit nombre d'inscrip- 
tions trouvées dans les colonies phé- 
niciennes et aux mots et noms pro- 
pres phéniciens et carthaginois cités 
çà et là par les auteurs grecs et ro- 
mains. Le déchiffrement des inscrip- 
tions offre de grandes difficultés, les 
citations en caractères grecs ou ro- 
mains sont fort corrompues; malgré 
cela, une foule de mots et de formes 
hébraïques s'y font reconnaître avec 
certitude. Jusque dans les vers puni- 
ques que Plaute met dans la bouche 
d'un personnage carthaginois 2 , et 
dont l'orthographe a été sans doute 
fort maltraitée par l'auteur romain 
lui-même, et encore plus par les co- 
pistes, on peut facilement reconnaî- 
tre plusieurs mots et même quelques 
phrases presque entièrement hébraï- 
ques 3 . Au reste, saint Jérôme et 

' Les Septante rendent ce nom par ville des 
scribes et la version chaldaïque par ville des 
archives 

2 Pœnulusi acte V, scènes I et 2. 

s Bochart (I. c, p. 800 et suiv.) n'a fait que 
travestir les vers de Plaute en un fort mau- 
vais jargon hébreu , et , en outre , il s'est trop 
écarté de la traduction latine donnée par 
Plaute lui-même, mais qui est un peu abré- 
gée. Plusieurs autres savants ont essaye de- 



PALESTINE. 



87 



saint Augustin parlent souvent de la 
grande analogie qui existe entre la lan- 
gue punique et l'hébreu l . 

Nous ne manquons pas d'ailleurs 
de quelques preuves plus directes, 
pour démontrer que les anciens Cana- 
néens parlaient un dialecte hébreu : 

1° les noms propres cananéens 
d'hommes, de villes, de rivières, etc. 
que nous trouvons dans la Bible, ont 
presque tous une physionomie hébraï- 
que, et nous offrent souvent des mots 
hébreux bien connus. Ces noms pro- 
pres , et surtout les nombreux noms 
géographiques du livre de Josué, mé- 
ritent une étude particulière; car ce 
sont là les plus précieux débris de la 
langue cananéenne avec son orthogra- 
phe primitive. Les rapports de cette 
langue avec l'hébreu sont tellement 
évidents, qu'il serait inutile d'insister 
sur ce point; qui pourrait en effet se 
méprendre sur l'étymologie de noms 
tels que Melchi-sédek (roi de la justice), 
Jbi-mélech (père-roi), Kiryath-sé- 
pher (ville des livres , ou des archives), 
Kiryatkaïm (deux villes), Baal (maî- 
tre), et une foule d'autres noms de la 

puis de nouvelles explications; la plus ré- 
cente est celle de Gesénius dans son grand 
ouvrage sur les monuments phéniciens. Ce 
n'est pas ici l'endroit d'entrer dans des dé- 
tails philologiques; il nous suflit de consta- 
ter que dans la langue carthaginoise, qui 
était une branche de la langue phénicienne 
ou cananéenne, on reconnaît facilement la 
physionomie hébraïque. Les mots reconnus 
avec certitude dans les vers de Plante , sont : 
hyth Alonim Falonuth DW35T HN 
nijV j3H (deos deasque); bynuthij *niJ2 
(meas gnatas); hiligubylimlasibit tliijmTv)^ 
□n rn^n Débina (in hisce habitare reeio- 
nibus). — Nous ne pouvons nous empêcher 
de citer une phrase, qui a échappé à Bochart 
et même à Gesénius, et qui cependant est 
une des plus claires : les mots puniques yfel 
yth chylys chon tem liphul correspondent 
aux mots latins : Eum fecisse (aiunt) sibi 
Quod faciundum fuit ; c'est évidemment : 

byDinnpuK bsna SyD\— wn pour 

"KZ7N se trouve aussi dans plusieurs inscrip- 
tions; le verbe "pD a le sens de être, comme 
en arabe, ce qui résulte avec évidence des 
mots Antidamas chon ( Antiflamas fuit). 
Cela suftira, je pense, pour réfuter ceux 

3ui n'ont voulu voir dans les vers puniques 
e Plaute qu'un jargon imaginaire. 
1 Voyez les citations dans l'ouvrage de 
Bochart, p. 781. 



même nature? On a objecté, que les 
écrivains hébreux ont pu traduire ces 
noms et leur donner une physionomie 
hébraïque; mais on n'a qu'à examiner 
les nombreux noms égyptiens, assy- 
riens , perses , que nous offre la Bible , 
pour se convaincre que les écrivains 
hébreux n'avaient point l'habitude de 
traduire les noms étrangers. C'est 
tout au plus s'ils leur font subir quel- 
ques légères inflexions qu'exige la 
prononciation hébraïque. Là où les 
noms cananéens ont été réellement 
changés par les Hébreux, on ne man- 
que pas de nous en avertir 1 . 

2° Les Cananéens, comme nous l'a- 
vons vu, restèrent longtemps établis 
au milieu des Hébreux, et cependant 
nous ne trouvons nulle part la moin- 
dre trace d'une différence de langage 
qui aurait entravé le commerce entre 
les deux peuples. A insi les explorateurs 
que Josué envoie pour reconnaître le 
pays s'entretiennent sans difficulté 
avec Rahab la courtisane (Jos. ch. 
2). Les ambassadeurs des Gabaonites 
et d'autres peuplades cananéennes 
s'expliquent devant Josué , sans se ser- 
vir d'un interprète. Et il ne faut pas 
oublier que les écrivains hébreux ne 
manquent pas, lorsque l'occasion se 
présente, de faire ressortir la diffé- 
rence de langage qui existait entre 
les Hébreux et les peuples avec lesquels 
ils se trouvaient en contact. On fait 
remarquer cette différence , non-seu- 
lement à l'égard des Égyptiens 2 , mais 
aussi à l'égard de peuples sémitiques, 
qui parlaient un dialecte analogue à 
l'hébreu 3 . 

3° La langue hébraïque est appelée 
par Isaïe langue de Canaan ( Is. 19, 
18), et Josèphe aussi prend les mots 
langue phénicienne dans le sens de 
langue hébraïque, car il cite un pas- 

1 Voy. Nombres, 32, 38; Jos. 19, 47. 

2 Les fi*ères de Joseph arrivés en Egypte 
s'expliquent par un interprèle (Genèse, 42, 
23). Voy. aussi Ps. 81 , v. 6. 

3 Voy. pour le dialecte syro-chaldaïque, 
2 Rois, 18, 26; Isaïe 36, Il ; Jérémie, 5, 15. 
Déjà dans la Genèse (31 , 47) on raconte que 
le monument élevé par Jacob et Laban, lors 
de leur séparation, reçut deux noms: Tua 
par Laban, en chaldaïque, l'autre par Jacob, 
en hébreu. 



88 



L'UMVERS. 



sage à_y poète Chœrilus , qui , dans son 
poème sur l'expédition de Xerxès con- 
tre la Grèce, attribue la langue phé- 
nicienne aux habitants des monts So- 
lymiens , qui , selon Josèphe , sont les 
habitants de Jérusalem, ou les Juifs 1 . 

Pour prouver que la langue hébraï- 
que avait appartenu d'abord à un peu- 
ple polythéiste, on a cité aussi le mot 
Elohîm (Dieu) qui est au pluriel ; mais 
ce mot ne prouve rien, car le pluriel 
Elohîm n'est que ce que les grammai- 
riens appellent le pluriel de majesté, 
ou d excellence, usité généralement 
dans les mots qui indiquent la puissance 
et la force 2 . 

Il résulte de tout ce que nous venons 
de dire que la langue cananéenne était , 
comme l'hébreu, un dialecte sémiti- 
que, c'est-à-dire qu'elle appartenait à 
la famille de langues dont se servaient 
différents peuples descendus de Sem. 
Et cependant nous avons vu que, 
selon la table généalogique de la Ge- 
nèse, les Cananéens descendirent 
de Cham. C'est là un problème dont 
la solution présente de grandes dif- 
ficultés. Mais sommes-nous autorisés 
par là à taxer d'erreur l'auteur de la 
Genèse, ou à supposer que, par hai- 
ne, il ait fait descendre les Cananéensde 
celui des fils de Noé qui avait été frappé 
de malédiction ? C'est ainsi que quel- 
ques savants modernes ont cru pou- 
voir trancher la difficulté 3 ; ce qui, 
sans doute, est commode, mais peu 
satisfaisant pour les esprits sérieux. 

1 Voy. Contre Jpion, liv. T, ch. 22 : Chœ- 
rilus , après avoir énuméré différents peuples 
qui se trouvaient dans l'armée de Xerxès , 
ajoute ce qui suit : 

Tô) S' Ô7u6ev 8ie6atvs yévoç ôaufAoccrôv 
I5écr6at , rXàîacrav [xèv <î>otviacrav àizà aTOfià- 
Tœv àçiéVreç. 'Oxéer' âv EoÀuaoïç ôpect uXa- 
tér\ êvî XijJLVTf). 

Il est vrai que Josèphe se trompe, en prenant 
les loXufxa ôprj pour les montagnes de Jé- 
rusalem , et la TiXareta Xtjxvr] pour le lac As- 
phaltite; mais cette citation prouve tou 
jours que, pour Josèphe, langue 'phéni- 
cienne et langue hébraïque était la même 
chose. 

2 Voy. Gesénius Lehrgebâude der hebœri- 
schen Sprache , p. 663. 

3 Voy. Bohlen, Genèse, p. 136. F. H. Mill- 
ier : De rébus Semitarum disserlatio histo- 
rico-geographica, Berlin, 1831. 



Cette critique étroite, qui tient plu» 
à faire preuve d'esprit et à briller par 
des paradoxes qu'à rechercher cons- 
ciencieusement la vérité, ne tend à 
rien moins qu'à faire des monuments 
les plus vénérables de l'antiquité un 
assemblage chaotique d'erreurs et de 
mensonges, et à voir des fourberies cal- 
culées, là où les esprits exempts de 
préventions reconnaîtront au moins 
la digne simplicité des premiers âges. 
Quant à la question qui nous occupe , 
nous aimons mieux en reconnaître la 
difficulté que de faire des conjectures 
hasardées; mais il nous semble que 
le problème pourrait se résoudre, en 
admettant que les aborigènes de la Pa- 
lestine , sur l'origine desquels la Bible 
ne nous dit rien, étaient de race sémi- 
tique, que les Cananéens , après avoir 
envahi le pays, adoptèrent la langue 
des habitants primitifs, et qu'Abra- 
ham, qui vint s'établir parmi les Cana- 
néens , adopta également cette langue, 
qui se conserva dans la famille de Ja- 
cob, et qui devint la langue hébraï- 
que 1 . TSous reviendrons plus tard sur 
la nature et les développements de 
cette langue. 

Quant aux mœurs des peuples de 
Canaan, la Bible nous en fait un ta- 
bleau bien sombre. Dans les lois de 
Moïse il est question de vi-ces et de cri- 
mes dont le nom seul nous fait fré- 
mir, et qui, cependant, étaient dans les 
habitudes et les mœurs des peuplades 
cananéennes. Les passages les plus 
instructifs sous ce rapport se trouvent 
dans quelques chapitres du Léviti- 
que (ch. 18 — 20). Le législateur hé- 
breu donne des ordres sévères pour 
préserver son peuple de toutes les abo- 
minations auxquelles les Cananéens 
se livraient habituellement; puis il 
ajoute : « Vous observerez mes sta- 
« tuts et mes lois , et vous ne ferez pas 
« de ces abominations, l'indigène, 
« comme l'étranger qui séjournera 

« Cette hypothèse pourrait expliquer en 
même temps l'existence de quelques débris 
chamites dans la langue des Hébreux , p. ex., 
le pronom personnel anok (moi) , sans qu'il 
faille avoir recours au système ctr nérique 
de quelques savants modernes qui ont éta- 
bli une liaison entre le copte et l'hébreu . 



PALESTINE. 



89 



« parmi vous. Car toutes ces abomi- 
« nations , les gens du pays qui étaient 
« avant vous les ont faites, et la terre 
« est devenue impure. Prenez garde 
« que la terre ne vous vomisse, si 
« vous la souillez, comme elle a vomi 
« la nation qui était avant vous. » (Lév. 
ch. 18, v. 26-28). 

Ce qui rendait encore plus effrayants 
les crimes des Cananéens, c'est qu'ils 
étaient prescrits en partie comme pra- 
tiques de leur culte, et comme des 
choses agréables à leurs divinités. On 
honorait Moloch par le meurtre des 
enfants; on honorait Astarte par la 
plus abominable débauche. Nous al- 
lons ici jeter un coup d'œil sur les 
croyances et le culte des anciens ha- 
bitants de la Palestine. 

Ce qu'Eusèbe rapporte de la théo- 
logie des Phéniciens x ne doit point 
nous occuper ici. Quand même l'au- 
thenticité des fragments de Sancho- 
niathon, cités par Eusèbe, serait 
incontestable, nous ne pourrions 
toujours y voir qu'une espèce de cos- 
mogonie spéculative, formée à une épo- 
que plus récente, sous l'influence des 
philosophèmes étrangers , et en partie 
même de la cosmogonie mosaïque. 
Nous devons profiter cependant des 
éléments cananéens, qui se font re- 
connaître dans cette cosmogonie. 

La religion des Cananéens , comme 
de tous les peuples de l'Asie occiden- 
tale, était basée sur le culte de la na- 
ture. Le soleil, la lune, les planètes, 
les éléments , étaient leurs seules divi- 
nités 1 . Le dieu supérieur s'appelait 
Baal (maître) : il représentait le so- 
leil , comme le principe fructifiant de 
la nature, et il était considéré comme 
le seul maître du ciel 3 . Ce dieu était 
représenté par des statues appelées 

1 Prépar. évang., liv. I, ch. 10. 

7 Ibid. à la lin du ch. 9. 

3 De là il s'appelait Beelsamin , comme le 
dit Sanohoniathon , cité par Eusèbe, c'est-à- 
dire D>QUr by3 - L'identité de Baal et du 
Soleil parait résulter aussi d'un passage du 
2ème livre des Rois (2, 3, 5) où on lit S^lS 
ÏNDlinï la Vulgate porte Baal, et Soli; 
mais la conjonction et ne se trouve pas dans 
le texte hébreu. Les anciens rabbins diseût 
également dans le Midrasch : Les adorateurs 
d 's Baal sont ceux qui adorent le soleil. Voy. 



Hammanim 1 qui étaient placées sur 
ses autels (2 Chron. 34 , 4); on lui don- 
nait, pour emblèmes, des chevaux et 
des chars (2 Rois, 28, 11). Outre ce 
dieu, qui est ordinairement désigné 
dans la Bible par le mot Uab-baal (avec 
l'article), nous trouvons plusieurs 
Baals accompagnés d'une épithète, et 
désignant , soit quelques divinités par- 
ticulières, soit le dieu supérieur par 
rapport à ses différentes attributions. 
Tels sont : 1° Baal-Pheor (Béelphé- 
gor), dieu des Moabites. L'événement 
raconté dans le 25 e chapitre des Nom- 
bres indique assez clairement que Ton 
rendait à ce dieu un culte infâme; 
les rabbins et les Pères de l'Église sa- 
vent donner les détails les plus singu- 
liers sur les obscénités de ce culte , et 
sur l'étymologie du mot Pheor. Saint 
Jérôme dans son commentaire sur 
Osée (ch. 9) compare ce dieu à Priape, 
dont il avait l'emblème caractéristique. 
Quant à son nom, il vient probable- 
ment du montPhcor, dans le pays de 
Moab, qui était le siège principal de 
son culte. 2° Baal-Berith. Ce nom 
signifie dieu d'alliance, et non pas 
Baal de Berytus, comme le dit Bo- 
chart a . On peut le comparer au Jupi- 
ter pistius ou Deusfidius. Après la 
mort du juge Gédéon , les Hébreux 
idolâtres adorèrent ce dieu, qui avait 
un temple à Sichem 3 . Z°Baal-Zeboub 
(dieu des mouches), qui donnait des 
oracles à Ekron dans le pays des Phi- 
listins. C'était probablement une di- 
vinité tutélaire à laquelle on avait re- 
cours contre les mouches , qui , dans 

De cul tu Baal , auctore Anania Coin, fol. 30 
recto (en hébreu). Néanmoins Gesénius pen- 
che à considérer Baal comme le représentant 
de la planète Jupiter ( voy. son dictionnaire 
aux mots bîQ et mniUV)- Il est possible, 
du reste, que dans le Baal des Phéniciens, 
comme dans le Bel des Babyloniens, les idées 
de Soleil et de Jupiter se soient confondues 
avec le temps Servius dit , dans son com- 
mentaire sur l'Enéide (liv. I, v. 733) : Lingua 
Punica Bal deus dicitur; apud Assyrio» 
autem Bel dicitur quadam sacmrum ?•<?- 
tione et Saturnus et Sol. C'est par erreur qufl 
Servius met Saturnus pour Jupiter- 

1 D>3OT , du mot TM2T\ soleil. 

2 Geogr. sacra, p. 859. 

3 Voy. Juges , ch. 8 , v. 33 , et ch. 9 , v. \ et 
46. 



90 



L'UNIVERS. 



ces contrées , deviennent souvent un 
grand fléau». 

A côtédeBaal brillait Asthoreth 
appelée, par les Grecs, Astabté; 
c'est elle que Jérémie appelle la reine 
du ciel 2 . Le nom d'Asthoreth a pro- 
bablement une origine indo-germa- 
nique, et signifie astre. Dans la Bible 
elle est souvent appelée Aschera ( la 
fortunée); elle portait aussi le nom de 
Baala (Baaltis) , féminin de Baal (Eu- 
sèbe, 1. c). Dans l'origine cette déesse 
représentait sans doute la Lune, mais 
plus tard, par l'influence d'autres 
cultes voisins, on lui donna aussi les 
emblèmes et les attributions de plu- 
sieurs autres divinités, notamment 
de Vénus 3 . Elle fut représentée pri- 
mitivement avec des cornes de tau- 
reau, comme l'Isis égyptienne, ce qui 
la caractérise suffisamment comme 
déesse de la lune 4. Il paraît que le 
principal siège de son culte était de 
tout temps à Sidon 5 , mais elle était 
adorée par toutes les peuplades cana- 
néennes. Elle avait donné son nom à 
la ville ft Astharoth-Karna'im dans la 
Pérée, et nous trouvons aussi ses 
temples chez les Philistins (1 Sam. 
31 , 10). Cette déesse de la volupté ne 
demandait pas de sang; on lui offrait 
des gâteaux, on lui brûlait de l'en- 
cens, et on lui faisait des libations 
(Jérém. 44 , 19). La jeunesse des deux 
sexes lui sacrifiait son innocence, et 
le salaire de leur infamie appartenait 

x Ce dieu a son analogue dans le Zeùç àrco- 
{xuioç de l'ÉÏide (Pausan. V , 14). 

2 Jerem., ch. 7, v. I8;ch. 44, v. 17 et sui- 
vants. Hérodien , historien grec du 3me siè- 
cle, dit encore que les Phéniciens appellent 
Urania àcrapàp^?] f ce qui est la traduction 
des mots hébreux D>OWH robo Voy. He- 
rodiani Histor., lib. 6, c. 6. 

3 Malgré la confusion qui résultait de cet 
amalgame de plusieurs cultes , Lucien recon- 
naît encore dans Astarte la déesse de la Lune. 
De Deâ Syrâ, ch. 4. Voy. aussi Hérodien, 
1. c. 

4 Voy. ci-dessus, page 75. 

& Dans le l<"' livre des Rois (ch. II, v. 5 
et 33) elle est appelée divinité des Sidoniens, 
et Lucien, dans le passage que nous venons 
d'indiquer, nous dit également qu'elle avait 
un temple célèbre à Sidon : ëvi ôè xat àXXo 
ïpov ev 4>oivîxr) uiya , tô XiSwvîoi I^ouat 
<!b; jxèv aÙTOt Xéyouai , 'AcTapTY]? ecm. 



au trésor du temple; les personnes 
qui se livraient à ces abominations 
s'appelaient saintes ou consacrées ». 
Le barbare culte de Molqch offre 
un singulier contraste avec celui d'As- 
tarte; là c'est la volupté la plus ef- 
frénée , ici le dernier degré d'atrocité 
et de barbarie. Le dieu Moloch ou 
Molech, dont le nom correspond au 
mot roi, est considéré par plusieurs 
savants comme identique avec Baal *. 
A la vérité, quelques passages de Jéré- 
mie paraissent favorables à cette opi- 
nion; le prophète en parlant de la 
vallée de Ben-Hinnom, où les Hé- 
breux idolâtres célébraient le culte de 
Moloch, s'exprime ainsi (ch. 19, v. 
5) : Et ils ont bâti les hauteurs de 
Baal, pour brûler leurs enfants dans 
le feu, en holocaustes à Baal; et dans 
un autre endroit (ch. 32, v. 35 ) il 
dit : Et Us ont bâti les hauteurs de 
Baal, qui sont dans la vallée de Ben- 
Hinnom, pour faire passer (par le 
feu) leurs fis et leurs files ( consa- 
crés) à Moloch. Mais l'identité des 
deux divinités ne résulte pas positive- 
ment de ces passages , qui prouvent 
seulement que les adorateurs de Baal 
honoraient aussi leur dieu par des 
sacrifices humains. D'un autre côté, 
ce que les auteurs profanes rappor- 
tent du culte de Saturne chez les Car- 
thaginois , s'accorde parfaitement 

'tmp (Kadesch), au féminin n\ZHD 
(Kedescha); ce mot phénicien, qui ne diffère 
que par une voyelle du mot hébreu UJTîp 
(Kadosch), saint, s'emploie dans la langue 
hébraïque dans le sens de prostitué. Dans le 
deuxième livre des Rois ( ch. 23, v. 7), on 
trouve une allusion à ce culte infâme, que 
plusieurs rois de Juda avaient toléré même 
à Jérusalem. 11 est le même que celui de la 
déesse babylonienne Mylitta, sur lequel Hé- 
rodote (liv. I , ch 199) nous donne de longs 
détails, et dont il est aussi question dans la 
lettre apocryphe de Jérémie, v. 42 et 43. Ce 
culte se répandit bien loin dans le monde 
païen, et nous le retrouvons dans celui d'A- 
phrodite ou Vénus. 

1 Cette opinion a été soutenue déjà par 
Moïse ben-Nàhman, rabbin espagnol du I3me 
siècle, dans son commentaire sur le Léviti- 
que. Elle est aussi celle de Spencer (De legib. 
rit. Hebrœorum, lib. 2, c. 10) et de quel- 
ques autres savants modernes, tels que Munter 
( Religion dur Karthagcr, p. 8 et suiv. ), 
Creuzer (Symbolik t 11 , p. 267 du texte alle- 
mand), Stuhr ( Die (Religions système der- 
heidnischen Fœlkerdes Orients, p. 438). 



PALESTINE. 



91 



ffvec ce que les traditions juives nous 
apprennent sur Moloch, qui, sans 
doute, représentait chez les Cana- 
néens, la planète de Saturne. Dans 
l'astrologie des Orientaux , cette pla- 
nète appelée Kéwân était considérée 
comme un astre malfaisant «. Les 
rabbins disent que la statue de Mo- 
loch était de bronze , et qu'on la chauf- 
fait d'en bas; elle avait les mains 
tendues, et quand elles étaient brû- 
lantes, on y plaçait l'enfant destiné 
au sacrifice, quf se consumait avec 
des cris lamentables. Les prêtres bat- 
taient les tambours, afin que le père 
ne s'émût pas à la voix de son fils 2 . 
C'est à peu près de la même manière 
que Diodore de Sicile ( liv. 20, en. 14) 
décrit le culte de Saturne chez les 
Carthaginois : « Il y avait chez eux 
« une statue de bronze représentant 
« Kronos (Saturne); elle avait les 
« mains tendues et inclinées vers la 
« terre, de sorte que l'enfant qu'on 
« y mettait tombait en roulant dans 
« un gouffre plein de feu. » — Les 
Carthaginois, d'origine cananéenne 
ou phénicienne, avaient conservé les 
croyances et les usages de leurs an- 
cêtres , et nous pouvons appliquer aux 
Cananéens ce que Diodore dit des 
Carthaginois. 

Il résulte clairement du premier 
des deux passages de Jérémie que nous 
venons ae citer, ainsi que d'un pas- 
sage du Deutéronome (ch. 12 , v. 31), 
?[ue les Cananéens brûlaient des en- 
ants en holocauste. Néanmoins l'ex- 
pression/aire passer par le feu, dont 
on se sert généralement dans la Bible, 
en parlant du culte de Moloch, a été 
prise à la lettre par plusieurs rabbins, 
et notamment par le célèbre Maïmo- 
nide, qui soutient que le culte de Mo- 
loch consistait à faire passer les en- 
fants entre deux feux et que ce n'était 
là qu'une cérémonie de lustration 3 . Il 

1 Les Arabes, avant Mohammed, appelaient 
cette planète la grande infortune ; celle de 
Mars s'appelait la petite infortune. Voy. Po- 
cocke, Spécimen historiée Arabum , p. 131 
(1ère édition). 

2 "Voy. le commentaire de R. Salomon 
ben Isaac ou Raschi , sur Jérémie , 7, 31. 

3 C'est dans ce sens qu'un passage du Deu- 



paraîtrait que les deux usages exis- 
taient chez les Cananéens ; la lustra- 
tion remplaçait peut-être quelquefois 
le cruel sacrifice , mais il n'est que 
trop certain que la colère de Moloch 
ne pouvait être apaisée que par des 
holocaustes humains *. Ces sacrifices 
avaient lieu surtout dans les grandes 
calamités publiques; alors les princes 
et les grands devaient sacrifier leurs 
enfants pour le salut de la nation. Les 
larmes et les cris des victimes devaient 
être étouffés par des caresses ; les mè- 
res elles-mêmes devaient assister au 
sacrifice, sans verser une larme, sans 
donner un signe de douleur, et une 
musique bruyante devait étouffer 
jusqu'à la moindre émotion des as- 
sistants. 

Moloch était le dieu protecteur des 
Ammonites, qui l'appelaient aussi 
Milcom ou Malcâm a ; mais son culte 
était répandu dans toute la Syrie, ainsi 
que dans la Phénicie et ses colonies. 

On rendait aussi un culte aux autres 
planètes, et aux constellations du zo- 
diaque, appelées Mazzalôth. 

Outre ces divinités célestes, on 
adorait dans la Palestine païenne plu- 
sieurs divinités qui paraissent avoir 
une origine terrestre ; ce sont des hom- 
mes placés, après leur mort, au rang 
des dieux, ou plutôt certaines facul- 
tés personni liées de la nature. De ce 
nombre était Dagon, qui avait des 
temples dans plusieurs villes des Phi- 
listins 3 . Le nom de Dagôn dérive du 
mot hébreu dag, qui veut dire pois- 
son, et cette divinité est sans doute la 
même que plusieurs auteurs grecs ap- 
pellent Derketo et Atergatis , et qui, 

téronome (ch. 18, v. io) a été rendu par les 
Septante et par saint Jérôme; ce dernier tra- 
duit : nec inveuiatur in te qui lustral filium 
suum, autfiliam, ducens per ignem. 

1 De là peut-être la double défense dans le 
Lévitique^ch. 18, v. 2l,etch. 20, v. 2) : dans 
le premier passage Moïse défend de faire 
passer les enfants en l'honneur de Moloch; 
dans le second, il décrète la peine de mort 
contre ceux qui donneraient un de leurs en- 
fants à Moloch. Voy. Spencer, 1. c, I. II, c. 10, 

2 Voy. 1 Rois, ch. Il, v. 5 et 7; Jérémie, ch. 
49, v. I et 3 (ci-après, p. 95). 

3 Voy. Juges, ch. 16, v. 23, etl Samedi. 6. 



92 



L'UNIVERS. 



dans le temple d'Ascalôn , était, adorée 
sous une image moitié femme et moi- 
tié poisson 1 . Quelques auteurs la con- 
fondent mal à propos avec Astarte 2 , 
quoique celle-ci ne soit représentée 
nulle part sous l'image du poisson. 
Selon Philon de Byblos, parlant au 
nom de Sanchoniathon, Dagôn est 
une divinité masculine, fils du Ciel et 
de la Terre. Après avoir parlé du dieu 
Sydyk (justice) et de ses iils les Dios- 
cures ou Cabires, il continue ainsi: 
« De leur temps naquit un certain 
« Elioun, dont le nom signifie Très- 
haut, et sa femme, appelée Bérouth; 
« ils demeurèrent dans les environs de 
« Byblos. D'eux naquit Epigeios (ter- 
restre) ou Autochthon (indigène), 
« que plus tard on appela Ciel; c'est de 
« lui que l'élément qui est au-dessus 
« de nous reçut, à cause de son ex- 
« trême beauté, le nom de ciel. Il eut 
« une sœur née des mêmes parents; 
« elle fut appelée Terre, et c'est elle 
<. qui, à cause de sa beauté a donné 
• son nom à la terre. Leur père Tres- 
sa haut ayant péri dans un combatqu'il 
«eut avec les animaux, fut divinisé 
a par ses enfants, qui lui consacrèrent 
« des libations et des sacrifices. Ciel 
«. ayant hérité du royaume de son père, 
« épousa Terre, sa sœur, et il eut 
« d'elle quatre fils, savoir Ilos , qu'on 
« appelle aussi Saturne, Bétylos, Da- 
« gôn, nom qui signifie blé, et Atlas 3 . » 
Si ce récit est réellement d'origine 
cananéenne, il jette beaucoup de lu- 
mière sur un passage de la Genèse (ch. 
14, v. 18 et suiv.). On y parle de Mel- 
chisédek, roi de Salem, prêtre du 
Dieu Très-haut (Eliôn); il bénit Abram 
au nom du Dieu Très-haut qui produi- 
sit le Ciel et la Terre 1 *. On ne savait 

1 Diodore, II . 4; Lucien, De Deâ syrd, ch. 
14. Hérodote l'appelle Venus Urania. Voy. 
notre Topographie, page 62. 

2 Creuzer, Symbulih, 11, pag. 65 et suiv. 

3 Vov. Euseh. Praepar. evang. I, 10 (édi- 
tion de" Paris, 1628 , pag. 36). 

4 Selon la Vulgate : Benedictus Abram 
j)eo excelso, qui creavit cœlum et terrain. 
Le verbe H3p que porte ici le texte hébreu , 
v'a. pas le se'ns de créer; il signilie acquérir, 
rosséder, mais souvent il s'emploie dans le 
s»'ns de procréer, au propre et au figuré , de 
suite que les mots ^HNl D'QU HJp 



pas s'expliquer l'apparition d'un prê- 
tre du vrai Dieu, au milieu des peu- 
plades cananéennes; les anciens rab- 
bins et les Pères de l'Eglise ont fait 
à ce sujet toute sorte d'hypothèses. On 
a prétendu que Melchisédek était Sem , 
fils de Noé, qui pouvait encore vivre 
à cette époque, et qui, disait-on, 
avait conservé le culte du vrai Dieu. 
Déjà dans l'Épître aux Hébreux (ch. 
7 ) , Melchisédek est présenté comme 
type du Messie, et cette opinion n'est 
pas étrangère aux anciens interprètes 
juifs 1 . Ne serait-il pas plus simple de 
prendre Melchisédek pour un prêtre 
cananéen, ministre du dieu Elioun, 
père du Ciel et de la Terre? On n'a pas 
remarqué que Melchisédek ne pro- 
nonce pas le nom de Jéhova, tandis 
qu'Abraham , dans la réponse qu'il 
fait au roi deSodom (v. 22), fait pré- 
céder les mots Él-Eliôn du nom de 
Jéhova, comme pour faire entendre 
que c'est là le seul et vrai Dieu Très~ 
haut. 

Pour en revenir à Dagôn , on voit 
que Philon de Byblos fait venir ce 
nom du mot hébreu ou phénicien 
dagân, qui signifie blé. Tout ce que 
prouvent les différentes traditions 
des anciens, c'est que l'origine du 
culte de Dagôn ou de Derketo leur 
était inconnue, mais qu'on voyait 
généralement dans cette divinité le 
symbole de la fertilité, représentée 
tantôt sous l'image de l'homme, tan- 
tôt sous celle de la femme. Les mots 
hébreux dag (poisson) , et dagân (blé) 
dérivent tous d d'une racine qui 
veut dire se multiplier 2 , et représen- 
tent la fertilité, l'un dans les eaux, 
l'autre sur la terre. 

Le culte de Thammouz ou Adonis, 
partagé entre le deuil et la joie, et re- 
présentant la nature qui meurt et qui 
renaît chaque année, appartient plu- 

pourraient très-bien se traduire par père du 
ciel et de la terre. 

1 Le passage du psaume HO, v. 4 , qui a 
donné lieu à cette interprétation typologi- 
que, a un sens bien plus simple. Le poète qui 
adresse ce poëine au roi David, combattant 
au nom de Jéhova, lui dit qu'il est à la fois 
prêtre et roi , à la manière de Melchisédek. 

2 C'est la racine rUT- 



PALESTINE. 



93 



tôt à la Syrie qu'à la Palestine païenne, 
et il paraît être postérieur aux temps 
dont nous nous occupons ici. Dans la 
Bible, Thammouz n'est mentionné 
qu'une seule fois , par un prophète de 
l'exil (Ezech.ch. 8, v. 14). 

La superstition peuplait aussi les dé- 
serts et les campagnes de certains êtres 
malfaisants, appelés Schédîm (démons) 
et Selrim (boucs, satyres) ; on les apai- 
sait par des sacrifices 1 . Du nombre 
de ces démons était Azazel, dont le 
nom figure dans la cérémonie du bouc 
émissaire (Lev. ch. 16). Nous y re- 
viendrons, en parlant du culte des an- 
ciens Hébreux. 

Ces différentes divinités avaient , 
selon leur rang, des autels plus ou 
moins élevés; les dieux célestes, et 
surtout Baal, furent adorés sur les 
hauts lieux appelés Bamôth. Les sta- 
tues des dieux, d'abord des blocs et des 
pierres informes , se perfectionnèrent 
avec les progrès de l'art, et le Penta- 
teuque parle déjà de statues de bois , 
de pierre et de métal , représentant les 
dieux sous l'image des astres et de tou- 
tes les espèces du règne animal. Les 
idoles , couvertes d'or et d'argent , et 
parées de beaux vêtements, étaient at- 
tachées avec des chaînes, pour les em- 
pêcher de tomber ou même de s'en al- 
ler 2 . Les lieux consacrés au culte 
étaient d'abord des jardins et des bois 
éloignés du tumulte des villes, plus 
tard on commençait à bâtir des tem- 
ples. Dans les temps de guerre, on 
emportait les dieux pour assister au 
combat; on leur consacrait les armes 
des ennemis vaincus ( I Sam. 31, 10 ) , 
dont on enlevait aussi les dieux tuté- 
iaires ( Jer. 46, 7 ). On honorait les 
dieux par des vœux , on leur adressait 
des prières, on leur offrait de l'encens, 
des libations, des sacrifices sanglants, 
et même des sacrifices humains. Dans 
certaines circonstances, on célébrait 
des fêtes , pour rendre aux dieux des 
actions de grâces (Juges, 16, 23 ), et 
il y avait probablement chez les Cana- 
néens, comme chez les Égyptiens, des 

Voy. Lévitique, ch. I7,v. 7; Deutéron. 
•ctj 32, v. 17. 

3 Voy. haïe, 41,7; Jérém. 10, 4. 



fêtes et des solennités publiques, à 
certaines époques astronomiques *. 
Les prêtres, appelés Cohanxm ou 
Comarîm 2 , s'abandonnaient pen- 
dant le sacrifice à toute espèce d'ex- 
travagances ; ils dansaient autour des 
autels, ils poussaient des cris lamenta- 
bles pour émouvoir le dieu , et ils al- 
laient jusqu'à se faire des incisions dans 
la chair, pour faire couler leur sang 
( I Rois, 18 , 28) , usage barbare que 
les Cananéens pratiquaient en général 
comme signe de deuil , ainsi que le 
tatouage. 

La divination et la magie étaient en 
grande vogue chez les Cananéens. 
Nous trouvons dans la Bible un grand 
nombre de mots désignant ces arts 
occultes; mais leur sens précis ne 
peut plus se fixer que par le moyen 
peu sûr de l'étymologie. Cependant 
on parle très -clairement de la né- 
cromancie, ou de l'art d'interroger 
les morts, appelé Ob. Un des mots 
les plus usités pour désigner la 
magie , a le plus intime rapport avec 
le nom du Serpent l , et on ne saurait 
douter que les serpents n'aient joué 
un grand rôle chez les magiciens cana- 
néens. L'art de conjurer les serpents 
par certaines formules, est mentionné 
plusieurs fois dans la Bible 4. Nous 
trouvons en outre des Mecaschsche- 
fim ( probablement des astrologues ) , 
des Meônenim , qui , à ce qu'il paraît , 
interrogeaient le cours des nuages , 
des Kocemîm, qui consultaient les en- 
trailles des victimes, surtout le foie, 
des Yideonîm, ou ventriloques. Les 
recherches étymologiques nous mène- 

1 Voy. Spencer, 1. c, lib. III, c. 8, sect. I. 

2 Le mot Cohén (plur. Cohan(m), en arabe 
Cahen , , signitie primitivement devin; car la 
divination était une des fonctions essen- 
tielles des prêtres païens. Ensuite on a 
donné à ce mot le sens de ministre de Dieu, 
et dans ce sens il s'applique aussi aux prê- 
tres de Jéhova. Le mot Comarim s'applique 
exclusivement aux prêtre» païens; il vient 
d'une racine qui signifie être brûlé, noirci, 
et on l'explique par atrati, pullati, c'est-à- 
dire , hommes aux vêtements noirs. 

3 Wnj serpent; de là le verbe UHJ in- 
terroger le mouvement des serpents, et, en 
général , jaire des sortilèges. 

* Voy. Ps. 58, v. 5; Jér. 8, 17; Ecclésiastc , 
10, II. 



94 



L'UNIVERS. 



raient trop loin; nous devons nous 
contenter ici de cette indication ra- 
pide 1 . 

En résumé, la religion des Cana- 
néens, basée sur le culte des astres, 
divinisait les choses créées, et ne re- 
connaissait pas le créateur. Elle consa- 
crait des actes inhumains et une révol- 
tante dissolution des mœurs, et elle 
favorisait une grossière superstition, 
qui dégradait l'homme, et lui faisait 
perdre sa dignité et son indépendance. 
Il faut bien se pénétrer de l'esprit de 
cette religion, pour comprendre le 
dégoût qu'elle inspirait à un homme 
comme Moïse, et les mesures sévères 
qu'il prescrivit aux Hébreux , pour les 
préserver, s'il était possible, de tout 
contact avec les peuples cananéens. 

CHAPITRE III. 

De quelques peuples voisins de la Pales- 
tine. 

Avant de passer à l'histoire des Hé- 
breux , nous devons encore jeter un 
coup d'oeil sur quelques-unes des peu- 
plades qui les environnaient, et dont 
il sera souvent question dans leur 
histoire. Nous ne parlerons pas ici des 
peuples qui ont une certaine importan- 
ce historique en eux-mêmes, tels que 
les Phéniciens et les Syriens, dont l'his- 
toire doit être traitée avec plus de dé- 
tail. Nous nous occuperons de cinq 
peuplades qui habitaient différentes 
contrées de l'Arabie , au sud-est et au 
midi de la Palestine; ce sont les Ammo- 
nites, les Moabites, les Édomites ou 
Iduméens, les Amalécitesetles Midia- 
nites. 

A. Les Ammonites. 

A l'est de la Pérée , au delà du Yab- 
bok , entre l'Arabie déserte et l'Arabie 
Pétrée, habitaient les Ammonites, 
dont la Genèse fait remonter l'origine 
à Ben-Ammi ou Ammôn , né de l'in- 

1 Ceux qui désirent de plus amples détails 
peuvent consulter Selden, De diis syris, syn- 
tagma I, cap. 2 ; Jahn, Jrchœologie, t. III, p. 
463 et suiv. et Carpzov, Apparatus histor. 
crit. antiquitatumsacri Cod. etgeniishœbr., 
p. 5*0 et suiv. 



ceste commis par Lot , neveu d'Abra- 
ham , avec sa fille cadette (Gen. 19, 
38). Ses descendants se répandirent 
au nord-est, et s'emparèrent du pays 
des Zamzummîm (Deut. 2, 20), éta- 
blis entre le Yabbok et l'Arnôn. Ils 
habitaient un pays fortifié par la nature 
(Nomb. 21, 24); leur capitale était 
Rabbah, ou Rabbath-Ammôn, qui, 
dans l'époque macédonienne , portait 
aussi le nom de Philadelphie. Déjà 
avant l'arrivée des Hébreux sous Moï- 
se , les Amorites avaient conquis une 
partie du pays des Ammonites, entre 
les deux rivières que nous venons de 
nommer; les Hébreux n'exercèrent 
alors aucune hostilité contre les Am- 
monites, mais ils s'emparèrent delà 
portion du pays qui se trouvait en pos- 
session des Amorites. 

Dans les premiers temps des juges, 
nous trouvons les Ammonites, comme 
auxiliaires du roi de Moab (Juges, 3 , 
13). Après la mort du juge Jaïr, ils fi- 
rent cause commune avec les Philis- 
tins, pour opprimer les Hébreux; ils 
déclarèrent la guerre à Jephté et firent 
valoir leurs droits sur le pays jadis 
possédé par leurs ancêtres , et que les 
Hébreux avaient conquis, depuis trois 
siècles, sur les Amorites (ib. c. 1 1 , v. 12 
et suiv.). Ils furent vaincus par les Hé- 
breux, qui leur prirent vingt villes. 
Du temps de Saùl, Nahas, roi dès Am- 
monites, attaqua la ville de Yabes, dans 
le pays de Giléad; mais il fut repoussé 
avec une grande perte, et son armée 
fut entièrement dispersée (I Sam. c. 
1 1 ). Il paraît que ce même roi proté- 
gea David contre les persécutions de 
Saùl ; après la mort de Nahas , David , 
voulant donner un témoignage- de sa 
reconnaissance à son fils et successeur 
Hanon , lui envoya des ambassadeurs 
pour lui faire ses condoléances. Écou- 
tant les insinuations malveillantes de 
ses conseillers , Hanon reçut fort mal 
les ambassadeurs de David et les ren- 
voya, après leur avoir fait couper la 
barbe et le bas de leurs vêtements. 
Cet événement donna lieu à une guerre 
qui fut très-malheureuse pour les Am- 
monites ; ils perdirent Rabbah , et fu- 
rent cruellement châtiés par David 



PALESTINE. 



05 



(II. Sam. cil et 12). — Lors de l'in- 
surrection d'Absalom, Schobi , fils de 
Nahas, de Rabbath-Jmmôn, se 
trouve parmi ceux qui viennent rejoin- 
dre David dans sa fuite à Mahnaïm 
( ib. 17, 27) ; il paraîtrait donc que les 
Ammonites s'étaient réconciliés avec 
David, si toutefois le Nahas que l'on 
mentionne ici , est réellement l'ancien 
roi des Ammonites. Sous Josaphat, ils 
attaquèrent le royaume de Juda ; ils 
furent encore vaincus, et nous les 
trouvons plus tard tributaires d'Ouzia 
et de son fils Jotham ( 2 Chron. 26 , 8 
et 27, 5). Après la chute du royaume 
d'Israël, ils s'emparèrent des provin- 
ces situées à l'est du Jourdain , et les 
Israélites eurent à subir leurs outrages 
et leur cruauté (Sophon. 2,8). Jéré- 
mie (c. 49) se plaint amèrement de 
cette usurpation : « Ainsi parle l'Éter- 
«c nel : Israël n'a-t-il point d'enfants, 
on'a-t-il donc aucun héritier? Pour- 
« quoi Malcàm s'est-il emparé (du pays) 
«des Gadites? pourquoi son peuple 
« demeure-t-il dans leurs villes ? 
«Mais les jours viendront, dit 
« l'Éternel, ou je ferai entendre le cri 
« de guerre à Rabbath-Ammôn; elle 
« deviendra un monceau de ruines , et 
« ses villages seront consumés par le 
« feu , et Israël héritera , à son tour, 
«de ceux qui ont pris son héritage. 
« Gémis , ô Hesbôn , car Aï est dévas- 
« tée ; poussez des cris, filles de Rabba, 
« revêtez-vous de sacs, lamentez-vous 
« et errez dans les parcs; car Malcâm 
«va aller dans l'exil, avec tous ses 
« prêtres et ses princes. » 

Lorsque les Chaldéens envahirent 
la Judée, les Ammonites se joignirent 
à eux contre le roi Joakim (2 Rois, 
24, 2). Ézéchiel (c. 25) le menace du 
châtiment céleste, pour avoir battu 
des mains et frappé du pied , et s'être 
abandonnés à une joie insolente, lors 
delà dévastation de la terre d'Israël et 
de l'exil de la maison de Juda. Leur 
roi Baalis contribua à la ruine totale de 
la Judée, en excitant le rebelle Ismaël, 
fils deNathania, à l'assassinat de Gue- 
dalia , gouverneur juif, à qui le roi de 
Babylone avait confié le pays conquis 
(Jérém. 40, 14). Cinq ans après la 



destruction de Jérusalem , les Ammo- 
nites eurent à subir, ainsi que les Moa- 
bites, l'invasion des Chaldéens 1 . Après 
l'exil de Babylone, nous les retrou- 
vons encore parmi les peuples ligués 
contre les Juifs , pour empêcher le ré- 
tablissement des murs de Jérusalem 
(Néhém. 4,1). Leur inimitié contre 
les Juifs se montre encore du temps de 
Judas Maccabée, à qui ils opposent 
une forte armée , conduite par un cer- 
tain Timothée (I Maccab. 5, 6). 
Du temps de Jean Hyrcan, roi des 
Juifs, nous trouvons à Philadelphie , 
ou Rabbah, un tyran, nommé Zenon a . 
Justin le martyr, dans son Dialogue 
avec Tryphon , appelle encore les Am- 
monites un peuple nombreux (tto>.î> 
7tX^ôoç). Mais déjà au commencement 
du III e siècle ils sont, ainsi que les 
Moabites et les Édomites , confondus 
dans la masse des Arabes, et leur 
nom ne reparaît plus. 

Les ruines de Rabbath-Ammôn, 
qui portent encore le nom deJmmân, 
ont été retrouvées et décrites par Seet- 
zen et Burckhardt. Elles sont de l'épo- 
que romaine , et on y remarque sur- 
tout les restes d'un grand théâtre. 

Une autre ville importante était 
Minntthy située, selon Eusèbe, à 4 mil- 
les romains de Hesbôn sur le chemin de 
Rabbah. Le froment de Minnîth était 
célèbre; on l'exportait sur les marchés 
de Tyr ( Ézéch. 27, 17). 

B. Les Moabites. 

Selon la Genèse (19, 37), Moab 
était, comme son frère Ammôn, le 
fruit d'un inceste; il était fils de Lot 
et de sa fille aînée. Ses descendants se 
répandirent, comme les Ammonites, 
dans les contrées situées à l'est de la 
mer Morte et du Jourdain. Ayant 
expulsé les Émîm , ils occupèrent le 
bas pays jusqu'au Yabbok, ayant pour 
voisins, à l'est, leurs frères les Am- 
monites, maîtres des hauteurs. De 
là, la partie du Ghôr à l'est du Jour- 
dain, en face de Jéricho, s'appelait 
plaine de Moab. Ils furent refoulés, 

1 Josèphe, Antiqu., 1. 10, ch. 9, g 7. 

2 Josèphe, ib.l. I3,cli. b, § 1. 



9G 



L'UNIVERS. 



parles Amorites, jusqu'au fleuve d'Ar- 
nôn, qui, à l'arrivée des Hébreux, 
formait la limite septentrionale des 
Moabites (Nomb. ch. 21, v. 13 et 14). 
Leur pays ainsi limité embrassait 
cette partie de l'Arabie qu'on appelle 
maintenant le Kerek. Les Hébreux, 
s'avançant vers le Jourdain , par l'A- 
îabie Pétrée, ne cherchèrent pas à 
inquiéter les Moabites ; ils leur de- 
mandèrent seulement le passage, et 
tes Moabites n'osèrent faire aucune 
résistance. Leur roi Balak se contenta 
défaire venir leprophèteBileam, pour 
maudire cette masse redoutable (Nom- 
bres, ch. 22 et suiv.). Ce fut en vain ; 
Bileam ne put prononcer que des bé- 
nédictions; mais le culte voluptueux 
de Baal-Pheôr et les séductions des 
filles de Moab réussirent mieux que 
le prophète de l'Euphrate , et les Hé- 
breux payèrent cher leur passage dans 
le pays de Moab ( ib. ch. 25). Environ 
soixante ans après la mortdeJosué, 
Eglôn, roi de Moab, secouru par les 
Ammonites et lesAmalécites, se ren- 
dit maître des Hébreux , et les opprima 
pendant dix-huit années. Il fut tué par 
le juge Éhoud, et les Moabites, atta- 
qués par les Hébreux , perdirent dix 
mille hommes (Juges, ch. 3). Après 
cet événement, nous ne trouvons plus 
les Moabites en collision avec les Hé- 
breux jusqu'au temps de Saûl. Il pa- 
rait même que, vers la fin de la période 
des juges, les deux peuples vivaient 
en parfaite harmonie; le livre de Ruth 
nous montre des Hébreux qui, à cause 
d'une famine, vont s'établir dans le 
pays de Moab et y épousent des fem- 
mes moabites. Mais du tempsde Saûl, 
nous retrouvons les Moabites parmi 
les ennemis des Hébreux (I Sam. 14, 
47). David les rendit tributaires (II 
Sam. 8, 2). Après le schisme ils 
payaient le tribut aux rois d'Israël; 
mais après la mort d'Achab ils se ré- 
voltèrent (II Rois, 1 , 1). Joram cher- 
che à les soumettre de nouveau, en 
appelant à son secours les rois de 
Juda et d'Édom (ib. ch.3) 1 ; mais il 



1 Ce fut probablement dans cette guerre 
que les Moabites exercèrent contre le roi 



n'obtient pas de succès décisif. Selon 
le 2 e livre des Chroniques (ch.20), 
les Moabites , ayant pour alliés des 
Édomites, entreprirent même une 
guerre offensive contre Josaphat, roi 
de Juda x . Environ cinquante ans plus 
tard, nous les voyons attaquer le 
royaume d'Israël sous Joas (II Rois, 
13, 20). Dans un oracle prononcé 
contre Moab(Is. ch. 15 etl6), le pro- 
phète Isaïe parle de plusieurs villes si- 
tuées entre le Yabbok et l'Arnôn , sur 
le territoire des tribus de Gad et de 
Ruben, et il les présente comme 
villes moabites. On peut conclure de 
cet oracle que les Moabites s'étaient 
emparés de ces villes, après que Phou! 
et Tiglathpilesar, rois d'Assyrie , eu- 
rent emmené en captivité les deux 
tribus israélites (I. Chron. 5, 26). 
Nous les trouvons plus tard , comme 
les Ammonites, auxiliaires des Chal- 
déens contre les Juifs. Nous avons déjà 
dit que, selon Josèphe, les deu* peu- 
ples furent à leur tour subjugués par 
les Chaldéens , mais aucun auteur 
ancien ne nous dit qu'ils aient été 
emmenés en exil. 

Après l'exil de Babylone, il est peu 
question des Moabites. On peut con- 
clure d'un passage de Daniel (ch. 11, 
v. 41) qu'ils ne furent pas molestés 
sous l'empire macédonien. Josèphe 
les nomme parmi les Arabes vaincus 
par Alexandre Jannée, roi des Juifs 2 . 
Plus tard ils ne sont plus mentionnés 
comme peuple indépendant, et leur 
nom s'efface dans la grande famille 
des Arabes. — Le dieu national des 
Moabites était Chamôs, que quelques- 
uns croient identique avec Baal-Pheôr. 

Les principales villes des Moabites 
étaient Ah-moab (appelée aussi Rab- 

d'Édom les cruautés dont parle le prophète 
Amos (ch. 2, v. I). 

1 II n'est pas probable que le 2* liv. des 
Rois (ch. 3) et le 2 e des Chroniques (ch. 2c») 
parlent du même événement. Les différences 
des détails dans les deux relations sont trop 
notables , pour que nous puissions admettre 
que l'auteur des Chroniques se soit permis 
de déligurer ainsi les faits, comme le sou- 
tient Gesénius dans son Commentaire sur 
Isaïe , t. 1 , p. 502. Nous reviendrons sur ce 
sujet dans l'histoire des Hébreux. 

2 Antiqu., 1. MU, c. 13, § 5. 



PALESTINE. 



$7 



balh-moab, c'est-à-dire capitale de 
Moab) et Kik-Moab. Cette dernière , 
appelée plus tard Kerek, était une 
ville très-forte, encore au moyen âge. 
Saladin l'assiégea en vain en 1183. 
Maintenant c'est un bourg, qui est 
encore défendu par quelques fortifi- 
cations. 

C. Les Édomites ou Iduméens. 

Le père des Édomites fut Ésaû , fils 
d'Isaac, qui, selon les traditions des 
Hébreux, avait recule surnom d'É- 
dom (rouge), parce qu'il vendit son 
droit d'aînesse pour un plat de lentille, 
de couleur rougeâtre, ou parce qu'il 
sortit tout rouge du sein de sa mère 
(Gen. ch. 25, v. 25 et 30). Il s'établit 
sur la montagne de Séir, maintenant 
Scherah, qui s'étend du S. E. de la 
mer Morte au golfe Élanitique. La Ge- 
nèse (ch. 36) nous donne la table gé- 
néalogique de ses descendants, qui 
s'étendirent sur le mont Séir, au dé- 
triment des Horites, ses habitants pri- 
mitifs. Us se répandirent aussi au N. 
E. jusqu'aux limites de Moab, dans le 
pays appelé, par les Grecs, Gebalène, et, 
parles Arabes, Djebâl. Ils se divisè- 
rent en différentes tribus, dont cha- 
cune avait un chef appelé Allouph. 
Théman, petit-fils d'Ésaii, fut un des 
chefs les plus célèbres des tribus édo- 
mites , et ses descendants, les Théma- 
nites, étaient renommés pour leur sa- 
gesse. Les habitants du Djebâl avaient 
introduit chez eux, de bonne heure, 
la royauté élective 1 , tandis que ceux 
du mont Séir conservèrent leur cons- 
titution patriarchale. Ceux-ci accordè- 
rent le passage aux Hébreux (Deut. ch. 
2, v. 4 et 29), tandis que le roi d'É- 
dom le leur refusa (Nomb. 20, 18). 
Plus tard nous trouvons les Édomites, 
comme les autres peuples voisins, 
toujours en guerre avec les Hébreux. 

x Voy. Genèse, ch. 36, v. 31-39, etl Chron. 
ch. I , v. 43-50. On y voit clairement que la 
royauté ne passait pas du père au fils ; car 
nous y trouvons une série de rois étrangers 
les uns aux autres, et natifs de différentes 
contrées. Plus tard cependant, la royauté 
devint héréditaire; car sous Salornon, il est 
question d'un prince édomite, nommé Ha- 
aad, qui était de race royale (I Rois, ch. Il , 
V. 14). 

7c Livraison (Palestine.) 



Saûl Tes combattit avec succès; sous 
David, les généraux Joab et Abisaï 
les soumirent complètement , et Da- 
vid mit des garnisons dans leurs villes. 
Salornon équipa des vaisseaux dans 
leur port d'Asiongaber (1 Rois, 9, 
26). Vers la fin du règne de Salornon, 
un prince édomite qui s'était enfui en 
Egypte, du temps de David, essaya 
de reconquérir l'indépendance de son 
peuple (1 Rois, ch. 11), mais il pa- 
raît qu'il n'y réussit pas. Après le 
schisme, les Edomites restèrent tribu- 
taires des rois de Juda. Encore sous 
Josaphat, ils n'avaient pas de rois in- 
dépendants, mais de simples gouver- 
neurs, vassaux de Juda, et leurs ports 
de mer sur le golfe Élanitique étaient 
an pouvoir des Juifs (ib. ch. 22, v. 
48 et 49). Sous Joram, enfin, ils se ren- 
dirent indépendants, et ils eurent dès 
lors leurs propres rois (2 Rois, 8, 
20). Soumis de nouveau par Amasia 
etOuzia, ils prirent l'offensive sous 
Achaz, et ils firent des prisonniers 
parmi les Juifs (2 Chron. 28, 17). A 
la même époque ils profitèrent d'une 
attaque dirigée par les Syriens contre 
la Judée, pour se remettre en posses- 
sion d'Élath(2Rois, 16, 6). Depuis ce 
temps, il n'est plus question des Édo- 
mites dans l'histoire des rois de Juda. 
Il paraît qu'ils conservèrent leur indé- 
pendance jusqu'à l'invasion des Chal- 
déens, auxquels ils durent se soumet- 
tre (Jérémie, ch. 27, v. 3 et 6), sans 
pourtant être emmenés en exil. Pen- 
dant l'exil des Juifs , ils s'emparèrent 
de la partie méridionale de la Judée ; 
ils possédèrent même Hébron, d'où ils 
furent chassés par Judas Maccabée (1 
Maccab. 5, 65). Jean Hyrcan les 
soumit entièrement et les força d'em- 
brasser le judaïsme. Avec *Hérode 
une dynastie iduméenne monta sur le 
trône de la Judée. Peu de temps avant 
le siège de Jérusalem par Titus, les 
Iduméens arrivés dans cette ville pour 
la défendre s'y abandonnèrent à des 
excès abominables. On en trouvera 
les détails dans l'histoire des Juifs. 
Depuis cette époque le nom d'Édom 
disparaît de l'histoire. 
Lescapitales du pays d'Édom étaient 



iî8 



L'UNIVERS. 



°Séla (appelée par les Grecs Petra) et 
BosrA , gif il ne faut pas confondre 
avec la ville de Bostra dans le Hau- 
rân '. Près du golfe Élanitique étaient 
les villes (ÏÈlath et à'Asion-gaber. 
Théman étaient situé , selon saint Jé- 
rôme, à cinq milles de Petra. Nous 
renvoyons pour les détails géographi- 
ques à la description de l'Arabie. Le 
territoire des Édomites fait partie de 
Y Arabie Pétrée. 

D. Les Amalécites. 

"Amalek, un des peuples les plus 
anciens de l'Arabie, et appelé, dans 
un oracle de Bileam, le commence- 
ment des nations (Nomb. 24 , 20), 
avait ses demeures à l'ouest des Édo- 
mites 2 . Les traditions arabes varient 
sur son origine; les unes le font des- 
cendre de Cham , les autres de Sera. 
La Bible le mentionne, pour la pre- 
mière fois, en parlant de l'expédition 
<le Kedorlaomer, roi d'Elâm, qui 
frappa les campagnes d'Amalek (Gen. 
14, 7); mais ce passage ne prouve 
pas que les Amalécites aient existé 
a cette époque, et il est plus probable 
que l'auteur de la Genèse s'est servi des 
mots campagnes d'Amalek par anti- 
cipation. Josèphe ( Ant. II , 1 , 2 ) les 
fait descendre d'Amalek, petit-fils d'É- 
saù (Gen. 36, 12). 

Les Amalécites furent les premiers 
à s'opposer aux Hébreux sortis d'E- 
gypte; ils furent battus dans la vallée 
de Raphidîm. Dès lors une haine im- 
placable futjurée aux Amalécites. Plus 
tard , lorsque les Hébreux , malgré 
la défense de Moïse, voulurent s'a- 
vancer vers le pays de Canaan, ils 
furent battus parles Amalécites, alliés 
des Cananéens. Dans la période des 
juges nous les voyons plusieurs fois 
prêter secours aux ennemis des Hé- 
breux (Juges, 3, 13; 6 , 3). Samuel 
ordonna à Saùl de faire aux Amaléci- 
tes une guerre d'extermination; mais 

1 Voy. notre Topographie , page 70. 

* Il résulte de la combinaison de différents 
passages de la Bible, ou il est question des 
Amalécites, que ce peuple habitait différen- 
tes contrées, mais que son siège principal 
se trouvait entre les Philistins, les Égyptiens, 
les Iduraéens et le déserl du Sinaï. 



Saùl épargna le roi Agag * , qui fut 
ensuite tué par Samuel. David, avant 
d'être proclamé roi , les attaqua avec 
un certain nombre de ses partisans, 
et leur fit beaucoup de mal (I Sam. 
ch. 30). Nous les trouvons aussi parmi 
les peuples soumis par David dans 
les premiers temps de son règne (2 
Sam. 8, 12), et depuis cette époque 
nous ne les voyons plus reparaître. Du 
temps d'Ézéchias, SOOSiméonites se 
dirigèrent du côté du mont Séir, bat- 
tirent les débris des Amalécites, et 
s'établirent dans leur pays (I Chron. 
ch. 4, v. 42 et 43). 

E. Les midianites. 

Après la mort de Sarah , Abraham 
épousa une seconde femme appelée 
Ketoura;il eut avec elle plusieurs fils, 
dont le quatrième fut Midian. C'est 
de lui que descendent les Midianites 
Déjà du temps de Jacob cette famille 
faisait un commerce de caravanes en- 
tre Gilead et l'Egypte, en passant par 
Sichem (Gen. 37, 28). La Bible ne 
nous offre pas de données suffisantes , 
pour indiquer avec précision le pays 
où étaient établis les Midianites. Mais 
les géographes arabes du moyen âge 
parlent encore des ruines de la ville 
de Madian, situées à l'est du golfe 
Élanitique, et il est probable que le 
siège principal des Midianites était au 
nord de la mer Rouge, et s'étendait à 
l'est de l'Idumée jusque vers les plai- 
nes de Moab. Ce fut dans ces plaines 
qu'un ancien roi d'Édom combattit les 
Midianites (Gen. 36,35); une bran- 
che nomade de ce peuple vivait dans 
les environs des monts Horebet Sinaï, 
sous le prêtre Jethro (Exode, 3,2). 
Le gros de la nation s'allia avec les 
Moabites contre les Hébreux, campés 
dans les plaines de Moab ( Nomb. 22 , 
4). Les deux peuples essayèrent de 
combattre les Hébreux par les malé- 
dictions de Bileam et par le culte sé- 
duisant de Baal-Pheor. Moïse attaqua 
les Midianites avec douze mille hom- 
mes , qui en firent un grand carnage 

1 De ce roi descendit, selon les traditions 
juives, Haman VJgagite, ministre d'Assué- 
rus. 



PALESTINE. 



99 



et tuèrent cinq de leurs princes (ib.ch. 
31). Environ deux siècles et demi 
après la conquête du pays de Canaan 
par les Hébreux, les Midianites 
étaient devenus assez puissants pour 
opprimer les Hébreux pendant sept 
ans. Tous les ans ils faisaient une in- 
vasion et détruisaient les produits du 
pays, les blés, les fruits et les bestiaux. 
Ils furent enfin attaqués par Gédeon , 
qui les vainquit dans plusieurs com- 
bats. La défaite des Midianites fut 
complète; et depuis cette époque ils 
ne pouvaient plus se relever ( Juges , 
en. 6-8) Ce fut là une des victoires les 
plus éclatantes des Hébreux, et elle 
retentit encore longtemps dans les 
chants de leurs poètes «. 

La tribu àÉpha descendit du fils 
aîncde Midian(Gen. 25, 4). Midian 
et Épha étaient très-riches en cha- 
meaux (Is. 60, 6). 



LIVRE III. 

HISTOIRE DES HÉBREUX. 



Au milieu des nations que nous 
avons vues passer comme des ombres 
sur le sol sacré de la Palestine, et 
dont les noms ont à peine échappé à 
l'oubli , il se présente un peuple célè- 
bre par sa fortune et ses revers , plus 
célèbre encore par l'influence qu'il 
a exercée sur une grande partie 
du genre humain. Quoiqu'il ne fût 
point appelé à fonder un grand em- 
pire, à subjuguer les hommes par la 
force des armes, quoiqu'il n'excite 
point notre étonnement par des faits 
éclatants, ni par de grands monu- 
ments d'art et de science, et qu'aucune 
ruine même ne signale son existence 
sur le sol qu'il a habité près de quinze 
siècles , son nom impérissable restera 
toujours gravé dans la mémoire des 
hommes. Son monument c'est le li- 
vre des livres, ce flambeau qui a 
éclairé les peuples et qui doit les 

L* y°ï' Ps - 83 » v - I0 et I2 5 Is aïe, 9,3:io, 
26;Habac. 3, 7. - - - 



éclairer encore; ses ruines , c'est lui- 
même, dispersé au nord , au midi, à 
l'est, à l'ouest, survivant à tous ses 
revers, renaissant toujours de ses 
cendres et se tenant par un lien in- 
visible, par une idée. La mission qui 
lui a été confiée n'est pas de ce monde; 
il a pu se méprendre quelquefois sur 
sa destinée et rêver par moments 
une grandeur terrestre; mais l'éclat 
dont quelques-uns de ses rois ont su 
s'entourer était l'œuvre d'un moment, 
qu'un autre moment venait anéantir. 
Car il ne devait posséder sur la terre , 
que tout juste l'espace qu'il lui fallait 
pour se déployer, pour vivre sa vie 
terrestre, pour se pénétrer de sa mis- 
sion et développer son idée, jusqu'à 
ce que le moment fût venu de la com- 
muniquer au monde étonné, et d'éle- 
ver son étendard sur les ruines des 
puissants empires , sur les tombeaux 
des grandes nations. La mission des 
Romains fut la glorification de la 
force humaine qui devient pous- 
sière; la mission des Hellènes fut l'art 
ou la glorification de la beauté exté- 
rieure, qui est vanité; h mission du 
peuple hébreu fut au delà de la terre 
et des belles formes de la nature ; 
elle se résume dans ces mots : Con- 
naître Dieu et le faire connaître, 
non par les détours d'une subtile 
métaphysique, mais par une ré- 
vélation immédiate, par les inspi- 
rations de la foi. Nous tenons ainsi 
les deux points extrêmes de son his- 
toire. Elle commence avec le patriar- 
che qui, le premier, au milieu de 
peuples idolâtres, adorateurs de la 
nature créée, proclama l'existence 
d'un Dieu créateur ; elle finit par le 
Messie, c'est-à-dire par le triomphe 
de la foi monothéiste sur le poly- 
théisme des gentils. Dès que la terre 
des païens accueille les germes de 
cette foi , le peuple hébreu a terminé 
son existence politique sur le sol où 
la foi devait se développer et mûrir ; 
mais il survit à sa ruine et il continue 
à exister comme société religieuse, 
parce que, selon lui, le triomphe 
n'est pas accompli. 
Voulant résumer dans cet ouvrage 



JOO 



L'UNIVERS. 



tous les événements qui se sont passés 
sur le sol de la Palestine, nous devons 
raconter l'histoire du peuple hébreu , 
depuis le patriarche Abraham jusqu'à 
la dernière destruction du sanctuaire 
national par l'empereur Titus. 

Ce long espace de plus de deux 
mille ans se divise en deux portions 
bien distinctes marquées par une in- 
terruption dans l'existence politique 
des Hébreux et par une émigration 
qu'on appeUel'exilde Babylone, et qui 
est suivie d'une restauration partielle. 
Chacunede ces deux grandes divisions 
présente un caractère distinct; le 
nom même du peuple est différent 
dans les deux époques. Les événe- 
ments qui précèdent l'exil forment 
l'histoire des Hébreux proprement 
dite; après l'exil commence V histoire 
des Juifs. Chacune des deux histoires 
se divise naturellement en différentes 

Ï>ériodes marquées par ses origines, 
es phases de son développement et son 
déclin. Nousdistinguonsdans l'histoire 
des Hébreux les périodes suivantes : 

1° ORIGINES DU PEUPLE HÉBREU : 

Une famille araméenne, venue de la 
Mésopotamie , s'établit dans le pays 
de Canaan, et s'y accroît peu à 
peu. Tribu nomade, elle va en 
Egypte , où , dans l'espace de plusieurs 
siècles , et restant longtemps sous le 
joug d'une dure servitude, elle devient 
un peuple puissant. Un homme ins- 
piré du Dieu créateur , des antiques 
traditions de sa race, se fait son libé- 
rateur et son législateur. II reconduit 
son peuple à travers le désert jus- 
qu'aux limites du pays dont les tradi- 
tions avaient fait son patrimoine, et 
où le culte monothéiste devait s'éta- 
blir et recevoir ses développements. 
Cette période commence par l'arrivée 
d'Abraham au milieu des Cananéens , 
et elle finit pir la mort de Moïse. Elle 
dure plus de six siècles. 

2° ÉTABLISSEMENT SUCCESSIF 
DANS LE PAYS DE CANAAN : JUGES. 

Les Hébreux, conduits par Josué, 
disciple et successeur de Moïse, s'em- 
parent d'une grande partie de la terre 
promise; des chefs courageux se met- 
tent successivement à la tête du peu- 



ple , et le guident dans sa lutte contre 
les ennemis dont il est entouré. Les 
institutions de Moïse , sa doctrine reli- 
gieuse, trouvent de grands obstacles 
à s'établir d'une manière permanente. 
De graves désordres et une anar- 
chie complète menacent le nouvel 
État d'une ruine totale. Un lévite vient 
enfin restaurer l'édifice chancelant 
de Moïse; il fait faire à la doctrine 
mosaïque un grand pas, mais il n'est 
pas capable de ramener le peuple au 
principe pur de la théocratie. Se 
voyant obligé d'abdiquer son autorité 
temporelle en faveur d'un roi, que le 
peuple le charge d'élire , il jette les 
fondements d'un institut qui devait 
spiritualiser le culte mosaïque et 
protéger le principe théocratique placé 
en regard de la royauté. Josué se 
trouve à la tête de cette période , et à 
l'autre extrémité nous voyons Samuel 
et le roi Saùl. Elle dure environ qua- 
tre cent cinquante ans. 

3° royaume uni, de Saûl jusqu'à 
Salomon. — Toutes les tribus reçoi- 
vent avec enthousiasme le nouveau 
chef, qui doit enfin les délivrer de 
leurs dangereux voisins ; d'éclatants 
succès obtenus sur les Philistins, si- 
gnalent les premiers temps de son 
règne. Mais bientôt le roi excite le mé- 
contentement du vieux Samuel , et 
celui-ci, fort de son autorité et de 
son influence, va chercher, dans la 
tribu prépondérante de Juda, un 
nouveau roi selon son cœur. Saùl dé- 
couragé ne retrouve plus sa première 
énergie, il succombe dans un combat 
malheureux, et le nouvel élu, fort de 
toute la prépondérance de sa tribu, 
saisit le souverain pouvoir après une 
lutte de plusieurs années. Heureux 
dans toutes ses entreprises, David 
consolide l'État des Hébreux, qui, for- 
tement constitué, acquiert une étendue 
imposante et menace d'envahir les 
peuples d'alentour. La prospérité 
amène le luxe et celui-ci le despotis- 
me. Sous le règne de Salomon la fon- 
dation du sanctuaire national semble 
offrir un point central à toutes les 
tribus, et consolider la théocratie et 
les institutions mosaïques; mais le§ 



PALESTINE. 



toi 



-écarts du roi , sa complaisance pour 
ses femmes étrangères, son amour 
du luxe, ses entreprises commerciales 
avec des peuples lointains, sont en 
flagrante opposition avec la mission 
du peuple hébreu. L'imposant éclat 
du règne de Salomon peut cacher un 
moment les éléments de dissolution 
qu'il porte dans son sein; mais à la 
mort du roi , les germes de discorde 
longtemps étouffes ne tardent pas à 
porter leurs fruits , et le royaume se 
dissout après cent vingt ans d'exis- 
tence. 

4° boyaume divisé, de Reha- 
beam ( fioboam ) jusqu'à l'exil assy- 
rien. Le mécontentement général et 
la stupide tyrannie de Rehabeam dé- 
terminent promptement la dissolu- 
tion du royaume. Dix tribus recon- 
naissent un nouveau chef, les tribus 
de Juda et de Benjamin restent seu- 
les fidèles à la dynastie de David. Le 
nouveau royaume, supérieur parle 
nombre, mais privé de l'influence 
morale du sanctuaire national , s'é- 
carte.de plus en plus de la constitu- 
tion mosaïque; il adore Dieu dans des 
images et offre même son culte aux 
dieux étrangers. Le royaume ancien , 
réduit à une très-petite étendue , reste 
seul dépositaire des instituts reli- 
gieux , et seul est capable de marcher 
vers l'accomplissement de la mission 
divinedes Hébreux. Lesue%_/oyaumes 
s'affaiblissent mutuellement par des 
luttes continuelles; mais le plus grand 
est privé , dès son origine , du prestige 
d'une dynastie élue de Dieu. Déchiré 
par les factions , il change souvent de 
maître, et oubliant sa haute destinée, 
il cherche imprudemment des allian- 
ces parmi les nations étrangères. 
Pendant près de deux siècles et demi, 
il traîne une existence malheureuse 
^t souffrante, sans principe fixe, 
sans savoir où il va ; enfin , succom- 
bant aux attaques réitérées des Assy- 
riens, les dix tribus sont transportées 
sur un sol étranger. La dynastie da- 
vidique , malgré ses nombreux écarts , 
épuise moins rapidement sa force vi- 
tale. Les deux tribus gardent intactes 
les lois et les doctrines de Moïse. 



L'institut de Samuel se fortifie et se 
développe de plus en plus , à mesure 
que la meilleure partie du peuple, 
instruite par l'adversité, commence 
à pressentir que la domination de la 
maison de David ne sera jamais en- 
tourée d'un grand éclat terrestre et 
que sa prospérité appartient à un ave- 
nir lointain, à un âge d'or placé à la 
fin des temps. Au moment où le 
royaume d'Israël tombe , celui de Juda 
est restauré par le pieux Ezéchias , 
sous lequel le prophétisme et les es- 
pérances messianiques prennent le 
plus grand essor. 

5° BOYAUME DE JUDA, jusqu'à 

l'exil de Babijlone. — Les Assyriens 
échouent dans leur attaque contre le 
royaume de Juda. Après la mort du 
roi Ezéchias, son fils et son petit-fils 
favorisent de nouveau les cultes ido- 
lâtres. Josias enfin déploie la plus 
grande énergie pour le rétablissement 
du culte national et l'entière destruc- 
tion de l'idolâtrie. Mais les nombreu- 
ses secousses intérieures , les attaques 
du dehors ont déjà trop affaibli le 
petit royaume pour qu'il puisse en- 
core longtemps maintenir son indé- 
pendance. Instruit par le malheur, 
le peuple de Juda a enfin appris à 
connaître le vrai Dieu et il se jette 
sincèrement dans ses bras. Bientôt 
vaincu par les puissants Chaldéens,. 
il est emmené captif dans l'empire de 
Babylone et il peut y méditer sur son 
Dieu et sur sa loi et se préparer de 
nouveau pour sa mission divine. 
Juda a survécu à Israël cent trente- 
trois ans. 

Toute cette partie de l'histoire du 
peuple hébreu peut s'appeler l'époque 
hébraïque pure. Plus tard nous ver- 
rons les Juifs , après avoir été rétablis 
en Palestine par les Perses , subir 
l'influence grecque , reconquérir leur 
indépendance par le sublime dévoue- 
ment d'une famille de prêtres, et 
succomber glorieusement, après une 
lutte terrible, sous les attaques de 
l'empire romain. Nous indiquerons 
plus loin les différentes périodes de» 
cette seconde partie , qui forme l'his- 
toire des Juifs. 



ion 



L'UNIVERS. 



PREMIERE PERIODE. 

Origines du peuple hébreu. 

I. LES PATRIARCHES. 

De Sem, fils de Noé, la tradition 
biblique fait descendre, a la dixième 
génération , Abrâm. Son père Tharali, 
établi dans le pays des Chaldéens " , 
émigra avec l'intention de se rendre 
dans le pays de Canaan ; mais il s'arrêta 
à Harrân 2 , ville de la Mésopotamie, 
s'y établit , et y mourut à l'âge de deux 
cent cinq ans. Abrâm quitta Harrân 
à l'âge de soixante-quinze ans, soixante 
ans avant la mort de son père 3 , et se 
dirigea vers le pays de Canaan. Ce 
voyage d' Abrâm , dans lequel on pour- 
rait voir un manque de piété filiale , est 
motivé, dans la Bible (Genèse, 12, 1), 
par une vocation divine, et, dans les 
traditions juives et arabes, par les 
dangers qui menaçaient le pieux Abrâm 
dans la maison de son père, adonné, 
avec le fanatisme le plus effréné, 

1 La patrie de Tharah est appelée dans la 
Genèse (l , 28) Ur Casdim (Ur clés Chaldéens). 
Aramien (1. 25, c. 8) mentionne un château 
fort, nommé Ur, dans le noid de la Mésopo- 
tamie, entre le Tigre et NisiLe. Dans les mê- 
mes environs, au pied des montagnes Gor- 
diennes ou Curdes, Xénophon trouva des 
Chaldéens. Voyez Cyrop. 1. III , c. 2 ; Anabas. 
IV , 3 ; V , 5 ; YII , 8. La stérilité de cette con- 
trée, qui, selon Ammien, était un triste désert 
(cumne gramina quidem invènirentur), pou- 
vait motiver l'émigration de la famille de 
Tharah. Cependant nous sommes loin de 
croire que ces combinaisons suffisent pour 
fixer la situation d't/r Casdim. Dans la Bible 
Casdim désigne ordinairement l'empire ba- 
bylonien des Chaldéens fondé à une époque 
bien plus récente. Pour résoudre les difficul- 
tés historiques et philologiques qui se ratta- 
chent à cette queeUon, il faudrait entrer dans 
des détails qui ne seraient pas ici àleur place. 
Voy. Schlœzer, Des Chaldéens, dans le Re- 
per/onwmd'Eichhorn, t. VIII, p. H3etsuiv., 
ainsi que le travail publié récemment dans la 
Revue française, par M. Eugène Bore , et 
mon article Chaldéens dans le Dictionnaire 
de la conversation. 

2 Cette ville est appelée Kappat, Carrœ, par 
les auteurs classiques. Dans l'histoire romaine, 
elle est devenue célèbre par la défaite de l'ar- 
mée de Crassus. Dion Cass. , 1. 40, c. 25. 

3 Tharah avait 70 ans lors de la naissance 
d'Abràm (Gen. 1 1 , 26) , et il en avait 145 lors- 
que Abràm émigra. Ce serait donc par erreur 
que saint Etienne aurait dit dans les Actes 
des Apôtres ( ch. 7 , v. 4 ) qu' Abràm émigra 
de Harrân après la mort de son père. 



au culte des idoles. Un jour, dit la tra- 
dition , Abrâm , par l'ordre de Nemrod 
et sur l'accusation de Tharah , avait 
été jeté dans un four ardent , dont il 
fut sauvé par miracle 1 . Josèphe 
(Antiq. 1,7) parle d'un soulèvement 
des Chaldéens et autres habitants de 
la Mésopotamie. 

Abrâm fut accompagné de sa femme 
Saraï , de son neveu Lot et de tous ses 
gens. Arrivé dans le pays de Canaan, 
il eut , dans la contrée de Sichem , une 
vision dans laquelle Jéhova lui an- 
nonça que le pays appartiendrait un 
jour a sa postérité. 11 v éleva un autel , 
et un autre entre Betfiel et Aï , à l'en- 
droit où il avait fixé ses tentes, et 
après y avoir invoqué le nom de Jé- 
hova, il continua son voyage vers le 
midi. Ce furent probablement les ha- 
bitants du pays qui donnèrent à 
Abrâm, venu de Vautre coté (Éber, 
Ibr) de l'Euphrate, le surnom de 
Ibri, d'où vient celui d'Hébreu 2 . 

Une famine obligea Abrâm d'aller 
séjourner quelque temps en Éygpte. 
Craignant de voir enlever sa femme 
Saraï, qui était très-belle, et d'être 
lui-même l'objet de quelque violence , 
il lui demanda de se faire passer pour 
sa sœur, dont il était le protecteur 
naturel 3 . Le Pharaon ou roi d'Egypte, 

1 Voy. Beréschith Rabba, sect. 17 ; Para- 
phrase chaldaïque de Jonathan , Genèse h , 
28; AIkoràn, ch. 29, v. 23. 

2 Ibri f"\2V ou Hébreu signifierait donc 
Transjluvianus. D'autres le considèrent 
comme un nom patronymique , venant de 
Héber ou Éber, arrière- petit-lils de Sem et 
l'un des ancêtres d'Abràm. Mais la première 
étymologie est plus probable. 11 est a remar- 
quer que le nom d'ibrim , désignant les des- 
cendants d'Abràm de la ligne d'Isaac et de 
Jacob , ne leur est donné que par les nations 
étrangères. Généralement ils ne se servent 
eux-mêmes de ce nom qu'en parlant à des 
étrangers; entre eux ils s'appellent Bené 
Israël ou Israélites; on verra plus loin l'o- 
rigine de ce nom. 

3 Dans le langage des Hébreux, les motsfrère 
et sœur s'emploient dans le sens de parent, 
parente; c'est ainsi qu'Abrâm dit à Lot (Gen. 
13, 8) : Nous sommes frères. La tradition 
fait de Saraï la fille de Haran et la sœur de 
Lot , ce qui parait en effet résulter du texte de 
la Genèse ( u , 29 ). Le patriarche lui-même , 
dans une autre occasion , parait vouloir par 
là excuser son mensonge , en disant que sa 
femme était la fille (c'est-à-dire la petits» 
fille) de son père (voy. ib. 20, 12). 



PALESTINE. 



m 



ayant entendu parler de la beauté 
de Saraï, la lit venir en son palais; il 
traita Abrâm avec beaucoup de dis- 
tinction et lui fit de riches cadeaux en 
esclaves et bestiaux. Mais arrêté dans 
son projet par le châtiment céleste, et 
ayant su que Saraï était la femme d'A- 
brâm, il la rendit à son mari, les 
engagea à quitter le pays et les fit ac- 
compagner par ses gens. 

Abrâm revint de nouveau, avec 
Saraï et Lot , dans le pays de Canaan , 
à l'endroit où il avait élevé un autel 
en l'honneur de Jéhova, entre Béthel 
et Aï. Des querelles étant survenues 
entre les pasteurs d' Abrâm et ceux de 
Lot, Abrâm jugea que l'extension 
de leurs biens ne leur permettait plus 
de demeurer ensemble, et proposa à 
son neveu de se séparer de lui , en le 
laissant libre de choisir la contrée qui 
lui conviendrait. Lot s'établit dans le 
cercle du Jourdain , ou dans le Ghôr, 
aux environs de Sodom et de Gomor- 
rhe, dans un pays qui alors formait un 
riant jardin, mais qui bientôt devait 
être changé en une terre de désolation. 
Après le départ de Lot, Abrâm eut 
une nouvelle vision, dans laquelle le 
Dieu unique qu'il adorait lui renouvela 
ses promesses d'une innombrable pos- 
térité à laquelle appartiendrait tout le 
pays à l'entour. 11 vint demeurer alors 
dans le bois de Mamré près de Hébron , 
où il éleva un nouvel autel à Jéhova. 

Dans ces temps arriva l'invasion de 
Kedorlaomer, roi d'Élâm , par suite 
de la révolte de plusieurs rois de Pa- 
lestine qui étaient ses vassaux. Nous 
avons déjà parlé de cet événement , et 
on a vu comment Abrâm , averti que 
Lot avait été emmené parmi les cap- 
tifs, se mit à la poursuite des enne- 
mis. 11 les atteignit à l'extrémité de la 
Palestine, à l'endroit où s'éleva plus 
tard la ville de Dan 1 , et les ayant dé- 

1 Voy. ci-dessus, page 33. Le texte dit 
( Gen. 14, 14 ) : II les poursuivit jusqu'à 
Dan; mais cette ville ne pouvait pas exister 
alors , et Moïse lui-même ne pouvait la con- 
naître que sous le nom de Laïsch. 11 y a donc 
nécessairement ici quelque interpolation. 
Josèphe ( Antiqu. I, 10, § I ) prend ici Dan 
pour l'une des sources du Jourdain qui por- 
tait ce nom. 



faits, il continua à les poursuivre 
jusqu'à Hobah, au nord de Damas. 
Revenu de cette expédition avec tout 
le butin qu'il avait repris aux ennemis , 
il fut salué par Melchisédek , roi de 
Salem et prêtre du Dieu Très-Haut 1 , 
à qui il donna , selon l'usage établi , la 
dîme de tout ce qu'il avait pris. Il 
refusa généreusement de prendre pour 
lui la moindre partie du butin que lui 
offrait le roi de Sodom , et ne réclama 
que la part de ses alliés , les émirs 
Aner, Escol et Mamré. 

Abrâm, pénétré de reconnaissance 
pour le succès qu'il avait obtenu a l'aide 
de son Dieu, eut encore ici une de ces 
visions qui signalaient chaque événe- 
ment important de sa vie, et qui le for- 
tifiaient dans la foi en lui inspirant la 
plus grande confiance pour l'avenir. 
« Je suis ton bouclier. lui dit son Dieu, 
ta récompense sera très-grande. — 
Mais à quoi me servent tous ces biens, 
demande Abrâm, puisque je n'ai pas 
d'enfants et que mon héritage doit 
passer à l'intendant de ma maison? — 
Non , fut !a réponse ; ta postérité ser a 
nombreuse comme les étoiles du ciel ; 
je suis Jéhova qui t'ai fait sortir d'Ur 
en Chaldée, pour te donner ce pays 
en héritage. » Abrâm accomplit encore 
dans sa vision l'acte symbolique par 
lequel fut conclue son alliance avec 
Jéhova 2 ; il apprit que ses descendants 
reviendraient, après quatre siècles, de 
l'Egypte, après y avoir subi une longue 
servitude, et qu'ils prendraient pos- 
session du pays occupé par les Re- 
phaîm et les Cananéens. 

Après dix ans de séjour dans le 
pays de Canaan , Saraï , désespérant de 
donner elle-même un fils à Abrâm , 

1 Voy. ci-dessus, page 92. 

2 Dans cette vision, Abrâm tue plusieurs 
animaux qu'il coupe en morceaux, et il vo 
Dieu, sous la forme d'une flamme de feu., 
passer entre les morceaux. Saint Èphrem le 
syrien , dans son commentaire sur la Genèse 
(en. 15), dit que cet usage existait encore 
de son temps parmi les Chaldéens. Celui qui 
passe entre les morceaux découpés veut dire 
par cet acte symbolique : qu'il ait le sort de 
ces animaux , s'il rompt l'alliance. C'est de ceè 
usage que vient l'expression hébraïque cou- 
per une alliance; de même en grec ôpxiaxi- 
y.ve.tv, et en latin fœdus fer ire. 



104 



L'UNIVERS. 



le prie de prendre pour femme l'Egyp- 
tienne Hagar, sa servante. Celle-ci,*de- 
venue orgueilleuse, fait sentir son dé- 
dain à sa maîtresse qui s'en plaint 
amèrement à Abrâm. La servante 
livrée aux mauvais traitements de sa 
maîtresse jalouse, prend la fuite. 
Assise près d'une source dans le désert 
d'Arabie, elle reçoit la visite d'un 
messager de Dieu, qui lui annonce 
que le fils qu'elle porte dans son sein 
sera puissant un jour et aura une 
grande postérité , et il l'engage à re- 
tourner chez Saraï et à s'humilier de- 
vant elle. Revenue dans la maison 
d'Abrâm , elle lui donne un fils appelé 
Ismaël (Dieu exauce); Abrâm était 
alors âgé de quatre-vingt-six ans. 

Treize ans après cet événement, 
Dieu renouvelle son alliance avec 
Abrâm ; le nom (ÏJbrâm (père élevé) 
est changé en celui A' Abraham (père 
de la multitude), et la circoncision est 
instituée, comme symbole de la nou- 
velle alliance et comme signe distinctif 
des Abrahamides. Saraï reçoit le nom 
de Sarah (maîtresse, princesse), et 
Dieu promet à Abraham qu'il aura 
d'elle un autre fils dans lequel se perpé- 
tuera l'alliance divine. Quant à Ismaël, 
douze princes sortiront de sa souche 
et sa postérité sera très-nombreuse 1 . 

Abraham était arrivé à l'âge de 99 
ans, Sarah en avait 90. Un jour trois 
inconnus se présentent dans le bois de 
Mamré devant la tente d'Abraham ; le 
vieux émir, qui les prend pour des 
voyageurs, court au-devant d'eux, et 
les supplie de recevoir chez lui l'hospi- 
talité. Il s'empresse lui-même, ainsi 
que sa femme Sarah, d'apprêter le 
repas pour les étrangers , et ceux-ci , 
après avoir satisfait au désir d'Abra- 
ham , se font connaître comme messa- 
gers de Dieu 2 , et lui renouvellent 

1 V. sur ces douze princes , Genèse , c. 25, 
v. 13 et 14, et les traditions arabes dans le 
Spec. hist. Arab. de Pococke , p. 45 et suiv. 

2 Nous nous servons à dessein du mot mes- 
tager, traduction littérale du mot "jxb/D i 

pour laisser à ce mot le sens vague qu'il a 
lans les anciens livres des Hébreux, et nous 
évitons le mot ange , parce qu'il renferme 
a ne idée qui n'existait pas encore chez les 
débreux dans ces temps anciens , ou qui , du 



l'assurance que l'année prochaine Sa- 
rah aura un fils. La femme nonagénai- 
re , qui dans le fond de la tente entend 
cette prédiction, ne peut s'empêcher 
de rire; mais elle est blâmée par eux 
pour avoir douté de la toute-puissance 
divine, qui peut opérer en elle un mi- 
racle. 

La prochaine catastrophe de Sodom 
et des autres villes de la plaine de 
Siddim est révélée à Abraham, qui 
intercède auprès de Jéhova pour dé- 
tourner de cette contrée le juste châti- 
ment dont elle est menacée à cause 
des crimes de ses habitants. Le Dieu 
d'Abraham est la justice absolue qui 
doit récompenser le bon et punir le 
méchant ; mais il est aussi un Dieu 
de miséricorde, et Abraham espère 
encore que les crimes de Sodom se- 
ront pardonnes en faveur d'un petit 
nombre de justes qui peuvent s'y 
trouver. Mais comme il ne s'en trouve 
point, la chute de Sodom est inévita- 
ble. Deux des messagers célestes qui 
s'étaient présentés à Abraham vont à 
Sodom pour sauver Lot et sa famille. 
Lot, se trouvant le soir à la porte de 
la ville, voit arriver les étrangers et 
leur offre l'hospitalité dans sa maison. 
Les messagers acceptent ; mais bientôt 
les habitants de la ville entourent la 
maison et veulent forcer Lot de leur 
livrer ses hôtes. Le neveu d'Abraham 
s'oppose avec fermeté à leur violence ; 
frappés de cécité, ils essaient vaine- 
ment de pénétrer dans la maison. 
Alors les messagers révèlent à Lot ce 
qui doit arriver ; Lot, pressé de quitter 
ces lieux, veut emmener les deux 
fiancés de ses filles, ceux-ci ne voient 
qu'une plaisanterie dans les sincères 
avertissements du vieillard. Au lever 
de l'aurore, les messagers de Dieu, 
voyant que Lot hésite encore, le sai- 
sissent ainsi que sa femme et ses deux 
filles , et les déposent hors de la ville. 
La famille se retire à la petite ville de 
Soar (Segor). Bientôt une pluie de feu 
et de soufre consume Sodom et trois 
autres villes; la femme de Lot, dit la 

moins, n'était pas encore développée. Nous 
aurons l'occasion de revenir sur Vangélolo- 
gie de la Bible et sur ses développements. 



PALESTINE. 



105 



Genèse , qui s'était arrêtée pour regar- 
der ce spectacle, est changée en une 
statue de sel «. Lot craignant de rester 
à Soar, où il ne se croyait pas à l'a- 
bri du danger, se retire , avec ses deux 
filles, dans une caverne, et c'est ici 
que la Genèse place la naissance inces- 
tueuse de Moab et ÏÏAmmon. 

Après ces événements Abraham 
s'établit à Gerar. Le danger qu'il a 
couru en Egypte, pour sa femme Sarah, 
se renouvelle à la cour du roi Abimé- 
lech, et, encore ici, il fait passer Sarah 
pour sa sœur. Celle-ci, malgré son 
âge avancé, est conduite dans le ha- 
rem du prince ; mais averti dans un 
songe, Abimélech rend Sarah à son 
mari , à qui il fait de riches cadeaux. 

Selon la promesse des messagers 
divins, Sarah met au monde un fils qui 
reçoit le nom à' Isaac, du mot hébreu 
yishak (on rit) ; tout le monde, disait 
Sarah, rira en entendant cette nouvelle. 
A un festin qu'Abraham donne à l'oc- 
casion du sevrage d'Isaac, Sarah voit un 
rire moqueur sur le visage d'Ismaël , 
fils d'Hagar, et elle exige de nouveau 
le bannissement de la servante et de 
son fils. La mère et le fils errent dans 
le désert de Beerséba, et ils sont sur 
le point de mourir de soif, lorsqu'une 
voix du ciel les console et leur donne 
du courage. Une fontaine se présente 
à leurs regards et ils se désaltèrent. 
Ismaël grandit dans l'exil et devient 
habile archer-, sa mère le marie avec 
Une Égyptienne. 

Quanta Abraham, le roi Abimélech 
lui offre son alliance, et ils se jurent 
mutuellement une éternelle fidélité. 
Abraham plante un bois de tamariscs 
auprès du puits qui, de cette alliance, 
avait reçu le nom de Beerséba (puits 
de serment) , et il consacre encore cet 
endroit par l'invocation de Jéhova, le 
Dieu éternel. 

Après avoir séjourné longtemps 
dans ces contrées, la piété d'Abraham 
est mise à la plus dure épreuve. Dieu , 
dit la tradition de la Genèse, lui or- 
donna d'immoler son fils Isaac. Déjà 
Abraham est sur le point de consom- 

1 Voy. ci-dessus, page 17, 2 e colonne, note I . 



mer le cruel sacrifice, lorsqu'il est ar- 
rêté par une voix céleste qui lui apprend 
que Dieu se contente de cette preuve | 
qu'il lui a donnée de son dévouement. 
Au même moment Abraham aper- 
çoit un bélier devant lui , et il l'immole 
au lieu de son fils. A cette occasion 
Dieu renouvelle à Abraham la pro- 
messe d'une nombreuse postérité. 

Sarah meurt, immédiatement après, 
âgée de cent vingt-sept ans ; Abraham 
achète un souterrain, près de Hébron, 
pour en faire un tombeau de famille, 
et il y enterre sa femme. 

Voulant marier Isaac, mais éprou- 
vant de la répugnance pour les tilles 
des Cananéens, Abraham charge 
son intendant d'aller en Mésopota- 
mie chercher une femme pour son 
fils. L'intendant, arrivé près de la 
ville de Harrân , se repose, avec ses 
chameaux, auprès d'une fontaine, où 
les filles de la ville venaient puiser de 
l'eau. Je demanderai à boire , se dit le 
serviteur d'Abraham , et celle qui me 
répondra : Bois, et puis je puiserai aus- 
si pour tes chameaux , sera la femme 
que Dieu a destinée au fils de mon maî- 
tre. Il se trouve que celle que l'inten- 
dant reconnaît à ce signe , est Re- 
becca , fille de Bethuël , et petite-fille 
de Nahor, frère d'Abraham. L'inten- 
dant se fait connaître aux parents 
de Rebecca,qui consentent avec joie 
à son mariage avec Isaac. Rebecca part 
pour la Palestine ; un soir Isaac, étant 
allé faire une promenade , voit arriver 
le fidèle serviteur, qui lui amène sa 
fiancée; il la conduit dans la tente de 
sa mère Sarah, elle devient sa femme 
et le console de la perte de sa mère. 

Abraham , âgé alors de cent qua- 
rante ans, prend une seconde femme, 
nommée Ketoura, qui lui donne encore 
six fils. Il leur fait des présents et les 
renvoie de la Palestine , où son héri- 
tage doit passer à son fils Isaac. Celui- 
ci qui avait quarante ans lors de son 
mariage , reste vingt ans sans enfants. 
Enfin Dieu exauce ses prières, et Re- 
becca lui donne deux jumeaux. Celui 
qui le premier a vu le jour est appelé 
Esaûy le second reçoit le nom de Ja- 
cob. Abraham a vécu assez longtemps 



106 



L'UNIVERS. 



pour voir s'accomplir la promesse du 
ciel dans la postérité d'Isaac; il meurt 
quinze ans après la naissance des deux 
frères, à l'âge de cent soixante-quinze 
ans, et il est enterré par Isaacet Is- 
maël dans son tombeau de famille, au- 
près de sa femme Sarah. 

En résumant ce que la Bible nous 
raconte de la vie d'Abraham , nous 
avons laissé au récit sa couleur primi- 
tive; mais nous devons dès à présent 
faire quelques remarques qui pourront 
s'appliquer à toute l'histoire des Hé- 
breux. En voulant dépouiller les récits 
bibliques de ce qu'ils ont de merveil- 
leux et parfois d'incroyable, en vou- 
lant résoudre toutes les difficultés, 
éliminer toutes les contradictions, 
l'historien risquerait de se faire com- 
mentateur et de substituer aux faits 
ses opinions individuelles. L'histoire 
biblique, et surtout celle des patriar- 
ches, présente des difficultés insolu- 
bles, du moment où on la considère 
comme l'ouvrage d'un historien ayant 
la conscience de sa mission et voulant 
raconter des faits historiques. L'au- 
teur de la Genèse a puisé à différentes 
sources, et il a aussi intercalé dans 
son récit certaines traditions et légen- 
des dans lesquelles le peuple avait em- 
belli l'histoire des patriarches. Sans 
s'occuper à rechercher les vérités his- 
toriques qui pouvaient être cachées 
sous les traditions populaires, et à 
coordonner les faits dans un ordre 
systématique, il a simplement recueilli 
les traditions écrites ou orales au fond 
desquelles on pouvait découvrir le Dieu 
unique se faisant connaître à de sim- 
ples mortels et les guidant par une 
protection toute particulière. Cette 
protection était visible, n'importe la 
forme sous laquelle elle se manifes- 
tait. Dieu se manifeste tant de fois à 
Abraham, n'importe que le patriarche 
voie la Divinité dans un rêve, ou par 
l'effet de son imagination exaltée, 
ou que la tradition populaire explique 
ces manifestations par le message de 
certains êtres intermédiaires, supé- 
rieurs à la nature de l'homme, et par- 
ticipant de l'essence divine ; ce qu'il 
s'agit de constater, c'est qu'Abraham 



a reconnu l'Être suprême, qu'il Ta 
adoré, qu'il a publiquement proclamé 
son existence, en lui consacrant des 
autels dans différents endroits. Les 
récits tels qu'ils nous sont parvenus 
ont essentiellement le caractère mythi- 
que. Le mythe est un fait historique 
amplifié et développé par les traditions 
populaires; celui qui le raconte se fait 
l'écho de la voix du peuple, sans qu'il 
cherche à se rendre compte lui-même 
du fait nu qui sert de base au mythe. 
Mais il y a cette immense différence 
entre la mythologie hébraïque et celle 
des païens, que celle-ci , divinisant les 
différentes facultés de la nature, ne 
sait pas s'élever au-dessus des choses 
créées , tandis que, pour l'Hébreu, la 
nature , ses -facultés, ses lois, dispa- 
raissent et s'effacent complètement 
devant le Dieu créateur, qui intervient 
d'une manière immédiate dans ce qui 
concerne l'humanité et les individus. 
Les dieux des païens , comme êtres 
finis et limités, ont une histoire; le 
Dieu des Hébreux , l'être infini , n'en 
a point; car il n'est pas soumis à la 
contingence , il est au-dessus du temps 
et de l'espace, il intervient, toujours 
le même , dans l'histoire du peuple 
dont il est le guide. L'Hébreu oublie 
la nature devant Dieu , à tel point que 
son langage manque d'expressions 
pour désigner les phénomènes natu- 
rels ; il n'a pas de mots pour dire : il 
pleut, il tonne , il neige , mais il dit : 
Dieu fait pleuvoir, Dieu donne des 
voix et des éclairs, Dieu donne de 
la neige. Souvent on n'a qu'à traduire 
les expressions hébraïques dans notre 
langage vulgaire , pour se rendre 
compte de ce qu'il y a d'extraordinaire 
dans les récits de certains événements, 
lors même que ces événements sont 
rapportés par des contemporains et 
qu'il ne peut pas être question de 
mythes, qui ne peuvent se former 
qu'après un certain temps. 

En nous plaçant à ce point de vue, 
nous ne serons'plus choqués des con- 
tradictions et des invraisemblances 
que nous rencontrons à chaque pas 
dans l'histoire des patriarches; nous 
n'essayerons pas de nouvelles explica- 



PALESTINE. 



ior 



tions , et nous ne nous occuperons pas 
même des essais infructueux qui ont 
été faits jusqu'ici. Ainsi, dansThistoire 
d'Abraham , nous ne chercherons pas 
à savoir comment il se fait queSarah, 
âgée de soixante-cinq ans, est enlevée 
pour le harem du Pharaon d'Egypte, 
et, ce qui est bien plus extraordi- 
naire, comment sa vertu court en- 
core les mêmes dangers à la cour 
du roi de Gerar, lorsque, âgée de 
quatre-vingt-dix ans , elle reconnaît 
elle-même son état de décrépitude, et 
refuse de croire à la naissance dulils 
que lui annoncent les messagers de 
Dieu '. Nous ne rechercherons pas 
si les deux récits n'ont pour base qu'un 
seul événement raconté différemment 
dans les documents anciens dont l'au- 
teur de la Genèse a pu se servir, et si 
l'aventure analogue racontée dans 
l'histoire d'Isaac et de Rebecca n'est 
que la reproduction de ce même évé- 
nement, puisé à une troisième source, 
sans que l'auteur ait soumis les diffé- 
rents documents à une critique sé- 
vère. — Nous n'examinerons pas si 
réellement Dieu a voulu éprouver 
Abraham , en lui ordonnant d'immo- 
ler son fils , ou si le patriarche, dans 
un rêve produit par son exaltation , a 
cru recevoir cet ordre, et si , revenu à 
lui-même, il a reconnu qu'un pareil 
acte ne saurait être agréable à Dieu ; 
ou si toute cette histoire n'est qu'une 
fiction poétique qui devait peindre le 
dévouement d'Abraham. Ces problè- 
mes et une foule d'autres ont beau- 
coup occupé les rabbins , les Pères de 
l'Église et les critiques modernes ; les 
vénérables documents de la Genèse 
ont fourni matière tantôt à des subti- 
lités scolastiques, tantôt à des com- 
mentaires argutieux ou à des plaisan- 
teries sans dignité. Mais avant tout, 
en lisant la Bible avec le respect qui 
lui est dû, il faut aussi se pénétrer du 
sentiment poétique , qui anime ce mo- 
numentdivin des anciens âges. La Ge- 
nèse, et, jusqu'à un certain point, 
toute la Bible, est une épopée dans 

1 Saint Éphrem prétend que Sarah avait re- 
couvré sa jeunesse et sa beauté; mais le texte 
n'en dit rien. 



la sphère du monothéisme , comme 
le sont l'Iliade et l'Odyssée dans la 
sphère du polythéisme grec. L'histo- 
rien peut chercher à reconnaître dans 
l'épopée plusieurs vérités historiques 
incontestables; mais il renoncera à 
se rendre un compte exact des dé- 
tails que l'imagination poétique et les 
croyances populaires ont amplifiés et 
transformés en mythes. 

Ainsi ce que nous pouvons admet- 
tre comme historique dans la vie d'A- 
braham , c'est son émigration de la 
Mésopotamie et son établissement au 
milieu des Cananéens devant lesquels 
il proclame ouvertement l'existence 
du Dieu unique, dont les traditions 
s'étaient conservées probablement 
parmi jes descendants de Sem. Il 
va en Egypte et il en revient avec la 
confiance que le pays qu'il a choisi 
pour demeure appartiendra à sa posté- 
rité et sera consacré un jour au culte 
de ce Dieu qui est devenu son guide. 
Il vit en bonne intelligence avec les 
habitants du pays, et les protège avec 
désintéressement contre les ennemis 
venus du dehors. Il institue la circon- 
cision comme signe extérieur de son 
allianceavec Dieu. Dans un âge avancé, 
il espère encore avoir un fils de sa 
femme légitime, presque aussi âgée 
que lui; et ce vœu , qui occupe toute 
sa pensée, est enfin exaucé. Ce fils 
dans lequel se concentrent toutes ses 
espérances, parce qu'il est seul digne 
d'hériter et de propager sa foi, il est 
prêt à le sacrifier, lorsqu'il croit un 
moment que ce sacrifice peut être 
agréable à la Divinité; mais bientôt il 
est désabusé: le fils de Sarah, son héri- 
tier légitime, lui est conservé , et pnr 
Ismaël et les fils de Ketoura , il devient 
le père des nombreuses tribus de l'A- 
rabie. 

La famille d'Abraham devient le 
centre de la croyance monothéiste. 
Le patriarche reconnaît Jéhova 
comme le créateur du ciel et de la terre 
(Gen. 14, 22), et il voit en lui la jus- 
tice absolue, le juge de toute la terre , 
qui récompense le bon et qui punit le 
méchant , mais qui , dans sa bonté , 
pardonne aussi au coupable pour Ta- 



108 



L'UNIVERS. 



mour du juste (ib. 18, v. 25 et 26). 
Ainsi, sur le seuil de l'histoire des Hé- 
breux nous rencontrons dans Jéhova 
le Dieu universel, et non pas un Dieu 
national ou le Dieu local de la Pales- 
tine, comme l'ont prétendu quelques 
critiques bornés. Avec Moïse cette 
croyance deviendra la religion d'un 
peuple, le culte consacré, à Jéhova 
aura d'abord un caractère local ; mais 
sous les prophètes nous verrons le mo- 
nothéisme se spiritualiser de plus en 
plus et se préparer à devenir la reli- 
gion universelle de l'humanité. 

Abraham n'est pas inconnu à l'his- 
toire profane. Bérose, cité par Josè- 
phe 1 , parle d'un homme juste, grand et 
versédans les choses célestes, qui vivait 
parmi les Chaldéens à la dixième gé- 
nération après le déluge, et Josèphe 
croit avec raison qu'il est ici question 
d'Abraham. L'historien Nicolas de 
Damas, cité par le même auteur, dit 
qu'Abraham, sorti de Chaldée avec une 
armée, se rendit d'abord à Damas où 
il régna quelque temps avant d'entrer 
dans la terre de Canaan. Josèphe ajoute 
que, encore de son temps, un village 
des environs de Damas fut appelé la 
demeure d' Abraham. Selon Justin 
(1. 36, c. 2), Abraham fut le qua- 
trième roi de Damas. Les livres des 
Sabéens parlent des croyances mono- 
théistes d'Abraham et des dissensions 
qui s'élevèrent à ce sujet entre lui et 
les habitants de la Chaldée , et qui l'o- 
bligèrent d'émigrer , après avoir perdu 
tousses biens 2 . Les Arabes, qui sur- 
nomment Abraham Khalîl-allak (l'ami 
de Dieu), nom qu'il porte déjà dans 
l'Épître de saint Jacques (2, 23), pro- 
fessent pour ce patriarche un grand 
respect; ils le font voyager à la Mec- 
que , où , aidé par Ismaël , il construit 
le temple de la Caaba. Ils débitent sur 
la vie du patriarche un grand nombre 
de fables , puisées en partie dans les 
écrits des rabbins 3 . 

» Antiqu. 1.1, ch. 7, § 2. 

2 Voy. R. Mosis Maimonidis More Nebou- 
chim, III, 29; version latine de Buxtorf , p. 
421. 

3 Voy. la Bibliothèque te d'Herbelot, au 
mot Abraham; Hyde, De religione veterum 
Persarum, p. 27 et suiv. (2 e édit. ); Monttr 



Ce que Josèphe et Philon , les rab- 
bins et les Pères de l'Église racontent 
de la profonde science d'Abraham dans 
les mathématiques, l'astronomie, là 
métaphysique, etc. n'a aucune base his- 
torique et ne doit point nous occuper 
ici r . 

Après la mort d'Abraham, Isaac, 
héritier de ses biens et de ses croyances, 
jouissait de la bénédiction du ciel. Il 
continua à demeurer dans les environs 
de Beerséba. Ses deux enfants mon- 
trèrent une différence de caractère 
bien tranchée : Esaù avait du goût 
pour la chasse et aimait à passer ses 
jours dans les champs, tandis que Ja- 
cob, moins vif que son frère et plus 
pieux, aimait à rester dans les tentes. 
Isaacavait donné son affection à Esaù , 
dont il aimait sans doute la vivacité et 
la droiture, et qui lui fournissait du 
gibier qui était à son goût, comme dit 
la Genèse. La douceur de Jacob en 
avait fait le favori de sa mère; mais 
cette douceur était accompagnée d'un 
certain esprit de ruse qui cherchait à 
tirer profit de la rustique simplicité 
d'Esaû. Un jour celui-ci rentra de la 
campagne accablé de fatigue; Jacob 
était occupé à préparer une bouillie de 
lentilles. « Fais-moi donc manger de ce 
mets rouge 2 , dit Esaù, car je suis fa- 
tigué. » Jacob proposa à son frère affamé 
de lui céder le droit d'aînesse. « Je me 
meurs, dit Esaù, qu'ai-je affaire du 
droit d'aînesse Pet il vendit son droit à 
Jacob » pour un morceau depain et une 
bouillie de lentilles. 

Une famine ayant encore affligé 
le pays, comme du temps d'Abraham, 
Isaac eut d'abord l'intention de se 
rendre en Egypte; mais il reçut un 
avertissemenfde Dieu, qui l'engagea 
à ne pas quitter un pays qui devait 
appartenir à sa postérité. Isaac se ren- 



ments arabes, persans et turcs, par M. Rei- 
naud. T. I, p. 144— !49. 

1 Voy. Brucker, Historia critica philoso- 
phie T I. p. 71 et suiv. 

2 La Genèse fait venir de là le surnom d'Zf- 
dôm ( rouge ) que portait Ésaû. Tout ce récit 
n'est peut-être qu'un mythe populaire par 
lequel les Hébreux plaisantaient les Iduméens, 
leurs voisins, s'inquiétantpeu du blâme qu'ils 
jetaient par là sur le patriarche Jacob. 



PALESTINE. 



iOO 



dit donc à Gerar. A l'exemple de son 
père, il fait passer sa femme pour sa 
sœur; mais le roi Abimélech s'étant 
aperçu que Rebecca était la femme 
d Isa'ac, reprocha à ce dernier d'avoir 
exposé les habitants du pays à se ren- 
dre coupables à son égard, et il dé- 
fendit en même temps, sous peine de 
mort, d'attenter à l'honneur d'Isaac et 
de sa femme. 

Isaac resta longtemps dans le petit 
royaume de Gerar, et s'y livra à l'agri- 
culture. La bénédiction divine qui fai- 
sait prospérer toutes ses entreprises, 
et les biens qu'il avait acquis , excitè- 
rent la jalousie des habitants , qui , par 
ressentiment, comblèrent les puits 
qu'Abraham avait creusés dans ces con- 
trées. Abimélech engagea Isaac à quit- 
ter Gerar. Retiré dans une vallée du 
territoire de Gerar , Isaac se vit encore 
contrarié par les pasteurs du pays. Il 
se décida enfin à retourner à Beerséba , 
où il dressa un autel à Jéhova. Abimé- 
lech, regrettant d'avoir renvoyé un 
homme que la Divinité comblait de ses 
faveurs, se rendit à Beerséba avec son 
général Phichol pour solliciter d'Isaac 
le renouvellementde leur alliance qu'ils 
scellèrent par de mutuels serments. 
Le texte de la Genèse (26 , 33) rattache 
encore à cet événement le nom de 
Beerséba, et , en général , tout ce récit 
offre tant d'analogie avec ce que la 
Genèse raconte de l'alliance conclue 
entre Abraham et Abimélech, qu'on est 
disposée croire queces deux documents 
différents, dont l'un attribuait à Isaac 
ce que l'autre faisait remonter jusqu'à 
Abraham, ont une même source. Dans 
les deux récits nous voyons paraître 
Abimélech, accompagné du général 
Phichol, et cependant, si on admettait 
la vérité historique des deux récits, il 
y aurait entre les deux événements un 
espace de cent ans environ. Il faudrait 
alors supposer que l'A bimélech d'Isaac 
n'est pas le même que celui d'Abraham. 
Nous avons déjà dit, dans un autre 
endroit, que Abimélech (père-roi) était 
le titre des rois de ces contrées. Quant 
au nom de Phichol {qu\ signifie bo uche 
de loua), on pourrait le considérer 



aussi comme un titre donné au grand 
vizir. 

Isaac avait cent ans , lorsque Esaù, 
âgé de quarante, épousa deux femmes 
héthites, ce qui causa beaucoup de 
chagrin à ses parents. Le vieux Isaac, 
malgré les écarts de son fils aîné , re- 
gardait toujours celui-ci comme l'hé- 
ritier principal de ses biens et des tra- 
ditions d'Abraham , auxquelles se rat- 
tachaient les bénédictions que le ciel 
avait promisesà la familledes Hébreux. 
Rebecca persistait dans sa prédilec- 
tion pour Jacob , que la désobéissance 
d'Esaii ne pouvait que fortifier. Ja- 
cob, quoique rusé et moins franc que 
son frère, était évidemment plus apte 
à conserver et à propager dans la fa- 
mille le culte de Jéhova qui devait un 
jour se développer sur le sol de la 
Palestine. Mais la pieuse Rebecca 
croyait que la bénédiction que le père , 
avant de mourir, devait prononcer sur 
l'un de ses deux fils , pouvait seule dé- 
terminer leur sort respectif; dans les 
dernières paroles d'un père elle voyait 
une force irrésistible, c'était le décret 
irrévocable de la Providence. Elle ré- 
solut donc, fût-ce même par une 
ruse, de faire porter la bénédiction 
sur la tête de Jacob. L'âge avancé 
d'Isaac et l'affaiblissement de sa vue 
favorisèrent le projet de Rebecca. Un 
jour le vieux père annonçaà Esaù qu'il 
était prêt à lui donner sa dernière bé- 
nédiction et il lui demanda de s'y pré- 
parer en allant à la chasse et en lui ap- 
prêtant un gibier savoureux. Rebecca, 
qui l'avait entendu, alla avertir son 
fils Jacob , et l'engagea à se substituer 
à son frère avant que celui-ci eût le 
temps de revenir de la chasse. Jacob, 
craignant de se voir découvert et 
chargé de malédiction, refusa d'abord; 
mais la mère ordonna, et Jacob obéit. 
Rebecca fit tuer deux jeunes chèvres, 
et après avoir apprêté la viande selon 
le goût d'Isaac, elle couvrit Jacob 
des vêtements de son frère aîné, qui 
avaient l'odeur de la chasse. Jacob se 
présenta ainsi à son père, la ruse réus- 
sit , et il enleva la bénédiction destinée 
au premier-né. Celui-ci, revenu de la 



110 



L'UNIVERS. 



chasse, apprit ce qui s'était passé; le 
désespoir s'empara de lui, et il jura de 
se venger de la trahison de son frère. 

Rebecca, craignant pour Jacob le 
juste ressentiment du farouche Esaû, 
l'engagea à fuir et à se rendre àHarran 
où elle avait un frère nommé Laban. 
Respectant l'affection qu'ïsaac por- 
tait àEsaiï, elle ne voulut point affli- 
ger le vieillard en lui révélant les projets 
sinistres que ce fils qu'il chérissait 
avait hautement manifestés. Elle pré- 
senta le voyage de Jacob comme ayant 
cour but de chercher pour lui une 
femme dans leur propre famille, afin 
qu'il ne s'alliât pas , comme Esaù, 
avec les odieux Cananéens. Isaac con- 
sentit au départ de Jacob; il l'appela 
auprès de lui, et lui donna de nou- 
veau sa bénédiction , en assurant à 
ses descendants la possession du pays 
de Canaan. 

C'est ici le point culminant de la 
vie d'Isaac , dans le sens des tradi- 
tions théocratiques des Hébreux. Par 
ce dernier acte spontané, le second 
patriarche est entièrement réconcilié 
avec la destinée des descendants de 
Jacob. La ligne d'Esaii, comme celle 
d'Ismaël, se trouve éliminée de notre 
histoire, qui ne s'occupera que de 
la famille de Jacob, le troisième pa- 
triarche. 

La vie d'Isaac, qui, en général, 
n'est pas riche en événements remar- 
quables, et qui se trouve dénuée de 
ce prestige du merveilleux que nous 
avons remarqué dans la vie d'Abra- 
ham, n'offre plus à l'auteur de la Ge- 
nèse rien qui soit digne d'être rap- 
porté. Isaac vécut encore longtemps; 
mais il n'est plus fait mention de lui 
qu'une seule fois, lors du retour de 
Jacob. 

Parti de Beerséba, pour se rendre 
en Mésopotamie, Jacob eut à Louz un 
songe qui montre combien il était pé- 
nétré de confiance en Dieu et quelles 
espérances il nourrissait déjà sur ce 
que sa race devait être un jour pour 
les peuples de la terre. Dans ce songe 
il voyait une échelle sur le haut de la- 
quelle apparaissait Jéhova, et où ses 



messagers célestes montaient et des 
cendaient. Jéhova lui renouvela les 
promesses faites à Abraham et à Isaac; 
toutes les familles de la terre, lui 
disait-il , se béniront par toi et tapos- 
iérité. Réveillé de son sommeil, il 
consacra cet endroit en y plaçant une 
pierre en monument, et lui donna 
le nom de Bethel( maison de Dieu). 
Puis i! continua son voyage, et arrivé 
près de Harrân , il rencontra parmi 
les bergères de la ville sa cousine Ra- 
chel, fille de Laban. Jacob se mit au 
service de son oncle , par lequel il 
fut reçu avec le plus grand empresse- 
ment. Il aimait Rachel , et il offrit à 
Laban de le servir sept années pour 
avoir sa fille en mariage; mais La- 
ban avait une autre fille plus âgée, 
nommée Léa, qui était moins belle 
que Rachel. Au jour du mariage, La- 
ban substitua Léa à Rachel , et Jacob, 
pour obtenir celle qu'il aimait, se vit 
obligé désengager encore pour sept 
autres années. Léa avait déjà donné 
quatre fils à Jacob, savoir Ruben , Si- 
méon , Levi et Juda , et Rachel était 
restée stérile. Suivant l'usage de ces 
temps , Rachel donna à Jacob sa ser- 
vante Bilha, pour avoir au moins lemé- 
rite d'élever des enfants à son mari. De 
cette union naquirent deux fils, appe- 
lés Dan etNaphthali. Léa, qui depuis 
plusieurs années n'avait plus eu d'en- 
fants , suivit l'exemple de sa sœur, 
en donnant à Jacob sa servante Zil- 
pha, qui donna aussi le jour à deux 
fils , Gad et Aser. Ensuite Léa elle- 
même mit au monde deux autres fils, 
Isachar et Zabulon , et une fille ap- 
pelée Dina. Mais enfin les vœux de 
Rachel furent exaucés et elle donna 
le jour à un fils , qui reçut le nom de 
Joseph. 

Jacob voulut alors retourner chez 
ses parents; mais Laban le pria de 
rester , en le laissant libre de fixer lui- 
même son salaire. Alors Jacob con- 
vint avec Laban de recevoir pour ré- 
compense toutes les brebis foncées et 
les chèvres tachetées qui naîtraient 
dorénavant dans les troupeaux de son 
beau-père. Jacob , en berger expéri- 



PALESTINE. 



11! 



iiienté, se servit d'un certain artifice 
pour mettre tous les avantages de son 
côté, croyant pouvoir se permettre 
une supercherie enversun homme qui 
l'avait si souvent trompé. Dans l'es- 
pace de six ans , il devint immensé- 
ment riche, ce qui excita la jalousie 
de Laban et de ses fils. Jacob ne se 
trouvant plus à son aise auprès d'eux , 
résolut de partir secrètement. Il em- 
mena ses femmes, ses enfants, ses 
troupeaux et tous les biens qu'il 
avait acquis, et prit le, chemin 
du pays de Canaan. Laban , qui était 
allé tondre ses brebis, n'apprit la fuite 
de Jacob qu'après trois jours; il ne 
retrouva plus ses idoles que Rachel 
avait enlevées. Irrité, il se mit à la 
poursuite des fugitifs, et il les attei- 
gnit près de la montagne de Gilead ; 
mais ayant eu un songe dans lequel 
Dieu lui défendait d'entrer en dispute 
avec Jacob , il se contenta de lui re- 
procher sa conduite avec bienveillance. 
Les idoles que Rachel avait cachées 
ne furent pas retrouvées. Laban se 
réconcilia avec son gendre ; ils firent 
une alliance ensemble, et se séparè- 
rent en amis. 

Jacob, arrivé à Mahnaïm, envoya des 
messagers dans le pays de Séir où ré- 
sidait son frère Esau, et le fit avertir de 
son arrivée. Esau vint au-devant de 
lui , accompagné de quatre cents hom- 
mes. Jacob craignaut une attaque , 
adressa une prière fervente au Dieu 
d'Abraham et d'Isaac, et tâcha d'a- 
paiser la colère d'Esaù en lui envoyant 
un riche présent. Ayant fait passer le 
YaJbbok à ses femmes et à ses enfants 
et étant resté seul la nuit de l'autre 
côté de la rivière , il eut une vision 
dans laquelle il se voyait en lutte avec 
un inconnu, qui se fit reconnaître 
ensuite comme messager céleste et 
qui changea le nom de Jacob en celui 
à' Israël, d'où vient le nom à' Israéli- 
tes donné aux descendants de Jacob. 

Dans cette lutte que Jacob soutient 
contre la Divinité, lorsqu'il.est sur le 
point de rentrer dans sa patrie, nous 
ne pouvons voir qu'un mythe, qui 
exprime l'idée de la purification du 
patriarche. Jacob lutte par la prière, 



et la Divinité est vaincue par sa sou- 
mission ; les fautes qu'il a commises 
sont oubliées, il les efface en s'humi- 
liant devant Dieu, et dorénavant nous 
ne trouverons plus rien de blâmable 
dans sa conduite. Le nom de Jacob, 
dans lequel on pouvait voir une allu- 
sion aux fautes de sa jeunesse, est 
changé en celui d'Israël, qui rappelle 
à la fois sa lutte et sa victoire 1 ; ses 
descendants n'héritent que de ce der- 
nier nom, on les appelle enfants d'Is- 
raël. Un passage du prophète Osée 
(ch. 12, v. 4 et 5) nous montre com- 
ment les anciens Hébreux entendaient 
le mythe de la lutte de Jacob: « Dans 
« le sein (de sa mère) il supplanta son 
« frère, mais dans sa force virile il lutta 
« avec Dieu; il maîtrisa l'ange et il le 
« vainquit , car il pleura et lui adressa 
« des supplications. » 

Jacob, fortifié par la prière et plein 
de confiance en Dieu, se mit à la tête 
de sa famille, et alla au-devant de son 
frère Esau. Celui-ci le reçut avec bonté, 
l'embrassa tendrement et lui proposa 
de continuer le voyage en commun; 
mais Jacob s'excusa sur ses jeunes en- 
fants et ses troupeaux qui n'auraient 
pu le suivre assez vite. Esau retourna 
donc seul à Séir, et Jacob se rendit 
dans les environs de Sichem, où il 
bâtit un autel en l'honneur du Dieu 
d'Israël. 

Une série de dures épreuves atten- 
dait le patriarche dans le pays de Ca- 
naan. Sichem , fils de Hamor, le prince 
des Sichémites, enleva Dina, fille de 
Jacob, et la déshonora. Il la demanda 
ensuite en mariage; mais les, fils de 
Jacob méditèrent une terrible ven- 
geance contre tous les Sichémites. Us 
consentirent en apparence au mariage 
de Dina avec Sichem, sous condition 
que tous les habitants mâles de la ville 
se soumettraient immédiatement à la 
circoncision. Le troisièmejour, quand 

1 Le nom de Jacob Qpy> vient, selon un 
passage de la Genèse (25, 26) du mot ^py 
talon; car, à la naissance des deux jumeaux, 
Jacob tenait le talon d'Esaû. Mais , dans un 
autre passage (27, 36) , on fait venirle nom de 
Jacob du verbe' ^py tromper, supplanter. 
Le nom d'Israël SsSlZP I> eut se r 8ûdre P a « 
combattant ou prince de Dieu. 



m 



L'UNIVERS. 



les Sichémites étaient encore souf- 
frants, deux des fils de Jacob, Siméon 
etLévi, dirigèrent une attaque contre 
eux et les égorgèrent tous, après quoi 
les autres fils de Jacob pillèrent la 
ville et emmenèrent les femmes, les 
enfants et les troupeaux. Jacob fut 
très affligé de cet événement , et il 
reprocha à ses fils leur action atroce '. 
Toute la famille quitta les environs 
deSichem, où elle ne se croyait plus 
en sûreté. Arrivé à Bethel, Jacob éleva 
un autel à l'endroit où Dieu lui avait 
apparu dans un songe. Se dirigeant 
ensuite vers Ephrath (Bethléhem), il 
eut la douleur de perdre Rachel, qui 
mourut en donnant le jour à un 
second fils nommé Benjamin. Encore 
aujourd'hui on montre le tombeau de 
Rachel aux environs de Bethléhem 2 . 
Jacob se rendit ensuite à Hébron, où 
vivaitencore son père Isaac, qui, selon 
la Genèse (35, 28), mourut à l'âge 
de cent quatre-vingts ans. Si ce nom- 
bre est exact , lsaac dut être témoin 
de l'événement que nous allons racon- 
ter et du désespoir de son fils Jacob. 
Joseph, premier-né de Rachel, était 
l'objet tout particulier de l'affection 
de son père, qui lui donnait souvent 
des marques de tendresse et se 
montrait disposé à lui accorder des 
privilèges qui, par droit de nais- 
sance, appartenaient aux fils deLéa. 
D'ailleurs les aînés des fils de Jacob 
s'étaient attiré par des fautes graves 
la défaveur de leur père. Ruben, le 
premier-né, avait perdu son droit par 
un inceste 3 ; Simcon etLévi avaient 
mécontenté Jacob par leur conduite 
perfide envers les Sichémites. Joseph, 
enfant chéri de son père et traité en 
ennemi par ses frères jaloux, rendait 
compte à Jacob de tout ce qu'il pouvait 
y avoir de blâmable dans la conduite 
de ses fils aînés, et il ne cachait 
pas à ceux-ci ses espérances et ses 
rêves de grandeur. Attachant, dès son 
enfance, une grande importance aux 
songes, dans lesquels il lisait l'avenir, 
Joseph n'hésitait pas à racontera ses 

i Voy. Genèse, 34, 30 et 49, 7. 
a Voy. ci-dessus, page 57. 
a Voy. Genèse, 35, 2» et 49, 4. 



frères ses visions nocturnes, pesages 
de sa future grandeur. Les frères con- 
çurent contre lui une haine mortelle 
et conspirèrent sa perte. Un jour, 
Jacob envoya Joseph demander de» 
nouvelles de ses frères qui faisaient 
paître leurs troupeaux dans les envi- 
rons de Sichem. A son arrivée l'idée 
de le tuer s'empara de ses frères ; Ru- 
ben, l'aîné, sur lequel pesait la plus 
grande responsabilité , tacha de sauver 
Joseph, et il engagea ses frères à le je- 
ter dans une citerne d'où il avait 
dessein de le retirer plus tard. Mais 
les frères, profitant d'une absence mo- 
mentanée de Ruben, vendirent Jo- 
seph à une caravane de marchanis 
qui passait dans ce moment , se 
rendant en Egypte. Ils envoyèrent à 
leur vieux père la robe de Joseph 
teinte du sang d' un bouc qu'ils ve- 
naient de tuer, et le malheureux vieil- 
lard, croyant son jeune fils déchiré 
par une bête féroce, s'abandonna au 
plus vif désespoir. Joseph j emmené 
en Egypte, fut vendu à Potiphar, un 
des grands dignitaires de ce pays, et 
devint l'intendant de sa maison. La 
femme de Potiphar ' , séduite par la 
beautéde l'esclave hébreu, le poursuivit 
par des sollicitations criminelles, et 
se voyant l'objet de son dédain, elle 
résolut de le perdre, en l'accusant 
auprès de son mari d'avoir tenté le 
crime qu'elle avait voulu elle-même 
lui faire commettre. Elle réussit et 
Joseph fut jeté en prison. Ilsut bien- 
tôt se faire aimer par le geôlier, qui 
lui confia le soin de tous les prison- 
niers. 

Quelque temps après, deux offi- 
ciers du roi d'Egypte, le grand échan- 
son et le grand panetier, furent mis 
dans la prison où se trouvait Joseph. 
Celui-ci les voyant troublés un matin 

1 Les traditions musulmanes donnent à la 
femme de Potiphar le nom de Zoleikha. Jo- 
seph joue un « rand rôle chez tes Orientaux ; 
Mahomet lui a consacré un chapitre de son 
Alcoran, et plusieurs poêles musulmans ont 
célébré sa fortune et ses vertus. Le poêle per- 
san Djami en a fait, le sujet d'une épopée ro- 
mantique dont j'ai donné une analyse détail- 
lée dans le journal le Temps du 2 et 10 juil.ef 
18*5. 



PALESTINE. 



113 



par des songes qu'ils avaient eus dans 
la nuit, proposa de leur en donner 
l'interprétation. Ils lui racontèrent 
leur songe respectif; Joseph prédit 
que dans trois jours le grand échanson 
serait rétabli dans sa charge, et que 
le grand panetier serait décapité. 
L'événement vérifia la prédiction de 
Joseph. 

Deux ans après, le roi d'Egypte eut 
un songe fort remarquable. Il vit 
sortir du Nil sept vaches grasses, 
auxquelles succédèrent sept vaches 
maigres qui les engloutirent. Réveillé 
de son sommeil et endormi de nou- 
veau, il vit sept épis pleins, qui furent 
engloutis par sept épis vides. Frappé 
de cette double vision , le roi en 
demanda l'explication à tous les sages 
et devins de l'Egypte. Aucun d'eux ne 
pouvant donner une réponse satis- 
faisante, le grand échanson se rappela 
l'esclave hébreu qui , dans la prison, 
lui avait si bien prédit son sort. Il en 
parla au roi, qui fit venir Joseph et lui 
exposa son double songe. Joseph dé- 
clara au roi que ce songe annonçait 
sept années d'abondance qui seraient 
suivies de sept années de stérilité. 
En même temps il fit comprendre au 
roi que c'était pour lui un devoir de 
prévenir le mal et d'établir des maga- 
sins, où, sous la direction d'un homme 
intelligent et habile, on pût ramasser 
des provisions pour les années de di- 
sette. Le roi , fort satisfait de l'expli- 
cation de Joseph, le chargea lui- 
même de l'exécution de ses projets et 
lui conféra une autorité illimitée sur 
toute l'Egypte. Il lui fit épouser la 
fille de Potiféra , grand prêtre d'On 
ou Héliopolis, avec laquelle Joseph eut 
deux fils, Manassé et Ephraïm. 

Les expédients que Joseph imagina 
pour préserver l'Egypte des horreurs 
de la taurine , l'imposition des agricul- 
teurs , qui se montait à un cinquième 
du revenu total, et les dispositions 
gui transformèrent toute FÉgypte, 
à l'exception des propriétés sacerdo- 
tales, en une terre féodale, dont le 
roi était le propriétaire réel , changè- 
rent essentiellement les rapports mu- 
tuels des castes et donnèrent à la 
8 e Livraison (Palestine.) 



royauté une force qu'elle n'avait pas 
eue jusqu'alors. Il se fit à cette époque 
dans la constitution de l'Egypte une 
véritable révolution. Les recherches 
sur les opérations de Joseph et sur 
leur opportunité sont d'une certaine 
importance pour l'histoire ancienne 
de l'Egypte ; mais elles ne touchent en 
rien l'histoire des Hébreux dont nous 
nous occupons ici. Les interminables 
dissertations qu'on a faites sur la mo- 
ralité du procédé de Joseph nous sem- 
blent assez puériles et oiseuses. Les 
hautes vérités bibliques sont désinté- 
ressées dans ces questions de certaines 
individualités, dont la Bible nous ra- 
conte les faits avec une naïve simpli- 
cité, sans nous les présenter comme 
modèles dans toutes les phases de leur 
vie et de leur activité. Quant au rêvede 
Pharaon et à la divination de Joseph, 
nous avons à peine besoin de faire re- 
marquer que le récit du fait historique a 
subi, dans le courant des siècles, l'in- 
fluence de l'imagination poétique. Pour 
nous, tout cet épisode ne nous intéresse 
gue parce qu'il motive l'émigration de la 
famille de Jacob de Canaan en Egypte. 

Pendant l'absence tle Joseph, cette 
famille s'était considérablement agran- 
die; mais la pureté du sang ne s'y 
était point conservée selon les vues 
d'Abraham et d'isaac. Plusieurs des 
fils de Jacob avaient contracté des 
mariages avec des femmes cananéen- 
nes '. Ce que la Genèse (ch. 38) nous 
raconte de la conduite de Her et Onan , 
fils de Juda, et de l'inceste involontaire 
commis par Juda avec Thamar, veuve 
de ses deux fils , nous montre combien 
les mœurs avaient dégénéré dans la 
famille de Jacob. Chacun des fils du 
patriarche était devenu chef d'une fa- 
mille sur laquelle il exerçait un pou- 
voir souverain, comme Te prouve la 
peine de mort décrétée par Juda con- 
tre sa bru Thamar lorsqu'il la eroit 
seule coupable d'un crime dont il était 
le complice. 

La disette qui régnait en Egypte, et 
qui absorbait sans doute les produits 
des terres voisines, devait se faire res- 

1 Voy. Genèse, 38, 2; 46, 10. 



t!4 



L'UNIVERS. 



sentir dans le midi de Canaan , où ré- 
sidait Jacob avec sa famille. Ayant 
entendu parler des grandes provisions 
de blés faites par les ordres de Pha- 
raon , Jacob envoya tous ses fils , à 
l'exception de Benjamin , dans le pays 
d'Egypte, pour y acheter des vivres. 
Joseph ayant reconnu ses frères , et 
les ayant amenés par différentes 
questions à lui parler de leur père et 
de Benjamin , exigea d'eux de lui ame- 
ner ce dernier, et, sous prétexte qu'ils 
étaient des espions , il garda Siméon 
pour otage. Un second voyage en 
Egypte était devenu nécessaire. Jacob 
se vit forcé d'envoyer Benjamin avec 
ses frères. Nous ne dépeindrons pas 
les émotions de Joseph, sa lutte inté- 
rieure et ses procédés envers ses frères 
dont il veut éprouver les sentiments. 
Tout le monde connaît le beau récit de 
la Genèse. Joseph , après s'être fait 
connaître à ses frères étonnés, les en- 
gagea à conduire en Egypte leur vieux 
père et toute la famille d'Israël. 

Il leur désigna pourdemeure le pays 
de Gosen, qui, très-probablement, 
était situé entre la mer Rouge et le Nil, 
s'étendant au midi jusqu'aux environs 
de Bilbéis et au nord jusque vers Pe- 
lusium et la limite méridionale de la 
Palestine r . Comme ce district avait 
de bons pâturages , on l'appelle , par 
rapport aux pasteurs hébreux, la meil- 
leure partie du pays (Gen. 47 , 6). 

Quand les frères de Joseph revin- 
rent auprès de leur père, celui-ci refusa 
d'abord de croire à l'heureuse nouvelle 
qu'ils lui apportaient; mais bientôt il 
fut convaincu par les détails qu'ils lui 

1 Cette partie de l'Egypte, limitrophe de 
l'Arabie Pétrée, s'appelait autrefois le nome 
d'Arabie (Plolém. I. IV, c. 5), et les Septante 
rendent deux fois Gosen par reaèu. Apaêîaç 
( Gen. 45, 1 ; 46 , 34 ). Dans un autre passage 
( 46,28 ) la version grecque porte xa6' Yjpaxov 
-rcoXiv , etç yvjv 'Pa[xs<7cr?j. Héroopolis était si- 
tuée près du bras occidental du golfe Arabi- 
que. Joseph allant au-devant de son père 
monte au pays de Gosen ( 46, 29 ); le verbe 
monter, dont se sert l'auteur hébreu, prouve 
également que le pays de Gosen était situé 
sur le chemin de la Pales-tine, et les excur- 
sions que tirent quelques nomades hébreux 
jusqu'aux environs de Gath ( Voy. i Chron. 
7, 2i ), prouvent que leurs demeures n'étaient 
pas bien loin du pays des Philistins. 



donnèrent et par les chariots et les 
riches provisions de voyage que Joseph 
lui avait envoyés. Il partit donc avec 
toute la famille pour l'Egypte. 
Sur la limite de Canaan, à Beerséba , 
le patriarche immola des victimes au 
Dieu de ses pères, qui, dans une vision 
nocturne, le rassura sur les dangers de 
cette émigration. Cette vision rend 
Jacob convaincu que ses descendants 
conserveront le culte du vrai Dieu et 
qu'ils retourneront dans le pays de Ca- 
naan. Leur Dieu les accompagnera en 
Egypte et il reviendra avec eux (Gen. 
46 , 4 ) ; telle est l'idée qui occupe l'es- 
prit de Jacob à son départ pour l'Egypte 
où régnait la plus grossière idolâtrie. 

Joseph, venu au-devant de sonpère, 
l'emmena avec lui dans la capitale 
pour le présenter au roi d'Egypte, 
qui reçut avec bonté le vieux patriar- 
che, alors âgé décent trente ans, et 
approuva le projet de Joseph d'établir 
la famille des Hébreux dans le pays de 
Gosen. Selon la tradition biblique, la 
famille se composait alors de soixante- 
dix individus, en y comprenant Joseph 
et ses deux enfants l . Rien ne s'op- 
pose à ce que cette tradition soit con- 
sidérée comme historique, quoique 
les noms propres que renferme le ta- 
bleau de la Genèse (ch. 46 , v. 8—27) 
présentent bien des difficultés , et qu'il 
soit impossible de faire toujours ac- 
corder ce tableau avec celui du livre 
des Nombres (ch. 26) et avec les gé- 
néalogies du premier livre des Chro- 
niques (ch. 4-8). 

Jocob vécut dix-sept ans dans le 
pays de Gosen, où sa famille devint de 
plus en plus nombreuse. Sentant sa 
mort approcher, il fit venir son fils 
Joseph et lui fit jurer qu'il ferait trans- 
porter ses restes dans la sépulture de 
ses pères à Hébron. Pendant la der- 
nière maladie du patriarche, Joseph 
accourut auprès de lui, accompagné de 
Manassé et Ephraïm , ses deux fils. 
Jacob les adopta pour ses enfants , 
en leur reconnaissant des droits égaux 
à ceux de ses autres fils a . Aussi les 

1 Voy. Genèse, «16,27; Deutéron. 10, 22. 

7 C'est pourquoi l'auteur des Chroniques 

II, ch. 5, v. i) dit que le droit d'ainesse. 



PALESTINE. 



IL, 



voyons-nous plus tard former deux 
tribus distinctes. En les bénissant le 
patriarche donna la préférence à 
Ephraïm,quoiqu'il fût le cadet. Ensuite 
il donna la bénédiction à tous ses fils, 
en désignant pour plusieurs d'entre 
eux les districts que leurs familles de- 
vaient occuperdans le pays de Canaan, 
selon les dispositions de caractère qu'il 
leur connaissait. 

Cette bénédiction , ou plutôt ce tes- 
tament de Jacob, forme un des plus 
beaux morceaux de la poésie hébraï- 
que. Malgré les doutes que la critique 
moderne a élevés contre l'authenticité 
de ce poëme, nous n'hésitons pas à y 
voir, conformément à la tradition 
reçue , l'œuvre du patriarche Jacob , 
quoiqu'il renferme peut-être un petit 
nombre de passages interpolés 1 .Tout 
dans ce poème nous indique l'époque 
antémosaïque : on n'y trouve aucune 
trace du grand miracle de la sortie 
d'Egypte, qu'un poëte plus récent n'eût 
manqué de faire prédire au patriarche; 
pas la plus légère allusion au culte mo- 
saïque , aux fonctions sacerdotales 
et aux privilèges de la tribu de Lévi , 
qui, au contraire, partage avec son 
irèreSiméon la réprobation du patriar- 
che. Si Juda porte le sceptre et si ses 
frères lui rendent leurs hommages, ce 
n'est pas une raison pour croire tout 
le poëme composé à l'époque de David 
et Salomon; Ruben, Siméon et Lévi 
s'étant montrés indignes de devenir les 
chefs du peuple d'Israël , le patriarche 



dont Ruben s'était rendu indigne , avait été 
donné à Joseph; car, selon une ancienne cou- 
tume consacrée dans la loi de Moïse (Deutér. 
21, n), le premier-né recevait deux portions 
de l'héritage. 

1 Une foule d'écrivains modernes ont exercé 
sur ce poëme leur esprit et leur sagacité; on 
peut voir leurs noms et les titres de leurs ou- 
vrages dans la Genèse de M. Bohlen ( p. 438 , 
440, 441). Cet auteur cite seize monographies 
sur le fameux mot Schilo ( ib. p. 462 ) , qui 
n'en est devenu que plus obscur. Parmi ceux 
qui ont reconnu l'authenticité du poëme, 
nous remarquons l'illustre Herder, qui, met- 
tant de côté les subtilités philologiques, s'est 
laissé guiderpar son sentiment poétique. Voy. 
ses Lettres concernant V étude de la théolo- 
gie cBriefe,das Studium der Théologie be- 
treffend ), 1. 1, cinquième lettre, et son Esprit 
de la poésie hébraïque ( Geist der hebrsei- 
schen Poésie ), t II, ch. 6. 



devait naturellement penser à Juda , 
son quatrième fils , a qui il pouvait 
reconnaître la souveraineté , tout en 
favorisant Joseph par une double 
portion d'héritage. Déjà du vivant de 
Jacob , nous voyons Juda à la tête 
de ses frères; c'est lui qui demande à 
Jacob de permettre le voyage de Ben- 
jamin (Gen. ch. 43 , v. 3 et 8), et c'est 
lui aussi qui, devant Joseph, porte la 
parole au nom de tous (ib. ch. 44, v. 
14, 18 et suiv.). On a trouvé difficile 
d'admettre qu'un vieillard de cent 
quarante-sept ans, sur son lit de mort, 
ait été capable du haut élan poétique 
qui se révèle dans cette bénédiction. 
Mais le testament de Jacob n'était pas 
l'œuvredu moment; depuis longtemps 
les destinées de ses fils et leur retour 
dans la patrie occupaient sans doute 
exclusivement l'esprit du patriarche , 
et les images qui le remplissaient de- 
puis dix-sept ans agissent avec une 
nouvelle force dans les derniers jours 
de sa vie, et, dans un dernier élan, il 
trouve facilement des paroles sublimes 
pour en revêtir les rêves de toute sa 
vie l . 

Jacob ordonna de nouveau à ses 
enfants de transporter ses restes à Hé- 
bron dans le tombeau de famille, où 
reposaient Abraham etSarah, Isaac et 
Rebecca, et où il avait aussi enterré 
Léa , morte avant son départ pour 
l'Egypte. Après sa mort , Joseph fit 
embaumer son corps, se!on la cou- 
tume du pays. Les Egyptiens célébrè- 
rent un deuil de soixante-dix jours; 
ensuite tous les grands de la cour de 
Pharaon accompagnèrent Joseph et 
ses frères conduisant le corps de Ja- 
cob dans le pays de Canaan. 

Revenus en Egypte , les fils de Ja- 
cob craignaient le ressentiment de 
Joseph, et ils lui demandèrent par- 
don au nom du Dieu de leur père. Jo- 
seph les rassura, les consola et leur 
promit toute sa protection. Plus d'un 
demi-siècle encore, il est par sa haute 
position le bouclier de la colonie hé- 
braïque. Celle-ci s'était peut-être déjà 

1 Facilius evenit appropinquante morte, 
ut animi futura auguren'ur, dit Cicéron, 
deDivinat. 1. 1, c. 30. 



116 



L'UNIVERS. 



trop multipliée pour pouvoir facile- 
ment retourner dans ses premiers 
foyers ; peut-être aussi les Cananéens 
ne se montraient-ils pas bien disposés à 
la recevoir. Quoi qu'il en soit, le retour 
fut ajourné indéfiniment, et Joseph , 
avant de mourir, en parle comme d'une 
espérance lointaine qui devait se réa- 
liser un jour avec le secours de la Divi- 
nité, et il témoigne le désir que ses os- 
sements soient alors transportés dans 
le pays de Canaan. Il mourut à l'âge 
de cent dix ans; quant à ses frères , il 
paraît que quelques-uns au moins lui 
survécurent x . 

2. SERVITUDE DES HÉBREUX. — MOÏSE. 

Les Hébreux formaient dans le pays 
de Gosen un petit peuple, séparé des 
Égyptiens par ses mœurs, son culte , 
son langage et son régime patriarcal. 
La Bible se tait sur l'époque qui suivit 
immédiatement la mort de Joseph et 
de ses frères ;mais il est certain que les 
Hébreux restaient isolés des Égyptiens 
et qu'il n'y avait de place pour eux 
dans aucune des castes égyptiennes, 
qui toutes étaient héréditaires. Leur 
profession de pasteurs , leurs mœurs 
nomades, méprisées des Égyptiens, 
avaient établi entre les deux peuples 
une barrière insurmontable. Leur 
culte patriarcal , à la vérité , ne s'é- 
tait pas conservé dans sa pureté pri- 
mitive , mais le culte des Égyptiens 
était trop en opposition avec les tra- 
ditions des Hébreux pour qu'il eût 
pu prévaloir parmi ces derniers. Les 
enfants d'Israël conservaient des no- 
tions du Dieu d'Abraham , d'Isaac et 
de Jacob, quoiqu'ils n'eussent plus de 
ce Dieu que des idées bien confuses. 
Placés sous la dépendance des rois 
d'Egypte, ils étaient gouvernés ce- 
pendant par leurs propres chefs. Les 
tribus étaient divisées en familles , qui 
avaient chacune son Zakên ou 
schéikh*, et ces chefs de famille se 
trouvaient sans doute sous les ordres 
des chefs de leurs tribus respectives. A 



» Voy. Gen. 50, 24. 

2 Voy. Exode, ch 3, v. 16 et 18; ch. 6, v. 
Ji et 25. 



l'époque de la servitude nous trouvons 
aussi mentionnés des officiers sous 
le titre de Schoterîm , dont l'autorité 
est sanctionnée par le gouvernement 
égyptien , auprès duquel ils sont per- 
sonnellement responsables des char- 
ges imposées à la colonie l . 

Les nomades hébreux faisaient quel- 
quefois des excursions au delà des li- 
mites de l'Egypte. Le premier livre 
des Chroniques (ch. 7, v. 21 ) men- 
tionne une expédition entreprise par 
les fils d'Éphraim contre les habitants 
de Gath , dont ils voulaient prendre 
les bestiaux, et qui les tuèrent. Une 
fille d'Ephraim fonda plusieurs villes 
dans le pays de Canaan (ib. v. 24). 
Il paraît résulter d'un autre passage 
(ib. ch. 4, v. 21-23) que quelques mem- 
bres de la famille de Schéla , fils de 
Juda , firent des conquêtes sur le ter- 
ritoire des Moabites, et que, dans la 
même famille , on cultivait différents 
arts et métiers, notamment la fabri- 
cation du byssus et la poterie. 

Les grands services que Joseph 
avaient rendus à l'Egypte ne pouvaient 
être oubliés de sitôt , et la mémoire 
de cet homme illustre devait encore 
longtemps servir d'égide à la colonie 
qu'il avait appelée dans le pays. Celle- 
ci allait toujours croissant et prospé- 
rant, jusqu'à ce que le trône de Mem- 
phis fut occupé par une nouvelle dy- 
nastie qui ne connaissait pas Joseph 
(Exode, ch. 1, v. 8). Nous ne possé- 
dons de l'histoire anciennede l'Égypt( 
que des fragments informes dont I;. 
chronologie est encore moins sûre que 
celle de l'histoire des Hébreux de cette 
époque. Il est donc très-difficile , si- 
non impossible, d'établir le synchro- 
nisme des deux histoires. Il n'est pas 
probable que le nouveau roi dont parle 
l'Exode, s'il eût été de la dynastie a 

1 Voy. Exode, ch. 5, v. 6, io, 14, 15, 19. 

Le mot Schoter dérive d'une racine qui , 
en arabe , a le sens de tracer, écrire , et Mi- 
chaëlis {Mosaischcs Recht, 1. 1, § 51) présume 
que les Schotertm (écrivains) étaient chargés 
de tenir les tables généalogiques et les registres 
des charges et des corvées de chaque famille. 
Plus tard nous trouvons des Schoterîm à côté 
des juges dans les villes des Hébreux et dans 
les plus hautes régions civiles et militaires. 
Nous y reviendrons daus un autre endroit. 



PALESTINE. 



117 



laquelle Joseph avait rendu de si 
grands services, eût entièrement 
ignoré ces services et les circonstances 
qui avaient motivé l'arrivée de la co- 
lonie hébraïque. C'est donc avec rai- 
son que l'historien Josèphe voit dans 
le nouveau roi une nouvelle dynastie 1 . 
Quelques écrivains » ont pensé que 
cette dynastie était celle des Hycsos 
ou Pasteurs, nomades venus d'Ara- 
bie, qui s'établirent d'abord dans la 
basse Egypte, où ils bâtirent la ville 
iïAvaris (Héroopolis), et qui peu à 
peu serépandirentdanstoutel'Egypte 
etdépossédèrentlesroisdeMemphiset 
de Diospolis. Mais les différents frag- 
ments de Manéthon , cités par Josèphe , 
ne sont pas favorables à cette hypo- 
thèse 3 ; il paraît résulter de ces frag- 
ments que les Hycsos appartiennent 
à une époque antérieure. Nous ne 
croyons pas qu'il soit possible d'arriver 
sur "ce point à des résultats positifs; les 
découvertes récentes sur les monu- 
ments égyptiens ne nous paraissent 
pas avoir beaucoup avancé la ques- 
tion 4. 

Quoi qu'il en soit, l'avènement d'une 
nouvelle dynastie devint funeste à la 
colonie des Hébreux. Un des rois de 
cette dynastie n'ayant plus aucun sou- 
venir des bienfaits que l'Egypte avait 
reçus de Joseph , voyant avec effroi 
la force toujours croissante du peuple 
établi à Gosen, et craignant que, dans 

1 tvjç (3a<TiXeiaç elç àXXov otxov {xeTeXyjXu- 
evtoa;. Anliqu. II, 9, § l. 

J Voy. Jahn, Biblische Archœologie, t. I, 
première partie, p. 27etsuiv. — Rosenmûl- 
ter, Biblische Géographie, t. III, p. 3!0 etsuiv. 

3 Voy. Josèphe, Contre Apion, I. I, ch. 14- 
16 et cil. 26-31. L'historien juif n'hésite pas 
à idenUlier les Hycsos avec les Hébreux , et 
à taxer de mensonge ce que Manéthon dit du 
règne des Hycsos et de l'expulsion des lé- 
preux (Hébreux) sous une dynastie pos- 
térieure. 

4 Voy. Essai sur le système hiéroglyphique 
de M. Champollion, et sur les avantages 
cnTil offre à la critique sacrée, par J. G. H. 
Greppo. Seconde partie, ch. 3. — Cet excel- 
lent écrit a l'avantage de présenter nettement 
les résultats qu'on peut tirer des découvertes 
de M. Champollion pour la critique de l'his- 
toire biblique; mais nous sommes loin de 
partager la conviction profonde de l'auteur 
et d'accepter ses résultats comme une certi- 
tude historique. 



le cas d'une guerre, ces étrangers 
ne fissent cause commune avec l'enne- 
mi , résolut de lesopprimer en les ac- 
cablant de lourds travaux. En leur 
imposant des chefs de corvée, il les 
employa à bâtir ou à fortifier les villes 
de Pithom et de Raamsès 1 . Pour 
multiplier leurs travaux, il les força 
de cuiredesbriques, défaire du ciment 
et de travailler dans les champs. Tous 
ces moyens étant insuffisants pour 
réduire les Hébreux, le roi donna l'or- 
dre aux sages-femmes de faire périr 
tous les enfants mâles ; mais voyant 
que cet ordre n'était pas exécute, il 
ordonna de jeter les nouveaux-nés dans 
le fleuve. Il paraît qu'on trouva encore 
moyen d'éluder cette mesure , car les 
Hébreux n'en continuèrent pas moins 
à se multiplier dans des proportions 
extraordinaires. Cet ordre cruel , sus- 
pendu, nous ne savons combien de 
temps 2 , sur la tête des infortunés 
Hébreux, sert d'introduction à l'his- 
torien sacré , pour nous montrer leur 
sauveur entouré, dès sa naissance, 
d'une auréole miraculeuse. 

Amrâm , de la tribu de Lévi, avait 
épousé Jochabed, sa parente, dont il 
avait un fils nommé Ahron et une 
fille nommée Miriam ( Marie). Un au- 
tre fils leur venait de naître et la fa- 
mille se trouvant établie , à ce qu'il 
paraît , près de la résidence royale, il 

1 On reconnaît le nom de Pithôm dans ce- 
lui de la ville de Patoumos mentionnée par 
Hérodote (II, 158). Son vrai nom était 
Thoum, la syllabe Pi est l'article égyptien. 
V. Champollion, V Egypte sons les Pharaons, 
t. Il, p. 58-62. Il parait qu'elle était située 
au midi de Bubaste, à peu près là où est 
maintenant Bilbéis. — Quant à la ville de 
Raamsès, nous ne saurions préciser l'endroit 
où elle était située, mais elle doit être la 
même ville d'où partirent les Hébreux pour 
se rendre à Succôth (Exode, 12, 37), et qui 
était nécessairement située dans le pays de 
Gosen. Nous ne saurions donc la retrouver 
avec Champollion (1. c. p. 248) et Greppo (1. 
c. p. 212) dans le village de Ramsis, situé 
dans la basse Egypte occidentale, hors du 
Delta. 

2 S'il faut prendre comme historique tout 
le récit du Pentateuque, l'oppression des Hé- 
breux et l'ordre de noyer leurs enfants mâles 
n'ont pu précéder que très-peu de temps 
la naissance de Moïse; car celui-ci avait un 
frère aine , âgé seulement de trois ans de plus, 
et dont la conservation n'avait fait aucune 
difficulté à ses parents. 



ns 



L'UNIVERS. 



était plus difficile de soustraire le 
nouveau-né à la surveillance des of- 
ficiers de Pharaon. Ne pouvant plus 
garder chez elle l'enfant qu'elle avait 
caché pendant trois mois , Jochabed 
fit faire une boîte de papyrus , y plaça 
l'enfant et l'exposa sur les bords du 
Nil ; la sœur de l'enfant se tenait 
près de là pour l'observer. La fille 
de Pharaon (que Josèphe appelle 
Thermouthis ) étant allée se baigner 
dans le fleuve, vit la boîte et se la 
fit apporter par sa servante. Elle y 
trouva l'enfant pleurant, et Miriam 
ayant remarqué de loin l'émotion de 
la princesse, s'approcha d'elle et of- 
frit d'aller appeler une nourrice parmi 
les femmes des Hébreux. Elle appela 
sa propre mère; la princesse lui 
confia l'enfant, qu'elle adopta pour 
son fils, et auquel elle donna le nom de 
Mosché ( Moïse ) qui , selon le texte 
sacré, signifie tiré de Veau. L'enfant 
ayant grandi, la mère le rendit à la 
princesse, qui le fit élèvera sa cour. 
L'Écriture sainte ne nous dit rien 
sur la jeunesse de Moïse et sur son 
éducation. Mais cette lacune a été 
remplie par la tradition à laquelle 
Josèphe a donné place dans ses 
Antiquités hébraïques (1. II, ch. 9 et 
10). Selon cette tradition, l'enfant 
Moïse était d'une beauté ravissante; la 
princesse Thermouthis le fit instruire , 
par les prêtres, dans toutes les sciences 
des Égyptiens r , et elle sut le protéger 
contre l'influence des prêtres, qui pré- 
dirent au roi ce que l'Egypte avait à 
redouter de cet enfant; car en jouant 
un jour avec la couronnede Pharaon, 
il l'avait jetée par terre et foulée aux 
pieds. L'éducation sacerdotale de 
Moïse n'a rien que de très-probable ; 
on en trouve aussi une trace dans l'un 
des fragments de Manéthon qui fait de 
Moïse un prêtre d'Héliopolis, nommé 
Osarsiphus 2 . Devenu grand, il con- 

1 Voy. aussi Actes des Apôtres, ch. 7, v. 22, 
et les passages de Phi Ion et des Pères de l'Église 
cités par Brucker, Historia crit. philosophiœ, 
t. I, p. 78 , 79. 

2 Les deux coryphées de la littérature alle- 
mande ont jugé l'éducation de Moïse sous 
des points de vue bien différents. Si on peut 
reprocher à Schiller ( Die Sendunçj Moscs) d'a- 



duisit une armée égyptienne contre 
les Éthiopiens, qui avaient tenté d'en- 
vahir le pays. Il défit les ennemis et 
les poursuivit jusqu'à la ville royale 
deSaba (Méroé), devant laquelle il 
mit le siège. Tharbis, fille du roi d'E- 
thiopie, étant devenue amoureuse de 
Moïse, lui offrit sa main et lui livra 
la ville. Moïse épousa la princesse et 
reconduisit en Egypte l'armée victo- 
rieuse de Pharaon. 

Cet épisode est raconté par Josèphe 
avec beaucoup de détails ; mais il n'en 
existe aucune trace dans les récits au- 
thentiques de l'Exode, qui, après 
avoir parlé de l'adoption de Moïse par la 
fille de Pharaon, nous le montre tout 
d'un coup à l'âge viril, au milieu de ses 
frères opprimés. Étant sorti un jour 
pour voir ces infortunés et leurs pé- 
nibles travaux, il vit dans un endroit 
écarté un Égyptien qui maltraitait un 
Hébreu. N'écoutant que son indigna- 
tion, et se croyant inaperçu, il tua 
l'Égyptien et l'enfouit dans* le sable. 
Mais un autre jour, ayant voulu in- 
tervenir dans une querelle entre deux 
Hébreux, et ayant vivement interpellé 
l'agresseur : Qui donc, répliqua celui- 
ci , t'a fait notre chef et notre juge? 
penses-tu me tuer, comme tu as tué 
l'Égyptien ? Moïse voyant son meur- 
tre découvert, et ayant appris que 
Pharaon, qui en avait eu connaissance, 
voulait le faire mourir, se hâta de fuir 
et se rendit dans l'Arabie voisine. As- 
sis près d'un puits dans les environs 
du mont Sinaï, où vivait une tribu 
midianite, il défendit un jour les sept 
filles de Jéthro , chef et prêtre de la 



voir exagéré l'instruction sacerdotale de 
Moïse et l'influence des mystères égyptiens 
sur la théologie et la législation mosaïques , 
on s'étonne de voir Goethe (Westœstlicher 
Dhvan) tomber dans l'autre extrême, et ne 
voir dans Moïse qu'un caractère robuste, un 
homme élevé par la nature et de l'éducation 
duquel il ne faut pas s'enquérir. « Il a été le 
« protégé d'une princesse, il a été élevé à la 
« cour ; mais rien n'a agi sur lui. Il est de- 
ce venu un homme excellent, fort, mais dans 
« toutes les circonstances il est resté incul- 
«te. » — Herder, qui a si profondément senti 
ce qu'il y a de beau dans les grands caractè- 
res bibliques, a jugé Moïse avec plus de vé- 
rité et surtout avec plus de sentiment poé- 
tique. 



PALESTINE. 



119 



tribu , qui étaient venues abreuver les 
troupeaux de leur père, contre l'agres- 
sion des bergers qui voulaient les re- 
pousser de la fontaine. Jéthro, ayant 
appris de ses filles la généreuse con- 
duite de Moïse, le fit inviter^ venir chez 
lui, et lui offrit l'hospitalité. Moïse 
ayant consenti à rester chez Jéthro, ce- 
lui-ci lui donna pour femme sa fille 
Séphora. 

Moïse passa de longues années avec 
le chef des Midianites , dont il faisait 
paître les troupeaux. Pendantce temps 
rien n'avait changé dans la situation 
de ses frères en Egypte ; un nouveau 
Pharaon était monté sur le trône; mais 
il continuait à l'égard des Hébreux 
le système inique de son prédéces- 
seur. Dans la solitude auprès de ses 
troupeaux, Moïse put méditer sur le 
sortdescs frères ; les traditions des pa- 
triarches occupaient son esprit, et la 
pensée de Jéhova , le Dieu de ses pè- 
res, s'empara de tout son être. Exalté 
par les souffrances de ses frères et 
méditant la grande œuvre de leur 
délivrance, il voyait sans cesse devant 
lui l'Être éternel au nom duquel cette 
œuvre devait s'accomplir. 

Le moment décisif arriva. Ayant 
conduit un jour ses troupeaux près du 
mont Horeb , il vit un buisson qui 
était enflammé sans être consumé par 
le feu. Ne pouvant se rendre compte 
de ce phénomène , il voulut s'appro- 
cher pour l'examiner de près. Une 
voix se fait entendre du milieu du 
buisson et l'avertit qu'il se trouve sur 
un terrain saint. Jl ne peut plus dou- 
ter que c'est Jéhova qui se révèle dans 
cette vision miraculeuse; tous les 
sentiments qui l'ont agité depuis 
si longtemps, sa confiance en Dieu, 
sa méfiance de sa propre capacité , ses 
hésitations , se retracent ici dans un 
dialogue qui s'établit entre lui et la 
Divinité ( voy. Exode , ch. 3 ). Il est 
enfin convaincu que c'est lui que Dieu 
a choisi pour délivrer son peuple de 
l'esclavage et pour lui faire connaître 
de nouveau le Dieu de ses pères, 
comme l'être absolu, éhyé (je suis) , 
tel est le nom sous lequel Dieu veut 
«e faire annoncer à son peuple , en se 



faisant connaître comme le Dieu 
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. 

Moïse prit la résolution de retourner 
en Egypte ; il fit ses adieux à son beau- 
père et emmena sa femme et ses deux 
fils, Gerson et Eliézer. En chemin il 
fut menacé d'un grand danger, pro- 
bablement la grave maladie de l'un de 
ses fils , qu'il avait négligé de circon- 
cire. Séphora , attribuant à cette né- 
gligence la subite indisposition de son 
fils, fit l'opération et le danger cessa. 
C'est là le sens le plus probable des 
paroles obscures de l'Exode (ch. 4, v. 
24 — 26). Il paraît que Moïse renvoya 
immédiatement sa femme et ses en- 
fants auprès de son beau-père , qui les 
lui ramène plus tard (ib. 18, 5). 
Près du mont Horeb il rencontra son 
frère Ahron, dont le concours lui 
avait été annoncé par la voix divine 
dans le buisson ardent, et qui, pins 
éloquent que lui, devait être, auprès 
des Hébreux et du roi d'Egypte, l'in- 
terprète de ses inspirations divines. 
Les deux frères arrivés en Egypte 
commencèrent par rassembler les 
chefs des tribus israélites. Il fut 
probablement difficile de ranimer 
l'espérance d'un peuple abattu par un 
long esclavage, en lui parlant au nom 
d'un Dieu qu'il avait presque oublié 
et à côté duquel il paraît avoir adoré 
quelques-unes des divinités locales de 
l'Egypte 1 . Mais l'éloquence d' Ahron, 
parlant par l'inspiration de Moïse , et 
les signes qu'ils donnèrent pour 
s'accréditer comme envoyés de Dieu , 
finirent par leur gagner la confiance 
du peuple. 

Us firent ensuite une première dé- 
marche auprès du roi d'Egypte, pour 
lui demander d'accorder aux Hébreux 
la permission de se retirer dans le dé- 
sert à une distance de trois journées, 
afin qu'ils pussent offrir des sacrifices 
à Jéhova leur Dieu. Pharaon les reçut 
fort mal , disant qu'il ne connaissait 
pas le dieu Jéhova. Il augmenta les 
travaux des Hébreux et les fit traiter 



1 Voy. Josué, ch. 24, v. 14; Ezéchiel, cU. 20, 
v. " etsuiv., ch. 23, v. 3; Amos, ch. 5. v. 26. 
Spencer, De legibus Hebrœorumritualibus^ h. 
1, c. I, secl. I. 



120 



L'UNIVERS. 



encore plus durement. Moïse fut dé- 
couragé un moment par ce malheu- 
reux résultat; mais la voix divine le 
rassura, en lui rappelant les promesses 
faites aux patriarches. Il tâcha de conso- 
ler le peuple, et accompagné de son 
frère Ahron , il se présenta de nouveau 
à Pharaon. Moïse était alors âgé de 
quatre-vingts ans et Ahron en avait 
quatre-vingt-trois. 

Tout ce qui se passa alors jusqu'à la 
délivrance des Héhreux est enveloppé 
pour nous d'un voile mystérieux, et 
la raison humaine doit renoncer à se 
rendre un compte exact des causes et 
des effets. Dans les plaies par les- 
quelles les oppresseurs des Hébreux 
lurent si cruellement frappés, on re- 
connaît bien quelquefois les phéno- 
mènes particuliers à l'Egypte; mais 
les rationalistes ont fait de vains efforts 
pour expliquer tous les détails d'une 
manière naturelle 1 . Il faut donc ou 
reconnaître le miracle dans toute Ja 
force du terme, ou bien ne voir par- 
tout que des mythes et reconnaître 
dans les récits du Pentateuque le ca- 
ractère de l'épopée. Il en est de même 
des événements qui succèdent à la 
sortie d'Egypte jusqu'à la mort de 
Moïse. L'historien se trouve sur un 
terrain mouvant, et il ne peut que se 
faire l'écho de la tradition. La sortie 
d'Egypte et la loi promulguée dans le 
désert du Sinaï, tels sont les grands 
événements historiques de la vie de 
Moïse , et ces faits incontestables sont 
d'une telle importance pour tout le 
reste de l'histoire des Hébreux qu'ils 
nous font presque perdre de vue les 
détails merveilleux qui les entourent 
et qui, appartenant au domaine de la 
foi et de la poésie, ne préoccupent 
l'esprit de l'historien que sous un 
point de vue secondaire. 

Selon le récit traditionnel , Moïse 
et Ahron , en se présentant de nouveau 
devant le roi essayèrent d'abord de le 
convaincre de leur mission divine par 
un miracle. Ahron jeta son bâton par 
terre et il fut changé en un serpent. 
Mais Pharaon n'en fut point ému, les 

1 Voy. entre autres, du Bois Aymé, dans la 
Description de l'Egypte, t. VIII , p. 109. 



magiciens d'Egypte ayant fait le 
même miracle. II arriva alors une 
série de phénomènes fondes, en grande 
partie, dans l'état physique du pays, 
mais qui cependant se présentèrent 
d'une manière extraordinaire et à des 
saisons inaccoutumées, et que Moïse 
savait toujours annoncer d'avance. Ce 
sont là les dix plaies de l'Egypte , que 
nous allons énumérer rapidement : 
1° Toutes les eaux du Nil et des lacs se 
corrompent et sont changées en sang r 
et les Égyptiens sont forcés de creuser 
des puits pour avoir de l'eau potable. 
2° Les grenouilles se multiplient d'une 
manière effrayante et couvrent toute 
l'Egypte. 3° Les hommes et les bes- 
tiaux sont tourmentés par des mouche- 
rons innombrables, ou, comme s'ex- 
prime le texte , toute la poussière de 
la terre est changée en moucherons '. 
4° Une autre espèce d'insectes nuisi- 
bles 2 remplissent les maisons et four- 
millent sur le sol, dont ils détruisent 
la végétation. 5° Une mortalité enlève 
tous les bestiaux des Égyptiens. 6° 
Des pustules enflammées se forment 
dans les hommes et les animaux. 7° 
Une forte grêle accompagnée d'éclairs 
et de tonnerre ravage les campagnes. 
8° Des nuées de sauterelles viennent 
couvrir toute la surface du pays; elles 
dévorent toutee que la grêle avaitépar- 

1 Le texte hébreu a le mot kinnim que les 
Septante rendent par axvïcpeç. Ce sont sans 
doute les moustiques si incommodes en 
Egypte. Voy. OEdmann, Sammlungen,yre- 
mier cahier, ch. 6. 

2 Le sens du mot hébreu Arob n'est pas 
bien connu; mais il désigne sans doute une 
espèce particulière et non pas, comme dit la 
Vulgate, omne gênas muscarum. Les Sep- 
tante, dont l'autorité doit avoir un grand 
poids pour tout ce qui concerne l'Egypte, 
rendent le mot hébreu par xuvô|xuia, proba- 
blement une espèce de taon. Philon (De 
vitâ Mosis) l'appelle un insecte mordant et in- 
sidieux , qui s'élance de loin avec bruit , 
comme une flèche, et qui, s'altachant à la 
peau , y pénètre fortement. Voy. Phdonis 
Opéra, éd. de Genève, p. 472. — OEdmann 
(ib. deuxième cahier, ch. 7), après avoir exa- 
miné les opinions de ses devanciers , se pro- 
nonce pour la blatta orientais, ou la ka- 
kerlaque, qui est encore maintenant une des 
plaies de l'Egvpte. Ceux qui ont voyagé sur 
le Nil , savent'combien cet insecte est incom- 
mode ; les bateaux en sont infestés , et on les. 
y voit souvent par milliers. 



PALESTINE. 



121 



gné. 9° D'épaisses ténèbres couvrent 
tout le pays. 10° Tous les premiers- 
nés des Égyptiens sont enlevés par une 
mort subite. 

Toutes les fois que Pharaon se 
voyait délivré d'une plaie, ou que ses 
magiciens pouvaient produire quelque 
chose d'analogue, son cœur s'endur- 
cissait et il refusait de laisser partir 
les Hébreux. Avant l'arrivée de la 
dernière plaie , Moïse prévoyant que 
ce coup serait décisif, prévint les Hé- 
breux de se tenir prêts à partir. Il 
leur ordonna de tuer un agneau par 
famille, le quatorzième jour de la lune 
du printemps, après-midi, et d'en 
manger la chair rôtie, avec du pain 
sans levain et des herbes amères. Les 
Hébreux devaient faire ce repas pen- 
dant la nuit, à la hâte, en costume 
de voyage et le bâton à la main, et 
ils devaient mettre du sang del'agneau 
sur les portes de leurs maisons , afin 
que le destructeur des premiers-nés 
reconnût les demeures des Hébreux 
et passât devant leurs portes. De là 
ce repas et toute la cérémonie que 
Moïse ordonna de répéter chaque an- 
née, en commémoration du grand 
miracle, reçut le nom de Pœçach (Pas- 
cha, Pâque's) ». 

Au milieu delà nuit, une main in- 
visible porta la désolation dans toutes 
les familles des Égyptiens, en frap- 
pant tous les premiers-nés des hommes 
et des animaux 2 . Les Égyptiens ef- 
frayés insistèrent alors auprès du roi 
pour qu'il laissât partir les Hébreux. 
Dans la nuit même Pharaon fit appeler 
Moïse et Ahron et les pressa de faire 
sortir leur peuple dans le désert, en 
leur permettant d'emmener même 
leurstroupeaux. Les Hébreux n'eurent 
pas le temps de faire lever la pâte 
qu'ils avaient préparée pour le lende- 
main; de là l'usage de manger, pen- 

1 Du verbe paçach, sauter, passer par- 
dessus. 

2 Les premiers-nés des animaux étaient 
probablement les animaux sacrés, qu'ado- 
raient les Égyptiens, et les premiers-nés des 
hommes étaient consacrés à leur culte; c'est 
pourquoi cette dixième plaie est considérée 
en même temps comme te châtiment des di- 
vinités égyptiennes. Voy Exode, ch. 12, v. 12. 



dant la fête de Pâques , des gâteaux 
sans levain. Ils emprunté. eut toute 
espèce de vases et de vêtements pré- 
cieux des Égyptiens, qui donnèrentavec 
plaisir tout ce qui leur fut demandé. 
Les ossements de Joseph furent em- 
portés, selon sa dernière volonté. Ce 
fut au bout de quatre cent trente ans , 
dit le texte de l'Exode, que les Hé- 
breux quittèrent l'Egypte , au nombre 
de six cent mille nommes adultes, 
sans compter les femmes et les en- 
fants. Ces deux chiffres, celui du 
temps et celui de la population sont 
assez bien en rapport entre eux, et 
on a établi par des calculs assez ri- 
goureux que la colonie des Hébreux, 
composée de soixante-dix individus, 
aurait pu, au bout de 430 ans comp- 
ter 977,280 individus mâles au- 
dessus de vingt ans 1 . Mais le chiffre 
de 430 est en contradiction manifeste 
avec les chiffres d'une table généalo- 
gique des Lévites, qui nous est conser- 
vée dans le livre de l'Exode (ch. 6 , v. 
16—25), et qui ne permet pas de faire 
durer le séjour des Hébreux en Egypte 
au delà de 210 ans 2 . Aussi Josèphe et 
la plupart des commentateurs font-ils 
commencer les 430 ans au temps d'A- 
braham, qui émigra en Egypte. C'est 
là encore une difficulté qui ne pourra 
jamais être suffisamment éclaircie. 
Selon les calculs qui nous paraissent 
les plus probables , les Hébreux quit- 
tèrent l'Egypte vers l'an 1600 avant 
l'ère chrétienne. 

3. SORTIE D'EGYPTE. — LÉGISLATION. — SÉ- 
JOUR DANS LE DÉSERT. — CONQUÊTE DE 
LA PÉRÉE. — MORT DE MOÏSE. 

Pour arriver dans le pays de Ca- 
naan , le chemin le plus court pour 
les Hébreux était de se diriger au 
nord, vers la côte de la Méditerra- 
née, et de se rendre par El-Arîsch 
à Gaza dans le pays des Philistins. 
Mais l'esprit belliqueux des Philistins 
étant renommé, et les Hébreux 
étant peu habitués à manier les ar- 
mes , Moïse avait depuis longtemps 

1 Voy. làhn.Archœologie, t. II, première 
partie, p. 91. 
a Voy. La Bible de M. Cahen , t. II , p. 50. 



122 



L'UNIVERS. 



pris la résolution de traverser le 
4ésert du Sinaï l , afin d'éviter autant 
que possible la rencontre de peuples 
ennemis et d'arriver par un long 
détour à la limite sud-est de la Pa- 
lestine 2 . 

Du district qu'ils avaient occupé 
dans le pays de Raamsès ou Gosen , 
les Hébreux se rendirent à Succôth 
( tentes ), qui , selon Josèphe 3 , était 
Latopolis situé à l'endroit où plus 
tard fut bâtie Babylone ( maintenant 
le vieux Caire ). Du mont Mokattam , 
près du Caire , commence une chaîne 
de montagnes qui s'étend à l'est et 
va aboutir dans le mont Attaka près 
de Suez. Les Hébreux , au lieu de 
rester au nord du Mokattam et de 
prendre la route que suivent encore 
maintenant les caravanes qui vont 
du Caire à la Mecque, tournèrent 4, 
à ce qu'il paraît, au midi, vers la 
plaine deBezatîn, puisa l'est, pour 
traverser la vallée de l'Égarement 5 . 
De Succôth ils se rendirent à Étham, 
situé à l'extrémité du désert ( Exode, 
13, 20), et que le P. Sicard place 
dans la plaine de Ramlieh, à huit 
lieues de la mer Rouge. De là un 
doûlé très-étroit, où vingt hommes 
à peine peuvent marcher de front, 
conduit dans la plaine de Bedéa 
près de la mer Rouge, et Sicard 
pense que ce fut pour éviter ce dé- 
filé que Dieu ordonna aux Hébreux 
( ib. 14, 2 ) de se détourner pour 
aller camper devant Pi-hahirôth. 

1 Voy. Exode, ch. 3, v. 12. 

2 Voy. Nombres, ch. 13. 

3 Antiqu. , I. 2, c. 15, § I. 
* Exode, 13, 18. 

5 C'est ce qui résulte de l'assertion de Jo- 
sèphe, fondée, sans doute, sur une ancienne 
tradition, et c'est aussi i'opinion du P. 
Sicard dans sa Dissertation sur te passage 
de ta mer Rouge pur les Israélites. Niebuhr 
cependant fait prendre aux Hébreux la route 
des caravanes, pour les faire arriver à la 
petite langue de nier qui se trouve au N. E. 
du golfe de Sue/ , et où le passage est assez 
facile. Il laisse la position de Succôth indé- 
terminée, et il cherche Étham près d' Adjroud. 
Mais l'hypothèse du P. Sicard nous fait 
mieux comprendre pourquoi Pharaon croit 
tes Hébreux égarés dans le pays , et renjer- 
wés dans le désert, quoique le passage de 
là mer Rouge, placé bien plus au midi, de- 
-vienae par là plus incompréhensible. 



Cette troisième station est , selon le 
même auteur, dans la plaine de Be- 
déa, au midi du mont Attaka *. Pour 
guider la grande masse de peuple 
dans ces chemins inconnus, un grand 
feu se trouvait constamment allumé 
à la tête des colonnes; la fumée 
qui en sortait leur servait de guide 
pendant le jour et la flamme pendant 
la nuit. Dans le langage des écrivains 
hébreux, où tout ce que Dieu or- 
donne ou qui se fait en son nom est 
considéré comme son reflet, c'est 
Dieu lui-même qui marche à la tête 
du peuple dans une colonne de nuée 
pendant le jour et dans une colonne 
de feu pendant la nuit (Ex. 13, 21). 
Le roi d'Egypte ayant appris que 
les Hébreux, au lieu de se borner 
à une excursion de trois journées, 
s'étaient engagés dans les défilés et 
avaient essayé de s'enfuir , se repen- 
tit de les avoir renvoyés. Il était loin 
d'ailleurs de voir dans cette marche 
détournée et indécise un plan com- 
biné , et il croyait que le peuple s'é- 
tait égaré. Il se mit donc à leur pour- 
suite avec six cents chariots d'élite 
et avec une grande masse de cavalerie 
et de fantassins , et les atteignit dans 
la plaine près de Pi-hahirôth. Cam- 
pés dans cette plaine , les Hébreux 
avaient devant eux , à l'est , le golfe 
de Suez, à droite et à gauche les 
montagnes, et derrière eux ils 
voyaient l'armée des Égyptiens. Sans 
un secours miraculeux, ils étaient 
perdus. Déjà ils élevaient de violents 
murmures contre leurs chefs ; mais 

1 Selon le Pentateuque , Pi-hahirôth est 
entre Migdol et la mer, devant Baal-Sephôn. 
Sicard prend Migdol pour le mont Koaibé, 
au midi delà vallée de l'Égarement, et Baal- 
Sephôn pour l'Attaka. Tout ceci est fort dou- 
teux. L<ïs opinions des voyageurs et des sa- 
vants varient beaucoup sur ces différentes 
localités, et sur l'endroit où les Hébreux 

f tassèrent la mer. Nous renvoyons surtout à 
a dissertation de du Bois Aymé dans la Des- 
cription de l'Egypte, t.VIH, p. 113 et suiv. 
Ce savant, qui, comme Niebuhr, place le 
passage dé la mer plus au nord , prend 
Étham pour Bir-Suès, et Pi-hahirôth pour 
Adjroud. Le Commentaire géographique sur 
l'Exode et les Nombres, que vient de pubiier 
M. Léon de Laborde, laissant Élham indé- 
terminé, place BaalSephôn à Suez, et Pi- 
hahirôth à Adjroud (p. 72,75, 76). 



PALESTINE. 



123 



Moïse les rassura : « Ne craignez 
rien, dit-il, restez tranquilles, et vous 
verrez le secours que l'Éternel vous 
donnera aujourd'hui ; car, après avoir 
vu les Égyptiens en ce jour, vous ne les 
reverrez 'jamais. » La nuit arriva ; 
une violente tempête venue de l'est 
sépara les eaux du golfe , à l'endroit 
où les Hébreux étaient campés, et 
fraya un passage au milieu des flots, 
qui , dit le texte, s'amoncelèrent à 
droite et à gauche. La colonne de 
feu et de fumée se plaça derrière les 
Hébreux et déroba leur fuite aux 
Égyptiens , qui , voyant le feu im- 
mobile , ne se doutèrent pas du mou- 
vement que Moïse faisait opérer à 
son peuple pendant toute la nuit, 
pour lui faire traverser le golfe. Le 
passage s'opéra probablement tout 
près du mont Attaka , où la mer 
a maintenant six lieues de largeur, 
et le matin les Hébreux se trouvè- 
rent campés sur le rivage oriental 
du golfe vis-à-vis de la montagne. Là 
se trouvent des sources que les Arabes 
appellent Ayoun Mousa ( sources de 
Moïse ) , et où ils placent tradition- 
nellement le passage des Hébreux. 
Au point du jour les Égyptiens 
virent encore de loin la colonne de 
feu et de fumée, mais ils n'aperçu- 
rent plus le camp des Hébreux, 
ce qui porta le trouble et le désordre 
parmi eux ; tel est le sens des paroles 
de l'Exode (14, 24) : Et l'Étemel 
avait jeté un regard sur le camp des 
Égyptiens, à travers la colonne de 
feu et de nuage, et avait mis en dé- 
sordre le camp des Égyptiens. Leur 
premier mouvement fut de se mettre 
en toute hâte à la poursuite des Hé- 
breux, sans penser aux dangers qui 
les menaçaient. Ils se hasardèrent 
à suivre les fugitifs dans le lit du 
golfe, avec leurs chariots et leurs 
chevaux ; mais les chariots ne pou- 
vaient pas rouler, et la marche fut 
très-pénible ( ib. v. 25). Le vent d'est 
avait cessé , et les flots retournèrent 
et coupèrent la retraite aux Égyptiens 
qui furent engloutis dans la mer. Ce 
miracle éclatant fut célébré par Moïse 



dans un cantique qui nous a été con- 
servé dans l'Exode ( ch. 15). 

Tel est exactement le sens du récit 
biblique traduit dans notre langage 
vulgaire. Dès qu'on admet la vérité 
historique de ce récit , il devient 
impossible d'expliquer ce grand évé- 
nement par les phénomènes ordinaires 
qu'on a pu observer dans la contrée 
traversée par les Hébreux. Toutes 
les hypothèses qu'on a faites à ce 
sujet ne suffisent pas pour expliquer 
en même temps et la délivrance des 
Hébreux et le désastre des Égyptiens. 
Si la basse marée avait seule favorisé 
le passage des Hébreux ( en admet- 
tant que le passage se soit effectué 
près de Suez et qu'une si grande 
masse d'hommes, de femmes et 
d'enfants ait pu traverser le golfe 
en peu d'heures ), on ne compren- 
drait pas que les Égyptiens eussent 
été assez insensés pour les suivre, 
sachant que la mer ne pouvait pas 
tarder à revenir. Nous avouons en- 
core ici la difficulté de nous rendre 
un compte exact des faits par les 
documents que nous avons à notre 
disposition. Les efforts des rationa- 
listes ont échoué sur ce point comme 
sur beaucoup d'autres. 

Après avoir passé le golfe, les Hé- 
breux se rendirent dans le désert de 
Schour. Ce désert, situé au sud-ouest 
de la Palestine, s'étend du golfe Ara- 
bique à la Méditerranée jusque vers 
Pelusium ( Damiette) , et s appelle 
maintenant Al-Djofâr *. Moïse ne 
s'aventura point dans l'intérieur du 
Djofâr; mais il fit marcher les Hé- 
breux vers le midi, dans cette partie 
du désert qui avoisine le golfe de Suez. 
Après trois jours de marche, ils cam- 
pèrent dans un endroit où il y avait 
de l'eau , mais tellement amère qu'on 
ne put la boire ; ce qui fit donner à 
cet endroit Je nom de Marah (amère). 
Burckhardt place cette station près 
du puits Howara, à quinze heures un 
quart de marche d'Ayoun-Mousa. L'eau 
de ce puits , dit-il , est si amère que 

1 Dans les versions des Juifs Arabes Schour 
est rendu par Al-Djofâr. 



124 



L'UNIVERS. 



les hommes ne peuvent la boire, et 
les chameaux n'en veulent que lors- 
qu'ils ont bien soif l . Moïse sut l'a- 
doucir par une plante qu'il y fit je- 
ter a . Partis de Marah, les Hébreux 
campèrent à Elim où ils trouvèrent 
douze sources et soixante-dix pal- 
miers. C'est, sans doute, le JVadi 
Gharandel, à trois lieues d'Howara ; 
on y trouve beaucoup de palmiers, 
de tamariscs et d'acacias , ainsi 
qu'une source abondante et un tor- 
rent. Les douze sources ont pu s'y 
trouver momentanément ; car, selon 
Niebuhr, l'endroit est riche en eau, 
et on en trouve facilement en creu- 
sant à peu de profondeur 3 . 

Se dirigeant de là vers le Sinaï , 
les Hébreux arrivèrent le quinzième 
jour du deuxième mois ( un mois 
après leur sortie d'Egypte ) dans le 
désert de Sîn, après avoir fait une 
halte ( selon le journal itinéraire des 
Nombres ) sur le bord du golfe de 
Suez. Sin ne peut être que le IVadi 
Mocatleb , célèbre par ses inscrip- 
tions 4 , ou le IVadi El-schéikh 5 . 
Ici tout le peuple murmura contre 
Moïse et Ahron, craignant de mou- 
rir de faim et regrettant l'escla- 
vage d'Egypte , où on avait vécu 
dans l'abondance. Bientôt une es- 
pèce de cailles très-commune dans 
î'Arabie-Pétrée vint en nombreuses 
volées rassurer la foule turbulente , 
et la célèbre manne, dont les Hé- 
breux devaient se nourrir pendant 
quarante, années tomba en ce lieu 
pour la première fois , menue comme 
la gelée blanche sur la terre ( Ex. , 
16, 14). Cette substance se mon- 
trait sous la forme de petits grains 

1 Voy. Travels in Syria andthe holy land, 
p. 472. 

a Burckhardt a pris des informations au- 
près des Bédouins pour savoir s'ils connais- 
saient un moyen analogue à celui dont se 
servait Moïse;"mais il ne put rien apprendre 
à ce sujet. Il suppose que Moïse employa les 
baies rouges d'un arbuste appelé Ghurkad, 
le peganum relus um de Forskal , qui est 
très commun dans ces contrées. Voy. Travels, 
p. 473 et 474. 

3 Burckhardt, 1. c. 

* Voy. Voyage de l'Arabie Pétrée, par M. 
Léon de Laborde, p. 69. 

à Burckhardt, p. 487. 



blancs, semblables à la semence 
de coriandre, et avait un goût de 
miel; il fallait la recueillir de grand 
matin , car elle se fondait au lever du 
soleil. Elle était si abondante qu'on 
pouvait en recueillir un Orner r 
par tête et on en préparait toute 
sorte de mets. On n'en trouvait 
point le jour de sabbat , mais on 
en ramassait doublement la veille. 
Ce fut à cette occasion que Moïse 
parla pour la première fois de la cé- 
lébration du Sabbat. 

La contrée dans laquelle il faut cher- 
cher le désert de Sin possède encore 
aujourd'hui beaucoup de tamariscs 
qui donnent la manne 2 . Plusieurs 
voyageurs y ont même trouvé une es- 
pèce de manne qui tombe de l'air et 
qui s'attache aux pierres, aux bran- 
ches ou à l'herbe; si leurs observa- 
tions sont exactes, ce ne peut être 
que la manne végétale, qui est attirée 
par l'air d'où elle retombe 3 . Mais si 
on réfléchit que cette manne ne se 
trouve que dans la presqu'île du Si- 
naï et seulement pendant les mois de 
juin et de juillet, tandis que , selon 
la Bible, les Hébreux en recueillirent 
tous les jours, pendant quarante ans, 
et sur toute leur route jusqu'à Edréi 
et à Guilgal ; que d'ailleurs la récolte 
ne produit maintenant, dans les 
meilleures années, que cinq à six 
cents livres, et que la substance n'est 
pas non plus assez dure pour être 
écrasée dans un mortier ou dans un 
moulin, comme nous le lisons dans 
le livre des Nombres (ch. 1 1 , v. 8 )4 , 
il faudra renoncer à expliquer le 

1 Le Ome>; qui est le dixième deVÉpha, 
équivaut, selon le calcul des rabbins, à 43 
un 5 e coques d'oeufs. 

2 C'est Ehrenberg qui nous fournit les 
meilleurs renseignements sur cet arbrisseau 
qu'il appelle tamarix mannifera. Ses bran- 
ches piquées par un insecte qu'il nomme 
coccus maniparus et dont il donne la descrip- 
tion, transsudent une substance que les Ara- 
bes recueillant de lu terre, et qu'ils mangent 
avec le pain comme du miel. Voy. Symboles 
physicœ, Itnn . t , [ , tab. 10. 

3 On p« ut voit Jifférentes hypothèses sur 
cette manne du ciel, comme l'appellent les 
Arabes , dans OEdmann , Sammlungen , sixiè 
me cahier, ch 1. 

* Voy Burckhardt, Travels, p. 600. 



PALESTINE. 



m 



récit biblique par les faits naturels 
qu'ont observés les voyageurs. 

Du désert de Sîn , les Hébreux al- 
lèrent par Dophka et Alous à Raphi- 
dîm. Ce dernier campement devait 
être à peu de distance du Sinaï, et 
on doit le chercher dans la plaine qui 
est au midi du Wadi El-schéikh , après 
le rocher appelé par les Arabes Mak- 
ad-Stdna-Mousa ( le siège de notre 
seigneur Moïse). L'eau manquant dans 
cette contrée , de nouveaux murmu- 
res s'élevèrent contre Moïse, qui, 
frappant le rocher avec son bâton, 
en lit sortir de l'eau en abondance r . 

Une partie de la caravane ne pou- 
vant-supporter la fatigue de la mar- 
che, était restée en arrière 2 . Les 
Amalécites attaquèrent les traîneurs , 
et Moïse ordonna à Josué, fils de 
Noun , de la tribu d'Ephraïm, son 
serviteur et disciple, d'aller au-devant 
de l'ennemi avec une troupe d'élite. 
Il se plaça lui-même sur une colline, 
ayant à côté de lui Ahron et Hour 3 , 
et il éleva de temps en temps son bâ- 
ton merveilleux pour encourager les 
combattants. Après une lutte opiniâ- 
tre , les Amalécites furent repoussés 
avec une grande perte. Moïse fit éle- 
ver un autel en ce lieu , et une inimitié 
éternelle fut jurée aux Amalécites. 

Au commencement du troisième 
mois après la sortie d'Egypte, les Hé- 
breux arrivèrent dans les environs du 
mont Sinaï, où ils devaient séjourner 
un certain temps , pour recevoir des 
institutions et des lois qui pussent les 
régir dans le pays où ils allaient s'éta- 
blir. Les inconvénients des institu- 
tions patriarcales pour une si grande 
réunion d'hommes ne se faisaient déjà 
que trop sentir. Du matin jusqu'au 
soir le peuple se pressait devant 
Moïse pour lui demander des conseils 
et des jugements ; tout son dévoue- 
ment, toutes ses fatigues devenaient 
inutiles , et il ne pouvait répondre à 

1 Tacite rapporte ce miracle et en donne 
une explication naturelle. Hisl. V, 3. 

* Voy. Deutéronome, 25, 18. 

3 Hour était, selon la tradition, le fils de 
Miriam, sœur de Moïse; d'autres en font 
«on mari. 



toute cette foule. Suivant le conseil 
de son beau-père Jéthro , qui était 
venu le rejoindre pour lui amener sa 
femme et ses enfants, Moïse divisa 
le peuple par milliers; chaque millier 
fut encore subdivisé en plus petites 
fractions. Des hommes signalés par 
leur mérite personnel et par leur pro- 
bité furent placés à la tête de cha- 
que division pour rendre justice au 
peuple et pour le conseiller dans les 
affaires moins graves, et dorénavant 
les cas les plus difficiles furent seuls 
exposés devant le chef suprême. 

Moïse procéda immédiatement à 
la grande œuvre de la législation dont 
les bases principales devaient être 
proclamées en présence du peuple 
et au milieu des phénomènes les plus 
imposants qui annonçaient la pré- 
sence de la Divinité. Moïse assembla 
les anciens et leur adressa une allocu- 
tion dans laquelle il leur rappela ce 
Sue Dieu avait fait pour le peuple 
'Israël , et il leur fit comprendre 
que la loi qu'il allait leur donner de- 
vait faire des Hébreux un peuple con- 
sacré à l'Éternel , un peuple saint , 
un royaume de prêtres ; c'est-à-dire, 
qu'ils seraient tous égaux devant l'Ê- 
tre suprême et devant sa loi, qu'ils 
seraient tous initiés dans la connais- 
sance de Dieu et de sa loi, et qu'on leur 
dévoilerait à tous les hautes doctrines 
qui, chez les Égyptiens , sous le nom 
de mystères, n'étaient connues qu'à 
une caste privilégiée , celle des prê- 
tres. Tout le peuple protesta d'avance 
de son obéissance absolue, et Moïse 
lui ordonna de se préparer pendant 
trois jours , afin d'apparaître digne- 
ment devant la Divinité qui allait se 
révéler sur le mont Sinaï. L'approche 
de la montagne sainte fut interdite 
sous peine de mort. Le troisième 
jour, dès le matin, on vit une fumée 
épaisse sortir du Sinaï ; des éclairs 
fendirent le nuage qui enveloppait 
la montagne , et au bruit du ton- 
nerre se mêla le son des trompettes , 
de sorte que tout le peuple qui était 
au camp trembla de frayeur. Moïse 
fit sortir le peuple vers la montagne * ; 
1 La montagne devenue célèbre par la ié- 



126 



L'UNIVERS. 



il défendit même aux prêtres « de s'ap- 
procher pour contempler de près cette 
scène imposante. Puis il monta, ac- 
compagné de son frère Ahron , et une 
voix redoutable proclama les dix ar- 
ticles de la loi fondamentale. 

On verra plus loin que la loi de 
Moïse, en général, se compose de 
trois parties distinctes : la doctrine 
sur Dieu et ses attributs , la loi ce- 
rémonielle , symbole de la doctrine, 
et la loi morale et sociale. Dans les 
dix articles promulgués sur le Sinaï , 
et qui sont généralement connus sous 
le nom de Décalogue, on peut dis- 
tinguer de même ces trois parties, 
et les dix commandements nous of- 
frent en quelque sorte la quintessence 
de toute la loi. Dans la première par- 
tie (art. 1 — 3) on établit l'existence 
de Jéhova ( l'Être absolu) ; le rédemp- 
teur du peuple hébreu, on défend le 
polythéisme et la représentation de 
la Divinité par des images visibles ; son 
nom même ne doit point être pro- 
noncé en vain. Dans la seconde par- 
tie (art. 4) on ordonne la célébration 
du sabbat , qui , comme symbole de 
la création et du Dieu créateur, est la 
base de toutes les observances reli- 
gieuses. Enfin la troisième partie 
(art. 5—10) s'occupe des lois indis- 
pensables à toute société humaine : 
on y prescrit aux enfants le respect 
envers leurs parents , et on défend le 
meurtre, l'adultère, le vol, le faux 



gislation de Moïse se compose de différents 
pics, qui portaient le nom général de Horeb; 
c'est pourquoi dans le Deutéronome (4, 10) 
et dans le livre de Malachi (4, 22) la scène 
est placée au mont Horeb. Le Horeb propre- 
ment dit n'est qu'un mamelon à partir du- 
quel s'élève un pic qu'on appelle le Sinaï 
(Laborde_, p. 68). Un pic plus élevé, qui en 
est sépare à l'est s'appelle communément le 
mont Sainte-Catherine. On ne sait lequel des 
deux pics est le Sinaï de la Bible (Voy. Burck- 
hardt , p. 609) ; mais aucun des deux n'of- 
fre à son pied une place ouverte, où tout 
le peuple hébreu aurait pu s'assembler, et 
il est probable que les chefs et représentants 
du peuple assistèrent seuls de près à la pro- 
clamation des dix commandements. Voy. 
Rosenmùller, Archéologie, t. III, p. 130. 

1 Le sacerdoce n'était pas encore régu- 
lièrement établi, mais les aines des familles 
faisaient alors les fonctions le prêtres. 



témoignage, et jusqu'à la convoitise 
des biens d'autrui. 

Les Hébreux , effrayés , de tout ce 
qu'ils avaient vu et entendu , prieront 
Moïse de leur parler lui-même et 
d'être auprès d'eux l'interprète de la 
volonté divine. Moïse , après les avoir 
rassurés , disparut dans le brouillard , 
et après être revenu au milieu du 
peuple, il lui exposa les détails les plus 
indispensables de la loi civile et mo- 
rale. Pour ne pas interrompre le récit 
et pour faire mieux saisir l'ensemble 
des lois, nous renvoyons le lecteur 
au résumé général que nous donnons 
plus bas de toute la législation mo- 
saïque. 

Selon l'usage de ces temps , les lois 
qui venaient d'être promulguées fu- 
rent consacrées par des sacrifices et 
des repas solennels (Ex. ch. 24). En- 
suite Moïse se retira avec Josué sur le 
mont Sinaï pour achever l'œuvre de 
la législation, après avoir chargé 
Ahron et Hour de le remplacer pen- 
dant son absence, qui dura quarante 
jours. Il s'occupait, dans sa retraite, du 
culte public qu'il était urgent d'établir 
pour éviter les dangers de l'idolâtrie 
qui menaçait d'envahir les hordes en- 
core barbares du peuple hébreu. Mais 
avant d'avoir le temps d'exécuter ce 
projet, le peuple, troublé par la lon- 
gue absence de son chef et ayant con- 
servé le souvenir des usages égyp- 
tiens, voulut adorer son Dieu sous 
une image visible. Il se présenta de- 
vant Ahron pour lui demander la fa- 
brication d'une idole; Ahron eut la 
faiblesse de céder et demanda qu'on 
lui apportât les bijoux d'or que por- 
taient les femmes et les enfants , es- 
pérant peut-être gagner du temps en 
réclamant ce sacrifice. Mais bientôt 
on lui apporta l'or nécessaire, et il fut 
obligé de fabriquer l'image d'un veau, 
à l'imitation du bœuf Apis qu'ado- 
raient les Égyptiens. On bâtit un au- 
tel ; une grande fête fut célébrée pour 
l'établissement de ce culte indi- 
gne , et le peuple manifesta sa joie par 
des jeux et des danses. Alors Moïse se 

f>résenta subitement au milieu de 
a foule , portant dans sa main deux. 



PALESTINE. 



12f 



tables de pierre sur lesquelles il 
avait gravé les dix commandements. 
Indigné du spectacle qui s'offrit à ses 
yeux, il brisa les tables; il fît aussi- 
tôt détruire l'idole, et adressa d'a- 
mers reproches à Ahron. Ayant fait un 
appel à tous les vrais adorateurs de 
Jéhova, toute la tribu de Lévi se 
groupa autour de lui , et il ordonna 
aux fidèles de tuer tous ceux qui fe- 
raient résistance , sans ménager même 
leurs plus proches parents. Environ 
trois mille hommes tombèrent en ce 
jour, et cet événement fut suivi d'un 
deuil général. 

Moïse sentit de plus en plus la né- 
cessité d'établir un symbole visible 
de la présence de Dieu au milieu du 
peuple hébreu. Malgré la sévérité qu'il 
avait déployée dans l'affaire du veau 
d'or, l'idolâtrie ne cessait pas d'avoir 
ses partisans 1 . Il dressa provisoire- 
ment hors du camp une tente qui de- 
vait être le lieu de la manifestation 
visible de la Divinité et où il allait de 
temps à autre chercher ses inspira- 
tions. Il lui donna le nom de Ohel-Moëd 
(tente de rendez-vous) a , parce qu'elle 
était le lieu de rendez-vous entre la 
Divinité et le peuple hébreu, repré- 
senté par Moïse : Quiconque cherchait 
Jéhova , dit le texte sacré , allait vers 
le Ohel-Moëd. Toutes les fois que 
Moïse y entrait, une colonne de nuée 
descendait devant l'entrée de la tente, 
et le peuple, qui était dans le camp, 
se prosternait. Josué , le serviteur de 
Moïse, ne quittait jamais cette tente 
( Voyez Exode , 33 , 7 — 1 1 ). 

Après une nouvelle absence de qua- 
rante jours passés dans la solitude du 
mont Sinaï, Moïse revint le visage 
rayonnant d'une splendeur céleste, 

1 Voy. Amos, ch. 5, v. 26. 

2 Voy. Exode , 33 , 7 ; comp. ib. 29 , 42. 
La Vulgate rend inexactement ce nom par 

tabemaculum fœderis. Plus tard le nom de 
Ohel-Moèd désigne souvent le tabernacle ou 
le temple portatif, dont cette tente de rendez- 
vous formait le sanctuaire intérieur, et qui 
est appelé, à cause de cela, demeure du Ohel- 
moèd (ib. 39 , 32; 4o, 2 et 6). C'est là le rap- 
port véritable entre le Ohel-Moëd propre- 
ment dit et le tabernacle (Mischcàn); la 
confusion des noms embarrasse souvent le 
lecteur du Pentateuque. 



et portant dans sa main de nouvelles 
tables de la loi fondamentale. Il com- 
muniqua ses inspirations divines d'a- 
bord à Ahron et aux chefs des tribus, 
ensuite à la nation tout entière, et il leur 
exposa le plan d'un temple portatif où 
l'on devait célébrer dorénavant le culte 
de Jéhova *. Ahron et ses fils 2 furent 
désignés comme ministres de ce culte, 
et devaient être assistés, dans une par- 
tie de leurs fonctions, par tout le reste 
de la tribu de Lévi, qui venait de ma- 
nifester son dévouement pour la cause 
de Jéhova. Nous montrerons plus loin 
que Moïse n'avait nullement l'idée d'é- 
tablir une caste, sacerdotale sembla- 
ble à celle des Égyptiens. La centra- 
lisation et l'unité du culte était le seul 
moyen de déraciner l'idolâtrie et les 
coutumes païennes dans le sein des 
familles. 

Sur l'appel que fit Moïse à la géné- 
rosité de la nation, les matériaux, 
les métaux et autres objets précieux 
nécessaires à la confection du Taber- 
nacle (c'est ainsi qu'on appelle com- 
munément le temple portatif), des au- 
tels, des vases sacrés, etc. , furent ap- 
portés avec profusion. De nombreux 
ouvriers se mirent à l'œuvre, sous le 
direction de deux artistes, Besalél de 
la tribu de Juda, et Oholiab, decella 
de Dan. Le travail marcha avec rapi- 
dité, et au premier jour de la seconde 
année le Tabernacle put être dressé 
et consacré. 

Les détails merveilleux que donne 
le livre de l'Exode sur la magnificence 
du Tabernacle , sur le luxe et la ri- 
chesse des matériaux qu'on y em- 
ployait, et sur la beauté et la finesse 
des travaux , ont fait naître des dou- 
tes sérieux sur la réalité du fait, et les 
critiques modernes 3 n'ont pas hésité 

1 Une description détaillée de ce temple 
se trouve dans l'Exode , ch. 25 et suiv. Nous 
y reviendrons plus loin. 

2 Ahron avait quatre iils : Nadab, Abihou, 
Eléazar et Ithamar. Les deux premiers pé- 
rirent bientôt par suite d'une faute qu'ils 
avaient commise dans leurs fonctions (voy. 
Levit. ch. io, v. I et 2). 

3 Voy. Vater, Commentât ûber den Pen- 
tateuch, t. III, p. 658; Bohlen, Genèse, p. I!2 
et suiv., auxquels on peut ajouter de Wette, 
Gramberg et plusieurs autres. Les raison» 



128 



L'UNIVERS. 



à prendre tout le récit pour une œuvre 
d'imagination, composée plusieurs 
siècles après Moïse par quelque au- 
teur qui aura vu les magnificences du 
temple de Salomon. Les raisons dont 
se sont appuyés ces critiques ne sont 
pas toutes également bonnes. On a 
trouvé peu vraisemblable que les Hé- 
breux nomades eussent pu produire 
dans le désert des ouvrages d'art aussi 
compliqués, puisque Salomon lui- 
même était obligé de se servir d'ar- 
tistes étrangers. Mais les Hébreux à 
peine sortis de l'Egypte, où fleuris- 
saient les arts et l'industrie 1 , pou- 
vaient être, sous ce rapport, plus avan- 
cés que du temps de Salomon, lors- 
que déjà pendant plusieurs siècles ils 
s'étaient bornés à l'agriculture. Les 
parfums et autres choses semblables 
pouvaient être fournis aux Hébreux 
par les caravanes qui dès la plus haute 
antiquité allaient porter en Egypte 
les produits de l'Arabie ( Genèse, 37, 
25). Mais ce qui fait la plus grande 
difficulté, c'est la grande quantité 
d'or et d'argent que les Hébreux ont 
dû fournir dans cette occasion et la 
rapidité étonnante avec laquelle tous 
les travaux furent achevés. Nous 
avouerons donc qu'on peut élever des 
doutes sur l'authenticité de plusieurs 
détails de la description que nous of- 
fre le livre de l'Exode; mais l'établis- 
sement d'un sanctuaire central et du 
sacerdoce ressort tellement de l'esprit 
général de la loi mosaïque, qu'il est im- 
possible de ne pas admettre l'authen- 
ticité historique du fait en lui-même. 
Les solennités de la consécration 
du Tabernacle continuèrent pendant 
douze jours ; chaque jour un des chefs 
des douze tribus vint offrir des pré- 
sents et des sacrifices. Quelques jours 
après on célébra la seconde Pâque , 
l'anniversaire de la sortie d'Egypte. 
Il fut accordé un délai d'un mois à 
ceux cmi , ayant touché un cadavre , ne 

alléguées par ces critiques ont été réfutées 
en partie par Baehr, Symbolik des Mosai- 
schen Cultus, t. I, p. 274, et par Winer, 
Biblisches Reahoœrterbuch , t. II, p- 620. 
1 Voy. pour la question qui nous occupe 
ici , Heeren , Ideen, II , 2 , p, 389 (original al- 
lemand). 



pouvaient célébrer la Pâque à cette épo- 
que. Enfin le vingtième jour 'du deu- 
xième mois, la flamme et le nuage qui 
couvraient le sanctuaire l se mirent 
en mouvement , et , à ce signal du dé- 
part, on leva le camp. Sur la demande 
de Moïse , son beau-frère Hobab l'ac- 
compagna pour lui montrer les che- 
mins. La marche fut dirigée au nord, 
vers le désert de Pharân et la limite 
méridionale de la Palestine. Dès ledé- 
but du voyage les murmures recom- 
mencèrent. Un feu (probablement la 
grande chaleur , car on était à la lin 
de mai) avait dévoré un certain nom- 
bre d'hommes ; bientôt après le bas 
peuple se plaignit de nouveau du man- 
que de nourriture , et regrettait l'a- 
bondance dont il avait joui en Egyp- 
te. Encore une fois de nombreuses 
volées de cailles arrivèrent au milieu 
du camp ; les Hébreux se jetèrent sur 
ces oiseaux et en mangèrent avec une 
telle avidité que beaucoup d'entre eux 
payèrent delà vie leur coupable intem- 
pérance, ce qui fit donner à ce lieu le 
nom de Kibrôth hatthaawa (tom- 
beaux de la convoitise). De là on se 
rendit à Hacérôth, au nord-est du Si- 
naï a , d'où la marche se continua au 
nord )usq\ï h Kadesc h dans ledésert de 
Pharân ou de Cin, près de la langue 
méridionale de la mer Morte. 

De Kadesch Moïse envoya douze 
hommes , un de chaque tribu , pour 
explorer le pays de Canaan , et pour 
lui faire un rapport sur les habitants, 
sur les villes qu'ils occupaient et sur 
l'aspect du pays en général. Revenus 
après quarante jours, ces hommes 
louèrent beaucoup la fertilité du pays 
de Canaan , mais ils en présentèrent 
la conquête comme une chose impos- 
sible, à cause de la force des habitants , 
hommes de stature gigantesque, et 
établis dans des villes bien fortifiées. 
A ce rapport le découragement s'em- 
para du peuple; en vain Josué et Ca- 
leb (ce dernier de la tribu de Juda). 



1 Voy. ci-dessus , page 122. 

2 Bucckliardt a trouvé dans cette direc-| 
tion une souvec appelée Hadhra, qui, dit- 
il , est peut-être Hacérôth, mentionné dô£is| 
le livre des Nombres. 7V<uWs, p. 49&. 



PALESTINE. 



12!) 



qui avaient été du nombre des explo- 
rateurs, cherchèrent à calmer l'exas- 
pération du peuple et à vaincre sa 
défiance par des rapports plus favora- 
bles. Un soulèvement général menaça 
de détruire entièrement le plan de 
Moïse , et on parlait déjà d'élire un 
autre chef pour retourner en Egypte. 
Moïse sentit alors l'impossibilité de 
poursuivre son projet avec la généra- 
tion présente, habituée à l'esclavage 
et peu capable d'un dévouement hé- 
roïque. Il reprocha sévèrement au 
peuple sa défiance envers son Dieu 
qui s'était manifesté à lui par tant de 
miracles , et il lui annonça l'arrêt di- 
vin qui condamnait tous les hommes 
au-dessus de vingt ans (à l'exception 
de Josué et Caleb) à mourir dans 
le désert, et réservait à la jeune géné- 
ration la conquête du pays de Canaan. 
A la parole puissante de Moïse les 
Hébreux sentirent combien leur con- 
duite était criminelle et voulurent im- 
médiatement se mettre en marche 
contre les Cananéens; mais l'arrêt 
était irrévocablement prononcé. Mal- 
gré la défense de Moïse , qui refusa 
de quitter le camp, on tenta une at- 
taque ; les Hébreux furent repoussés 
avec perte par les Cananéens et les 
Amalécites , et ils se résignèrent à 
continuer la vie nomade dans le dé- 
sert. 

Pendant trente-huit ans les Hébreux 
parcoururent en nomades le désert au- 
quel les Arabes ont donné le nom 
A'El-Tyh ou Tyh Beni-Israël ( Egare- 
ment des enfants d'Israël), allant du 
nord au midi jusqu'à Asiongaber 1 , sur 

1 Les campements inconnus que renferme 
le journal itinéraire des Nombres (ch. 33 , v. 
18—36) entre Hacérôth et Kadesch et qui 
ne se trouvent pas mentionnés» dans le cou- 
rant du récit, appartiennent sans doute, en 
grande partie , à ces courses nomades. Ro- 
senmùller (1. c. p., 133, 134) compte tous ces 
campements pendant le premier voyage des 
Hébreux de Hacérôth à Kadesch, en les fai- 
sant passer par Asiongaber, ce qui est im- 
possible; car nous aurions alors dix-sept 
campements pour la courte distance de Ha- 
cérôth à Asiongaber, et pas un seul sur la 
longue route d'Asiongaber à Kadesch. Le 
campement de Cin où Kadesch mentionné 
dans le journal itinéraire ( v. 3g) doit être 
plaaé à la seconde arrivée des Hébreux dans 
V Livraison. (PàLESTiNE.> 



le golfe Élanitique et retournant de la 
au nord. Ce long espace de temps se 
passa, à ce qu'il paraît, sans inci- 
dents remarquables dont la mémoire 
ait mérité d'être transmise à la posté- 
rité 1 ; du moins les documents histori- 
ques du Pentateuque ne relatent-ils 
de cette époque qn'un seul événement 
qui ait quelque importance, la révolte 
excitée par le Lévite Korah , et dont 
la cause est attribuée au privilège du sa- 
cerdoce accordé à Ahron et à sa fa- 
mille (Nombres, ch. 16, v. 10). Sous 
prétexte que cette institution portait 
atteinte aux droits de la nation dont 
tous les membres étaient égaux devant 
Jéhova (ib. v. 3), Korah sut attirer 
dans son complot quelques chefs de 
famille de la tribu de Ruben et deux 
cent cinquante hommes des plus no- 
tables parmi les Hébreux. Moïse , fort 
de sa conscience , essaya d'abord d'a- 
gir par sa parole sur l'esprit des rebel- 

cet endroit (Nomb., ch. 20, v. T). Le pre- 
mier campement de Kadesch doit être cher- 
ché dans l'un des endroits Inconnus qui 
viennent après le campement de Hacérôth; 
car Kadesch étant, comme Pharân et Cin, 
le nom général de la contrée, le journal 
donne avec plus de précision le nom de 
l'endroit où campèrent les Hébreux. Nous 
avons donc trace, sur notre carte, une 
partie des campements inconnus du midi au 
nord , avant la première arrivée à Kadesch , 
et le reste du nord au midi , après le départ 
de Kadesch. Nous avons suivi en cela la 
route tracée par M. Charles de Raumer dans 
son excellente dissertation sur le voyage des 
Hébreux (Leipzig, 1837); mais nous avouons 
que ce tracé ne repose que sur une simple 
conjecture, et que M. de Raurner, pour faire 
accorder les différentes données ou Penta- 
teuque, a hasardé des hypo'hèses que nous 
ne pouvons pas toujours admettre. 

1 On s'est empare du silence que garde 
le Pentateuque sur ce qui se passa pendant 
ces trente huit années, pour révoquer eu 
doute ce long séjour des Hébreux dans le 
désert, qui cependant se trouve suffisam- 
ment motivé par la conduite du peuple. Goethe, 
dans un écrit intitulé « Israël dans le désert » 
( Israël in der Wûste, à la suite du Westœstl. 
Divan), a soutenu que tout le voyage des Hé- 
breux , jusqu'à leur entrée dans le pays de 
Canaan , a duré à peine deux ans et qu'on 
ne doit voir dans les quarante ans qu'un 
nombre rond ayant un sens mythique. Mais 

Plusieurs passages des historiens et des poêles 
ébreux prouvent que le séjour de quarante 
ans dans le désert était un fait historique 
bien établi (voy. Jos. 5, 6; 14, 10; Amos, 
2, 10; 5,2G; Ps. 95, io), et la critique de 
Goethe est dus spécieuse que solide. 

9 



liîO 



L'UNIVERS. 



les, mais il ne put y parvenir. Dès le 
lendemain un sévère châtiment attei- 
gnit les coupables et la révolte fut 
promptement comprimée. C'est là tout 
ce que nous pouvons entrevoir dans 
le récit mythique du Pentateuque, d'a- 
près lequel les chefs du complot furent 
engloutis dans un abîme avec leurs 
maisons et leurs biens, et les deux cent 
cinquante conjurés furent dévorés par 
un feu tombé du ciel. Les trois fils de 
Rorah furent sauvés (ib. ch. 26, v. 
11), et plus tard, sous David, leurs 
descendants se rendirent célèbres 
comme poètes et musiciens. 

La mort violente des révoltés four- 
nit au peuple un nouveau sujet de 
murmures contre Moïse et Ahron; 
mais aussitôt éclata une peste qui en- 
leva quatorze mille sept cents hom- 
mes. Ce châtiment du ciel qui donna 
à Ahron l'occasion de montrer le 
plus grand dévouement, fit tout ren- 
trer dans l'ordre (ib. ch. 17, v. 6-15.) 

Au premier mois de la quarantième 
année après la sortie d'Egypte , nous 
retrouvons les Hébreux à Kadesh, dans 
le désert de Pharân ou de Cîn. Miriam, 
la sœur de Moïse, y mourut. Moïse se 
trouvait à la tête d'une nouvelle géné- 
ration , plus forte et plus courageuse 
que celle qu'il avait délivrée de l'escla- 
vage, et il se préparait à lui frayer le 
chemin dans le pays de Canaan. Mais 
la jeune génération n'avait pas oublié 
les mauvaises traditions des pères : 
l'eau venant encore une fois à man- 
quer, Moïse vit le peuple s'ameuter con- 
tre lui et contre son frère Ahron et leur 
reprocher de Tavoirfait sortir d'Egypte 
pour le faire mourir dans le désert. 
Les deux vieillards désespérèrent eux- 
mêmes, pour la première fois, de la pro- 
vidence divine; mais le bâton de Moïse 
ouvrit encore une fois les veines des 
rochers. Ce fut à cause de leur man- 
que de confiance, dit le texte sacré, 
que la Divinité interdit à Moïse et à 
Ahron l'entrée de la terre promise. 

Moïse sentant sa fin s'approcher et 
voyant sans doute l'impossibilité de 
poursuivre son ancien plan et de 
faire franchir aux Hébreux les limites 
méridionales de la Palestine, voulut 



cependant assurer l'œuvre de toute en 
vie en conduisant lui-même son peu- 
ple sur la rive gauche du Jourdain ou 
les limites étaient moins fortifiées par 
la nature et n'avaient d'autre défense 
que le fleuve , guéable dans plusieurs 
endroits *. N'ayant aucune vue hostile 
sur les pays à l'est du Jourdain , il 
espérait obtenir le libre passage et 
arriver sans obstacle jusqu'aux bords 
du fleuve. Il envoya immédiatement 
des ambassadeurs au roi d'Édom dans 
le Djebal 1 pour lui demander le cas- 
sage sur ses terres; mais le roi refusa 
et prit une attitude hostile. Il fallait 
donc se décider à faire le tour des 
monts Séïr (El-scherah) et à marcher 
au midi vers le golfe Élanitique, pour 
remonter de là au nord , en passant 
sur le territoire des tribus iduméen- 
nes indépendantes, qui se montraient 
moins hostiles que leurs frères monar- 
chiques au nord-est 3 . 

De Kadesch on se rendit au mont 
HoH;là mourut Ahron, le premier 
jour du cinquième mois, à l'âge décent 
vingt-trois ans. Les Hébreux célébrè- 
rent un deuil de trente jours. Éléazar 
succéda à son père dans la dignité de 
grand prêtre. Les Cananéens du midi, 
qui poursuivirent les Hébreux, furent 
repoussés avec perte. Pendant leur 
marche autour du mont Séïr, qui fut 
très-pénible, les Hébreux ne trouvè- 
rent d'autres ennemis que les ser- 
pents , dont ils souffrirent beaucoup. 
Après avoir fait plusieurs haltes , ils 
arrivèrent aux monts Abarîm, à l'est 
delà mer Morte, et passèrent le tor- 
rent de Zared (probablement le Wadi 
Kerek). Laissant le territoire des Moa- 
bites à l'ouest , ils passèrent l'Arnon , 
et arrivèrent dans les plaines de 
Moab, près du mont Pisga. Le pas- 



1 Voy. Jos. 2,7; Juges, 3, 28; 12, 5. 

2 Voy. ci-dessus, page 97, etRosenmuller, 
1. CD. 69,70. 

3 Voy. Deutéron. ch. 2, v. 4—8 et v. 29. 

* Selon Josèphe (Antiqu. IV . 4 , 7) et Saint- 
Jérôme (Onomast. s. v. Beeroth), le mont Hor 
était près de la ville de Petra. Près des rui- 
nes de cette ville on montre encore aujour- 
d'hui le tombeau d'Ahron sur le sommet de 
la montagne. Voy. Burckhardt, Travels,\\ 
431 ; Laborde, Voyage de V Arabie Pétréc, p. <ï !• 



PALESTINE. 



131 



sage demandé à Sinon, roi des Amori- 
tes , fut refusé , et ce roi attaqua 
les Hébreux près de Yahas ; mais il fut 
totalement battu, et son pays fut con- 
quis parles Hébreux. Après s'être em- 
paré de Yaazer, Moïse fit envahir 
aux Hébreux le pays de Basân ; le roi 
Og les ayant attaqué près d'Édréi , 
eut le même sort que Sinon, et les 
Hébreux se trouvèrent maîtres de tout 
le territoire jusqu'au Hermon ». 

Les Moabites ne pouvaient voir 
sans inquiétude les Hébreux envahir 
les pays voisins. Balak, roi de Moal), 
s'entendit à ce sujet avec les chefs 
des Midianites; se sentant trop faibles 
pour attaquer les Hébreux, ils tirent 
venir de Pethôr, en Mésopotamie, un 
fameux devin , nommé Biléam , pour 
maudire ces redoutables ennemis. Ce 
projet n'ayant pas réussi * , ils invitè- 
rent les Hébreux aux fêtes célébrées 
en l'honneur du dieu Baal-Phéor. Le 
culte voluptueux de ce dieu séduisit un 
grand nombre d'Hébreux. Zimri, chef 
d'unefamilledelatribudeSiméon,osa 
passer devant Moïse avec la fille d'un 
prince midianite; tous deux furent 
tués sur-le-champ par Pinehas , fils du 

Srêtre Éléazar. Moïse fut obligé de 
éployer la plus grande sévérité ; et il 
ordonna aux juges défaire punir de 
mort tous les coupables. Une guerre 
d'extermination fut ordonnée contre 
les Midianites; Moïse donna le com- 
mandement à Pinehas, qui attaqua 
l'ennemi avec douze mille hommes et 
en fit un massacre terrible. Pinehas ne 
prit point possession du territoire mi- 
dianite; on se contenta de ravager le 
pays, et l'expédition revint dans la 
plaine de Moab avec un immensebutin. 
Les tribus de Ruben et de Gad, qui 
étaient riches en troupeaux, demandè- 
rent à Moïse de leur donner le pays 
conquise l'est du Jourdain, qui avait 
de bons pâturages. Moïse leur accorda 
cette demande, sous la condition qu'ils 
passeraient le Jourdain pour aider 
leurs frères à conquérir la Palestine. 
Les deux tribus s'établirent entre 

1 Voy. notre Topographie de la Perce. 
' Voy. ci-dessus , pages 96 et 98. 



l'Arnon et le Yabbok , Ruben au mid 
et Gad au nord. Une partie de la tribu 
de Manassé , les descendants de Mai 
chir, qui avaient faitdes conquêtes dans 
ces contrées, obtinrent le même privi- 
lège; ils fixèrent leurs demeures au 
nord du Yabbok dans le pays de Ba- 
sân et dans leHaurân. 

Moïse fixa ensuite les limites du 
pays dont on devait faire la conquête ; 
il chargea Josué, Éléazar et les chefs 
des dix tribus de veiller au partage des 
terrains , qui devait se faire par le 
sort. Il ordonna d'assigner aux Lévi- 
tes, dans les différents cantons, qua- 
rente-huit villes, dont six devaient en 
même temps servir d'asile à ceux qui 
auraient tué un homme par impru- 
dence. Il choisit lui-même pour cet 
effet les villes de Béser, de Ramôth et 
de Golan, à l'est du Jourdain ; trois au- 
tres villes devaient être choisies plus 
tard à l'ouest du fleuve. Après avoir 
ainsi réglé d'avance l'œuvre de la con- 
quête, il sentit la nécessité de rappe- 
ler à la nouvelle génération la mira- 
culeuse conservation des Hébreux dans 
le désert, et tout ce qu'il avait fait 
lui-même afin de consolider lebonheur 
de son peuple pour les siècles à venir. 
Il adressa au peuple une série de dis- 
cours, dans lesquels il rappela les 
points principaux de sa législation avec 
plusieurs modifications et additions 
que le temps avait rendues nécessai- 
res. Il exhorta les Hébreux à la piété 
et à la vertu , leur prédisant les mal- 
heurs dont ils seraient frappés, si ja- 
mais ils négligeaient la loi divine. Le 
document qui renfermait la loi fut re- 
mis aux prêtres avec l'ordre d'en faire 
la lecture au peuple , tous les sept 
ans, à la fête des Tabernacles. Après 
avoir donné de nouveau ses avertis- 
sements dans un sublime cantique que 
les Hébreux devaient apprendre par 
cœur, Moïse installa Josué comme son 
successeur 1 . Puis il donna sabénédic- 

1 II n'est jamais question des deux fils de 
Moïse, Gerson et Éliézer ; nous savons seule- 
ment par le premier livre des Chroniques (ch. 
23, v. 14— 17) qu'ils fonctionnaient parmi les 
autres Lévites , qu'ils eurent chacun un fils, et 
que celui d'Éliézer , appelé Rehabiah , eut une 
très-nombreuse postérité. 

9. 



132 



L'UNIVERS. 



tion aux tribus d'Israël et se retira sur 
le mont Nébo, d'où il jeta un coup 
d'oeil sur le pays que son peuple allait 
conquérir. Il mourut sur cette mon- 
tagne à l'âge de cent vingt ans ; per- 
sonne, dit l'Écriture, n'a connu son 
tombeau. Mais dans ses actes , dans 
ses lois, dans sa doctrine, il s'est 
posé un monument éternel , qui durera 
autant que le monde. 

Avant de commencer les opérations 
de la conquête , les Hébreux consa- 
crèrent trente jours à pleurer la perte 
du guide fidèle et de l'illustre législa- 
teur. Arrêtons-nous un moment pour 
considérer l'esprit et l'ensemble de ces 
lois divines qui devaient accompagner 
le peuple hébreu dans la terre promise 
et y fonder son bonheur. 
4. Le Pentateuque et la loi de Moïse. 

Les antiques monuments littéraires 
attribués à Moïse, qui se trouvent 
en tête de la Bible, sont appelés, par 
les Juifs, Thorah (loi); le nom de Pen- 
tateuque ( TzwÔLTiuycç, ) leur fut donné 
par les traducteurs grecs, parce 
qu'ils se composent de cinq livres, 
savoir, la Genèse, l'Exode, le Lévi- 
tique , les Nombres et le Deutérono- 
me. Ces cinq livres forment un ensem- 
ble, dont le but principal est de nous 
faire connaître l'origine du peuple 
hébreu et son histoire primitive jus- 
qu'à son établissement dans le pays 
de Canaan. Moïse est le centre de cette 
relation, et sa législation y est exposée, 
non pas dans un ordre systématique, 
mais d'après la suite historique des 
inspirations du législateur et des com- 
munications qu'il en fit au peuple. La 
Genèse, qui commence par la création 
du monde et qui finit par la mort de 
Joseph , est une introduction indis- 
pensable à l'œuvre de Moïse. Après 
avoir rapporté les antiques tradi- 
tions sur la création et la généalogie 
antédiluvienne d'Adam jusqu'à Noé, 
le seul qui fut jugé digne d'être le 
propagateur de l'espèce humaine 
après le déluge, l'auteur nous fait 
connaître rapidement les peuples qui 
descendirent des trois fils de Noé. 
^'arrêtant à la race de Sem , il nous 



montre, à la dixième génération 
Abraham , la souche du peuple hé- 
breu, et il nous fait connaître en dé- 
tail l'histoire des patriarches qui se 
termine par la bénédiction donnée 
par Jacob à ses douze fils , entrant 
tous dans l'alliance d'Abraham. Ainsi 
il nous fait voir Je Dieu unique qui 
plane sur l'univers créé par sa vo- 
lonté, et qui accorde sa protection 
toute particulière aux patriarches du 
peuple hébreu. Le livre de X Exode 
tire son nom de la sortie d'Egypte 
dont il expose les détails ; il renferme 
une grande partie des lois civiles, et 
le récit historique y est continué 
jusqu'à la construction du Taber- 
nacle. Le Lévitique s'occupe prin- 
cipalement du culte, et, en général,, 
des lois qui concernaient les prêtres 
et les lévites ou dont la sauvegarde 
leur était confiée. Le livre des 
Nombres renferme plusieurs recen- 
sements du peuple hébreu ; le récit , 
qui y est continué jusqu'à l'arrivée 
des Hébreux dans les plaines de Jéri- 
cho , se trouve interrompu çà et 
là par des lois qui doivent s'ervir 
de complément à celles de l'Exode et 
du Lévitique , et par quelques lois 
nouvelles qui concernent surtout le 
droit public. Le Deutéronome (se- 
conde loi ) est la récapitulation de la 
loi mosaïque dont nous avons déjà 
parlé, et à laquelle se joint la relation 
des derniers actes de Moïse et de sa 
mort. 

Pendant une longue suite de siècles 
ces vénérables monuments ontété con- 
sidérés, dans leur intégrité, comme 
l'ouvrage original de Moïse, sans que 
personne osât mettre en doute leur 
authenticité et les examiner, sous ce 
rapport, avec le regard scrutateur de 
la critique. Mais les progrès de la 
science exégétique et critique ont aussi 
exercé leur influence sur les livres 
de Moïse. Des passages qui révèlent 
évidemment une époque plus récente), 
firent naître des doutes sur l'authen- 
ticité de ces livres; la critique d'abord 
timide s'en empara, s'enhardit déplus 
en plus, et ne connaissant plus de 
frein, fit successivement descendre 



PALESTINE. 



133 



la composition du Pentateuque jus- 
qu'à mille ans après Moïse et finit 
par transformer en mythes la plupart 
des événements historiques qui y 
sont racontés. Et ici nous ne parlons 
pas du scepticisme systématique , qui, 
poursuivant de son dédain tout ce 
Qu'une haute antiquité a rendu sacré 
pour les hommes, ne sait manier 
d'autres armes que la raillerie pour 
éteindre dans notre cœur les senti- 
ments que notre éducation et une 
longue habitude nous ont rendus 
chers , et auxquels il nous en coûte- 
rait tant de renoncer. Mais nous 
parlons de recherches faites par des 
hommes graves et religieux , par des 
savants consciencieux qui n'ont re- 
noncé qu'avec regret à la tradition 
reçue, mais qui ont cru devoir sa- 
crifier leurs sentiments aux exigences 
«de la raison et de la science. Au point 
•où en sont les choses , l'historien ne 
saurait se retrancher dans une foi 
absolue , et se borner à exposer les lois 
mosaïques d'après la source unique 
qui est à sa disposition, sans s'en- 
quérir d'abord du degré d'authenti- 
cité qu'on peut attribuer à cette 
•source. Heureusement la critique sa- 
vante a appelé dans l'arène des cham- 
{)ions non moins savants qui ont pris 
a défense de la tradition reçue, en 
faisant toutefois quelques concessions 
devenues inévitables. Depuis plus 
d'un demi-siècle , c'est en Allemagne 
principalement que la question de 
l'authenticité du Pentateuque a été 
•discutée avee profondeur 1 . Adhuc 

1 Les longs débats ont été résumés en 1830 
par A. T. Hartmann dans l'ouvrage intitulé 
Historisch-kritische Forschungen ùber die 
Bildung, das Zeitalter und den Plan derfùnf 
Bûcher Moses, 1831 , 1 vol. grand in-8° de 
^817 pages. Dans cet ouvrage toutes les ques- 
tions qui se rattachent à la critique du Pen- 
tateuque sont traitées avec une profondeur 
et une érudition qui ne laissent rien à désirer. 
L'auteur est du nombre des critiques avan- 
ces. Parmi /es défenseurs de l'authenticité 
•nous remarquons les Michaëlis, les Jahn, 
les Eichhorn , les Rosenmùller. — Depuis la 
publication de l'ouvrage de Hartmann , de 
nombreux champions ont continué la lutte; 
nous nous contentons de nommer, comme 
représentant les deux opinions extrêmes , P. 
îiohlen qui, dans l'introduction à son com- 



sub judice lis est. Aucun des deux 
partis n'a encore déposé les armes; 
mais la lutte a déjà produit des résul- 
tats bien positifs , et désormais incon- 
testables. Les limites dans lesquelles 
nous devons nous renfermer ne nous 
permettent pas de raconter ici l'his- 
toire détaillée de cette lutte et de 
mentionner les hypothèses plus ou 
moins hardies qui ont été faites sur la 
composition du Pentateuque , depuis 
Richard Simon qu'on peut appeler le 
père de la critique biblique jusqu'à de 
Wette et Y hijpercritique Bohlen; mais 
il est de notre devoir de faire connaî- 
tre l'état de la question, en citant les 
principaux arguments qu'on peut al- 
léguer pour ou contre l'authenticité 
du Pentateuque, et nous devons aussi 
indiquer les données positives qui 
résultent de la discussion. 

Pour qu'un ouvrage puisse être con- 
sidéré comme émané d'une seule 
époque et d'un seul auteur, il faut 
avant tout qu'il soit exempt de répéti- 
tions inutiles, de contradictions et d'a- 
nachronismes. Il faut aussi qu'on y 
reconnaisse un plan suivi et qu'il y ait 
unité dans les différentes parties. Or 
le Pentateuque ne répond pas entière- 
ment à ces exigences de la critique; on 
peut y faire les observations suivantes : 

1° Il a évidemment un caractère 
fragmentaire; les différents frag- 
ments, dont quelques-uns forment de 
petits ouvrages à part , achevés en eux- 
mêmes , sont mis ensemble et réunis 
d'une manière décousue et souvent 
même l'ordre chronologique n'est pas 
strictement observé. C'est ce dont cha- 
que lecteur attentif peut facilement se 
convaincre, et les exemples sont si 
abondants qu'il serait inutile d'en 
citer. 

2° Il offre beaucoup de répétitions 
et de contradictions. Dès le commen- 
cement de la Genèse , nous trouvons 
l'histoire de la création racontée deux 

mentaire sur la Genèse, a poussé quelquef./is 
la critique jusqu'à l'extravagance et à la 
puérilité, et E. W. Hengstenberg qui a en- 
trepris de rétablir l'autorité de la tradition; 
dans un ouvrage intitulé : Die Authentie 
des Pentateuchs erwiesen. 



134 



L'UNIVERS. 



fois et d'une manière différente; le 
nom de Dieu n'est pas le même dans 
les deux relations 1 . Il en est de même 
dans l'histoire du déluge et dans plu- 
sieurs parties de la vie des patriarches. 
Si la difficulté subsistait seulement 
pour la Genèse, on pourrait répondre 
que Moïse y a recueilli tous les anciens 
documents qui pouvaient servir à son 
but , sans s'occuper à les mettre d'ac- 
cord dans tous les détails ; mais les 
autres livres du Pentateuque ne sont 
pas exempts de répétitions et même 
de contradictions. Nous nous conten- 
terons de citer quelques exemples : 
Dans le sixième chapitre de l'Exode 
(v.3), Moïse dit à Dieu qu'il parle 
avec difficulté et que Pharaon ne l'é- 
couterait pas, et Dieu lui répond qu'il 
aura Ahron avec lui pour lui servir d'o- 
rateur. Non-seulement la difficulté éle- 
vée par Moïse se trouve déjà énoncée 
au v. 12, mais Moïse avait déjà eu à ce 
sujet un long entretien avec Dieu (en. 
4, v. 10-16); Dieu lui avait dit que 
son frère Ahron lui servirait de bou- 
che, et les deux frères s'étaient en 
effet présentés à Pharaonet lui avaient 
parlé au nom de Jéhova. Il paraîtrait 
donc que nous aurions ici deux mé- 
moires de différents auteurs , roulant 
sur le même sujet. Gela résulte aussi 
de la fin de la table généalogique de 
Moïse et Ahron (ch. 6, v. 26, 27), où 
l'on dit que c'est là ce Ahron et ce 
Moïse à qui Dieu ordonna défaire 
sortir les enfants d'Israël de V Egypte 
et que ce sont eux qui parlèrent à 
Pharaon roia" Egypte. Cette observa - 

1 Dans le 1 er chapitre, Dieu est appelé 
Elohim , dans les ch. 2 et 3 Jéhova Elohim, 
et dans d'autres endroits nous trouvons le 
nom de Jéhova seul. Ce sont ces différences 
qui ont fait naître les Conjectures du médecin 
Âstruc sur les mémoires originaux dont il 
parait que Moïse s'est servi pour composer 
le livre de la Genèse ( Bruxelles, 1753). Peu à 
peu il découvrit jusqu'à douze mémoires 
dans la Genèse. Eichhorn les réduisit à deux. 
Vater (Commeniar., p. 393 et suiv. ), tout 
en montrant que les différents noms de 
Dieu ne sont pas toujours un guide sur 
pour distinguer les différents documents, a 
accumulé d'autres preuves, pour démontrer 
que non-seulement la Genèse, mais aussi les 
autres quatre livres du Pentateuque se com- 
posaient de documents hétérogènes, et ap- 
partenaient à différents auteurs. 



tion semble déplacée, lorsque dans- 
les chapitres précédents il n'a été ques- 
tion que de Moïse et Ahron et de leur 
mission auprès de Pharaon. — Plus 
loin la description du Tabernacle et des 
vêtements sacerdotaux se trouve répé- 
tée deux fois , mais l'ordre est interver- 
ti. Est-il probable que le même auteur 
ait écrit deux fois de suite tous ces 
longs détails , en changeant seulement 
la formule et tu feras en et on fît? — 
Le miracle des cailles et de la manne, 
raconté auch. 16 de l'Exode, est re- 
produit dans le livre des Nombres 
(ch. 11), avec des circonstances diffé- 
rentes. On peut s'étonner en outre que 
les Hébreux aient manqué de viande à 
l'époque dont parle l'Exode puisqu'ils 
venaient à peine de sortir d'Egypte 
avec des troupeaux très-nombreux (ch. 
12, v. 38). Ces troupeaux auraient-ils 
péri dans la mer ou par le manque de 
nourriture ? mais il est question plus 
tard de sacrifices et d'holocaustes 
(ch. 24, v. 5; ch. 32, v. 6; Nombres 
ch. 7) , de brebis et de boeufs qui al- 
laient au pâturage (Exode, 3 4, 3).— L'é- 
tablissement d'un conseil de soixante- 
dix anciens est raconté deux fois 
(Exode, ch. 24, et Nombres, ch. 11) avec 
des variations. Tous ces exemples et 
beaucoup d'autres que nous ne pou- 
vons citer ici, ont fait considérer, par 
plusieurs critiques, tout le Pentateuque 
comme un recueil composé de diffé- 
rents documents qui traitaient de 
Moïse et de sa législation. 

3° Le Pentateuque révèle souvent 
un auteur ditférent du législateur, 
et vivant à une autre époque et dans 
d'autres lieux. Moïse n'a pas dû dire 
lui-même qu'il était l'homme le plus 
humble de la terre (Nombres, 12, 3). 
— Le récit de la mort de Moïse et 
le passage de la Genèse (36, 31 ) qui 
suppose l'existence de la royauté dans 
Israël ont été regardés depuis long- 
temps comme des interpolations, par 
les défenseurs même les plus ardents 
de l'authenticité du Pentateuque. Mais 
il existe un grand nombre de passages 
non moins difficiles , sur lesquels on 
a glissé trop légèrement. Nous avons 
déjà parlé de la difficulté que présent*- 



PALESTINE. 



13; 



Je nom de la ville de Dàn mentionné 
dans la Genèse et dans le Deutéro- 
nome r ; nous allons citer quelques 
autres anachronismes : Au ch. 16 de 
l'Exode (v. 35) on raconte comme un 
fait accompli , que les enfants d'Is- 
raël ont mangé la manne pendant qua- 
rante années, jusqu'à leur entrée dans 
le pays de Canaan. — Au ch. 32 des 
Nombres (v. 34-38) il est fait men- 
tion d'un certain nombre de villes 
bâties par les tribus de Gad et de 
Ruben. Moïse étant mort très-peu 
de temps après la conquête du pays 
qu'il donna à ces deux tri-bus, n'a pu 
être témoin de la construction de ces 
villes. — Au même chapitre ( v. 41 i) 
on mentionne les villages de Jaïr, 
ainsi appelés de Jaïr, descendant de 
Manassé; le Deutéronome (3, 14) 
dit qu'on les appelle ainsi jusqu'à ce 
jour 2 , ce qui fait supposer que l'auteur 
n'était pas contemporain de la fonda- 
tion de ces villages; mais, ce qui aug- 
mente encore la difficulté, c'est que , 
selon le livre des Juges (10, 4) le 
nom de villages de Jair dériverait 
du juge Jaïr, qui , en effet , habitait les 
contrées du Gilead. Comment l'au- 
teur du livre des Juges pouvait-il 
ignorer ce que les livres de Moïse 
disaient de l'origine de ce nom. Ainsi 
l'existence des villages de Jaïr dès le 
temps de Moïse devient très-problé- 
matique, et Moïse n'a pu écrire les deux 
passages des Nombres et du Deutéro- 
nome. — On a trouvé une autre diffi- 
culté dans les mots de la Genèse (12 , 
6) : Et le Cananéen était alors dans le 
pays; mais nous avons déjà fait voir 
que ces mots pouvaient très-bien 
émaner de Moïse 3 . — Quant à l'ex- 
pression au delà du Jourdain ( qui ne 
pouvait être appliquée à la Perce que 
par un auteur qui vivait à l'ouest du 

1 Voy. ci-dessus , p. 33. 

2 Cette formule, qui se trouve souvent dans 
les livres historiques de la Bible et qui indi- 
que toujours l'écoulement d'un certain laps 
de temps, est employée d'une manière non 
moins frappante dans un autre passage du 
Deutéronome (10, 8), où l'auteur, en par- 
lant de l'institution du Lcvilisme, nous ap- 
prend que les lévites exercent leurs fonctions 
jusqu'à ce jour. 

J Vov. ci-dessus , page 78 



fleuve) , elle est douteuse , et il paraît 
que le mot hébreu "aya signifie 
quelquefois en deçà; du moins l'au- 
teur du Deutéronome l'emploie-t-il 
également pour désigner le pays à 
l'est et à l'ouest du fleuve (ch. 1 , v. 
1, et ch. il, v. 30). 

4° L'hébreu du Pentateuque est a 
peu près le même que celui des der- 
niers prophètes , et cependant il n'est 
pas probable que la langue hébraïque 
n'ait pas changé pendant l'espace de 
mille ans. D'un autre côté, le style du 
Deutéronome diffère sensiblement de 
celui des quatre premiers livres et 
offre beaucoup d'analogie avec celui 
des prophètes, notamment de Jéré- 
mie «. 

5° Le Pentateuque renferme beau- 
coup de faits qui manquent de tou.tj> 
vraisemblance et qui souvent sont en 
contradiction manifeste avec les lois 
de la nature. Ces faits ne peuvent être 
considérés comme historiques , et 
on ne peut y voir que des légendes 
populaires ou des mythes. Or, s'il est 
vrai que Moïse a pu recueillir dans 
la Genèse jusqu'à des traditions et 
des mythes qui établissaient l'exis- 
tence d'un Dieu créateur reconnu par 
les patriarches, il n'en est pas de 
même dans les quatre livres où il 
raconte des faits contemporains. Dans 
les récits des plaies de l'Egypte, du 
passage de la mer Rouge, de la manne, 
de la proclamation du Décalogue, de la 
construction du Tabernacle, du séjour 
dans le désert, le fond historique est 
enveloppé de mythes qui n'ont pu se 



£ Depuis de Wette ( Dissertatio qua Deu- 
teronomium a prioribus Pentateuchi libris 
diversum , alius cujusdam recentioris aucto- 
ris opus esse demonstratur, Jenae, 1805) le 
Deutéronome est considéré par les critiques 
( Vater, Gesénius, Hartmann) comme un 
livre composé vers l'époque de l'exil , et long- 
temps après les quatre premiers livres. Un 
jeune critique, M. George ( qui a trop d'es- 
prit et d'indépendance pour se traîner sur 
une roule battue), tout en soutenant que 
le Deutéronome n'a été composé que sous le 
roi Josias, veut pourtant que ce soit le plus 
ancien livre du Pentaleuqxe (voy. Diejù- 
dischen Fesle , Berlin , 1835 , p. 13-75). La 
législation des trois livres précédents aurait 
été faite pendant ou après l'exil , pour un étal 
qui d; ; jà n'existait plus H 



t3ô 



L'UNIVERS. 



former qu'avec Je temps. Ce n'est 
qu'après plusieurs générations que les 
événements arrivés sous Moïse ont 
pu être présentés sous la forme my- 
thique qu'ils ont dans le Pentateu- 
que, et Moïse ne saurait être l'au- 
teur de ces relations. 

Toutes ces difficultés et bien d'au- 
tres que nous ne pouvons exposer ici 
ont gravement compromis la tradi- 
tion qui veut que le Pentateuque , 
dans sa forme actuelle , soit l'ouvrage 
de Moïse. Pour les faire disparaître 
on a eu recours à différentes hypo- 
thèses et notamment à celle des in- 
terpolations ; c'est ainsi que plus de 
cinquante passages incommodes, plus 
ou moins longs , ont été effacés d'un 
trait de plume et déclarés interpolés. 
Pour répondre à la quatrième diffi- 
culté, on a fait remarquer que Moïse 
était l'auteur classique de la nation, 
que les prêtres et les lévites étaient 
obligés de l'étudier, et qu'on le lisait 
publiquement tous les sept ans. Il 
n'est donc pas étonnant que les au- 
teurs des siècles suivants aient pris 
Moïse pour modèle; il est possible 
que la langue parlée ait différé de la 
langue écrite. En outre, on a cité avec 
raison l'exemple de l'arabe et du sy- 
riaque qui pendant une longue suite 
de siècles n'ont subi aucune modifi- 
cation notable. Le style verbeux et 
prolixe du Deutéronome s'explique 
par la vieillesse de Moïse , et on y 
reconnaît le langage d'un père qui 
donne ses derniers conseils à ses en- 
fants qu'il va quitter pour toujours. 
Quant à la cinquième difficulté, qu'il 
n'est pas facile d'éliminer de la sorte, 
les supernaturalistes ne la reconnais- 
sent pas; car ils admettent les mira- 
cles dans toute la force du terme. Les 
rationalistes, partisans de l'authenti- 
cité, tels que Eichhorn, Rosenmùller 
et autres, font des efforts inouïs pour 
expliquer les faits les plus invraisem- 
blables d'unemanière naturelle en con- 
testant le caractère mythique et épi- 
que du Pentateuque. Non contents 
d'avoir réfuté, tant bien que mal, les 
difficultés élevées par les critiques 
avancés, les partisans de la tradi- 



• tion ont allégué, en faveur de l'au- 
thenticité, un certain nombre de preu- 
ves directes qui ne sont pas sans im- 
portance , et dont nous allons citer 
les plus fortes. 

1° Dans le Deutéronome c'est Moïse 
lui-même qui parle, et lui seul pouvait 
parler ainsi. Il s'adresse à des hommes 
qu'il a guidés pendant de longues an- 
nées, et il leur rappelle souvent les 
événements dont ils ont été témoins , 
et la protection miraculeuse par la- 
quelle Dieu s'est manifesté à eux. Un 
auteur plus récent, qui eût voulu se 
faire passer pour Moïse , n'aurait pas 
été capable d'entrer si bien dans toutes 
les circonstances de la vie de Moïse , 
et de donner à sa composition la vé- 
ritable couleur des temps et des lieux, 
sans se trahir çà et là par une inad- 
vertance. Or, le Deutéronome rédigé 
par Moïse (ch. 31, v. 9 et 24) sup- 
pose la rédaction des trois livres pré- 
cédents ; car Moïse fait souvent allu- 
sion aux lois et aux événements rap- 
portés dans ces livres. Enfin les qua- 
tre livres supposent la Genèse, qui , 
comme nous l'avons dit, est l'intro- 
duction indispensable des livres de la 
loi. 

2* Le Pentateuque renferme un 
grand nombre de données historiques, 
politiques et géographiques qui s'adap- 
tent très-bien aux temps de Moïse. 
La Genèse , par ses traditions sur le 
monde primitif, nous révèle un au- 
teur très-ancien. Un auteur hébreu 
postérieur à Moïse n'aurait pu pos- 
séder une connaissance aussi par- 
faite de TÉgypte et de l'Arabie que 
celle qui se révèle dans le Pentateu- 
que. Et dût-on admettre (ce qui est 
peu probable ) qu'un autre eût cher- 
ché à s'approprier ces connaissances 
par l'étude , il n'aurait pu manquer 
de se trahir souvent par des inexacti- 
tudes et des anachronismes. Dans la 
Genèse (ch. 10 , v. 11 et 1 2) la célèbre 
Ninive est encore une ville de peu 
d'importance; la grande ville de l'As- 
syrie c'est Résen, dont il n'existe au- 
cune trace dans les autres livres de 
la Bible. La ville de Tyr si célèbre des 
le temps de David, et dont le nom se 



PALESTINE. 



137 



trouve déjà dans le livre de Josué 
(19, 29), n'est mentionnée nulle part 
dans le Pentateuque; un auteur récent 
aurait-il manqué de la placer dans la 
table généalogique de la Genèse (en. 
10) à côté de Sidon? Le Pentateuque 
parle souvent des statues des dieux 
cananéens et de leurs autels , mais il 
ne leur connaît pas encore de temples, 
que nous trouvons pourtant à l'épo- 
que des Juges. C'est donc un auteur 
très-ancien qui nous parle dans le 
Pentateuque , alors pourquoi ne serait- 
ce pas Moïse lui-même ? 

3° La langue hébraïque du Penta- 
teuque, quoique, en général, la même 
que celle des prophètes , offre cepen- 
dant des particularités que nous ne 
trouvons dans aucun autre livre de la 
Bible. On n'y rencontre d'autres mots 
étrangers que ceux qui sont emprun- 
tés à la langue égyptienne. On y ren- 
contre des archaïsmes tels que le mas- 
culin 1373 {puer) dans le sens du fé- 
minin rnya (puella) , le pronom per- 
sonnel de la troisième personne NVl 
dans le sens delui et d'elle 1 . Beaucoup 
de mots et de tournures de phrase 
se trouvent particulièrement dans le 
Pentateuque et manquent dans les 
autres livres de la Bible; en revanche 
ces derniers renferment un grand nom- 
bre de mots et de phrases qui man- 
quent complètement dans le Pentateu- 
que ou qui y sont fort rares 2 . 

4° Le ca'ractère fragmentaire du 
Pentateuque , loin de faire suspecter 
son authenticité, est plutôt une preuve 
que Moïse en est réellement l'auteur. 
Le mélange continuel des récits his- 
toriques, des itinéraires et des lois 

1 Le genre commun, qui dans la langue 
plus développée , se distingue en masculin 
et féminin, appartient évidemment à une 
époque plus reculée, et Hartmann lui-même 
est obligé d'avouer (1. c. p. 647 ) que ces ar- 
chaïsmes prouvent la haute antiquité de 
auelques-uns des documents et fragments 
dont, selon lui, le Pentateuque fut successi- 
vement composé. 

2 Jahn a recueilli plus de cent exemples 
de chaque espèce. En énumérant les mots 
qui sont particuliers au Pentateuque, il s'est 
abstenu d'y comprendre ceux qui désignent 
des objets dont il n'y avait pas lieu de parler 
dans les autres livres. Voy. Inlroductio in 
libros sacros veteris fœderis , p. 176- 



révèle un auteur contemporain, qui 
inscrivait dans son journal tout ce 
qui se passait d'important ainsi que 
les lois dictées par l'inspiration du 
moment. Un auteur postérieur à 
Moïse aurait séparé les lois du récit 
historique , et y aurait mis plus d'or- 
dre et de méthode. Les préoccupa- 
tions du moment et les circonstances 
différentes dans lesquelles se trou- 
vait Moïse expliquent les répétitions 
et les légères variations de style l . 

5° L'existence d'un livre, appelé 
la loi de Jèhoua ou la loi de Moïse, 
se révèle depuis Moïse à toutes les 
époques de l'histoire des Hébreux. 
On le mentionne dans le livre de Josué 
(l, 8; 8, 31 et passim) et dans le livre 
des Juges (3,4), composés l'un et 
l'autre avant la septième année du règne 
de David ; car on y lit <|ue les Jébu- 
sites n'ont pu encore être expulsés 
de Jérusalem et qu'ils y demeurent 
jusqu'à ce jour ( Jos. 15 , 63 ; Juges , 
1,21). Dans les psaumes qui portent 
le nom de David ou qui lui sont attri- 
bués il est souvent question de la 
Thorah de Jéhova (Ps. 19 , v. 8 et 
suiv., et dans beaucoup d'autres pas- 
sages ) , et dans les paroles que David, 
avant de mourir, adresse à son fils 
Salomon, il lui parle de la loi de Moïse 
et de ses différentes prescriptions 
( 1 Rois, 2, 3 ). La Thorah est égale- 
ment mentionnée dans les Proverbes 
(6, 23; 28, 4) et par les prophètes 
des deux royaumes de Juda et d'israèl 
(lsaïe, 5, 24; Osée, 8, 12). Isaïe 
parle expressément d'un livre de 
Jéhova (34, 16). Dans les livres des 
Rois , nous trouvons, outre les fré- 
quentes mentions de la loi de Moïse, 
la citation d'un passage du Deutéro- 
nome (II Rois ,14,6). Et s'il est vrai 
que ces documents ne sont pas tous 
d'une haute antiquité, est-il admissi- 
ble que leurs auteurs, quels qu'ils 

1 Tali et non alio stilo scripta a Mose 
exspectarl possunt, gui tôt negotiis obrutus, 
sœpe interruplus, frequenlibus itmeribus 
et migrationibus de loco in locum ais- 
tractus, per qaadraginta fere annos nos 
libros exaravit, et fjèuteronomium demum 
senex et morti proximus scripsit. Jahn, 1. C 
p. 177 



J38 



L'UNIVERS. 



fussent, aient pu être tous les dupes 
ou les complices d'une grossière su- 
percherie ? Tous ces passages prou- 
vent donc l'existence, sinon de tout 
le Pentateuque , du moins d'un recueil 
des lois de Moïse. 

6° Et qui donc aurait pu composer 
ou même refondre le Pentateuque ? 
c'est Ezra, a-t-on souvent dit, qui 
a donné au Pentateuque sa forme 
actuelle. Mais alors cette compilation 
moderne, quoique faite avec des ma- 
tériaux anciens, n'aurait pas conservé 
dans toutes ses parties cette pureté 
de style qui distingue le Pentateuque, 
et dont le livre d'Ezra est si éloigné; 
nous ne manquerions pas d'y ren- 
contrer quelques-uns de ces mots 
modernes , qui sont familiers à Ezra 
et à son époque. D'ailieurs les Sama- 
ritains, dont le Pentateuque, à l'ex- 
ception de quelques variantes de peu 
d'importance, est entièrement con- 
forme à celui des Juifs, n'auraient 
pas accepté une compilation récente 
de la main de ceux dont ils étaient 
les ennemis implacables *. — D'autres 
ont supposé que le prêtre Hilkia ou 
Helcias, qui, sous le roi Josias, dé- 
couvrit dans le temple le livre de la 
loi (II Rois, ch. 22; II Chron. ch. 34) 
était lui-même l'auteur de ce livre. 
Il se serait concerté à cet égard 
avec le prophète Jérémie, la prophé- 
tesse Hulda et quelques autres per- 
sonnages dans le but de consolider la 
théocratie et de donner l'impulsion au 
roi Josias , élève des prêtres et res- 
taurateur du culte de Jehova. A l'aide 
de quelques documents écrits et des 
traditions anciennes, il aurait com- 
pilé le Pentateuque qu'il prétendit 
avoir retrouvé et qu'il voulait faire 

1 L'argument tiré du Pentateuque sama- 
ritain a été appliqué par Jahn, Eichhorn et 
autres, aux temps antérieurs à l'exil, et on 
a soutenu que la composition du Pentat. a 
dû tout au moins précéder le schisme , car 
les dix tribus adonnées, depuis Jéroboam, 
à un culte idolâtre, n'auraient pas reçu le 
Pent. de la main des prêtres de Juda, pour 
le laisser ensuite en héritage aux Samaritains. 
Mais ceux-ci n'auraient-ils pas pu recevoir 
le Pentateuque sous le règne de Josias, dont les 
réformes religieuses s'étendirent jusqu'aux 
villes du pays de Samarie? voy. II. Rois, 23, 
J9; II Chron. 34,6 



passer pour l'ouvrage de Moïse «. Mais 
comment une pareille jonglerie au- 
rait-elle pu passer sans opposition? 
Est-il admissible que les anceins et 
tout le peuple se fussent soumis à 
l'autorité du livre produit par Hilkia, 
si l'existence antérieure d'un code at- 
tribué à Moïse n'avait pas été géné- 
ralement connue. Quant au livre 
retrouvé par Hilkia et qui fit tant de 
sensation , quelques critiques ont 
pensé que c'était l'autographe de 
Moïse, comme le fait entendre le 
deuxième livre des Chroniques (34, 
14), ou quelque autre exemplaire pré- 
cieux qui était déposé dans le temple 
et qui avait été caché sous les règnes 
impies de Manassé et d'Amon, du- 
rant lesquels les exemplaires en gé- 
néral étaient probablement devenus 
fort rares. Selon Hartmann lui-mê- 
me (1. c. p. 572) , on reconnaît clai- 
rement dans toute la conduite du roi 
Josias qu'il n'avait jamais douté de 
l'existence d'un code de Moïse et que 
son extrême émotion , en entendant 
faire la lecture de plusieurs passages, 
provenait de ce que leur contenu lui 
était resté inconnu jusqu'alors. — 
D'ailleurs si le Pentateuque datait du 
règne de Josias ou de quelque autre 
époque depuis David , on n'aurait pas 
manqué d'y introduire quelques dé- 
tails sur les ancêtres de la famille 
royale, à qui on aurait donné une autre 
origine que celle dérivée d'un inceste 
(Gen. ch. 38). La royauté aurait été 
traitée plus favorablement que ne le 
faitle Deutéronome (ch. 17, v. 15-20); 
on n'aurait pas reconnu tant de pri- 
vilèges à la racede Joseph (Gen. 49, 
26; Deut. 33, 16); on n'aurait pas 
non plus défendu de faire la guerre aux 
Moabites , aux Ammonites et aux 
Édomites que David combattit avec 
succès. Moïse et son successeur Jo- 
sué avaient seuls intérêt à recomman- 
der des ménagements à l'égard de ces 
peuples. 

1 Cette hypothèse a été développée par ca 
Wetle et, indépendamment de lui, par Vol- 
ney, qui ne connaissait pas les travaux di-s- 
Allemands. Voy. Rechercher nouvelles sur 
l'histoire ancienne, ch. 7 et 8. 



PALESTINE. 



J39> 



"* On voit partoutceque nous avons 
dit jusqu'ici, qu'on peut alléguer des 
preuves également fortes pour et con- 
tre l'authenticité du Pentateuque, 
d'où il résulte nécessairement que ce 
recueil de lois et d'histoire se compose 
de documents , dont les uns remon- 
tent à une haute antiquité et dérivent 
sans doute de Moïse lui-même, et les 
autres, tout en devant leur origine à 
des auteurs plus ou moins récents , 
ont été joints aux écrits mosaïques, 
par les rédacteurs du recueil, qui 
avaient pour but de réunir dans un 
volume tout ce qui existait des écrits 
de Moïse ou qui se rapportait aux 
temps mosaïques. Une critique rai- 
sonnée de ces différents documents 
serait ici déplacée. L'ensemble du Pen- 
tateuque, dans sa forme actuelle, n'a 
pu précéder de beaucoup l'exil de 
Babylone; car plusieurs passages du 
Lévitique (eh. 26) et du Deutéronome 
(ch. 28) révèlent un auteur qui pré- 
voit la prochaine dissolution du 
royaume et qui parle le langage des 
prophètes de cette époque, notam- 
ment de Jérémie 1 . La plus grande 
partie de l'histoire contemporaine de 
Moïse, présentée sous une enveloppe 
mythique, n'a pu être rédigée que 
plusieurs générations après les évé- 
nements. Rien ne s'oppose à ce que 
la Genèse, sauf quelques passages 
interpolés, soit considérée comme 
l'ouvrage de Moïse , et nous y voyons 
une partie intégrante de la doctrine 
mosaïque. Nous revendiquons pour 
Moïse toute la partie législative du 
Pentateuque, dont l'existence se ré- 
vèle à toutes les époques de l'histoire 
des Hébreux, et qui formait peut- 
être le livre de V alliance dont il est 
question plusieurs fois dans le Penta- 
teuque. — Mais avant de parler de la 
législation mosaïque, nous devons 
faire connaître les arguments des cri- 
tiques' modernes qui ont contesté 
l'authenticité de cette législation elle- 

1 L'auteur des Chroniques (II, 36, v. 21) 
attribue même à ce prophète des paroles qui 
ne se trouvent pas dans le livre de Jérémie, 
mais qui sont prises du Léviticme ( ch. 26, v. 
34 et 35). 



même, et qui n'ont voulu reconnaî- 
tre à Moïse que le Dêcalogue , ou, 
comme dit de Wette, ses linéaments. 
Le grand et vénérable législateur dis- 
paraîtrait, selon eux. dans un nuage 
mythique et il ne resterait de lui 
qu'un nom, autour duquel on aurait 
groupé dans la suite des temps tou- 
tes les lois que le développement de 
l'état des Hébreux fit naître successi- 
vement à différentes époques. Voici 
les principaux arguments sur lesquels 
s'appuie cette opinion que de Wette 
a poussée jusqu'à sa dernière extré- 
mité f : 

1° Du temps de Moïse on n'avait 
pas encore fait assez de progrès dans 
l'art d'écrire pour que nous puissions 
supposer que le chef des Hébreux ait 
manié cet art avec facilité. Quand 
même Moïse aurait appris à écrire en 
Egypte, l'écriture égyptienne ne pou- 
vait lui servir pour rédiger en hébreu, 
et à cette époque les Hébreux, noma- 
des et ignorants, n'avaient pas encore 
d'écriture. Outre cela, il aurait été 
difficile, ou même impossible, de tra- 
cer un aussi grand nombre de lois sur 
la pierre , car on ne connaissait pas 
encore d'autres matériaux. 

2° Il n'est pas croyable ( quand on 
supposerait à Moïse la plus grande 
facilité d'écrire ) que le chef d'un peu- 
ple nomade et sans discipline ait 
pu , au milieu de préoccupations aussi 
graves et en errant dans le désert , 
rédiger un code renfermant des lois 
assez compliquées et qui supposent 
une civilisation avancée. D'un côté, le 
temps lui aurait manqué; d'un autre 
côté, il se serait adressé à des hom- 
mes incapables de le comprendre et 
de suivre ses lois. Une grande partie 
de ces lois paraît devoir son origine à 
une longue expérience et à des circons- 
tances locales de la Palestine, comme, 
par exemple, les lois sur la vente et le 
rachat des maisons (Lév. ch. 25), 
sur la royauté ( Deut. ch. 17, v. 14 
— 20 ) , etc. Comment supposer que 
Moïse se soit abandonné à des spé- 

i Voy. de Wette, Kritik der israelitische* 
Geschichte, p. 251 et suiv. 



140 



L'UNIVERS. 



dilations abstraites, sans aucune ap- 
plication possible , puisqu'il n'avait 
f>as même la faculté de faire exécuter 
a loi de la circoncision » , établie de- 
puis Abraham ? 

3° Le législateur est quelquefois en 
contradiction, avec lui-même. Ainsi 
par exemple, selon l'Exode (*J1, 3) et 
le Deutéronome(15, 12 ) l'esclave hé- 
breu est rendu à la liberté dans la 
septième année de son service, selon 
le Lévitique (25, 40) il Test au ju- 
bilé. 

4° Dans toute l'histoire des Hé- 
breux jusque vers l'exil de Babylone, 
nous ne trouvons pas la moindre tra- 
ce de l'observance des lois concernant 
l'année sabbatique et le jubilé ; bien 
au contraire, on agit quelquefois com- 
me si ces lois n'existaient pas 2 . 

C'est là ce qu'on a su dire de plus 
fort pour mettre en doute l'authenti- 
cité des lois attribuées à Moïse. Voici 
ce que nous avons à répondre à ces 
différentes objections : 

1° Sans entrer ici dans un examen 
approfondi sur l'antiquité de l'art d'é- 
crire, dont nous parlerons encore 
dans un autre endroit, sans examiner 
si la priorité doit être attribuée aux 
Égyptiens, ou bien aux Phéniciens qui 
auraient appris cet art des Babylo- 
niens, nous constaterons pour le mo- 
ment les aveux de Hartmann qui re- 
fuse de croire que Moïse ait pu écrire 
les lois qu'on lui attribue , mais qui 
se voit forcé de reconnaître que , chez 
les Égyptiens , comme chez les Phéni- 
ciens , l'art d'écrire remontait bien 
au delà des temps de Moïse 3 . Moïse, 
dit-il encore ( p. 588) , a pu facilement 
se familiariser avec l'écriture égyp- 
tienne , mais elle lui était inutile pour 
l'hébreu qui appartient à une autre 

1 Voy. Jos. ch. 5, v. 5 et 7. 

a Voy. Michaelis, Mosaisches Recht, T. 
Il, § 76. 

3 Historisch-kritische Forschungcn , etc. 
p. 586, 601 et 6(5. Bohlen est pius jconsé- 

3 uent, et, dans sa manie de critique, il efface 
'un trait de plume toutes les traditions sa- 
crées et profanes, et avance hardiment que 
l'écriture sémitique ( de laquelle dérive ré- 
criture grecque) ne remonte pas au delà du 
dixième siècle avant J. C. Voy. Die Genesis, 
p XL. 



famille de langues. Nous sommes par- 
faitement d'accord avec Hartmann 
sur la différence totale qui existe en- 
tre le copte (ou l'égyptien) et l'hé- 
breu; mais les Grecs n'ont-ils pas 
adopté l'alphabet phénicien? les Per- 
sans , les Turcs et les Indiens musul- 
mans n'ont-ils pas adopté l'alphabet 
arabe? D'un autre côté, si nous admet- 
tons (ce qui est plus probable) que 
les Hébreux ont adopté l'alphabet des 
Phéniciens, ou que les uns et les au- 
tres l'ont reçu de l'autre côté de l'Eu- 
phrate, rien ne s'oppose à ce que nous 
supposions les Hébreux familiarisés 
avec l'art d'écrire longtemps avant 
leur sortie d'Egypte, ce qui est ac- 
cordé par Gésénius , dans son His- 
toire de la langue hébraïque * , quoi- 
que cet auteur ne soit nullement 
favorable à l'authenticité du Pentateu- 
que. Quant aux matériaux, Eichhorn 
a démontré avec beaucoup de sagacité 
que , déjà du temps de Moïse , on a pu 
se servir, pour écrire , de la toile égyp- 
tienne; et dût-on admettre les obser- 
vations sceptiques de Vater 2 , il nous 
resterait toujours les feuilles de pal- 
mier et surtout les peaux, dont l'u- 
sage, selon Hérodote (V, 58), remonte 
à une haute antiquité. Hartmann 
(p. 637) se contente de reproduire 
l'observation puérile d'un autre auteur 
qui refuse d'admettre l'usage des peaux 
pour l'époque mosaïque, parce que le 
tannage a dû répugner aux Égyptiens 
qui professaient un si grand respect 
pour les animaux, et qu'il est contraire 
aux lois de pureté communes aux 
Égyptiens et aux Hébreux. Le savant 
critique a oublié que ces lois de pu- 
reté renferment elles-mêmes des dis- 
positions concernant les ustensiles de 
cuir (Lév. ch. 13, v. 48, etc.), et que 
les prêtres employaient à leur usage 
la peau des holocaustes (ib. ch. 7 , v. 
8). En somme, les critiques les plus 
forts ont dû se borner à justifier leur 
scepticisme à l'égard de la loi mosaï- 
que, mais ils n'ont pu produire aucune- 
preuve directe contre la tradition qut 

1 Geschichte der hebrœischen Sprache und 
Schrift, p. 142. 

2 Commentar., p. 527-531. 



PALESTINE. 



141 



attribue la rédaction des lois à Moïse 
lui-même et leurs différentes hypo- 
thèses se contredisent les unes les 
autres. De Wette lui-même, qui , 
dans ses ouvrages critiques , soutient 
que les premières traces d'une loi 
écrite se trouvent sous le règne de 
Josias , et qu'aucune des parties de 
cette loi ne remonte au delà de l'épo- 
que de David, avoue naïvement dans 
son Archéologie (§277), que la ré- 
daction de plusieurs documents con- 
sidérables , attribuée par le Pentateu- 
que à Moïse lui-même, n'a rien 
d'invraisemblable ». 

2° Moïse, en rédigeant ses lois, 
avait en vue les générations futures 
qui devaient vivre en Palestine dans 
un Etat policé et régulièrement cons- 
titué, et il déposa entre les mains de 
Josué , des anciens et des prêtres, la 
constitution qu'il avait longtemps mé- 
ditée. Par sa profonde intelligence et 
par l'instruction qu'il avait reçue en 
Egypte, il a pu prévoir un état de 
choses qui n'existait pas encore pour 
son peuple, et régler même les cas 
éventuels. Pour la génération nomade 
du désert il se borna probablement au 
Décalogue et à quelques autres lois 
fondamentales; les élus à qui il com- 
muniqua l'ensemble de ses lois étaient 
capables de le comprendre. Dans les 
quarante ans qu'on passa dans le dé- 
sert , Moïse a pu trouver largement le 
temps de méditer toutes les parties de 
sa législation et de les mettre par 
écrit , même en étant forcé de se ser- 
vir de matériaux incommodes. Nous 
avons déjà fait voir que l'opinion qui 
ne fait durer que deux ans le séjour 
des Hébreux dans le désert n'a aucune 
base solide et est contraire à une saine 
critique historique. 

3° Parmi le petit nombre de con- 
tradictions apparentes que de Wette 
a signalées dans la partie législative 
du Pentateuque, nous avons cité la 
plus forte. Mais il est évident que si , 
dans le Lévitique , le législateur fait 
durer la servitude de l'esclave hébreu 

1 Le.hrbuch der hebrœisch-jûdischen Ar- 
chotoiogie, deuxième édition , Leipzig, 1830, 
p. 288. 



jusqu'à l'année jubilaire, il veut indi- 
quer la dernière limite possible de 
cette servitude, et il parle de l'esclave 
qui s'est soumis volontairement à pro- 
longer son service au delà des six 
années légales , en se faisant percer le 
bout de l'oreille ( Exode ,21,6; Deut. 
15, 17). Il est naturel que dans le 
chapitre du Lévitique , où Moïse règle 
les droits de propriété de manière à 
maintenir toujours l'équilibre entre 
les tribus et entre les familles d'une 
même tribu , il n'oublie pas le plus 
incontestable des droits, celui de l'in- 
dépendance de la personne, et, après 
avoir concédé à l'individu la faculté 
de disposer de sa personne pour un 
long espace de temps {in sxculum , 
Exod. 21, 6) », il dit que cet espace 
ne pourra dépasser l'époque du jubilé , 
où l'équilibre doit être rétabli sous 
tous les rapports. 

4° Les lois concernant l'année sabba- 
tique et le jubilé ressortent tellement 
de l'esprit général de la constitution 
mosaïque , basée sur l'agriculture et 
l'égalité, que nous ne pouvons les at- 
tribuer qu'au législateur primitif. 
Personne n'en a pu concevoir l'idée 
aux époques postérieures quand l'in- 
dustrie, le commerce et le luxe s'é- 
taient introduits parmi les Hébreux, 
et, si ces lois ne furent pas observées , 
c'est qu'elles étaient devenues impra- 
ticables, dès qu'on s'était écarté de 
l'esprit primitif de la constitution. 
D'ailleurs la non-observance de quel- 
ques lois ne prouve pas que ces lois 
n'aient pas existé; on sait que presque 
tous les rois d'Israël , et , en partie , 
les rois de Juda , étaient opposés à la 
constitution théocratique de Moïse, 
et quelquefois les prêtres eux-mêmes 
se faisaient les instruments de leur im- 
piété (voy. II Rois, ch. 16, v. 10-16> 

Nous avouons du reste que la rédac- 
tion des lois a pu, avec le temps, 
subir quelques modifications; nous 
en trouvons un exemple frappant dans 

1 Le mot hébreu Olàm ( sseculum ) désigne 
souvent un long espace de temps indéterminé. 
Voy. Isaïe, ch. 32, v. 14 et 15, où les mots 
ûSiy TV i in œtern ' um ) sont ensuite as- 
treints par un fy (donec). 



142 



L'UNIVERS. 



la loi fondamentale, dont il serait ab- 
surde de contester l'authenticité : 
TExode et le Deutéronome nous of- 
frent deux rédactions du Décalogue, 
qui présentent des variantes notables. 
Quant à laGenèse, que nous attribuons 
à Moïse, sauf un petit nombre d'inter- 

Ï>olations (notamment le passage sur 
es rois d'Édom, le nom de la ville de 
Dân, et peut-être aussi celui de Hé- 
brôn), il est évident qu'elle a été pui- 
sée , en grande partie , dans des docu- 
ments plus anciens, émanés de 
différents auteurs, comme le prouvent 
les contradictions que nous avons déjà 
signalées, ainsi que les inscriptions 
que portent plusieurs chapitres ■ , et 
les variations dans les noms de Dieu. 
Un passage de l'Exode (6, 3), dont 
il paraît résulter que les patriarches 
ne connaissaient Dieu que sous le nom 
de Tout-puissant, et que le nom de 
Jéhova ( Éternel ) ne date que depuis 
Moïse, ne doit pas être pris à la lettre ; 
l'auteur veut dire seulement que les 
patriarches reconnaissaient la toute- 
puissance de Dieu , mais qu'ils ne sai- 
sissaient pas encore, dans toute son 
étendue, le sens du nom de Jéhova, 
qui, selon la Genèse (4, 26), remonte- 
rait même avant le déluge 2 . 

Il est impossible de fixer avec pré- 
cision l'âge des différents documents 
dont se compose la Genèse ; il en est 
de même des documents postérieurs 
à Moïse que renferment les autres li- 
vres du Pentateuque. Le recueil a dû 
être achevé et exister dans sa forme 
actuelle à l'époque de Josias, et c'est à 
cette même époque qu'il a pu être 
reçu par les Samaritains. 

Le Pentateuque peut donc être 
appelé avec raison un livre mosaïque, 
bien qu'il ne soit pas en entier émané 
de Moïse. S'il manque d'unité dans le 

1 Voy., par exemple, ch. 2, v. 4; ch. 5, 
v. l; ch. 6, v. 9; ch. lu, v. I; ch. Il, v. io. 

2 Voici comment Rosenmûller, dans ses 
Scholia, explique le passage de l'Exode : Ma- 
joribus tuisomnipotentem me esse declaravi, 
sed constantem, et promissa, quœ Mis dedi 
de terra Cananω ab eorum posteris occu- 
pandâ, opère complentem illi me non siatt 
experti. Cette explication est conforme à celle 
des rabhins. 



plan et dans la méthode, il y a unité 
dans l'idée. Les auteurs du recueil 
avaient pour but de consolider la 
croyance en un Dieu créateur et de dé- 
raciner toute espèce d'idolâtrie, de 
mettre sous les yeux du peuple hébreu 
les documents historiques et les tra- 
ditions qui témoignaient de son élec- 
tion et des faveurs particulières dont 
la Providence l'avait comblé dès son 
origine; enfin de glorifier son libéra- 
teur et son législateur, et d'exposer 
sa doctrine et ses lois, inspirées par 
la Divinité elle-même et supérieures 
à toute sagesse humaine : « Vous les 
« observerez et vous les exécuterez , 
« car c'est là votre sagesse et votre 
« intelligence aux yeux des peuples, 
« qui , entendant toutes ces lois , di- 
« ront : Cette grande nation seule- 
ce ment est un peuple sage et intelli- 
« gent. » (Deut. 4, 6). Nous allons 
maintenant faire connaître l'ensemble 
de ces lois. 

5. résumé de la doctrine et des lois de 
Moïse. 

Dès les premiers moments de sa 
mission, Moïse se présenta au nom de 
Y Être absolu et universel, Dieu d'A- 
braham , d'Isaac et de Jacob ; ce sont 
les traditions des aïeux qu'il veut 
rappeler à la race dégénérée des Hé- 
breux, et c'est à ces traditions spiri- 
tualisées et développées qu'il veut 
rattacher sa doctrine et sa législa- 
tion. L'une et l'autre sont comprises 
sous le nom de Thorah, dont le sens 
primitif signifie enseignement. k De !a 
doctrine émane la loi morale , reli- 
gieuse et sociale; c'est Dieu lui-même 
qui est le roi et le législateur du peu- 
ple hébreu, et toute infraction aux 
lois, quelles qu'elles puissent être, 
est une offense envers la Divinité. La 
morale ressort plus directement de 
la doctrine sur Dieu et sur l'homme; 
car elle est fondée sur la connaissance 
que l'homme doit avoir de la Divinité 
et sur l'amour qu'il doit lui porter et 
qu'il manifeste en tâchant de l'imiter 
et de s'identifier avec elle. La loi re- 
ligieuse renfermée dans le culte et les 
observances cérémonielles est le sim- 



PALESTINF 



142 



1)oIp extérieur de la doctrine et, pour 
ainsi dire, le drapeau qui distingue le 
peuple du roi-Dieu. Tel est son sens 
primitif, quoiqu'elle ait çà et là , dans 
Ses détails, un but particulier que 
nous ferons remarquer. La loi sociale, 
adaptée aux localités, au caractère du 
peuple et en partie à ses antiques 
usages, est basée sur le respect de la 
dignité humaine et sur le principe 
d'égalité absolue; elle a pour fonde- 
ment l'agriculture et les lois agraires 
qui devaient servir à maintenir l'équi- 
libre dans les tribus et dans les fa- 
milles et empêcher la formation de 
certaines classes privilégiées. Nous 
diviserons ainsi la Thorah de Moïse 
en trois parties principales, savoir: 
1° Doctrine et morale; 2° Culte et lois 
cérémonielles; 3° Loi sociale. La pre- 
mière partie n'a d'autres sources que 
les inspirations de Moïse et les tradi- 
tions des Hébreux; quant au culte et 
aux institutions sociales, il n'est pas 
impossible que Moïse ait puisé quel- 
quefois à des sources étrangères , et il 
est même probable qu'il a eu égard 
aux institutions des peuples voisins, 
tantôt pour respecter certains préju- 
gés inoffensifs qu'il n'était pas encore 
temps de détruire, tantôt pour garan- 
tir son peuple du contact de certains 
usages païens qui étaient en opposi- 
tion avec la doctrine d'un monothéisme 
pur. L'antiquité païenne peut donc 
répandre quelque lumière sur une par- 
tie de la loi mosaïque. '* 

PREMIÈRE PARTIE. 

Doctrine et morale. 

On a vu dans ce qui précède que la 
connaissance d'un Être suprême, créa- 
teur du ciel et de la terre, remonte 
jusqu'à Abraham. Moïse le caracté- 
rise comme Y Être par excellence, 
Yahwé i (celui qui est) ; illimité par 

1 Telle était probablement la vraie pro- 
nonciation du nom que nous prononçons 
jéhova, ;-p;-p C'est un antique aoriste* du 
mn tire; mais, par respect, on ne pronon- 
çait pas ce nom , et on substituait ordinai- 
rement le mot Adonaî ( Seigneur ) ou Elohim 
(Dieu). C'est pourquoi, lorsqu'on eut inventé 
tes points-voyelles, les quatre lettres de niil 



rapport au temps, car il a toujours 
été et il sera toujours ; illimité par 
rapport à l'espace, car il est partout, 
au ciel comme sur laterre, et il ne sau- 
rait être représenté sous aucune forme 
visible. Cet être est l'unité absolue : 
Écoute, Israël, l'Éternel notre Dieu, 
l'Éternel estunique (Deut. 6, 4), tel est 
le principe fondamental du mosaïsme, 
telles sont les paroles que l'israelite , 
encore aujourd'hui , récite dans sa 
prière du matin et du soir, paroles qui 
l'ont souvent accompagné au martyre 
et qu'il prononce sur le lit de mort. 

C'est un préjugé très-répandu que 
le Dieu de Moïse, le Dieu Jéhova (pour 
nous conformer à la prononciation 
généralement adoptée), est le Dieu na- 
tional des Hébreux, supérieur aux 
Dieux des autres nations, qui néan- 
moins existent à côté de lui. Pour dé- 
truire ce préjugé, le passage du Deu- 
téronome que nous venons de citer 
pourrait seul sufûre; car il nous fait 
voir dans Jéhova le Dieu unique et 
universel ; mais nous appellerons 
l'attention des lecteurs sur quelques 
autres passages qui prouveront que 
Moïse était aussi avancé dans les doc- 
trines monothéistes qu'il est possible 
de l'être. Comment le Dieu qui, dès 
les premiers mots du Pentateuque, 
est représenté comme l'auteur de toute 
la création, ne serait-il que le roi d'un 
petit peuple? N'est-ce pas lui qui , 
voyant la corruption de la race hu- 
maine , fait arriver le déluge pour dé- 
truire tous les mortels (Gen. 6, 13)? 
II est le juge de toute laterre (ib. 18, 
25), le Dieu des esprits de tous les 
mortels (Nomb. 16, 22; 27, 16). 
Jéhova seul est Dieu , dans les cieux 
en haut et sur la terre en bas, et il n'y 
en a pas d'autre (Deut. 4, 39). Moi 
seul, dit Jéhova, je suis, et il n'y a pas 
d'autre Dieu avec moi; je tue et je 
vivifie, je frappe et je guéris, et per* 
sonne ne peut sauver de ma main 

furent ponctuées de manière à produire tan- 
tôt Yéhoiva, tantôt Yéhowi, en leur donnant 
les voyelles du mot qu'on substituait dans 
la prononciation. Déjà les Septante rendent 
toujours le nom de m,-p par ô xupioç, le Sei- 
gneur, ce qui prouve que la leçon Adonaî. 
est très-ancienne. 



144 



L'UNIVERS. 



(ib. 32, 39). Partout enfin Jéhova est 
représenté comme le maître absolu de 
la nature créée par lui; les lois de la 
nature sont à sa disposition, il les 
interrompt à son gré et il opère des 
miracles. Il est évident que lorsque, 
çà et là, Jéhova est entouré d'une 
enveloppe mythique, lorsque, pour 
ainsi dire , les dimensions infinies de 
l'Être universel paraissent se rétrécir 
et qu'il se manifeste dans des limites 
plus restreintes, ce sont des images 
adaptées à la conception des masses, 
qui n'étaient pas encore capables de 
s'élever au point de vue dans lequel se 
plaça Moïse. Si Jéhova est le roi du 
peuple hébreu qu'il prend sous sa 
protection spéciale, c'est que les 
patriarches hébreux ont été les pre- 
miers à reconnaître et à proclamer 
l'Être suprême, c'est que le peuple 
hébreu a été le premier à lui consacrer 
un culte, et que, par une inspiration 
surnaturelle, Moïse a pu communi- 
quer aux Hébreux une doctrine à la- 
quelle l'esprit humain, abandonné à 
lui-même et à son développement 
naturel , ne devait arriver qu'après 
une longue suite de siècles. Sous ce 
rapport les Hébreux sont le peuple 
élu , le peuple de Jéhova , et en pro- 
clamant cette élection, Moïse ne pro- 
clame qu'un fait qui appartient à 
l'histoire. « A Jéhova, dit-il, sont les 
cieux et les cieux des cieux , la terre 
et tout ce qui s'y trouve ; mais il a 
trouvé plaisir en tes ancêtres pour les 
aimer et il a élu leur postérité après 
eux, (c'est-à-dire) vous, parmi toutes 
les nations, comme (on le voit) aujour- 
d'hui. » (Deut. 10, v. 14, 15.) 

Dans le sévère monothéisme de 
Moïse il y a à peine de la place pour 
les anges. Si Moïse avait reconnu 
l'existence des anges , il n'aurait pu 
en faire que des être créés, et cepen- 
dant il n'en est point fait mention 
dans le récit de la création, à moins 
qu'on ne veuille les comprendre sous 
l'armée du ciel dont il est question 
au chapitre 2 de la Genèse (v. 1). 
Inexistence des anges n'est pas un 
dogme de la religion mosaïque; si 
Moïse parle quelquefois de messagers 



de Dieu on d'anges T , il ne fait que céder 
aux croyances populaires; mais il 
nous fait sentir souvent que pour lui 
les messagers de Jéhova sont iden- 
tiques avec Dieu lui-même et ne sont 
que les symboles de ses facultés et 
de sa puissance. Ainsi, dans un pas- 
sage de la Genèse (ch. 16 , v. 7), un 
messager de Dieu apparaît à Hagar. 
et, immédiatement après (v. 13), on 
nous dit que c'était Dieu lui-même; 
il en est de même dans la seconde 
vision de Hagar (ch. 21, v. 17 et 19). 
Jéhova , le Dieu du ciel , dit Abraham 
à son intendant, enverra sorimessager 
devant toi (ch. 21. v. 7), et plus loin 
(v. 48) l'intendant dit que c'est Jéhova 
qui l'a conduit. L'ange qui parle à 
Jacob, au milieu des troupeaux de 
Laban (v. 31 , v. 11) lui dit : Je suis 
le Dieu de Bethel (v. 13). Dans le 
buisson ardent un messager de Jéhova 
apparaît à Moïse (Exode, ch. 3, v. 2); 
mais bientôt nous voyons que c'est 
Jéhova lui-même (v. 4). Ainsi on peut 
dire que les anges, êtres purement 
spirituels et cependant individuels , 
êtres créés supérieurs à l'homme et 
intermédiaires entre lui et la Divi- 
nité, n'existent pas dans la doctrine 
mosaïque , mais bien dans les croyan- 
ces populaires des anciens Hébreux. 
A mesure que la religion se spiritua- 
lise et que le monothéisme est mieux 
compris, les apparitions d'anges de- 
viennent plus rares et on voit dans les 
mcssagerf de Dieu les éléments , 
les facultés de la nature et les phé- 
nomènes qu'elles produisent 2 . Ce n'est 
que plus tard, pendant l'exil de Baby- 
lone , que se forme la théorie des 
anges , par l'influence des doctrines 
des mages. Les anges, divisés en bons 
et mauvais, reçoivent des noms, on 
leur attribue des fonctions , et c'est 
alors seulement que nous voyons pas- 

1 Le mot hébreu Tj^ Q veut dire messager, 
la version grecque le rend par àYyeXo; qui 
a le même sens. Le mot angélus a été reçu 
dans la latinité chrétienne avec le sens par- 
ticulier de messager céleste ; de là vient le 
mot ange , qui, comme on le voit, n'a pas 
d'équivalent dans le langage des anciens Hé- 
breux. 

2 Yoy. psaume 104, v. 4. 



PALESTINE. 



145 



raître Satan (l'Jhriman des Perses) , 
<:hef des anges rebelles. Nous aurons 
l'occasion de revenir sur ïangélologie 
des Juifs après l'exil , qui n'a aucune 
base dans la doctrine mosaïque. 

Quant aux Keroublm (Chérubins) 
qui gardent le paradis terrestre (Gen. 
3,24 ) , ce sont des êtres symboliques , 



blables aux sphinx des Égyptiens 1 ; 
il en est de même des Séraphins que 
nous rencontrons dans les visions des 
prophètes. Le récit de la création ne 
les mentionne pas plus que les anges. 

Jchova , être unique et infini , être 
immatériel que l'on ne peut aperce- 
voir quepar derrière (Exode, 33,23), 
c'est-à-dire par son reflet , créa l'uni- 
vers ; le chaos lui-même, la matière 
informe, sortit du néant par la vo- 
lonté divine : « Au commencement 
Dieu créa le ciel et la terre ; mais la 
terre était tohou wabohou (dans un 
état chaotique). » Tel est le commen- 
cement de la Genèse. La parole divine 
développe le chaos, et en six périodes 
ou journées toute la nature et ses dif- 
férents règnes naissent successive- 
ment; l'œuvre est couronnée par la 
création de l'homme, qui est fait à 
l'image de Dieu, en participant de 
l'essence divine, par le souffle ou l 'es- 
prit que Dieu lui donne. Dès lors Dieu 
n'est plus renfermé en lui-même, 
dans son unité absolue; il s'est révélé 
dans la création , et il s'est manifesté 
particulièrement dans l'homme, chef- 
d'œuvre de cette création. 

De même que l'enfant nouveau-né , 
l'homme était d'abord un être sans 
raison; incapable de pécher, car il ne 
•savait pas distinguer le bien et le mal. 
Le mal absolu n'existait pas dans la 

1 L'étyinologie du mot ^-q Keroub est 
incertaine; mais les théologiens les plus 
orthodoxes ont renoncé a voir dans les ché- 
rubins des êtres réels; ce sont évidemment, 
dit Jahn , des créatures de l'imagination poé- 
tique {Archœologie, t. III, p. 266). Herder 
compare les chérubins du paradis au dra- 
gon qui garde les pommes d'or des Hespé- 
rides , et il développe l'histoire des chéru- 
bins dans la poésie hébraïque jusqu'à la vi- 
sion d'Ézéchiel. Voy. son Esprit de la poésie 
hébraïque t. I, ch. vi. Nous reviendrons sur 
les Chérubins, en parlant du Tabernacle 
10 e Livraison (Palestine.) 



création ; il ne pouvait pas même ré- 
sider dans la matière, qui était créée 
par Jéhova, le bien absolu, dont il 
ne pouvait émaner aucun mal. Ce n'est 
que par la connaissance , par le déve- 
loppement du principe intellectuel de 
l'homme, que le mal entre dans le 
monde; il n'est ni dans l'esprit ni dans 
la matière, mais il réside dans la col- 
lision qui naît entre les deux princi- 
pes , dès que l'homme est arrivé à la 
connaissance. Alors il n'est plus guidé 
par l'instinct, comme les autres ani- 
maux, mais il a le sentiment moral, 
et par cela même qu'il est libre dans 
ses mouvements, il devient res- 
ponsable de ses actes. L'homme, 
être intellectuel, ne peut plus vivre 
comme les animaux, et de la vie so- 
ciale à laquelle il est destiné naissent 
pour lui toute sorte d'inconvénients; 
il est obligé de lutter et de travailler. 
C'est pour l'être rationnel qu'exis- 
tent la lutte morale et la lutte physi- 
que; c'est ainsi que la connaissance 
ou l'intelligence devient la source du 
mal , sans qu'elle soit elle-même un 
mal. Tel est le sens le plus simple de 
l'apologue du serpent séducteur rap- 
porté dans le 3 ième chapitre de la Ge- 
nèse 1 ; c'est ainsi que Moïse essaya de 
sauver l'unité absolue et qu'il évita de 
tomber dans le dualisme. Selon Moïse , 
nous le répétons , le mal n'existe pas 
par lui-même; mais il naît de la col- 
lision qui existe entre l'esprit et la 
matière. 

L'homme devenu être intellectuel 
sort du monde physique pour être pla- 
cé dans un monde moral. Le mond 
physique ne subsiste que par l'équili- 
bre, par les lois que le Créateur a éta 
blies dans la nature ; il doit en être de 
même dans le monde moral. Ici Die* 
et l'homme se trouvent dans un nou 

l Nous laissons de côté les mille explica- 
tions qu'on a données de ce chapitre , ainsi 
que les conséquences qu'on en a tirées sous 
le rapport du dogme. Il nous suffit d'avoir 
indiqué , en général , l'idée philosophique 
que nous croyons voir dans cet apologue , 
l'interprétation de tous les détails serait ici 
déplacée, ils sont du domaine de la poésie et 
de la mythologie. Voy. Hartmann, Historisch- 
firitische Forschungen, etc., p. 370-392. 

10 



146 



L'UNIVERS. 



veau rapport corrélatif, et l'équilibre 
est maintenu par la justice absolue du 
côté de Dieu , et par la morale du côté 
de l'homme. 

Parmi les attributs que Moïse donne 
à la Divinité , dans ses rapports avec 
l'homme, la justice est au premier 
rang; Dieu est souvent présenté dans 
le Pentateuque comme un juge sévère , 
et Moïse insiste d'autant plus sur ce 
point qu'il avait affaire à un peuple 
abruti par un long esclavage et dont 
l'obéissance ne pouvait être obtenue 
que par la crainte. Mais Moïse ensei- 
gne aussi que Dieu est bon et miséri- 
cordieux , qu'il supplée par sa grâce 
au manque de mérite, et ceux-là sont 
dans une profonde erreur qui disent 
que le Dieu de Moïse n'est que re- 
doutable , toujours prêt à la vengeance 
et au châtiment. Dans la Genèse nous 
voyons Dieu guider les patriarches 
avec une condescendance toute pater- 
nelle; et dans le désert il soutient 
son peuple, qu'il a élu par un amour 
spontané (Deut. 7,8), comme un 
homme porte son fils (ib. 1, 31). 
Dans un passage où Moïse nous fait 
connaître les attributs de Dieu dans 
ses rapports avec l'homme, il s'exprime 
ainsi : « Jéhova est un Dieu miséri- 
« cordieux et clément, indulgent 1 , 
« abondant en grâce et en fidélité , gar- 
« dant sa grâce jusqu'à mille (généra- 
«tions), pardonnant l'iniquité, le 
« crime et le péché; cependant il n'in- 
« nocente pas (complètement) 3 , il pu- 
« nitl'iniquité des pères sur les enfants 
« et sur les enfants des enfants, jus- 
« qu'à la troisième et la quatrième gé- 
« nération. » (Exode, çh.34, v. 6 et 7.) 
Évidemment Moïse veut nous faire 
sentir par ces paroles que la grâce et 
la bonté de Dieu l'emportent sur sa 
justice; que, par cette grâce, le bien 
que l'homme fait laisse des traces im- 
périssables — jusqu'à la millième gé- 
nération, — tandis que les consé- 
quences du mal cessent promptement — 
à la troisième ou à la quatrième gé- 

1 Littéralement : long ( à se mettre ) en 
colère. 

2 La Vulgate traduit incorrectement: Nul- 
lusque apud te per se innocent est. 



nération. Il est évident que ces der- 
niers mots ne sont qu'une locution qui 
signifie un court espace de temps ; car 
Moïse dit ailleurs ( Deut. 24, 16) que 
les pères ne sauraient être punis pour 
les enfants, ni les enfants pour les 
pères. 

Quant aux rapports de l'homme 
avec la Divinité, c'est la morale qui doi E 
en former la base. Malgré le grand 
nombre d'observances cérémonielles 
prescrites dans la loi de Moïse, celles- 
ci n'y occupent qu'un rang secon- 
daire; ce qui rend l'homme digne de 
la Divinité, dont il est l'image sur 
la terre, c'est la sainteté et la mo- 
rale. Le grand nombre de précep- 
tes moraux que renferme le Penta- 
teuque ne laissent aucun doute sur 
la tendance morale de la loi mosaïque. 
L'homme, dit Moïse, est créé à l'i- 
mage de Dieu ; Dieu , le suprême bien , 
est la réunion de toutes les vertus à 
leur plus haute puissance. L'homme 
doit tâcher de s'approcher, autant que 
possible, de son modèle céleste: la 
sainteté, l'amour de Dieu, est, selon 
Moïse, la basedes relations de l'homme 
avec le Créateur : Fous serez saints , 
car moi Jéhova, votre Dieu, je suis 
saint (Lév. 19,2). Tu aimeras Jé- 
hova, ton Dieu, de tout ton cœur , de 
toute ton âme, de toutes les forces 
(Deut. 6,5). Dans un autre endroit 
il dit (ib. ch. 10, v. 12 et suiv.) : 
« Et maintenant , ô Israël , qu'est-ce 
« que Jéhova, ton Dieu, te demande, 
« sinon de craindre Jéhova ton Dieu , 
« de marcher dans toutes ses voies , 
« de l'aimer et de le servir de tout ton 
« cœur et de toute ton âme ? Fous cir- 
« concirez le prépuce de votre cœur, 
« etvousn'endurcirez plus votrecou: 
« car Jéhova, votre Dieu, est le Dieu 
« des dieux et le maître des maîtres , 
« le Dieu grand , fort et redoutable , 
« qui ne fait fjas acception de personne 
« et n'accepte point de don corrup- 
« teur, qui fait droit à l'orphelin et à 
« la veuve, qui aime l'étranger pour 
« lui donner du pain et un vêtement. » 

Dans ce passage, Moïse, faisant 
allusion à la circoncision , signe exté- 
rieur de l'alliance de Dieu avec les 



PALf 

descendants d'Abraham , fait sentir 
que ce signe ne suffit pas sans la cir- 
concision du cœur, c'est-à-dire sans 
que l'homme ouvre son cœur au sen- 
timent moral, qui seul peut le mettre 
en rapport avec la Divinité. Ce senti- 
ment doit se manifester par une con- 
duite pure, par des mœurs chastes, 
que la loi de Moïse commande avec 
une grande sévérité l , et par la cha- 
rité envers le prochain. C'est l'amour 
qui doit présider aux rapports des 
individus : Tu aimeras ton prochain 
comme toi-même, je suis Jèhooa 
(Lév. 19, 18) 2 . L'homme ne doit 
nourrir aucun sentiment de haine 
contre son prochain, et, s'il a à s'en 
plaindre , il doit s'expliquer franche- 
ment avec lui (ib. v. 17); il ne doit 
pas se laisser entraîner à la calomnie, 
ni à la vengeance ( ib. v. 16 et 18) , et 
il doit faire le bien à son ennemi 
( Exode, ch. 23 , v. 4 , 5 ). L'Hébreu 
ne doit faire aucune distinction entre 
son compatriote et l'étranger , et il 
doit aimer l'étranger comme lui-même 
(Lév. 19, 34). Vous aimerez l'é- 
tranger, car vous étiez étrangers 
dans la terre d'Egypte ( Deut. 10, 
19 ) . Pour que les Hébreux n'imitent 
pas à cet égard la conduite inique des 
Égyptiens , dont ils avaient été victi- 
mes si longtemps, Moïse revient très- 
souvent sur l'amour de l'étranger, et, 
à cette occasion , il rappelle souvent 
aux Hébreux leur séjour d'Egypte. 
L'étranger jouissait, comme l'Hébreu, 
de toute la protection des lois (Deut, 
1 , 16; 24, 17); pauvre, il avait droit 
à la bienfaisance publique, tout aussi 
bien que l'Hébreu ( ib. 14, 29). L'es- 
clave étranger il faut le traiter avec 
humanité, il prend part aux réjouis- 

1 Voy. Lévit. ch. 20, v. 9— 16; Deut. ch. 
22, v. 5, 13-29; ch. 23, V. 18. 

2 Moïse termine presque toujours les pré- 
ceptes moraux par les mots : Je suis Jéhova , 
pour faire sentir que c'est en suivant ces pré- 
ceptes que riiomme se met eu rapport avec 
Dieu qui l'a créé à son image. Selon les an- 
ciens rabbins, c'est dans l'amour du pro- 
chain que se résume toute la loi mosaïque ; 
toutes les lois ne sont que le commentaire 
de cette loi fondamentale. Voy. mes Ré- 
flexions sur le culte des anciens Hébreux 
(tome iv de la Bible de M. Cahen) , p. 19 et 20. 



STINE. 



147* 



sauces publiques dans les jours de fête 
(ib. ch. 16, v. 11 et 14); maltraité par 
son maître, il est affranchi (Exode, 2 1 , 
v. 26, 27). Il est sévèrement défendu 
de trahir l'étranger qui vient chercher 
un refuge dans le pays des Hébreux ; 
l'esclave échappé à la cruauté de son 
maître ne peut lui être livré, il pourra 
s'établir au milieu des Hébreux , par- 
tout où il lui plaira , et il ne sera nul- 
lement inquiété (Deut. 23, v. 16, 17). 

Il nous serait impossible de citer 
ici tous les préceptes moraux delà loi 
mosaïque; mais ce que nous venons 
de dire suffira pour faire ressortir la 
tendance morale de cette loi. D'ail- 
leurs , en posant les bases du pro- 
phétisme , dont nous parlerons plus 
loin , Moïse assura lui-même le déve- 
loppement de son système de morale; 
il laissa aux prophètes qui viendraient 
après lui de faire prévaloir la morale 
sur les pratiques extérieures que la 
nécessité du moment le forçait de 
prescrire *. 

Ce qui, du reste, donne à la mo- 
ralité de l'individu sa véritable valeur, 
c'est le libre arbitre que Moïse recon- 
naît à l'homme ; chaque individu de- 
vient par là le maître de ses actions, 
il peut les mettre d'accord avec le su- 
prême bien, ou devenir l'ouvrier du 
mal. Le mal , comme nous l'avons 
vu, est quelque chose d'individuel ; 
il ne réside ni dans Dieu , ni dans la 
création émanée de lui, il n'a aucune 
existence réelle, et il n'existe que par 
rapport à l'individu qui seul en est 
responsable et qui ne peut être jus- 
tifie que par lui seul ; la vie et le bien, 
la mort et le mal, sont dans ses mains 
(Deut. ch. 30, v. 15 et 19). 

Les récompenses que Moïse promet 
à la vertu et les peines dont il me- 
nace le vice sont toutes de ce monde; 
mais elles ne sont pas toujours 
personnelles , et Moïse sut profi- 
ter d'un sentiment très-vif chez les 
Hébreux, celui de l'amour des des- 
cendants, pour donner au sentiment 
moral un essor plus élevé, en faisant 



1 Voy. les Réflexions citées dans la note 
précédente. 

10. 



.48 



L'UNIVERS. 



voir îes suites que pouvait avoir la 
conduite de l'homme dans un avenir 
plus ou moins éloigné, et l'influence 
que les œuvres du présent pouvaient 
exercer sur la postérité. Dès lors la 
prospérité dont le méchant jouit quel- 
quefois dans ce monde , ne pouvait 
plus servir de mauvais exemple; car 
tout ne finissait pas pour lui avec 
cette vie, et il pouvait être puni par le 
mal qu'il préparait à sa postérité. 
Quant aux récompenses et aux peines 
que l'homme peut trouver dans une 
autre vie, Moïse n'en parle pas, soit 
que l'âme, comme souffle divin (Ge- 
nèse , 2 , 7 ) , lui parût devoir rentrer, 
immédiatement après la mort, dans 
son état primitif de pureté , soit qu'il 
ne voulût pas se prononcer sur un 
sujet plein de difficultés métaphysi- 
ques, que les hommes auxquels il 
s'adressait n'étaient nullement capa- 
bles de comprendre. La doctrine de 
Moïse, en général, évite les subtili- 
tés métaphysiques; Dieu, selon elle, 
ne saurait être saisi par les seuls ef- 
forts de la raison humaine, elle veut 
la foi, et elle s'adresse plutôt au 
cœur qu'à l'esprit. Elle agit sur le 
sentiment et sur l'imagination , mais 
en même temps elle craint les extra- 
vagances de l'imagination ; elle veut 
déraciner toute espèce de superstition, 
et elle évite de se prononcer sur une 
croyance qui, à la vérité, était déjà 
très-répandue, mais qui, sous la forme 
qu'elle avait prise chez tous les peu- 
ples de l'antiquité , ne pouvait guère 
se mettre d'accord avec le mono- 
théisme pur. Chez les Indous et chez 
les Égyptiens la doctrine de l'immor- 
talité de l'âme se présente sous la 
forme de métempsycose l ; chez les 
disciples de Zoroastre, comme chez 
les anciens peuples de l'Europe, elle 
est défigurée par les fables les plus 
absurdes. Les Hébreux n'étant pas 
plus avancés, sous ce rapport , que les 
peuples qui les entouraient , Moïse 
ne voulut pas faire de [immortalité 
de rame un dogme religieux ; mais 
il laissa intacte la croyance populaire, 

' Voy. 1. c. page 10, note 2. 



sachant Uen que tôt ou tard son mo- 
nothéisme bien compris devait faire 
naître des idées plus pures sur l'âme 
et sur sa permanence après la mort. 
Voici comment s'exprime à ce sujet 
un des plus illustres écrivains de. 
l'Allemagne, en parlant de la supé- 
riorité des saintes Écritures sur tout 
ce que l'Orient a produit : « Le con- 
« traste de l'erreur , dit-il , nous mon- 
« tre la vérité sous une lumière nou- 
« vélle et plus brillante, et , en gêné- 
« rai , l'histoire de la plus ancienne 
« philosophie, * c'est-à-dire de la ma- 
« nière de penser des Orientaux , of- 
« fre le commentaire extérieur le plus 
« beau et le plus instructif sur l'É- 
« criture sainte. Ainsi, par exemple, 
« celui qui connaît les systèmes reli- 
« gieux des plus anciens peuples de 
« l'Asie ne s'étonnera point que, dans 
« l'Ancien Testament, la doctrine de 
« la trinité , et surtout celle de l'im- 
« mortalité de l'âme, soient plutôt 
« indiquées et légèrement touchées 
« que développées en détail et posées 
« comme base de la doctrine reli- 
re gieuse. On ne pourra guère soutenir 
« avec la moindre vraisemblance his- 
« torique, que Moïse, initié dans 
« toute la sagesse des Égyptiens , ait 
« ignoré ces doctrines généralement 
« répandues chez les peuples les plus 
« civilisés de l'antique Asie. Mais si 
« nous considérons que chez les In- 
« dous, par exemple, c'était justement 
« à cette haute vérité de l'immorta- 
« lité de l'âme que se rattachait la 
« plus grossière superstition, et qu'elle 
« en était presque inséparable, nous 
« nous expliquerons facilement le 
« procédé du législateur divin 1 . » 

Nous ajouterons que l'âme , étant, 
selon Moïse, une émanation de Dieu, 
un souffle divin 2 , doit être impéris- 
sable comme l'essence divine elle- 



1 Fr. Schlegel , Ueber die Sprache und 
Weisheit der Indier ( sur la langue et la sa- 
gesse des Indiens), pages 198 , 199. 

2 L'âme humaine est seule désignée par 
Moïse comme un souffle de Dieu; la vie des 
autres animaux est purement physique; l'eau 
et la terre produisent les animaux tout vi- 
vants. Voy. Genèse, ch. I , v 20 et 24; ch 2 , 
v. 19. 



PALESTINE. 



149 



même, et il est impossible d'admettre 
que Moïse et les Hébreux n'aient eu 
aucune notion de la croyance à la du- 
rée de l'âme, après la mort. D'ail- 
leurs, l'existence de cette croyance 
se révèle déjà dans plusieurs passages 
du Pentateuque, et, dans les autres 
livres de l'Ancien Testament, nous la 
trouvons de plus en plus spiritualisée 
et développée. Quel sens donnera-t- 
on à cette expression si souvent ré- 
pétée dans le Pentateuque : être réuni 
à son peuple ou à ses ancêtres? On 
a dit qu'il s'agit tout simplement de 
la sépulture, et on a pensé à des ca- 
veaux où étaient déposés les restes 
des membres d'une même famille; 
mais dans beaucoup d'endroits la réu- 
nion aux ancêtres est expressément 
distinguée de la sépulture. Abraham 
est réuni à son peuple , mais il est 
enseveli dans le caveau qu'il avait 
acheté à Hébron et où Sarah seule 
est enterrée. La mort de Jacob est 
rapportée dans les termes suivants 
(Genèse, 49,33) : «Jacob ayant achevé 
« de donner des ordres à ses lils , re- 
« tira ses pieds dans le lit, expira, et 
« fut réuni à ses peuples. » Ensuite 
son corps est embaumé; les Égyptiens 
célèbrent un deuil de soixante-dix 
jours, et ce n'est qu'après ce long es- 
pace de temps que Joseph conduit les 
restes de son père au pays de Canaan , 
pour les enterrer auprès d'Abraham 
et d'Isaac. Ahron meurt sur le mont 
Hor et y est enterré; aucun membre 
de son peuple n'y repose , et pour- 
tant il est réuni à son peuple ( Nom- 
bres , 20 , 24 ; Deut. 32 , 50 ). Il en est 
de même de Moïse qui meurt sur le 
mont Nebo , et dont personne ne con- 
naissait le tombeau (Deut. 32, 50; 
34, 6 ). Il est donc évident que la réu- 
nion aux ancêtres est autre chose 
que la sépulture, et que les Hébreux, 
du temps de Moïse , croyaient à un 
séjour où les âmes se réunissaient 
après la mort. Ce séjour des morts, 
appelé Scheôl, était placé dans l'inté- 
rieur de la terre x ; c'était un lieu som- 
bre et triste comme le Tartarus ou 

« Voy- Nombres, ch. 16, v 30 et 33; Deut. 
32 , 22 ; comparez Ps 86 ( 85 ) , v. 1 3 



VOrcus 1 . Il en est question dès le 
temps des patriarches; Jacob, incon- 
solable de la perte de Joseph, dit 
(Gen. 37, 35) : « Je descendrai en 
« deuil auprès de mon fils dans le 
« Scheôl. » Ce Scheôl ne saurait être 
le tombeau, comme l'ont prétendu 
quelques traducteurs modernes; car 
Jacob croyait son fils déchiré et dé- 
voré par une bête féroce , et il ne pou- 
vait espérer que ses ossements repo- 
seraient auprès de ceux de Joseph 2 . 
Si nous consultons les livres posté- 
rieurs au Pentateuque , nous trou- 
verons d'autres détails qui ne permet- 
tent pas de douter que le Scheôl ne 
soit l'Orcus des Hébreux. Dans le li- 
vre d'Isaïe (38, 10) il est question des 
portes du Scheôl, dans les Proverbes 
(9, 18), de ses vallées et des ombres 
qui l'habitent et qui portent le nom 
de Rephaïm (faibles). Dans un su- 
blime poème sur la chute du roi de 
Babylone (Isaïe, ch. 14), le Scheôl 
tremble à l'arrivée du tyran et les 
Rephaïm s'émeuvent ( v. 9 ) ; car or- 
dinairement ils jouissent d'un profond 
repos (Job, 3, 17). « Pourquoi m'as- 
« tu troublé en me faisant monter?... 
« Demain, toi et tes fils vous serez 
« avec moi. » Ainsi parle l'ombre de 
Samuel évoquée par la pythonisse 
d'En-Dor devant le roi Saiil. Il est 
évident que l'auteur de ce récit, ainsi 
que ceux pour qui il écrivait , croyaient 
à l'existence du prophète au delà de 
la tombe, et à un séjour où les om- 
bres se réunissaient après la mort. La 
superstition , qui croyait pouvoir évo- 
quer les ombres des morts et les in- 
terroger, n'était pas moins répandue 

* Voy. Job, ch. io, v. 21,22. 

2 Dans ce passage , comme dans tous les 
autres, les anciennes versions rendent le mot 
Scheôl de manière à y faire reconnaître le 
séjour commun des morts. Les Septante tra- 
duisent elç qiSou , la Vulgate in infernum ; les 
versions châldaïque et syriaque conservent le 
mot hébreu, en le considérant , avec raison, 
comme un nom propre. On peut le reconnaître 
comme tel dans le texte hébreu lui-même ; 
car le mot scheôl, comme, en général, les 
noms de pays, est toujours (à l'exception 
de Job. 26 , 6, ) du genre féminin et n'a ja- 
mais l'article. Dans la langue syriaque le 
mot scheôl ou schioul s'emploie dans le sens 
d'enfer ou de purgatoire. 



150 



L'UNIVERS. 



du temps de Moïse; ce législateur dé- 
fend sévèrement la nécromancie l . 11 
nous paraît donc évident que les Hé- 
breux croyaient de tout temps à la 
permanence de l'âme ; mais à l'époque 
mosaïque ils n'avaient encore que des 
notions confuses sur la condition des 
âmes dans le Scheôl. Il paraît que le 
prophétisme contribuait à développer 
et à épurer cette croyance ; à l'épo- 
que de Samuel on admettait déjà une 
différence, après la mort, entre les 
âmes des vertueux et celles des mé- 
chants. Dans le premier livre de Sa- 
muel (25 , 29) , la femme de Nabal dit 
à David : « L'âme de mon maître sera 
enveloppée dans le faisceau de la vie 
auprès de Jéhova, ton Dieu ; mais il 
frondera l'âme de tes ennemis dans 
le creux de la fronde 2 . » Mais ce n'est 
que dans le livredeKohéleth,ou/'^c- 
clêsiaste (qui date d'une époque beau- 
coup plus récente) que la doctrine 
de l'immortalité de l'âme se trouve 
clairement énoncée : « La poussière 
retourne à la terre telle qu'elle était, 
mais l'esprit retourne vers Dieu qui 
l'a donné. » (Ch. 12, v. 7.) 

Nous ne pouvons pas ici entrer 
dans de plus longs détails sur cette 
matière ; il nous suffit d'avoir démon- 
tré que le Scheôl du Pentateuque n'est 
pas le tombeau, que la permanence de 
l'âme était connue aux Hébreux du 
temps de Moïse, et que cependant ce 
législateur avait des motifs très-plau- 
sibles pour ne pas faire de cette 
croyance un point de sa doctrine. 

En résumé, la doctrine de Moïse se 
borne à établir l'existence de Dieu, 
comme être absolu, unique, éternel 
et immatériel, créateur de toute la 
nature, à partir delà matière chaoti- 
que jusqu'à l'homme animé par le 
souffle divin. Le monde moral a ses 
lois comme le monde physique; il se 
maintient par la justice et la grâce du 
Créateur et par le sentiment moral qui 
réside dans l'homme. La matière n'est 
ni bonne ni mauvaise; le mal est /'œw- 
t/re de l'homme (Gen. 6, 5), dont 



1 Voy. Lcvit 19, 31 ; 20, 6; Deut. 18, II. 

2 Voy. Réflexions , etc., payes 7 et 8. 



l'esprit ne sait pas toujours franchir 
les obstacles que la matière inerte 
lui oppose sans cesse. L'homme, li- 
bre dans ses mouvements, doit tra- 
vailler à vaincre ces obstacles; l'a- 
mour de Dieu, l'imitation du suprême 
bien est son plus beau triomphe. 

DEUXIÈME PARTIE. 

CULTE ET LOIS CÉRÉMONIELLES. 

Le culte, avons-nous dit, est le 
symbole de la doctrine; c'est-à-dire, 
la représentation extérieure, par 
certains actes qui tombent sous les 
sens, des points principaux de la doc- 
trine sur Dieu et sur ses rapports 
avec la nature et avec l'homme en 
particulier. Le culte n'est pas en lui- 
même un véritable lien entre la Divi- 
nité et l'homme; mais il met sans 
cesse l'homme en présence de Dieu , 
il vient en aide au sentiment moral, 
et, par les actes qu'il prescrit, il rap- 
pelle à l'homme la croyance en Dieu 
et les devoirs intérieurs que lui im- 
pose cette croyance. 

Le culte des patriarches avait la 
plus grande simplicité; ils n'avaient 
pas de temple, ils adressaient des 
prières à la Divinité et lui offraient des 
sacrifices dans tous les lieux et sans 
avoir des époques fixes pour leurs 
actes de dévotion. Ils préféraient ce- 
pendant les hauteurs et l'ombre des 
bois comme des lieux plus propres à 
faire naître le recueillement et les sen- 
timents de piété. Dans les endroits 
où ils avaient reconnu plus particu- 
lièrement la manifestation de la Di- 
vinité, ils posaient des pierres en mo- 
nument, et ils les consacraient avec 
de l'huile, et ces-monuments restaient 
toujours pour eux un objet de respect 
et de pieux souvenirs (Gen. 28, 18, 
35, 14). En Egypte les Hébreux 
avaient conservé quelque notion de 
Jéhova, le Dieu de leurs pères, mais 
il paraît que les pratiques religieuses 
des Égyptiens ne restèrent pas sans 
influence sur les Hébreux ; le culte 
pur de l'époque patriarcale disparut 
peu à peu pour faire place à des pra- 
tiques idolâtres. 



PALESTINE. 



151 



Moïse, après avoir proclamé de 
nouveau Jéhova, le Dieu unique, et 
avoir sévèrement défendu d'adorer 
toute autre divinité , ou de représenter 
Jéhova lui-même sous une image 
quelconque, sentit cependant la né- 
cessité d'établir des symboles exté- 
rieurs de la présence de Jéhova au 
milieu du peuple hébreu, et de pres- 
crire des actes de dévotion qui , tout 
en s'adressant à l'Être absolu et invi- 
sible, fussent en rapport avec les usa- 
ges de l'époque. Il a dû respecter les 
habitudes de ses contemporains et 
laisser subsister une foule de cérémo- 
nies , qui, à la vérité, ne sont pas tou- 
jours dignes de sa sublime doctrine, 
mais qui seules pouvaient agir alors 
surj'esprit des masses. Le grand génie 
de Moïse devança les siècles ; mais il 
ne put élever jusqu'à lui les hommes 
auxquels il s'adressait, et qui ne pou- 
vaient encore l'entendre qu'à moitié. 
Il devait donc s'abaisser à eux, et 
adapter, autant que possible, les nou- 
velles doctrines aux usages générale- 
ment établis. C'est pourquoi la voix 
sublime qui, du haut du Sinaï, pro- 
clame le monothéisme le plus pur, le 
Dieu qui s'annonce comme libérateur 
des Hébreux, qui brise les chaînes de 
leurs corps et de leurs esprits, peut 
et doit s'abaisser jusqu'à régler même 
leurs préjugés, pour les préparer à 
une émancipation graduelle qui doit 
s'avancer à mesure que les lumières 
s'accroîtront. 

D'un autre côté, les usages qui 
étaient plus particulièrement en rap- 
port avec le polythéisme et l'idolâtrie 
devaient être proscrits avec la plus 
grande sévérité, et souvent, pour les 
faire disparaître, il a fallu établir des 
cérémonies qui leur fussent diamétra- 
lement opposées 1 . De là vient le ca- 
ractère si compliqué du culte mosaïque 
et cette infinité de pratiques minu- 
tieuses qui paraissent souvent être en 

1 Moses, dit Tacite , quo sibi in posterum 
genternfirmarety novosritus contrariosque 
ceterfs niortalibus indidit. Profana illic 
omnia, quœ apud nos sacra ; rursum con- 
fessa apud illos, quœ nobis incesla. Bos 
.qnoqne immolatur, quem JEgijptii Ap'm 
tolunt. Histor. Y, 4. 



désaccord avec la doctrine et la mo* 
raie de Moïse. 

C'est sous ce point de vue que nous 
considérons le culte et les lois céré- 
monielles de Moïse, laissant décote 
la typologie et le symbolisme, c'est-à- 
dire la doctrine qui considère les pra- 
tiques du culte des Hébreux comme 
autant de types d'une révélation posté- 
rieure, et celle qui voit dans chacune 
de ces pratiques le véritable symbole 
d'une idée mosaïque. Ces doctrines 
manquent, l'une et l'autre, d'une base 
historique et objective, et elles lais- 
sent un champ très- vaste à l'imagina- 
tion individuelle. Quanta la typologie 
qui fut mise en vogue, au dix-septième 
siècle, par Cocceius et son école, elle 
est presque tombée dans l'oubli , et les 
théologiens chrétiens les plus fervents 
n'osent plus l'admettre dans ses dé- 
tails. « Il est certain , dit Jahn l , qu'on 
« ne trouve point dans les lois mo- 
« saïquesdeces types du Christ, que 
« les Hébreux eussent reconnus alors, 
« ou à toute autre époque avant le 
« Christ. » Le symbolisme, qui con- 
sidère les cérémonies du culte mosaï- 
que comme des allégories ou des ima- 
ges des divers points de la doctrine, 
était déjà en vogue dans l'école juive 
d'Alexandrie , et les écrits de Philon 
montrent jusqu'où peut s'égarer l'es- 
prit humain lorsque, évitant le ter- 
rain historique, il s'abandonne à une 
vague spéculation. Voulant soutenir 
la dignité des livres de Moïse en face 
de la philosophie de son temps, Philon 
se sert de cette même philosophie, 
pour expliquer allégoriquement non- 
seulement une partie des lois mosaï- 
ques, mais aussi les récits historiques 
et mythiques du Pentateuque. La 
même tendance se montre dans les 
écrits de Josèphe et dans ceux de 
certains rabbins , notamment des cab- 
balistes. Dans les derniers temps la 
Symbolique de Creuzer, qui s'occupe 
particulièrement de la mythologie des 
Grecs , a fait renaître le goût du sym- 
bolisme appliqué à l'Écriture sainte, 
et récemment l'Allemagne a vu paraî- 
tre un ouvrage savant et grandiose 

* Archceologie, t. III, p. 104. 



152 



L'ILMYMIS. 



sur les symboles du culte mosaïque 1 . 
Dans l'introduction de cet ouvrage, 
nouslisons le passage suivant 2 : « Les 
recherches modernes sur les religions 
de l'antiquité ont eu pour résultat 
cette certitude indubitable, que la 
forme matérielle des cultes païens a 
un caractère figuré et qu'elle ne doit 
pas être prise seulement comme quel- 
que chose d'extérieur. Or, le culte 
mosaïque serait au-dessous et non pas 
au-dessus de tous les cultes païens, 
si seul il faisait une exception et si les 
hommages qu'on y rend à la Divinité 
n'étaient autre chose qu'une pompe 
extérieure, un aliment pour les sens 
grossiers du vulgaire, un plaisir des 
yeux. Bien au contraire, nous avons 
dans le mosaïsme un motif de plus 
qui nous oblige d'accorder à la forme 
matérielle de son culte un caractère 
figuré. Le principedistinctif et carac- 
téristique du mosaïsme est l'unité et 
la spiritualité de Dieu, comme nous 
l'enseigne le Décalogue dans le pre- 
mier et dans le deuxième commande- 
ment , dans lequel on défend très-éner- 
giquement de représenter la Divinité 
par une image quelle qu'elle puisse 
être. Or, avec un être invisible , pure- 
ment spirituel, sans forme ni image, 
on ne peut se mettre dans un rapport 
réel que d'une manière invisible et 
spirituelle, et jamais ce qui est maté- 
riel ne saurait produire un rapport 
purement spirituel. Ainsi donc, de 
même que l'objet du culte mosaïque 
est un Dieu immatériel, invisible, 
spirituel, de même la forme maté- 
rielle de ce culte ne saurait être en 
elle-même le but, mais l'image et la 
représentation d'un rapport spiri- 
tuel. » 

C'est en partant de ce raisonnement 
que l'auteur cherche à expliquer le 
sens symbolique de tous les détails 
du culte des Hébreux. A la vérité, ce 
symbolisme moderne a sur l'ancien 
ce grand avantage qu'il procède avec 
beaucoup plus de critique, en restant 

1 Symbolik des mosaischen Cultus, par Karl 
Chr. W. F. Baehr. 2 vol. in-8. Heidelberg, 
1837-1839. 

2 T. I, p. I2-Ii. 



sur le terrain mosaïque et en cher» 
chant dans les doctrines de Moïse el- 
les-mêmes le sens symbolique des pra- 
tiques religieuses des Hébreux. Mais 
il n'en procède pas moins d'une ma- 
nière subjective; car les écrits de- 
Moïse n'otfrent pas assez de données , 
pour nous faire reconnaître le crité- 
rium du symbole , qui dépendra tou- 
jours d'une manière de voir tout in- 
dividuelle. Il nous semble que, si 
Moïse avait voulu donner à tous ses 
préceptes un caractère symbolique, il 
n'aurait pas manqué de nous donner 
quelques indices qui pussent nous 
faire reconnaître le symbole. Les pro- 
phètes du moins en auraient eu quel- 
que connaissance, ne fût-ce que par 
la tradition orale, et ils n'auraient 
pas montré tant d'éloignement pour 
les pratiques extérieures du culte, 
qu'ils présentent toujours comme une 
chose peu agréable à Dieu. 

Nous n'admettons donc le sens sym- 
bolique que là où Moïse l'a clairement 
indiqué lui-même. Ainsi le sabbat est. 
le symbole de la création qui était 
achevée le septième jour (Exode, 20, 
1 1 ; 31 , 1 7 ) ; le tabernacle représente 
la résidence de Jéhova au milieu des 
Hébreux (ib. 25, 8); la circoncision 
est le symbole de l'élection du peuple 
hébreu (Genèse, 17, 11) Les fêtes, 
outre leur sens agronomique, devaient 
rappeler de grands souvenirs histo- 
riques : la Pâque et ses rites devaient 
perpétuer la mémoire des grands mi- 
racles qui signalèrent la sortie d'E- 
gypte (ib. ch. 12); la fête des Taber- 
nacles devait rappeler aux Hébreux 
leur séjour dans le désert (Lév. 23, 
43 ). De même nous verrons quelques 
autres rites dans lesquels on recon- 
naît facilement le caractère symboli- 
que. Enfin , malgré les emprunts que 
Moïse a faits aux cultes païens, il a 
su donner au culte hébreu, dans son 
ensemble , un caractère particulier qui 
en fait le symbole distinctif de la doc- 
trine monothéiste. Quant aux détails, 
nous le répétons , ce sont en partie des 
accommodations à l'esprit du temps» 
et en partie des dispositions qui ont 
pour but de détruire des pratiques ido- 



PALESTINE. 



153 



lâtres qui ne pouvaient être tolérées. 
De cette manière on s'explique faci- 
lement les nombreuses analogies qui 
existent entre les rites mosaïques et 
ceux de plusieurs cultes païens, et 
qui ne sauraient être l'effet du hasard. 

Notre opinion d'ailleurs s'appuie 
sur des autorités très-imposantes ; elle 
est celle des anciens rabbins et des plus 
illustres Pères de l'Église, qui consi- 
dèrent l'institution des sacrifices et de 
plusieurs autres rites comme une con- 
descendance pour la faiblesse des Hé- 
breux 1 . Le premier qui ait développé 
cette opinion et qui ait essayé d'expli- 
quer les cérémonies du culte mosaï- 
que par les cultes païens, est l'illus- 
tre Moïse Ben-Maïmoun , ou Maïmo- 
nide , rabbin du xn e siècle 2 ; il a tâché 
de prouver que le législateur divin a 
tantôt emprunté, tantôt combattu les 
usages des Sabiens ou Sabéens , nom 
sous lequel les écrivains arabes com- 
prennent en général les anciens peu- 
ples païens. Spencer a embrassé avec 
chaleur les opinions de Maïmonide , 
et elles forment la base de son grand 
ouvrage sur les lois rituelles des Hé- 
breux z ; mais ce savant est allé trop 
loin quelquefois dans les rapproche- 
ments qu'il fait entre le culte hébreu 
et les cultes païens, et souvent il a 
abaissé Moïse au rôle de simple imita- 
teur, sans faire ressortir les vues su- 
blimes qui guidaient le législateur hé- 
nreu, et par lesquelles il ennoblissait 
les emprunts qu'il avait faits aux au- 
tres. 

Les arguments que Maïmonide 
puise dans les livres des Sabéens , et 
que Spencer a développés avec une 
vaste érudition , nous pouvons main- 
tenant les fortifier par les notions que 
nous avons acquises sur les anciennes 
religions de l'Orient. Il est naturel , 



1 Voy. les citations dans les Réflexions sur 
le culte des anciens Hébreux (p. 25-29) ; nous 
nous dispensons de reproduire ici tous les 
détails que nous avons donnés dans cet écrit. 

2 Voy. son More ISebouchim, III e partie, 
CD. 29—49. 

3 De legibus Hebrœorum ritualibus et eo- 
rum rationibus, libri très. Cantabrigiœ , 
1685 , in-folio. Cet ouvrage a été réimprimé 
plusieurs fois. 



pour expliquer les cérémonies du culte 
des Hébreux , qu'on interroge tout d'a- 
bord les usages de l'Egypte. S'il nous 
restait des monuments écrits des prê- 
tres égyptiens, ils jetteraient sans 
doute beaucoup de lumière sur une 
grande partie des rites mosaïques ; 
mais nous en sommes réduits , pour 
l'Egypte, aux notions éparses çà 
et là dans les auteurs grecs , notam- 
ment dans Hérodote et dans Diodore 
de Sicile. Néanmoins ce que nous sa- 
vons des pratiques religieuses des 
Égyptiens ne manque pas de nous four- 
nir des données précieuses pour éclair- 
cir plusieurs points du culte de Moïse , 
et nous en faire comprendre le carac- 
tère compliqué. Hérodote nous dit 
que les prêtres égyptiens observaient , 
pour ainsi dire, des myriades de 
cérémonies religieuses 1 . Mais s'il ne 
nous est pas permis d'interroger di- 
rectement l'Egypte, nous pouvons 
nous adresser à ceux qui furent ses 
précepteurs ou ses disciples. L'Inde 
parait être la source de laquelle sont 
émanés en grande partie les cultes de 
l'antiquité. L'Egypte paraît avoir puisé 
à cette source, soit que des brahmanes 
missionnaires y aient importé direc- 
tement les doctrines de l'Inde, ou que 
ces doctrines y soient venues par l'in- 
termédiaire dé l'Ethiopie, où régnait 
peut-être une civilisation plus an- 
cienne 2 . Les colonies que l'Egypte en- 
voya en Grèce ont dû y apporter des 
doctrines et des pratiques égyptiennes. 
D'un autre côté, l'intime rapport qui 
existe entre les langues sanscrite et 
grecque ne nous permet plus de dou- 
ter que les prétendus autochthones de 
la Grèce ne soient d'origine indienne. 
Le culte des Hellènes est donc aussi 
venu de l'Inde, en partie directement, 
et en partie par l'Egypte, et, malgré 
toutes les modifications que les prati- 
ques religieuses des Indiens et des 

1 L. II , ch. 37. Après avoir parlé de quel- 
ques usages des prêtres égyptiens, il ajoute : 
àXXaç t£ ôpïiffxÉa; èîuTeXÉovai (xupiaç, thç 
e'nreïv Xoyio. 

2 Voy. Fr. Schlegel , Ueber die Sprach* 
und W eisheit der Indier, p. 179, 180 ; Boh- 

en, Das alto Indien, L I, p. 117 et suiv. 



154 



L'UNIVERS. 



Égyptiens ont pu éprouver chez les 
Grecs, elles peuvent encore là nous 
fournir des éclaircissements pour le 
culte des Hébreux. 

Quelle qu'ait été d'ailleurs la filia- 
tion des doctrines et des cérémonies 
religieuses, il est certain que les rites 
des Hébreux offrent de nombreux rap- 
ports avec ceux de plusieurs autres peu- 
ples de l'antiquité, et notamment des 
Indous * . Ces rapports ne sauraient être 
fortuits , et il est évident que Moïse 
a beaucoup emprunté aux autres na- 
tions; car on ne pourrait guère sou- 
tenir, avec la moindre vraisemblance 
historique, que les Indous aient pu 
emprunter quelque choseaux Hébreux, 
avec lesquels ils n'avaient pas la moin- 
dre relation , tandis que les Hébreux 
ont pu recevoir des usages indiens par 
l'intermédiaire de l'Egypte. Mais en 
étudiant les anciens cultes de l'Orient , 
bien loin de faire un reproche à Moïse 
des pratiques et des cérémonies qu'il 
prescrit aux Hébreux , on sera étonné , 
au contraire, qu'il ait pu entreprendre 
une si immense réforme, en réduisant 
à si peu de chose les innombrables 
pratiques par lesquelles tout l'Orient 
crut honorer ses divinités, et en pros- 
crivant toutes celles qui n'avaient pour 
base que la superstition et qui ne s'ac- 
cordaient pas avec le monothéisme 
et la morale 2 . On comprendra, en 
même temps , l'antipathie que Moïse 
tâcha d'inspirer aux Hébreux pour les 
cultes étrangers, afin qu'ils conser- 
vassent pure et intacte la sublime doc- 
trine qu'il leur avait révélée. 

1 Voy. le cinquième livre des Lois de Ma- 
non, à la suite de mes Réflexions, et les notes 
que j'y ai jointes. 

2 L'épicurien Celse, dans son Discours vé- 
ritable, disait que les lois cérémonielles que 
les Juifs prétendaient avoir reçues de Dieu , 
étaient imitées des Égyptiens/ des Perses et 
d'autres peuples. Origène le lui accorde : 
« mais, ait-il, si l'on applique son esprit à 
« Men pénétrer dans le dessein du législateur, 
« et que l'on examine les institutions de- ce 
« peuple (des Hébreux), en les comparant 
« avec celles qui, chez les autres nations, 
« sont en vigueur jusqu'à ce jour, on n'aura 
« certainement pour aucun peuple plus d'ad- 
« miration; car en repoussant tout ce qui 
« est inutile au genre humain, les Hébreux 
« n'ont adopté que ce qui est utile. » Contra 
Celsum , éd. Spencer, p. 259. 



En établissant son culte, Moïse 
fixe tout d'abord le lieu qui devait 
être considéré comme la résidence 
particulière de la Divinité; il règle 
ensuite les actes religieux qui devaient 
s'accomplirdans ce lieu et les pratiques 
imposées aux individus; il institue un 
personnel qui devait présider à l'ac- 
complissement des actes religieux , et 
il fixe les temps qui devaient être 
distingués par des solennités particu- 
lières. Nous avons donc à considérer 
les quatre points suivants : 1° le sanc- 
tuaire^ les pratiques religieuses, 
3° le sacerdoce, 4° les fêtes. Autant 
que les bornes de ce résumé nous le 
permettent, nous ferons connaître ces 
différentes faces du culte mosaïque, 
en indiquant çà et là ses points de 
contact avec d'autres cultes de l'anti- 
quité. 

I. Le Sanctuaire. 

Nous avons déjà parlé du temple por- 
tatif que Moïse fit établir dans le dé- 
sert pour servir de sanctuaire central 
et unique, et pour accompagner les 
Hébreux dans leurs différents campe- 
ments, jusqu'à ce que, maîtres du 
pays de Canaan , ils pussent fonder 
dans l'une de ses villes un temple 
plus solide, d'après le même modèle, 
et dans les mêmes proportions. Le 
sanctuaire unique était le symbole du 
Dieu unique fixant sa résidence au 
milieu des Hébreux : Qu'ils me fassent 
un sanctuaire , pour que je réside 
au milieu d'eux ( Exode , 25, 8 ). En 
outre, le temple central avait le triple 
avantage de servir de lien politique 
et religieux aux différentes tribus, 
d'empêcher l'idolâtrie et de restrein- 
dre le culte matériel des sacrifices, 
qui étaient sévèrement interdits hors 
du sanctuaire central. 

Nous donnons ici la description du 
temple portatif d'après l'Exode ( ch. 
25 et suiv. ; ch. 36 et suiv.), bien 
qu'il soit douteux si les travaux ont 
pu être réellement exécutés dans le 
désert conformément à cette descrip 
tion idéale 1 . Le temple était semblable 
aux tentes de luxe des chefs nomades; 

1 Voy. ci-dessus , page 127. 



PALESTINE. 



155 



mais la tenture était soutenue par 
un échafaudage de planches qui lui 
donnait plus de consistance. Le tout 
formait un carré oblong dont les côtés 
plus longs allaient du levant au cou- 
chant, et il se composait du sanc- 
tuaire proprement dit, appelé Misch- 
can (demeure) , et d'un vaste par- 
vis , qui l'entourait de tous les côtés. 

Le Mischcân, que nous appelons 
Tabernacle, se divisait en deux par- 
tics : le devant appelé le lieu saint 
ou le sanctuaire et le derrière {ady- 
tum ) appelé le Saint des Saints (Ex. 
26, 33) », 

L'échafaudage du Tabernacle était 
formé dequarante-huit planches épais- 
ses de bois de Sittim 2 , dont chacune 
avait la largeur d'unecoudéeetdemie 3 , 
et la longueur de dix coudées. Elles 
étaient placées debout , de sorte que 
la hauteur de l'édifice était de dix 
coudées. Vingt de ces planches étaient 
placées au nord et vingt au midi, ce 
qui donne trente coudées pour toute 
la longueur du Tabernacle. La dis- 
tance entre les deux parois, ou la 
largeur du Tabernacle, était, selon 
Philon, Josèphe et les rabbins, de dix 
coudées. Selon le texte (Exode, ch. 
26, v, 22-25), la paroi du fond ou 
de l'occident était formée de six plan- 
ches faisant neuf coudées, plus une 
planche de chaque côté pour les encoi- 
gnures. Il paraît donc que ces deux 
planches étaient placées de manière 
à fournir chacune une demi-coudée 
pour la paroi du fond ; le reste servait 
à couvrir l'épaisseur des planches des 
deux autres parois *. Ces trois parois 



1 Cette partie remplaçait la tente de ren- 
dez-vous el formait I'ohel-moed proprement 
dit. Voy. ci-dessus, page 127. 

2 Voy. ci-dessus, page 26. 

3 La coudée hébraïque était très-probable- 
ment de six palmes comme celle des Égyp- 
tiens. Yoy. Hérodote, II, 149. La coudée 
royale égyptienne est évaluée à mètre 0,525. 

4 Les commentateurs ont conclu de là que 
cette épaisseur était d'une coudée , de sorte 
que nous aurions de vraies poutres au lieu de 
planches, ce qui n'est nullement admissible, 
il est plus probable que les deux planches des 
encoignures sortaient au delà des parois de 
longueur, ou qu'elles n'avaient pas la largeur 
des autres planches. Kn effet , le texte (v. 23) 
parait les distinguer. 



formaient, pour ainsi dire, le squelette 
du Tabernacle. Le côté oriental, par où 
l'on entrait, n'avait pas de cloison. Tou- 
tes les planches étaient dorées et elles 
avaient chacune deux tenons ; on les 
plantait dans des soubassements d'ar- 
gent, probablement pointus, pour les 
fixerdans la terre. Les planches se joi- 
gnaient les unes aux autres au moyen 
de traverses de bois de Sittim , éga- 
lement dorées, et qui étaient renfer- 
mées dans des anneaux d'or fixés aux 
planches. 

Une tenture très-précieuse recou- 
vrait V intérieur* de cette boiserie do- 
rée et formait en même temps le plafond 
du Tabernacle; c'était un tissu de 
lin retors avec des trames, couleur 
de jacinthe, pourpre et cramoisi, for- 
mant des figures de chérubins et (se- 
lon Josèphe) de toute espèce de fleurs. 
Toute la tenture se composait de dix 
tapis ayant chacun vingt-huit coudées 
de long sur quatre coudées de large; 
les tapis étaient cousus ensemble 
cinq à cinq, et les deux moitiés se 
joignaient l'une à l'autre par cinquante 
nœuds couleur jacinthe et cinquante 
agrafes d'or. L'ensemble formait ainsi 
une draperie de quarante coudées de 
long sur vingt-huit de large. La lon- 
gueur était exactement la mesure du 
plafond et de tout l'édifice (30 coud.)» 
plus la hauteur de la paroi occidentale 
( 10 coudées ) 2 ; la largeur devait 
correspondre à la hauteur des deux 
parois latérales, plus la largeur du 
plafond, ensemble trente coudées; 
or , comme la largeur de la tenture 
n'était que de vingt- huit coudées, il 
s'ensuit qu'au bas de chacune des 



1 Et non Yextcrieur, comme le croient la 
plupart des commentateurs; car dans ce cas 
elle n'aurait été visible qu'au plafond. D'ail- 
leurs , le texte donne à cette première cou- 
verture, par excellence, le nom de Misch- 
cân, ce qui prouve qu'elle formait l'intérieur 
du Tabernacle. Voy. Bœhr, Symbolilt, t. I, 
p. 63 ,64. 

2 On ne comprend pas l'emploi des der- 
nières dix coudées aux deux angles; le texte 
n'en dit rien. Mais on voit que la jointure des 
deux moitiés de la draperie se trouvait a une 
distance de vingt coudées de l'entrée, et mar- 
quait ainsi l'endroit ou devait commencer le 
Saint des Saints (voy. Exode, 26, 33). 



1M> 



L'UNIVERS. 



deux parois une coudée de la boiserie 
dorée restait découverte. 

Une seconde tenture de poils de 
chèvre recouvrait l'extérieur du pla- 
fond et de la boiserie. Elle se com- 
posait de onze tapis longs de trente 
coudées et larges de quatre coudées. 
Après avoir cousu ensemble cinq d'une 
part et six de l'autre, on joignait les 
deux portions par cinquante nœuds 
et cinquante agrafes d'airain. Toute 
la tenture avait donc quarante-quatre 
coudées de long et trente coudées de 
large; sajointures'appliquaitsur celle 
de la première tenture ; la portion plus 
grande (celle de six tapis) était vers l'o- 
rient, et lesixièmetapis, qui dépassait 
nécessairement la longueur du Taber- 
nacle, retombait sur ledevant(Exod. , 
26,9). 

Par -dessus se trouvaient encore 
deux couvertures, dont l'inférieure 
était de peaux de béliers teintes en rou- 
ge, et la supérieure de peaux d'un ani- 
mal inconnu 1 . Elles étaient attachées 
avec des piquets de cuivre fixés dans 
le sol. 

L'entrée, vers l'orient, était fermée 
par un rideau de lin retors, orné de 
broderies en couleur de jacinthe, 
pourpre et cramoisi, et tendu sur 
cinq colonnes de bois de Sittim doré, 
ayant des crochets d'or et des sou- 
bassements d'airain. Un autre rideau , 
dont le travail était pareil à celui de 
la première tenture, se trouvait dans 
l'intérieur, à vingt coudées de l'entrée, 
pour établir une séparation. La partie 
du Tabernacle qui se trouvait derrière 
le rideau formait le Saint des Saints , 
dont l'espace était un cube ayant dix 
coudées dans chaque dimension. Ce 
rideau de séparation , appelé Pàro- 
gheth, était tendu sur quatre colon- 
nes dorées ayant des soubassements 
d'argent. 

Le Parvis qui entourait le Taberna- 
cle, en était beaucoup plus rapproché 

1 Le texte porte des peaux de Thahasch ; 
toutes les anciennes versions prennent Tha- 
hasch pour une couleur (Vulgate -.pelles ian- 
Ihinœ); mais ce mot désigne, sans aucun 
doute, un animal. Selon le Thalmud. c'est une 
espèce de fouine. 



à l'occident qu'il ne l'était à l'orient; 
car ici il formait une vaste cour où 
s'assemblaient les fidèles. Cette en- 
ceinte , qui avait cent coudées de long 
et cinquante coudées de large, était 
fermée par une série de rideaux de lin 
tendus entre des colonnes d'airain de 
la hauteur de cinq coudées ; les colon- 
nes étaient placées à cinq coudées de 
distance les unes des autres, et liées 
en haut par des bâtons d'argent ; des 
crochets d'argent servaient à fixer la 
tenture. A l'orient , où était l'entrée , 
la tenture était interrompue au milieu 
pour faire place à un rideau de vingt 
coudées de largeur. Ce rideau, tendu 
sur les quatre colonnes du milieu, était 
pareil à celui de l'entréedu Tabernacle. 
Voici maintenant les objets sacrés 
qui se trouvaient dans les trois parties 
du sanctuaire : dans le Parvis se trou- 
vait X autel destiné aux sacrifices; il 
était construit en bois de Sittim et 
couvert d'airain, et il avait cinq cou- 
dées en long et en large et une hauteur 
de trois coudées ». Un feu sacré était 
perpétuellement entretenu sur cet au- 
tel, qui était placé en face de l'en- 
trée du sanctuaire. Plus près de 
cette entrée , mais (selon la tradition) 
un peu vers le midi, était placé un bas- 
sin d'airain, sur un piédestal du 
même métal ; les prêtres y puisaient 
de l'eau pour se laver les mains et les 
pieds avant d'entrer dans le sanctuaire 
ou de s'approcher de l'autel 2 . On avait 
employé, pour faire ce bassin, des mi- 
roirs métalliques offerts par les fem- 
mes pieuses qui venaient habituelle- 
ment à la porte du sanctuaire pour 
y faire des actes de dévotion 3 . — Dans 
le sanctuaire se trouvait à droite, ou 



• Voy. sur sa construction et sur ses us- 
tensiles, Exode, 27, v. 1-8. 

2 Selon les rabbins, on en tirait l'eau au 
moyen de deux robinets placés aux deux cô- 
tés opposés. 

3 Voy. Exode, 28,8; I Sam. 2,22. Le textrt 
dit littéralement ; de specuiis mulierum qua 
militabant ; le service de ces femmes consis- 
tait, selon les versions chaldaïque et grecque, 
dans la prière et le jeûne. Voy. sur les usage» 
analogues chez les Égyptiens, Wilkïnson, 
Manners and customs oj the ancient Egyp- 
tians , 1. 1 , p. 258 et suiv. , et sur les miroirr 
métalliques, ib., t. III, p. 384. 



PALESTINE. 



1Ô7 



au nord , la table des pains de propo- 
rtion, en bois de Sittîm, longue de 
deux coudées, large d'une coudée et 
haute d'une coudée et demie. Elle était 
dorée et avait un couronnement d'or 
à l'entour. Différents vases d'or pur 
servaient à faire le pain de proposition. 
Les pains , de fleur de farine , sans le- 
vai n et recouverts d'encens, étaient au 
nombre de douze, et représentaient 
probablement les douze tribus des Hé- 
breux. On les renouvelait chaque jour 
de Sabbat; les pains qu'on enlevait 
appartenaient aux prêtres, qui devaient 
les manger dans le lieu saint. A gau- 
che était placé le Chandelier à sept 
branches;\es branches étaient ornées 
de calices de fleurs en forme d'aman- 
de , de pommeaux et de fleurs , le tout 
d'or pur, d'une seule pièce et travaillé 
au marteau '. Les lampes restaient allu- 
mées du soir au lendemain; pour les 
arranger il y avait des mouchettes et 
de cendriers d'or pur. Entre la table 
et le chandelier, devant le rideau du 
Saint des Saints, se trouvait X autel des 
parfums y appelé aussi X autel d'or 
(Nombres, 4, 11), parce qu'il était en- 
tièrement revêtu de lames d'or. Le 
matin et le soir le grand prêtre y brû- 
lait des parfums d'aromates ». — Le 
Saint des Saints ne renfermait autre 
chose que V arche sainte. C'était une 
caisse de bois de Sittîm, recouverte d'or 
pur en dedans et en dehors , et ornée 
d'un couronnement d'or. Quatre an- 
neaux d'or placés aux quatre coins 
servaient à recevoir des barres de bois 
couvertes d'or, pour transporter la 
caisse. Celle-ci avait deux coudées et 
demie de long , une coudée et demie 
de large et autant de hauteur. Elle 
renfermait les deux tables du Décalo- 
gue. Le couvercle 3 était d'or massif 

1 Le dessin de la table et du chandelier 
pris par les Romains dans le temple d'Hérode 
se trouve sur l'arc de triomphe de Titus. 
Voy. PI. 23. 

* Voy. Exode, ch. 30, v. I- 9. 

3 Le mot hébreu Capporeth vient de la 
racine ^33 couvrir. Les Septante ont traduit 
c« mot par ïXaernrjpiov, en le faisant venir du 
*^rbe Capper (expier;) de là la Vulgate a 
S opitiatorium , d'où vient le nom de propi- 
tiatoire. 



étendu au marteau, et se terminait à 
chacune des deux extrémités par un 
Chérubin ayant les ailes étendues. Les 
deux Chérubins avaient les faces tour- 
nées l'une vers l'autre et un peu pen- 
chées vers le couvercle. Entre ces deux 
figures se trouvait la résidence sym- 
bolique de Jéhova, où Moïse allait 
chercher ses inspirations (Exode , 25, 
22). Quant aux Chérubins, nous avons 
déjà dit que c'étaient des figures sym- 
boliques; la représentation d'un être 
réel , existant dans le ciel ou sur la ter- 
re, était sévèrement défendue aux Hé- 
breux. La forme des Chérubins n'est 
pas indiquée par Moïse, qui en parle 
comme d'une chose déjà connue; tout 
ce qui résulte de la description de Moï- 
se , c'est que les Chérubins avaient une 
face humaine et des ailes , et on pour- 
raitconclure de la Genèse(3, 24)qu'ils 
avaient des mains. D'autres éléments 
que nous trouvons dans les Chérubins 
d'Ézéchiel appartiennent à l'imagina- 
tion individuelle de ce prophète. Quoi 
qu'il en soit, les Chérubins étaient un 
mélange de diverses figures d'animaux, 
et cela seul suffit pour nous faire re- 
connaître leurorigineégyptienne. M. 
Jomard dit, en parlant des Égyptiens : 
« Ils n'ont pas moins excellé à com- 
« biner ensemble les diverses figures 
« d'animaux , pour en composer des 
« êtres chimériques, exprimant sans 
« doute la réunion des propriétés at- 
« tribuées à chacune de ces figures 1 . » 
Les Chérubins paraissent avoir le plus 
intime rapport avec les sphinx, qui 
ont généralement la tête d'un homme 
et le corps d'un lion 2 , représentant le 
symbole de l'intelligence et de la force. 
Créature idéale, réunissant ce qu'il y 
a de plus parfait dans le règne animal, 
le Chérubin représente la plus belle, 
la plus parfaite manifestation de Dieu 
dans la nature, sans être lui-même 
l'image de la Divinité 3 . Ici le carac- 
tère symbolique est suffisamment in- 

1 Voy. Description de l'Egypte, t. I, p. 
311. 

2 Voy. Wilkinson, 1. c, t. III, p. 23. Cet 
auteur déclare erronée l'opinion qui attribue 
aux sphinx égyptiens unetétede femme. 

Voy. Bifihr, Symbolik, t. I, p. 341, 
346. 



158 



L'UNIVERS. 



diqué par Moïse lui-même, qui place le 
lieu de la révélation spéciale de la Di- 
vinité au-dessus de l'arche sainte en- 
tre les deux Chérubins. 

De même que les Chérubins, les au- 
tres objets sacrés , et le Tabernacle en 
général , avaient sans doute des rap- 
ports avec ce qui était en usage chez 
les Égyptiens 1 . Nous ne pouvons pas 
ici entrer dans de plus longs détails; 
nous rappellerons seulement que, selon 
Hérodote (II , 4) , les Égyptiens furent 
les premiers à construire des autels 
et des temples ; que chez les Égyptiens, 
comme chez plusieurs autres peuples 
de l'antiquité, l'entrée des temples 
était tournée vers l'orient et qu'on 
trouvait, dansTintérieur, desarches ou 
des caisses sacrées qui renfermaient 
des symboles et des mystères 2 . Moïse 
se conforma aux usages établis , mais 
il abolit les mystères; son arche sainte 
ne renfermait autre chose que les lois 
fondamentales , qui avaient été procla- 
mées en présence de tout le peuple. 
Cependant le grandprêtrc seul pou- 
vait pénétrer une fois l'année dans le 
Saint des Saints , au grand jour des ex- 
piations. Le reste du sanctuaire était 
accessible aux prêtres ordinaires, et le 
parvis aux lévites et à ceux qui venaient 
offrir un sacrifice. 

Pendant le séjour dans le désert, le 
Tabernacle était toujours placé au mi- 
lieu du camp, et les douze tribus 
étaient campées autour, suivant l'or- 
dre prescrit (Nombres, ch. 2). La tribu 
de Lévi se trouvait dans le centre, au- 
près du sanctuaire, et elle était char- 
gée de décomposer, d'emballer et de 
transporter à chaque départ toutes les 
pièces du Tabernacle, et de le recons- 
truire à chaque station (ib. ch. 4). 

Suivant les lois de Moïse , ce sanc- 



1 On peut comparer un bas-relief de Philae 
dans l'atlas de la Description de l'Egypte , 
vol. I, pi. II. A, iig. 4. 

2 Voy. Spencer, lib. III, dissert, vi; au 
sujet de l'arche sainte cet auteur dit, entre au- 
tres (ib. dissert, v, cap. 2) : Coiisuetudo hœc 
flnitima in sacris Myypli servabatur ; nam 
Synesius , de JSgyptiorum hierophanlis lo- 
quens, testatur, eos nescio quas sphœiqs 
mysticas et figuras symbolicas in sacris qui- 
busdam cistis ponere et circumferre solttos. 



tuaire central devait être le seul lieu 
consacré au culte (Lév., 17, 1—9) , et 
plus tard on devait choisir une dts 
villes du pays de Canaan pour y éta- 
blir le temple unique de Jéhova (Deut. 
12, 11). Après la conquête , le Taber- 
nacle fut établi à Siloh (Jos. 18, 1), et 
nous l'y rencontrons encore du temps 
de Saul (1 Sam. 14, 3). Plus tard , il fut 
probablement transporté à Nob (ib. 
22, 11) et de là à Gabaon(l Chron. 
1 6, 39) , où il resta jusqu'à ce qu'il fut 
remplacé par le temple de Salomon. 

LI. Les pratiques religieuses. 

Les actes religieux que la loi de 
Moïse impose aux Hébreux devaient 
être la manifestation du dévouement 
que le peuple tout entier et chacun 
de ses membres en particulier portait 
à la Divinité. Ces actes consistaient 
dans des sacrifices qui ne pouvaient 
être offerts que dans le sanctuaire 
central, et dans certaines pratiques et 
privations auxquelles se soumettaient 
les individus. Nous divisons donc les 
actes religieux en deux parties : les 
sacrificeset les pratiques personnelles. 

A. Les sacrifices. 

L'usage des sacrifices remonte , se- 
lon la Genèse, jusqu'aux premiers 
âges; non-seulement Noé offre des 
holocaustes, mais déjà Caïn et Abel 
avaient offert à Dieu , l'un les fruits 
de la terre, l'autre la graisse de ses 
meilleures brebis. Nous retrouvons les 
sacrifices dans les antiques traditions 
de tous les peuples. Les puissances 
invisibles que l'homme, même le plus 
inculte, a dû reconnaître dans la na- 
ture , lui inspirèrent à la fois la crainte 
et la reconnaissance. Pour apaiser 
leur courroux, ou pour leur témoigner 
sa gratitude, l'homme s'imposait vo- 
lontairement des privations et consa- 
crait la meilleure partie de ce qu'il 
possédait dans le règne végétal et ani- 
mal aux puissances supérieures qui le 
lui avaient accordé; c'est ainsi que 
l'homme croyait honorer la Divinité 
et se mettre en rapport avec elle. Cette 
idée est si simple, elle convient si 



PALESTINE. 



159 



bien à l'enfant, que Ton ne doit pas 
s'étonner de retrouver les sacrifices 
chez tous les peuples dès leur origine. 
Mais cette manifestation enfantine et 
innocente devait dégénérer lorsque la 
société humaine, sortie de l'état d'en- 
fance , n'avait pourtant pas l'esprit as- 
sez élevé pour abandonner ce qu'un 
long usage avait consacré et se créer 
un culte plus noble. Au lieu d'aban- 
donner ces matérielles démonstrations 
de respect et d'attachement, conve- 
nables à des enfants, l'esprit humain 
tâcha de consolider les anciens usages, 
en leur prêtant un autre sens que ce- 
lui qu'ils avaient eu d'abord ; et , en les 
réduisant en système , on arriva à des 
résultats monstrueux. Du principe 
de privation on en vint aux sacrifices 
humains; car, pour plaire aux dieux 
et pour apaiser leur colère, il fallait 
se priver de ce qu'on possédait de plus 
cher, et les mères donnaient à Moloch 
leurs tendres nourrissons. D'un autre 
côté, les sacrifices , considérés comme 
moyen de s'approcher de la Divinité, 
furent symbolisés ; on les envisageait 
comme un lien mystérieux entre les 
dieux et les hommes, et on arriva 
ainsi à la superstition systématique, 
ou au mysticisme. Dans les plus an- 
ciens livres des Indous nous voyons 
déjà les sacrifices considérés sous ce 
point de vue mystique 1 , et il en était 
sans doute de même chez les Égyp- 
tiens. 

Moïse obligé , pour le moment , de 
laisser subsister les sacrifices, tâcha 
cependant d'obvier aux abus. Il décréta 
la peine de mort contre ceux qui 
feraient des sacrifices humains ou 

1 Dans un antique poëme philosophique 
on lit le passage suivant : « C'est par la 
« nourriture que subsistent les êtres vivants; 
« celle-ci provient de la pluie. C'est le sacri- 
« fice qui fait venir la pluie , le sacriiice naît 
« de Vœuvre. Sache que l'œuvre vient de 
« l'Etre divin ( Brahman ) , et que celui-ci est 
« né de l'impérissable. Ainsi l'être divin qui 
« pénètre tout est toujours présent dans le 
« sacrifice. » Voy. Bhagavad-Guita, éd. 
de Schiegel, troisième leçon, § I4el 15. Selon 
les lois deManou (Hv.'v, §39 et 40), les 
animaux n'ont été créés que pour le sacri- 
iice; l'animal, et même la plante qui aura 
servi d'offrande, renaîtra dans un rang plus 
«levé. 



qui imiteraient les autres cérémonies 
idolâtres contraires à la morale et à 
la pudeur; il restreignit l'usage des sa- 
crifices , en défendant avec une égale 
sévérité de les offrir ailleurs que dans 
l'unique sanctuaire national, et il ne 
les recommanda jamais comme une 
chose agréable à la Divinité, ou comme 
un moyen de s'en approcher. Le pro- 
phète Jérémie ( 7 , 22 ) fait dire à Dieu : 
« Je n'ai pas parlé à vos ancêtres et 
ne leur ai rien ordonné, le jour où je 
les fis sortir d'Egypte, au sujet d'ho- 
locaustes et de victimes. » St. Ephrem, 
qui s'étend beaucoup sur ce passage, 
dit entre autres : « Le prophète les 
« avertit que ce n'est pas dans les 
« sacrifices, mais dans les lois divi- 
« nés, qu'ils trouveront le véritable 
« moyen de salut ; car cette loi Dieu 
« lui-même l'a écrite de son doigt sur 
« les tables et l'a remise aux enfants 
« d'Israël. Mais les autres préceptes , 
« tels oue les rites des prêtres et des 
« sacrifices, ont peu de valeur 
« aux yeux du Seigneur. Aussi ne les 
« a-t-il pas placés à la tête de sa loi, 

« dans l'Exode Plus tard Moïse, 

« par ordre de Dieu, prescrivit ces ob- 
« servances aux Hébreux à cause de 
« leur faiblesse et de l'endurcissement 
« de leurs cœurs; de peur qu'ils ne 
« méprisassent une religion nue ( sans 
« culte extérieur) et ne s'attachassent 
« aux faux dieux, dont ils voyaient 
« le culte embelli par de belles et pom- 
« peuses cérémonies 1 . » 

En effet, tous les prophètes com- 
prenaient ainsi l'intention de Moïse et 
ils prêchaient constamment contre les 
sacrifices 2 . Ainsi les préceptes que 
Moïse donne sur les sacrifices sont de 
simples règlements , dans lesquels le 
législateur emploie le langage techni 
que des prêtres de ces temps , comme, 
par exemple, cette formule si souvent 
répétée : Odeur agréable au Seigneur, 
qu'il ne faut pas prendre à la lettre. 
Partout dans l'antiquité on croyait 
apaiser la colère des dieux et leur être 

1 Ephrsemi Syri Opéra Syriaca, t. II, p. 
114. 

2 Voy. I Samuel, 15.22. Ps. 50, 8-JO; 5i, 
18 et 19. Isaïe, I , n. 



1B0 



L'UNIVERS. 



agréable en faisant monter en vapeur 
certaines parties des victimes, et lors- 
que la flamme ne montait pas, c'était 
un mauvais augure. 

Nous allons maintenant jeter un 
coup d'œil sur les différentes espèces 
de sacrifices dont parle la loi de 
Moïse. Les sacrifices se divisent, sous 
le rapport des objets offerts à la Divi- 
nité, en deux parties, ceux du règne 
animal, ou sacrifices sanglants , et 
ceux du règne végétal, ou offrandes 
et libations. 

a. Sacrifices sanglants. 

Les sacrifices sanglants ne pou- 
vaient être choisis que dans quatre es- 
ftèces d'animaux domestiques, savoir, 
e mouton, l'espèce bovine, la chèvre 
et la colombe. Il parait que le législa- 
teur a voulu choisir les animaux qu~, 
l'on pouvait se procurer avec facilité. 
Peut-être aussi a-t-il voulu destiner à 
l'autel de Jéhova les animaux auxquels 
les Égyptiens rendaient un culte. Les 
victimes devaient être exemptes de 
tout défaut, et on brûlait sur l'autel 
quelques-unes des meilleures parties de 
la victime, savoir, la graisse qui cou- 
vre les entrailles, les deux rognons 
avec la graisse qui est dessus , le grand 
lobe de foie et la queue grasse des bé- 
liers l . Celui qui voulait offrir une vic- 
time la présentait à l'entrée du sanc- 
tuaire , en posant sa main sur la tête 
de l'animal. Il pouvait lui-même égor- 
ger la victime ou la faire égorger par 
les prêtres 2 ; mais ceux-ci recevaient 
le sang et en aspergeaient l'autel. Après 
avoir dépecé l'animal, on brûlait les 
parties que nous venons d'indiquer, et 
on disposait du reste suivant la desti- 
nation de la victime; car il y avait 
dans le culte mosaïque quatre espèces 
de sacrifices sanglants : l'holocauste, 
les sacrifices de péché et de délit, et le 
sacrifice pacifique. 

L' holocauste (Olah) occupe le 
premier rang; si c'était un quadru- 
pède, on ne pouvait y employer que 

« Voy. ci-dessus, page 30. Sur les rites 
analogues des cultes païens, voy. Réflexions , 
p. 31,32. 

2 Voy. Lév. 1,5; II Chron. 29, v. 22-24. 



des animaux mâles. Les cérémonies 
qu'on observait pour l'holocauste et 
la manière dont on le brûlait sont rap- 
portées au premier chapitre du Léviti- 
que. Après l'avoir coupé en morceaux, 
on brûlait tout sur l'autel, excepté 
la peau, qui appartenai aux prêtres 
(Lév. 7,8). L'holocauste était tantôt 
du culte public , comme , par exemple , 
le sacrifice quotidien du matin et du 
soir, ou bien les sacrifices additionnels 
des jours de fêtes; tantôt une offrande 
privée , comme- l'une des victimes que 
le naziréen ( Nombres , ch. 6, v. 11 et 
14 ) , le lépreux , la femme en couche 
et autres personnes impures ( Lév. ch. 
14 et 15 ) offraient au jour de leur pu- 
rification. — On pourrait, du reste, of- 
frir volontairement un holocauste , et 
les étrangers mêmes étaient admis à en 
présenter à l'autel de Jéhova ( Nombres,, 
15,14)'. 

Les deux sacrifices de péché et de 
délit ,(Hattath et Ascham) 2 ont 
beaucoup de rapport entre eux , et il 
est même difficile d'indiquer avec préci- 
sion les légères nuances qui les distin- 
guent l'un de l'autre 3 . Les formalités 
étaient les mêmes pour les deux; on 
en brûlait les parties grasses destinées 
a l'autel , et tout le reste appartenait 
; ux prêtres 4. Us n'étaient pas accom- 
pagnes, comme les auires sacrifices, 
d'offrandes et de libations 5 , et ils nu 
pouvaient être offerts que dans des 
cas déterminés par la loi. Voici, se- 
lon les rabbins, les différences les 
plus notables entre ces deux espèces 
de sacrifices. Le sacrifice de péché 
pouvait être pris dans les quatre es- 
pèces d'animaux que nous avons in- 
diquées plus haut , le sacrifice de dé- 

1 Le second temple reçut les sacrifices de 
Ptolémée Évergète et ceux de l'empereur Au- 
guste. Voy. Josèphe, Contre Apion , liv. 
II, ch. 5 ; Philon , De légat, ad Caium. 

2 La Vulgate appelle l'un pro peccato et 
l'autre pro delicto. 

3 Voy. Lév. ch. 6 , v. 17-23 ; ch. 7, v. 1-8. 

4 Dans certains cas les restes du sacrifice 
de péché , et même la peau , devaient être 
brûlés hors du camp. Voy. Lév. ch. 4, v. 
12 et 21 ; ch. 6-, v. 23 ; ch. 16 , v. 27. 

5 Voy. Maimonide, Commentaire de la 
Mischnah, préface au traité Menahoth ( des 
Oblations ), dans la Porta Mosis de Pococke, 
Oxoniae, 1655, p. 424. 



PALESTINE. 



161 



Ut ne pouvait être qu'un bélier ou un 
agneau; le premier faisait souvent 
partie du culte public , le dernier n'é- 
tait offert que par les individus pour 
expier certaines fautes personnelles, 
spécifiées par la loi ; celui-là s'offrait 
dans certains cas par un individu con- 
vaincu d'un péché involontaire , celui- 
ci servait à expier un péché douteux 
et à tranquilliser la conscience de celui 
qui ne savait pas lui-même s'il avait 
péché ou non 1 . 

Le sacrifice pacifique (zébach 
schelamîm ) était offert par suite 
d'un vœu ou volontairement ; quel- 
quefois par reconnaissance d'un 
bienfait reçu de la Divinité. Dans ce 
dernier cas" il est accompagné d'une 
offrande et on l'appelle sacrifice de 
reconnaissance ( Lév. 7, 12). Dans 
quelques cas il est ordonné par la loi, 
comme, par exemple, le bélier du 
naziréen (Nombres, 6, 14) et les 
deux agneaux de la fête des prémices 
(Lév. 23, 19). Ces derniers offrent le 
seul exemple d'un sacrifice pacifique 
faisant partie du culte public; les 
prêtres seuls pouvaient en manger 
la chair, tandis qu'ils n'obtenaient 
du sacrifice pacifique des individus 
que certaines parties dont ils pou- 
vaient faire part à leurs familles. Ces 
parties étaient la poitrine et l'épaule 
droite qui avaient servi à la cérémonie 
de l'agitation et de l'élévation (Lév. 
7 , 29-34 y. Tout le reste , excepté les 
pièces destinées à l'autel , était em- 
ployé à un repas. Les sacrifices pa- 
cifiques ne sont que des repas solen- 
nels comme nous en trouvons chez 
les autres peuples de l'antiquité. Dans 
les poésies d'Homère il est souvent 
question de ces repas sacrés où l'on 
donnait sa part à la Divinité. 3 

En outre de ces quatre classes de 
sacrifices sanglants, nous devons men- 

1 On peut voir les détails dans mes Ré- 
flexions, etc., page 35. 

2 Cette cérémonie consistait à agiter le 
sacrifice vers les quatre vents et de haut en 
bas , pour le vouer à celui qui dirige les vents 
et qui a créé le ciel et la terre. Thalmud 
de Babylone, Menahoth, fol. 62 recto. 

3 Voy. Iliade, I, v. 457 et suiv. LePenta- 
teuque lui-même mentionne ces repas so- 
lennels des païens (Nombres, 25, 2). 

IV Livraison. (Pai.ertineJ 



tionner deux espèces de victimes 
qu'on immolait dans certaines occa- 
sions en dehors du temple et qui ne 
peuvent être comptées au nombre des 
sacrifices proprement dits. 

Trouvait-on une personne assassi- 
née dans les champs sans qu'on sût 
qui l'avait frappée, on mesurait la 
distance des villes à l'entour; les an- 
ciens de la ville qui était la plus pro- 
che de l'endroit où l'on avait trouvé 
le cadavre prenaient une jeune vache 
qui n'avait encore servi à aucun tra- 
vail , et allaient lui casser la nuque 
dans un ravin rocailleux , impropre à 
la culture. Après avoir ainsi immolé 
la jeune vache , les anciens, en pré- 
sence des prêtres, se lavaient les 
mains sur la victime en prononçant 
ces mots : « Nos mains n'ont pas 
répandu ce sang, et nos yeux ne 
l'ont pas vu répandre. Pardonne, ô 
Jéhova, à ton peuple Israël que tu 
as délivré, et ne lui impute pas l'ef- 
fusion du sang innocent 1 . » Tout 
cet acte n'était autre chose qu'un ju- 
gement symbolique, et, pour ainsi 
dire, une exécution eneffigie; la jeune 
vache représentait l'assassin et n'était 
pas un sacrifice expiatoire a . 

Une autre espèce de victime immolée 
hors du camp , ou de la ville sainte , 
était celle de la vache rousse ( Nom- 
bres, ch. 19). De temps à autre un 
prêtre 3 immolait une vache rousse 
sans défaut, qui n'avait jamais porté 
le joug; il trempait son doigt dans 
le sang' de la victime et en faisait sept 
aspersions dans la direction du Saint 
des Saints. Ensuite on brûlait la va- 
che tout entière , et le prêtre jetait 
dans la flamme du bois de cèdre , de 
l'ézob 4 et de la laine teinte en cra- 
moisi. La cendre mêlée dans de 
l'eau de fontaine servait à purifier 
les personnes et les choses qui avaient 
été en contact avec un cadavre, et 

1 Voy. Deutéronome, ch. 21, v. 1-8. 

2 Voy. Bcehr, Symbolik, t. II, p. 447-459. 
s Selon Josèphe'(Antù]. IV, 4, 6), c'était 

le grand-prétre ; selon les rabbins, c'était son 
vicaire , car Moïse donne cette fonction a 
Éléazar, lils d'Ahron, quoique ce dernier 
vécut encore. 
4 Voy. ci-dessus , page I». 

II 



1G2 



L'UNIVERS. 



qui restaient impures pendant sept 
jours. On les aspergeait, le troisième 
et le septième jour, avec un bouquet 
à'ézob trempé dans cette eau lustrale. 
Cette singulière cérémonie que, selon 
les rabbins , le sage roi Salomon lui- 
même ne savait expliquer, peut s'é- 
claircir en partie par les usages de 
plusieurs peuples de l'Orient, et no- 
tamment des Égyptiens. Les Indous 
professent un grand respect pour la 
vache; elle est le symbole de la terre 
et de la déesse Lakschmî qui répand 
les bénédictions du sol et qui n'est 
autre chose que la terre personnifiée ' . 
La fiente et l'urine de la vache est , 
chez les Indous, comme chez les Per- 
ses , un moyen très-efficace de puri- 
fication. La vénération de la vache 
n'était pas moins grande chez les 
Égyptiens , qui voyaient dans cet ani- 
mal l'image d'Isis. Les Égyptiens, 
dit Hérodote ( II , 41 ) , sacrifiaient 
le bœuf, mais il ne leur était pas 
permis d'immoler la vache , consacrée 
à Isis 2 . Spencer pense, avec raison, 
que Moïse a voulu détruire la véné- 
ration superstitieuse de la vache 3 . — 
Moïse veut que la vache qui sert à 
préparer l'eau lustrale soit rouge, et, 
selon le Thalmud, elle est rejetée, si 
elle a seulement deux poils noirs. 
Cette circonstance s'explique encore 
par les usages égyptiens : selon Hé- 
rodote ( II , 38 ) on examinait le bœuf 
avant de l'immoler, et s'il avait un 
seul poil noir, il était impur. Mais 
Diodore de Sicile dit expressément 
que les bœufs destinés aux sacrifices 
devaient avoir la couleur rousse qui 

1 Voy. BoVilen, Das alte Indien, t. I, 
p. 247 et suivantes. 

2 Porphyrius ( De abslinentiâ, II, II) 
dit qu'ils aimeraient mieux se nourrir de 
chair humaine que de celle d'une vache. 

3 Cum itnque eo dementiœ et impietatis 
prolapsi essent sEgyptii, quibuscum con- 
junctissimè vixissênt Israelitœ, ut vaccam 
tanto cul tu studioque honorurent; Deus 
vaccam multâ cum ceremoniâ mactari vo- 
luit, et lixivium ex illius cineribus ad 
populi immunditias expurgandas confia, ut 
^Ëgyplivanitalem suggillaret, etperhanc 
disciplinant y cum JEgypti more sensuque 
pugnanlem, Israelitœ ad cultûs illius vaccini 
coniemptum atque odium sensim perduce- 
rentur. De leg. rit. Hebr., I. II, c. 15, sect. 2. 



était celle de Typhon, et Plutarque, 
qui rapporte la -même chose , ajoute 
que le bœuf est soumis à un examen 
très-minutieux, et que, si on décou- 
vre sur lui un seul poil noir ou blanc, 
il est rejeté comme non propre au sa- 
crifice ». Il serait donc possible que 
Moïse eût voulu rendre encore plus 
éclatante la profanation de la vache 
sacrée, en lui donnant la couleur 
abhorrée de Typhon, le représentant du 
mal. Il résulte avec évidence d'un pas- 
sage d'Isaïe (1,18) que chez les Hé- 
breux, comme chez les Égyptiens , la 
couleur rouge était le symbole du pé- 
ché et du mal. Dans les véritables sa- 
crifices destinés à l'autel de Jéhova , 
il n'est jamais question du rouge, ni 
d'aucune autre couleur, contrairement 
aux usages des Égyptiens polythéistes, 
qui attachaient une grande impor- 
tance au sens symbolique des cou- 
leurs, et qui offraient aux différentes 
divinités, selon le goût et la nature 
qu'on leur supposait , des animaux 
rouges , noirs ou blancs 2 . 

b. OJ/randes et Libations. 

L'usage des offrandes et des liba- 
tions , comme celui des sacrifices , se 
trouve chez tous les peuples de l'an- 
tiquité. Chez les païens comme chez 
les Hébreux, tantôt elles se présen- 
tent seules , tantôt elles accompagnent 
les sacrifices sanglants. 

Chez les Hébreux, l'offrande (min- 
ha) se composait ordinairement de 
fleur de farine de froment 3 et d'huile 
d'olive. Tantôt on offrait la pure fa- 
rine, on y versait de l'huile et on y met- 
tait de l'encens; tantôt on en faisait une 
espèce de tourteaux pétris avec de l'hui- 
le, ou des flans oints d'huile (Lév. 2, 4- 
7). Il fallait toujours y mettre du sel , 
comme signe de l'alliance avec Dieu 4 ; 

1 Diodore, Histor. I, 88; Plutarque, De 
Iside et Osiride , p. 363. Diodore dit aussi 
que, dans les temps anciens, les rois d'E- 
gypte sacriliaient à Typhon les hommes qui 
étaient comme lui de couleur rousse. 

2 Voy. Spencer, 1 . c. éd. Canlabr. fol. 379. 

3 L'offrande de la femme accusée d'inli- 
délité était de farine d'orge. 

< Voy. Lév. 2, l4;J\orabres, 18, 19. Chez 
les Orientaux , en général , le sel est le sym- 
bole d'une alliance durable, qui s'appelle 



PALESTINE. 



163 



mais il n'était pas permis d'y mettre 
du levain ou du miel. Les Indous 
offrent également à leurs dieux des 
gâteaux sans levain 1 . L'usage du sel 
était très-commun dans les sacrifices 
des Grecs et des Romains 2 . Quant 
au miel , il était défendu probablement 
à cause de la fermentation qu'il pro- 
duit, comme le levain ; mais les peu- 
ples païens, et notamment les Sa- 
béens , en faisaient un grand usage 
dans leurs sacrifices 3 . 

Les libations ( nésech ) se faisaient 
avec du vin. On versait le vin autour 
de l'autel , comme le dit Josèphe, ou 
dans un conduit qui se trouvait à 
l'autel, comme le disent les rabbins *. 
Chez les païens , on versait générale- 
ment le vin entre les cornes de la vic- 
time ; mais il y avait aussi chez eux 
des libations indépendantes des sacri- 
fices , qui se versaient par terre. 

Les offrandes et les libations des 
Hébreux accompagnaient toujours les 
holocaustes et les sacrifices pacifiques, 
mais jamais les sacrifices dépêché et 
de délit, à l'exception de celui du lé- 
preux (Lév. 14, 21 ). La quantité de 
la farine , de l'huile et du vin , était 
en raison de l'importance de la vic- 
time : la colombe n'était accompa- 
gnée d'aucune offrande (Nombres, 
15,1-12). 

Vqffrande proprement dite et in- 
dépendante du sacrifice sanglant était , 
commecelui-ci,publiqueou privée. Les 
offrandes publiques, présentées au 
nom de tout le peuple, étaient au nom- 
bre de trois : 1° Le Orner, ou les pré- 
mices de la moisson des orges, offertes 
pendantlaPâque(Lév.23,10etsuiv.); 
2° les deux pains offerts le jour de la 



alliance du sel. Voy. II Chron. 13, 5. Celte 
expression est encore usitée chez les Arabes 
Voy. Schulz, Leitungen des Hœchsten, t. V, 
p. 249. 

1 Voy. Réflexions , p. 59 , note 7. 

2 Pline dit, en parlant du sel : Maxime 
autem in sacris intelligitur ejus auctorilas , 
quando nulla conflciuntur sine molâ salsà. 
Hist. nat. 1. 31 , c. 41. Voy. aussi Eustath. ad. 
Iliad. 1,449. 

5 Voy. Maimonidis More Nebouchîm, III , 
46; Plutarch. Sympos. iv, 5. 

* Josèphe, Antiqu. III, 9, 4; Mischnah, 
Succah, ch. 4, § 9. 



fête des semaines (ib. v. 17); 3° Jes 
douze pains de proposition, que l'on 
renouvelait chaque jour de sabbat ». 
— Les offrandes privées étaient de 
quatre espèces : 1° Offrande du pé- 
cheur; elle était présentée par le pau- 
vre qui avait à expier un péché, mais 
qui ne possédait même pas les moyens 
d'acheter des colombes (Lév. 5, 11). 
2° Offrande de jalousie, ou celle de la 
femme soupçonnée d'adultère; elle 
était de farine'd'orge (Nombres, 5, 15). 
A ces deux espèces on ne mettait ni 
huile ni encens. 3° Offrande du prê- 
tre : le prêtre admis pour la première 
fois à exercer ses fonctions offrait un 
dixième d'Épha de fleur de farine, 
moitié le matin et moitié le soir, avec 
le sacrifice quotidien (Lév. 6, 13). Se- 
lon les rabbins , le grand prêtre ré- 
pétait cette offrande tous les jours, 
pendant tout le temps de ses fonctions; 
la même chose est affirmée par Josè- 
phe a . 4° Offrande volontaire, ou par 
suite d'un vœu. 

De ses offrandes on consumait une 
poignée sur l'autel , le reste apparte- 
nait aux prêtres ; mais l'offrande du 
prêtre appartenait tout entière à l'au- 
tel. 

Une autre espèce d'offrandes con- 
sistait en fumigations qui avaient lieu 
chaque jour dans le temple, sur l'au- 
tel particulièrement destiné à cet usage. 
Le parfum dont on se servait était 
d'une composition particulière, indi- 
quée dans l'Exode (30, 34). De sem- 
blables fumigations étaient aussi en 
usage chez les peuples païens ; selon 
Hérodote (I, 183), on brûlait dans le 
temple de Bélus, sur un autel parti- 
culier, mille talents d'encens par an. 

On peut encore compter au nom- 
bre des sacrifices et des offrandes cer- 
tains impôts sacrés , tels que les pré- 
mices et les dîmes de tous les produits 
du pays, qu'on présentait devant le 
sanctuaire et qui appartenaient au prê- 
tres et aux lévites 3 . Nous y revien- 

1 Voy. ci-dessus, page 157. 

2 Voy. Thalmud , Menahoth , fol. 22; Josè- 
phe, antiqu. III, 10, 7. 

3 Sur les usages analogues des autres peu 
pies, voy. Spencer, lit». III, dissert. I,c. 9. 

II. 



164 



L'UNIVERS. 



drons plus loin en parlant des reve- 
nus de la caste sacerdotale. 

Tout maie premier-né de sa mère 
était également consacré à Jéhovah, et 
devait être présenté devant le sanc- 
tuaire. Le premier-né mâlede lafemme 
était présenté un mois après la nais- 
sance, et on payait, pour le racheter, 
un prix fixé par le prêtre, mais qui 
ne pouvait dépasser cinq sêkels; le 
premier-né d'un animal impur devait 
être racheté, ou tué ou vendu au 
profit du sanctuaire; celui d'un ani- 
mal pur devait être employé à un 
sacrifice pacifique dont la chair ap- 
partenait aux prêtres ; cependant s'il 
avait un défaut qui le rendait impro- 
pre au sacrifice, le propriétaire pou- 
vait le manger en le rachetant ». 
Moïse rattache cette loi à l'événe- 
ment miraculeux arrivé avant la sor- 
tie d'Egypte, lorsque la mort enleva 
subitement tous les premiers-nés des 
Égyptiens, en épargnant ceux des Hé- 
breux 2 . Cependant la Genèse (4,4) 
fait remonter jusqu'aux premiers 
hommes l'usage de sacrifier les pre- 
miers-nés des animaux. 

Enfin toute chose pouvait être con- 
sacrée à Dieu volontairement parsuite 
d'un vœu. L'usage de faire des vœux 
aux dieux était très-répandu chez tous 
les peuples de l'antiquité. Moïse le 
laissa subsister, sans trop le recom- 
mander (Deut. 23, 23) , et il y porta 
certaines restrictions (Nombres, en. 
30). Toute chose vouée à la Divinité 
pouvait être rachetée. A l'égard des 
personnes et des animaux consacrés 
par un vœu, on observait à peu près les 
règles prescrites pour les premiers- 
nés 3 . 

B. PRATIQUES PERSONNELLES. 

Les pratiques personnelles sont cel- 
les où les individus paient de leurs 
propres personnes, en se soumettant 

1 Voy. Exode, ch. 13, v. 2, 12, 13; Lévi- 
tique, ch. 27, v. 26, 27; Nombres, ch. 18, 
v. 15-18; Deutér. ch. 15, v. 19-23. et les 

commentaires rabbiniques de ces ditférents 
passages. 

2 Voy. Exode, ch. 18, v. 15; Nombres, ch. 

3, Y. 13. 

3 Yoy. les détails, Lér. ch. 27. 



à certains actes et à certaines priva- 
tions. Tels sont le jeûne et les priè- 
res, les observances concernant la 
pureté du corps et la nourriture r 
l'abstinence volontaire par suite d'un 
vœu. 

a. Jeûne et Prières. 

De même que les vœux , les prati- 
ques ascétiques étaient peu recom- 
mandées dans la loi de Moïse, qui n'of- 
fre aucune trace des pratiques supers- 
titieuses de pénitence prescrites dans 
les codes religieux des autres peuples 
de l'Orient 1 . Le législateur des Hé- 
breux n'ordonna qu'un seul jeûne pu- 
blic dans toute l'année, celui âujour 
des expiations, célébré le dixième jour 
du septième mois et dont nous parle- 
rons plus loin. Fous affligerez vos 
personnes, dit le législateur (Lév. 
16, 29; 23, 27). Plusieurs passages 
bibliques et l'usage suivi par les 
Juifs à toutes les époques prouvent 
avec évidence que cette affiietion n'est 
autre chose que le jeûne 2 . 

Quant à la prière, Moïse l'aban- 
donne au sentiment individuel et à 
l'inspiration du moment. Dans cer- 
taines circonstances il prescrit la con- 
fession des péchés devant Dieu, sans 
en fixer les termes (Lév. 5, 5; 16, 21). 
Le Pentateuque ne renferme que trois 
formules de prière : la bénédiction 
que les prêtres prononçaient sur le 
peuple (Nombres, 6 , 24-26), les ac- 
tions de grâce que chaque Hébreu de- 
vait réciter en offrant les prémices 
(Deut. 26, 5-10), et la prière qu'il 
devait prononcer en présentant la se- 
conde dîme (ib. v. 13-15). La loi or- 
donne aussi de seprosterner devant 
Dieu (ib. v. 10). 

b. Pureté et hygiène. 

Les lois de pureté prescrites par 

1 Voy. sur les Indous, Réflexions, p. 62. 

2 Nous lisons dans un passage du livre 
d'Isaïe (ch. 58, v. 3) : Pourquoi avons-nous 
jeûné , et tu ne l'as pas vu? Nous avons af- 
fligé notre personne, et tu ne le sais pas? 
El plus loin (v. 10) : Quand tu verseras ton 
âme à celui qui a faim, et que tu rassasie- 
ras la personne affligée. Lé parallélisme, 
dans ces deux passages , ne permet pas de 
douter que V affliction de la personne ne 
soit la privation de nourriture. 



PALESTINE. 



165 



Moïse peuvent être considérées, jus- 
qu'à un certain point, comme des rè- 
glements de police médicale émanés de 
certaines idées de pureté et d'hygiène 
communes à tous les peuples de l'O- 
rient, et qui ont partout un caractère 
religieux. En comparant, sous ce rap- 
port , les lois des Hébreux avec celles 
des Indous et des Égyptiens r , on trou- 
vera que Moïse a beaucoup simplifié 
les pratiques de pureté, en abolissant 
tout ce qui n'était fondé que sur des 
superstitions et en ne laissant subsis- 
ter que ce qui pouvait être utile à 
l'hygiène publique et aux mœurs. Mais 
la pureté corporelle avait encore un 
autre but plus élevé; elle était le 
symbole delà pureté intérieure et elle 
est mise par le législateur dans un 
intime rapport avec le culte de Jé- 
hova et avec la sainteté qu'exigeait ce 
culte a . 

L'impureté pouvait provenir du 
corps lui-même, ou bien lui être com- % 
muniquée par le contact d'une per- 
sonne ou d'une chose impure. Certains 
animaux étaient réputés impurs et ne 
pouvaient servir de nourriture à l'Hé- 
breu; il en était de même de certai- 
nes parties des animaux purs. 

Le corps humain en lui-même pou- 
vait être pollué, surtout par certaines 
fonctions naturelles des parties géni- 
tales telles, que les menstrues, etc. , ou 
par des affections maladives de ces 
mêmes parties. Pour ce dernier cas 
le législateur ordonna, outre les ablu- 
tions, un sacrifice expiatoire; de mê- 
me pour la femme en couches 3 . 
Pour les autres cas , l'impureté dis- 
paraissait par la simple ablution. Mais 
aucune impureté du corps n'était répu- 
tée plus grande que celle causée par la 
maladie contagieuse de la lèpre. Le 
législateur donne des prescriptions 
très-minutieuses pour empêcher la 

* Voy. sur les Indous, les lois de Manou , 
V, h 57 et suiv.— Réflexions, p. 65 et suiv. : 
«ur les Egyptiens, Hérodote, II, 37. Voy. 
aussi Spencer, l.c. lib. III, dissert. III. 

2 Voy Lévitique, en. n, v. 44, 45: ch. 

1 i l' 3,; ch - 20 ' v> 26 ; ch - ^2, v. 2 et à. 

J Nous renvoyons , pour les détails , au 
en. 15 du Lévitique, et au ch. 12 v. i-S. 
Voy. aussi Réflexions, p. 66, 67, notes 



propagation de cette maladie si terri- 
ble en Orient 1 , et il recommande aux 
prêtres de l'observer avec beaucoup de 
soin dans toutes les phases de son dé- 
veloppement. Quand le prêtre avait 
positivement reconnu la lèpre , le ma- 
lade était déclaré impur et tout com- 
merce avec les personnes saines lui 
était sévèrement interdit. Exclu de 
la société , il demeurait hors du camp 
ou de la ville *. Il lui était permis 
de sortir; mais, pour éloigner de lui les 
passants, il devait se faire connaître 
par son costume de deuil : les vête- 
ments qu'il portait étaient déchirés, ses 
cheveux en désordre; et enveloppé jus- 
qu'au menton , il criait sans cesse : 
impur! impur! — Toutes ces précau- 
tions prouvent que les Hébreux redou- 
taient beaucoup cette terrible mala- 
die indigène en Egypte , où ils avaient 
séjourné pendant plusieurs siècles. 
Elle était considérée par les peuples de 
l'Orient comme une suite de graves 
péchés , notamment d'atteintes portées 
aux personnes et aux choses sacrées 3 . 
Aussi la purification qui suivait la 
guérison de la lèpre exigeait elle 
un cérémonial très-compliqué. Quand 
le malade se croyait guéri, un prêtre 
allait le visiter dans sa retraite, et, 
après avoir constaté la guérison , 
il faisait chercher deux oiseaux vi- 
vants , d'une espèce pure, ainsi que du 
boîs de cèdre, de l'ézob, et de la laine 
teinte en cramoisi. On égorgeait l'un 
des oiseaux , et son sang était reçu 

1 Voy. les curieux détails donnés par Mi- 
chaélis, Mosaïsches Redit, t. IV, § 208 et 
suiv. — Jahn , Archœologie , t. 1,2" partie, 
p. 355 et suiv. 

2 Nous trouvons les mêmes usages chez les 
Perses; le lépreux ne pouvait communiquer 
avec personne et il ne lui était pas permis 
d'entrer dans la ville; on expulsait les étran- 
gers qui souffraient de cette maladie. Voy. 
Hérodote, I, 138. 

3 Ainsi Miriam est frappée de la lèpre pour 
avoir médit de Moïse ( Nombres , 12, 10); le 
roi Ouzia , pour s'être arrogé des fonctions 
sacerdotales (II Chron. 26, 19). Les Perses 
croyaient que la lèpre dérivait de péchés 
commis envers le soleil (Hérod. I. c ). Selon 
la croyance des Indous, Péléphantiasis est 
le châtiment des plus grands péchés, et ils 
l'appellent p\paroga (maladie du péché). 
Voy. Lois de Manou, III, 92, 159; V, 64, 
IX. 79, 



166 



L'UNIVERS. 



dans un rase de terre où il y avait de 
l'eau fraîche. Ensuite le prêtre trem- 
pait dans le vase l'oiseau vivant et 
tous les objets que nous venons d'in- 
diquer, et, après en avoir aspergé le 
malade guéri, il laissait s'envoler 
l'oiseau vivant, qui emportait, d'une 
manière symbolique, le péché dont 
le lépreux venait de se purifier «. 
Celui-ci lavait ses vêtements, ra- 
sait tous ses cheveux et se baignait; 
c'est ainsi que se terminait le premier 
acte de sa lustration. Devenu pur, il 
pouvait rentrer dans le camp ou dans 
la ville; mais il devait encore se sou- 
mettre à une espèce de quarantaine 
de sept jours hors de sa maison. Le 
septième jour il se rasait de nouveau 
la tête, la barbe et jusqu'aux sourcils; 
il lavait encore ses vêtements et se 
baignait ; dès lors il était définitive- 
ment purifié. Le huitième jour était 
employé à un sacrifice expiatoire, 
composé d'un agneau pour délit, 
d'un second agneau holocauste et d'une 
brebis sacrifice dépêché; le pauvre 
pouvait remplacer les deux dernières 
pièces par deux tourterelles ou deux 
jeunes pigeons. Le tout était accompa- 
gné d'une offrande de fleur de farine 
pétrie d'huile et d'une mesure {log) 
d'huile; des cérémonies toutes particu- 
lières étaient observées pour ce sacri- 
fice, ainsi qu'on peut le voir dans le Lé- 
vitique (14, 10-31 ). 

Au nombre des usages ayant pour 
but la pureté corporelle on pourrait 
encore compter, sous un certain rap- 
port , celui de la circoncision , que les 
Égyptiens pratiquaient , selon Héro- 
dote (II, 37 ) , à cause de la propreté 
(xaôxptoTïrroç Eiv£>t£v) : elle a cependant 
chez les Hébreux une importance 
beaucoup trop grande pour être con- 
sidérée comme une simple mesure de 
police sanitaire. C'est par cette pra- 
tique que l'Hébreu devient citoyen de 
la théocratie, nous devons donc la 
mettre au nombre des lois constituti- 
ves de la société hébraïque. 

1 Un rite analogue était observé pour ce 
que la loi de Moïse appelle la lèpre des mai- 
sons; il en sera question plus loin, ainsi 
que de la lèpre des étoffes. 



L'impureté communiquée par le 
contact de personnes ou de choses 
impures était plus ou moins grave, 
selon la gravité del'impureté primitive. 
Les Hébreux devaient surtout éviter le 
contact d'un animal mort et même 
des animaux purs qui n'avaient pas 
été tués selon les rites. Toute impu- 
reté de contact s'effaçait par de sim- 
ples ablutions , excepte celle qui pro- 
venait du contact d'un cadavrenumain; 
elle durait sept jours, et, pour en être 
purifié , il fallait les aspersions faites 
avec l'eau lustrale de la vache rousse 
dont nous avons déjà parlé. 

La loi de Moïse renferme aussi un 
certain nombre de prescriptions con- 
cernant la nourriture. A la vérité, ces 
prescriptions reposent probablement 
en partie sur des motifs d'hygiène 
et sur certaines répugnances commu- 
nes à presque tous les peuples de l'O- 
rient ; mais il y en a d'autres qui ne 
sauraient être expliquées par ces seuls 
motifs, et qui sont particulières au 
législateur des Hébreux. D'ailleurs, si 
Moïse n'avait eu qu'un but d'hygiène, 
il aurait également donné des précep- 
tes sur l'usage des plantes, tandis 
qu'il ne s'occupe que du règne animal. 
Il faut donc qu'il ait été guidé par 
certaines idées de pureté, inapplica- 
bles aux plantes 1 . Ce sont, comme il le- 
dit lui-même, des préceptes de pureté 
et de sainteté ( Lév. 11 , 44 ). De tout 
temps les Hébreux, comme les Juifs 
de nos jours , leur ont attribué un ca- 
ractère religieux, et souvent ils ont 
subi les privations et même le mar- 
tyre plutôt que de se souiller par une 
nourriture défendue dans les lois de 
Moïse 2 . L'historien doit donc placer 
ces préceptes au nombre des observan- 
ces religieuses des Hébreux , mais en 
même temps il doit chercher à se ren- 

' La superstition des Indous et des Égyptiens 
proscrivait môme l'usage de certaines plan- 
tes; voy. ci-dessus, p. 18. La loi de Moïse 
qui défend le mélange de semences hétéro- 
gènes (Lèv. 19, 19; Deut. 22, 9), et celle qui 
interdit l'usage des fruits d'un jeune arbre 
pendant les trois premières années (Lév. 19, 
23), ne sont probablement que des lois d'é- 
conomie rurale. 

2 Voy. Daniel , ch. I , v. 8 et suiv. ; 2 e li~ 
vre des Maccabées , ch. 6 et 7. 



PALESTINE. 



dre compte historiquement de leur 
origine. Là il trouvera encore des 
analogies frappantes dans les usages 
des peuples païens et notamment des 
Indous et des Égyptiens. 

La loi de Moïse divise les animaux 
en purs et impurs, et la Genèse (ch. 
7 , v. 2 et 8) fait remonter cette divi- 
sion jusqu'au déluge. Noé déjà choi- 
sit pour ses sacrifices des animaux 
purs (ib. ch. 8, v. 20). Moïse, qui 
probablement a suivi les théories des 
prêtres égyptiens, établit pour les 
animaux certaines conditions d'or- 
ganisation qui seules en faisaient des 
créatures parfaites et pures; quant aux 
animaux qui ne remplissaient pas 
ces conditions, il était permis de s'en 
servir pour le travail et pour d'autres 
usages , mais leur chair était impure 
et ne pouvait servir de nourriture. 
Selon Moïse ■ , les quadrupèdes ne 
sont purs que lorsqu'ils ont le sabot 
divise et qu'ils ruminent; ceux qui ne 
remplissent que l'une de ces deux 
conditions, tels que le chameau, le 
schaphân 2 , le lièvre, le porc, sont 
impurs. Tout ce qui vit dans l'eau est 
impur, excepté ceux d'entre les pois- 
sons qui ont en même temps des na- 
geoires etdes écailles. Pour les oiseaux, 
Moïse n'indique pas de condition 
générale de pureté ; il se contente de 
nommer un certain nombre d'oiseaux 
impurs, et la plupart des noms qu'il 
donne ne sauraient être expliqués avec 
certitude. On y remarque l'aigle, 
l'autour, le corbeau, l'autruche. Nous 
avons déjà dit plus haut (page 29) 
que les noms donnés par Moïse dési- 
gnent, en général, les oiseaux car- 
nivores. Les reptiles sont impurs ; 
Moïse défend particulièrement les 
différentes espèces de la famille des 
lézards. Les insectes sont également 
impurs, excepté ceux qui, outrelesailes 
et les quatre pattes, ont des pieds 
pour sauter, tels que les différentes 
espèces de sauterelles 3 . 

Nous trouvons chez les Égyptiens 

1 Voy. Lévitique, ch. n; Deutér. ch. 14. 
3 Probablement ïejerboa ou dipusjaculus 
d.' Linné {M animal. IV, glires). 
1 Voy. ci-dessus , page 27. 



des usages analogues; chez eux aussi 
les lois de diète ont une tendance re- 
ligieuse l . Les animaux impurs , les 
plantes nuisibles appartenaient au 
règne de Typhon, de même que tout 
ce qui vivait dans la mer. Les prêtres 
s'abstenaient de toute espèce de pois- 
sons (Hérod. I, 37); mais il paraît 
qu'ils permettaient au peuple les pois- 
sons à écailles 2 . Ils s'abstenaient 
également des quadrupèdes qui n'a- 
vaient pas le sabot divisé ou qui l'a- 
vaient fendu plusieurs fois, ou qui 
n'étaient pas cornus, ainsi que de 
tous les oiseaux carnivores 3 . Quant 
au porc, les Égyptiens en évitaient 
même le contact, et si quelqu'un par 
hasard avait touché un porc, il se 
baignait dans la rivière avec ses vê- 
tements 4. 

Dans les livres de Zoroastre on 
trouve également la division des ani- 
maux en purs et impurs , et la condi- 
tion principale de pureté est le sabot 
divisé 5 . Mais ce sont les usages des 
Indous qui offrent, sous ce rapport, 
le plus d'analogie avec ceux des Hé- 
breux. Les lois de Manou (V, 11, etc.) 
proscrivent les quadrupèdes qui n'ont 
pas le sabot divisé, et particulièrement 
le porc; les ruminants paraissent être 
préférés 6 ; mais, commedansla loi de 
Moïse, le chameau fait exception. Les 
poissons sont défendus , excepté ceux 
qui ont des écailles i , et parmi les 
oiseaux impurs , nous remarquons en 
première ligne les oiseaux carnivores. 
D'un autre côté, plusieurs animaux 
défendus par Moïse sont permis dans 

1 Voy. Plularque, De Is. et Osir. c.6et 
suiv. 

' x Voy. Recherches philosophiques sur les 
Égyptiens et les Chinois (par M. de Paw), 
t. I, p. 154. 

3 Chaeremon ap. Porphyr. De abstinen- 
tia, IV, 7. 

4 Hérodote , II , 47. Les Arabes aussi , même 
avant Mahomet , s'abstenaient de manger le 
porc. St. Jérôme dit, en parlant des Arabes 
(In Jovinian. 1. 2, c. 6) : Hi nef as arbitrantur 
porcorum vesci carnibus. Voy. Miilii Dissert, 
de Mohammedismo ante Mohammedem, g 
20. 

s Voy. Zend-Avesia par Anquetil du Per- 
ron, Boun Dehesch, ch. 14. 

6 Voy. mes notes au cinquième livre des 
lois de Manou, § 18, Réflexions, page 62. 

1 Voy. ibid. % 16. 



168 



L'UNIVERS. 



les lois de Manou , comme , par exem- 
ple, le lièvre, la tortue, une certaine 
espèce de lézards ou alligators, etc. 

Il paraîtrait donc que les lois d'absti- 
nence reposent sur un principe géné- 
ralement admis par les différents peu- 
ples que nous venons de nommer, 
mais que, pour les détails, il y a 
variation dans l'application du prin- 
cipe. Moïse trouvant à ce sujet des 
usages établis, profite de ceux qui 
pouvaient avoir quelque utilité réelle. 
Tantôt il se laisseguider par un principe 
d'hygiène, comme, par exemple, en 
défendant la chair de porc, très-nuisi- 
ble dans les contrées exposées à la 
lèpre. Tantôt il défend de se nourrir 
de certains animaux dont les peuples 
voisins affectionnaient la chair, pour 
établir une séparation entre ces peu- 
ples et les Hébreux ; ainsi le chameau 
et le lièvre, permis aux Arabes, sont 
interdits aux Hébreux. Enfin , si en 
défendant les insectes, il excepte les 
sauterelles, c'est peut-être pour pro- 
curer au pauvre une nourriture aux 
époques même où les sauterelles ve- 
naient ravager les campagnes et ame- 
naient la famine f . 

Les animaux purs eux-mêmes ne 
pouvaient servir d'aliment que lors- 
qu'ils avaient été tués selon les rites : 
s'ils étaient morts par un accident 
quelconque ou déchirés par une bête 
féroce, ils ne pouvaient être mangés 
par les Hébreux. Celui qui s'était souillé 
par une pareille nourriture, restait im- 
pur jusqu'au soir et était obligé de se 
baigner et de laver ses vêtements 2 . 

Un châtiment sévère est réservé à 
eelui qui aura mangé les parties de 
graisse qui , dans les sacrifices , étaient 
destinées à l'autel, ou bien le sang 
d'un quadrupède ou d'un oiseau 3 . 

Moïse défend aussi , à plusieurs re- 
prises, de faire cuire le chevreau 
dans le lait de sa mère 4. Cette 
dafense se rapporte probablement à 

1 Voy. Michaëlis, Mosaïsches Recnt, T. 
IV, § 204. 

2 Voy. Exode, 22, 30; Lév. 17, !5;Deut. 
14, 21. 

3 Voy. Lév. ch. 7 , v. 23 et suiv. ; ch. 17, 
v. lu et suiv. 

« Exode, 23, 19; 34,26; Deut 14, 21. 



quelque rite superstitieux pratiqué par 
les païens '. La tradition rabbinique 
lui donne un sens plus général, et y 
voit la défense de manger de la viande 
préparée avec du lait ou du beurre*. 
Philon (De càaritate) prend les mots 
du texte à la lettre et y voit un pré- 
cepte d'humanité. 

D'après un antique usage que la 
Genèse (32, 33) fait remonter jus- 
qu'au temps de Jacob, les Hébreux 
ne mangeaient la cuisse des quadrupè- 
des qu'après en avoir enlevé le nerf. 
II n'est pas question de cet usage 
dans la partie législative du Pentateu- 
que. 

c. jibstinence volontaire , Naziréat. 

L'abstinence volontaire rentre dans 
la catégorie des vœux ; on faisait vœu 
de se soumettre à certaines priva- 
tions , de s'abstenir de certaines jouis- 
sances qui n'étaient pas interdites par 
la loi. Un vœu particulier de ce genre 
est celui de se faire Nazir ou Naziréen 
(mot qui signifie séparé, distingué). 
L'homme ou la femme qui faisait ce 
vœu se séparait, en quelque sorte, 
du monde, pour se consacrer à i Eter- 
nel (Nombres, 6, 2). Le Nazir devait 
s'abstenir de boire du vin ou d'autres 
boissons enivrantes, ou même du 
vinaigre; tout ce qui provenait de 
la vigne lui était interdit, jusqu'aux 
pépins, et à la pellicule du raisin. En 
outre, il devait laisser croître ses 
cheveux et éviter avec soin de se met- 
tre en contact avec un cadavre, de 
sorte qu'il ne pouvait rendre les der- 
niers devoirs à ses plus proches pa- 
rents, pas même à son père et à sa 
mère. On faisait le vœu de Nazir pour 
un temps limité; le naziréat à vie, 
comme celui de Simson, consacré par 
ses parents dès sa naissance, n'est pas 
prévu dans la loi de Moïse. Si le Nazir 
avait été souillé involontairement par 
le contact d'un cadavre, il se rasait la 

1 Voy. Spencer, 1. c. lib. II, c. 8. 

2 Ce sens est déjà exprimé par la version 
chaldaïque. Il est admis par Michaëlis (1. c. 
§ 205), qui fait la singulière supposition que 
Moïse, en restreignant l'usage du beurre, a 
>oulu favoriser la culture de l'olivier. De 
même Jahu, Archœologie , I, 2, page 200. 



PALESTINE. 



169 



tête après sept jours: le huitième jour, 
il offrait deux tourterelles ou deux 
jeunes pigeons , l'un comme holocaus- 
te, l'autre comme sacrifice de péché , 
plus un agneau d'un an comme sacri- 
fice de délit , et il commençait de 
nouveau à compter les jours qu'il 
avait fixés pour son naziréat; car les 
jours précédents ne comptaient plus. 
Quand les jours de son vœu étaient 
accomplis, il était obligé d'offrir un 
sacrifice très-coûteux, composé de 
trois victimes, de copieuses offrandes 
et de libations '. En même temps il 
coupait ses cheveux et les brûlait dans 
le feu qui consumait la troisième vic- 
time (c'était un sacrifice pacifique). 

La loi de Moïse (Nombres, 6,2) 
parle du vœu de Nazir comme d'une 
chose connue; le naziréat était sans 
doute un usage établi avant Moïse, qui 
le sanctionne sans le recommander. En 
considérant les devoirs difficiles et 
dispendieux que la loi impose au 
naziréen , on dirait même que le légis- 
lateur a voulu faire cesser cet usage. 
Le vin mêlé d'eau était la bois- 
son ordinaire des Hébreux , et le 
vinaigre servait de rafraîchissement 
dans la saison des chaleurs; la priva- 
tion de ces boissons et la longue che- 
velure devaient être extrêmement in- 
commodes en Palestine. Il fallait de 
plus jouir d'une certaine aisance pour 
subvenir aux frais des sacrifices 2 . 

Quant à l'origine du naziréat , on 
l'a fait remonter aux Égyptiens 3 . En 
effet, l'Egypte nous offre les différents 
éléments du naziréat, quoique nous 
n'y trouvions pas de parallèle pour 
l'ensemble du rite. Les Égyptiens 
comme les Hébreux se coupaient or- 
dinairement les cheveux; chez les 

1 Voy. les détails dans le livre des Nom- 
bres, ch. 6, v. 14 — 20. 

2 Voy. Less, Super lege mosaicâ de nasl- 
rœatu, Num. vi , prima eâque antiquissimâ 
vitœ monast'cœ improbatione , dissertatio. 
Gottingje, 1789; Eichnorn, Allgemeine Biblio- 
tfiek, t. II, p. 553. —C'est à tort qu'on a 
comparé les naziréens aux moines; ces der- 
niers renoncent entièrement au monde , et 
ne se marient pas , mais ils ne se font pas 
scrupule de boire du vin, tandis que le nazir, 
qui s'abs*ient de vin, ne renonce pas au com- 
merce conjugal. 

3 Voy. Spencer, lib III, dissert. I, c. 6. 



deux peuples une chevelure longue 
et en désordre était un signe de ré- 
clusion ou de deuil. Ainsi Joseph , 
en sortant de la prison égyptienne, se 
fait couper les cheveux (Gen. 41 , 14) ; 
la prisonnière de guerre que l'Hébreu 
délivre de sa captivité pour l'épouser 
en fait autant (Deut. 21, 12). « Chez les 
« autres hommes, dit Hérodote (II, 36), 
« l'usage veut que, dans un deuil, 
« ceux qui s'y trouvent particulière- 
« ment intéressés se rasent la tête ; 
« les Égyptiens , au contraire, dans 
« les cas de mort, se laissent croître 
« les cheveux de la tête et de la barbe, 
« que jusque-là ils avaient coupés 1 . » 
Ainsi la longue chevelure du naziréen 
est le signe de sa séparation de la 
société ; il offre ensuite cette cheve- 
lure à la Divinité, comme cela se 
pratiquait, dans certaines occasions, 
chez d'autres peuples et notamment 
chez les Égyptiens 2 . Ces derniers 
s'abstenaient également du vin dans 
plusieurs actes de piété et d'expia- 
tion 3 . 

III. LE SACERDOCE. 

Nous avons dit que le culte établi 
par Moïse était une concession faite à 
l'esprit de l'époque. Il en est de même 
du sacerdoce, accessoire nécessaire 
au culte des sacrifices qui demandait 
un personnel nombreux , entièrement 
voué au service du sanctuaire. 

Moïse était bien loin de vouloir 
introduire parmi les Hébreux des 
castes semblables à celles des Égyp- 
tiens. Les distinctions qu'il établit , 
en créant l'ordre des Lévites et des 
Prêtres, étaient de pure forme; elles 
étaient une conséquence nécessaire 
de l'amalgame temporaire du culte 
païen avec la nouvelle religion toute 
spirituelle. Au fond, tous les Hébreux 
étaient égaux devant Dieu et devant 
les lois ; ils formaient tous ensemble 
un règne de prêtres , un peuple saint 
(Exode, 19, 6), et s'il est vrai que 

1 Comparez Diodore de Sicile, 1. 1, c. 18. 

2 Voy. les citations faites par Spencer, I. 
c , à la fin de la première section. 

3 TroXXàs ôè àoivouç àyveiaçéyovaiv x. t. X. 
Plut. De Is. et Osir. 1. c 



170 



L'UNIVERS. 



les prêtres seuls pouvaient s'appro- 
cher de l'intérieur du sanctuaire, le 
livre de la loi était ouvert à tous, le 
sanctuaire de la doctrine religieuse 
était accessible au dernier des Hébreux 
comme au grand prêtre. Le véritable 
sacerdoce des Hébreux fut le pro- 
phétisme; Moïse en posa les fonde- 
ments et se garda bien de confier ce 
sacerdoce à la caste privilégiée, qui, 
intéressée à la conservation du culte 
matériel, devait s'efforcer de faire 
triompher ce culte sur les idées spiri- 
tualistes , afin de laisser le peuple dans 
l'ignorance et la superstition. 

Un jour Moïse choisit soixante-dix 
anciens des tribus d'Israël, et les 
place autour du Tabernacle. La Divi- 
nité descend dans un nuage, et aussitôt 
une partie de l'esprit de Moïse se 
communique aux anciens et ils pro- 
phétisent • . Deux d'entre eux , qui ne 
se sont pas rendus au Tabernacle, 
prophétisent au milieu du camp. 
Josué, jaloux de la gloire de son maî- 
tre, lui dénonce ces deux hommes 
qui s'arrogent le don de prophétie, 
c'est-à-dire la faculté d'expliquer le 
sens ésotérique et spirituel de la loi ; 
mais Moïse lui répond : Puisse tout le 
peuple de Dieu être prophète ! Puisse 
Dieu faire descendre son esprit sur 
eux! Nous reviendrons dans un autre 
endroit sur la nature et les dévelop- 
pements du prophétisme. 

Il y a une immense différence entre 
les prêtres des Hébreux et la caste 
sacerdotale des Indous et des Égyp- 
tiens , et nous devons encore ici ad- 
mirer la sagesse du législateur qui 
sut ainsi, d'un coup, abolir les distinc- 
tions de caste, et qui pourtant, pour 
cédera l'esprit du siècle, en conser- 
vait la forme. On sait que les Indous 
se divisent en quatre castes : les prêtres 
ou théologiens, les guerriers, les 
marchands et les serfs ; les premiers 
sortirent de la tête de Brahma, les 
derniers deses pieds. Chaque caste a ses 
attributions particulières; la dernière 
n'a qu'un seul devoir, celui d'obéir 

1 Voy. Nombres, ch. Il, v. 25; le mot 
hébreu signilie littéralement : Ils parlaient 
eu inspirés. 



toujours aux autres castes, sans jamais 
leur manquer de respect ». Toute 
liaison entre les castes est sévèrement 
défendue ; les enfants qui naissent des 
unions mixtes forment des races mau- 
dites, dont les différentes subdivisions 
sont indiquées, dans les lois des In- 
dous, avec les détails les plus minu- 
tieux 2 . 

Chez les Hébreux il n'y a pas de 
trace de ces distinctions* Le grand 
prêtre pouvait se marier avec la plus 
humble vierge d'Israël, pourvu qu'elle 
eût toujours eu des mœurs irrépro- 
chables. L'Hébreu ne respectait dans 
le prêtre que le serviteur de Dieu ; il 
n'est jamais question d'une obéissance 
passive, et le sacerdoce ne donnait 
ancun privilège civil 3 . 

Il paraît que, chez les Égyptiens, 
la séparation des castes était beaucoup 
moins sévère que chez les Indous, et 
que les prêtres, en Egypte, avaient 
cédé aux rois les premiers honneurs 
et le suprême pouvoir, sauf à prendre 
la meilleure part des impôts 4. Mais 
toute la puissance intellectuelle se 
trouvait entre leurs mains ; les arts et 
les sciences étaient des mystères ac- 
cessibles aux seuls initiés , et le peu- 
ple restait plongé dans la plus pro- 
fonde ignorance et abandonné à la 
plus grossière idolâtrie 5 . 

Moïse, bien loin de faire des lé- 
vites et des prêtres les seuls dépo- 
sitaires de la loi, ne voulut pas même 
leur confier exclusivement l'enseigne- 
ment du peuple. Il leur assigna des 
fonctions toutes matérielles; ils étaient 
les serviteurs de l'autel , ils donnaient 
des renseignements sur les rites des 
sacrifices , sur les lois diététiques , sur 
ce qui était pur et impur, enfin sur 
toutes les lois cérémonielles ; ils dé- 
cidaient aussi des questions de droit 

1 Voy. Lois de Manou, I, 88-91. 

2 Voy. ibid., 1. XI. 

s Voy. Réflexions , p. 42. 
* Diodore, 1. I, ch. 73. 
5 Quis nescit, Folusi Bithynice , qualia 
démens 
Mgyptus portenta colatt Crocodilon 

adorai 
Pars hœc : il la pavet saturant serpen- 
tibusibin. 

(Juvé.nal, svr. XV.) 



PALESTINE. 



m 



civil (Deut. 17, 8), mais les fonctions 
déjuges ne leur étaient pas exclusi- 
vement réservées. L'enseignement 
spirituel était confié à tous ceux qui 
- oulaient s'en charger et qui en étaient 
capables, et nous voyons dans l'his- 
toire des Hébreux de simples bergers 
prêcher au nom de Jéhovah. Ce qui 
prouve que renseignement spirituel 
et les fonctions judiciaires, besoins de 
tous les jours et de toutes les locali- 
tés , ne devaient pas se trouver exclu- 
sivement entre les mains des lévites 
et des prêtres, c'est que Moïse assi- 
gna à ceux-ci un certain nombre de 
villes où ils devaient demeurer ensem- 
ble. Ces observations suffiront pour 
répondre à ceux qui n'ont vu dans le 
sacerdoce des Hébreux qu'une simple 
imitation de celui des Égyptiens. Mais 
nous ne nions pas que dans les for- 
mes extérieures les deux instituts n'of- 
frent de nombreuses analogies, et c'est 
une preuve de plus que l'établissement 
du sacerdoce chez les Hébreux remonte 
jusqu'à Moïse, qui seul a pu y mêler 
tant d'éléments égyptiens '. 

La tribu de Lévi qui , dans l'affaire 
du veau d'or, avait manifesté son zèle 
pour le culte de Jéhovah , et à laquelle 
appartenait Moïse lui-même, futchoisie 
pour le service du sanctuaire. Eile rem- 
plaçait les premiers-nés, qui, comme on 
l'a vu plus haut, avaient été consacrés 
à Jéhovah, depuis la sortie d'Egypte 2 , 
et qui, selon la tradition, avaient 
exercé d'abord les fonctions de prê- 

1 Plusieurs critiques renommés en Allema- 
gne, tels que De Wette, Hartmann, Bohlen, 
George et autres, ont fait descendre l'établis- 
sement d'un sacerdoce régulier jusqu'aux 
temps de Salomon ou même de Josfas ; mais 
leurs arguments respectifs se détruisent mu- 
tuellement , et leurs assertions contradictoi- 
res nous permettent d'assister avec indiffé- 
rence à ces tournois littéraires, où chacun 
tient à faire preuve de sagacité critique , en 
inventant une nouvelle hypothèse. Nous ne 
pouvons accorder ici qu'une simple mention 
a ces tentatives d'une critique qui tend à 
renverser toute l'histoire des Hébreux et à 
en faire un chaos inextricable. Ceux qui 
désirent connaître sommairement cette cri- 
tique avec ses faiblesses et ses contradictions 
peuvent consulter quelques excellentes ob- 
servations de Baehr, Symbolik, t. II, p. 7- 

J Voy. Nombres , ch, 3 , v. 12 et 13. 



très f . Moïse ayant fait le dénombre- 
ment de tous les lévites et de tous les 
premiers-nés âgés d'un mois et au-des- 
sus, trouva que les premiers se mon- 
taient à 22,000 et les derniers à 
22,273; les premiers-nés furent libérés 
du service par la substitution des lé- 
vites, et le surplus de 273 premiers- 
nés fut racheté à cinq sékels par tête. 
Les enfants de Lévi furent divisés 
en deux classes; dans l'une étaient les 
simples Lévites , dans l'autre les Co- 
hanîm a ou Prêtres. Lévi avait eu 
trois fils : Gerson, Kehath et Merari ; 
le premier et le dernier avaient eu cha- 
cun deux fils , Kehath en avait eu 
quatre, dont l'aîné, nommé Amrâm, 
était le père d'Ahron et de Moïse 3 . 
Les descendants d'Ahron devaient 
seuls former la classe des prêtres; 
l'autre classe se composait de tout le 
reste des lévites , ! y compris les des- 
cendants de Moïse; ils étaient divisés 
en familles, dont chacune avait un 
chef portant le titre de Nâsi (Nombres, 
ch. 3). Nous allons donner quelques 
détails sur chacune des deux classes. 

A. Les Lévites. 

Les simples lévites étaient les ser- 
viteurs et gardiens du sanctuaire, dont 
l'intérieur n'était accessible qu'aux 
seuls prêtres. Ils étaient subordon- 
nés aux prêtres et les aidaient proba- 
blement à tour de rôle , dans les fonc- 
tions qui ne s'exerçaient pas à l'autel 
et par le moyen des vases sacrés (Nom- 
bres ,18,3). Dans le désert ils étaient 
chargés du transport du Tabernacle 
et de ses ustensiles. Plus tard ils gar- 
daient le Temple ; ils étaient chargés 
de l'ouvrir et de le fermer, d'avoir soin 
de sa propreté et de celle des vases 
sacrés; ils préparaient les pains de 
proposition et les autres pâtisseries 
nécessaires pour les sacrifices ; ils ad- 
ministraient les revenus du Temple , 
et ses provisions, telles que la farine, 

1 Voy. les commentaires rabbiniques 
sur l'Exode , 19 , 22 , et la version chaldaïque 
de Jonathan , ib. 24 , 5. 

2 Voy. sur ce mot, ci-dessus, pago 93, 
2 e colonne , note 2. 

3 Voy. Exode, ch. 6, V. 16—26- 



172 



L'UNIVERS. 



le vin, l'huile, l'encens, etc. f . Sous 
David nous les verrons aussi chargés 
de la musique du temple, et, en géné- 
ral , plus régulièrement organisés. 

L'installation des lévites et leur 
sacre se fit une fois pour toutes , du 
temps de Moïse, avec une grande so- 
lennité. Les cérémonies se composè- 
rent de lustrations et de sacrifices, et 
les Hébreux (c'est-à-dire les chefs des 
tribus) posèrent leurs mains sur les 
lévites pour les consacrer à Dieu 2 . 
Dorénavant tout lévite entrait au ser- 
vice actif à l'âge de trente ans et le 
quittait à l'âge de cinquante 3 . La 
loi ne leur prescrit pas de costume 
particulier, comme elle le fait pour les 
prêtres *. 

La tribu de Lévi ne devait pas par- 
ticiper au partage de la terre de Ca- 
naan, mais elle avait le droit d'occu- 
per quarante-huit villes choisies au 
milieu des différentes tribus 5 ; chacune 
de ces villes avait une banlieue de deux 
mille coudées à l'entour. Les revenus 
des simples lévitesconsistaient dans les 
dîmes que les propriétaires offraient 
à Dieu, chaque année, des produits de 
l'agriculture, des arbres fruitiers et 
de la vigne, ainsi que des bestiaux 
élevés en troupeaux , tels que les 
bœufs, les brebis, et les chèvres. On 

1 La loi de Moïse ne parle que de la garde 
et du service du temple en général ; c'est le 
I er livre des Chroniques (ch. 9) qui nous en 
fait connaître les détails. 

1 Voy. Nombres, ch. 8, v. 6 — 15. 

3 Voy. Nombres , ch. 4 , v. 3 , 23 , 30 , 47. 
Selon un autre passage ( ib. ch. 8 , v. 23 ), le 
service devait commencer à l'âge de 25 ans ; 
pour lever la contradiction , le Thalmud et la 
plupart des commentateurs juifs supposent 
que, depuis l'âge de 25 jusqu'à celui de 30 
ans, les jeunes lévites faisaient leur appren- 
tissage. D'autres pensent qu'au ch. 4 il est 
question des lourds travaux de transport 
auxquels les lévites n'étaient soumis qu'à 
l'âge de trente ans , tandis que les autres ser- 
vices commençaient dès l'âge de 25 ans. Voy. 
Menasseh Ben-Israël, Conciliator ( Numéro 
quœst. IV), p. 203, 204. — Plus tard les lé- 
vites étaient admis dès l'âge de 20 ans. Voy. 
Ezra, 3, 8; 2 Chron. 31, 17. 

* Ce ne fut que bien tard, sous le roi 
Agrippa II, que les lévites musiciens obtin- 
rent de porter le costume des prêtres. Josèphe , 
AnHqu. XX, 8, G. 

5 Trente-cinq furent occupées par les sim- 
ples lévites et treize par les prêtres (Josué, 
ch. 21 ). 



pouvait racheter la dîme des végétaux 
en y ajoutant le cinquième de la va- 
leur. La dîme des bestiaux devait être 
livrée en nature ; on comptait les piè- 
ces, et la dixième, bonne ou mauvaise, 
formait l'impôt sacré. Si le proprié- 
taire substituait une mauvaise pièce 
à une bonne , on lui prenait l'une et 
l'autre '. Les lévites payaient à 
leur tour un dixième de leur dîme 
pour l'entretien des prêtres. Outre la 
première dîme, les propriétaires en 
prélevaient une seconde, dans la- 
quelle le lévite avait aussi sa part. 
Cette seconde dîme était employée, 
par les propriétaires, en sacrifices 
pacifiques et en repas solennels auprès 
du sanctuaire central , aux époques 
de pèlerinage. Les lévites devaient 
être invités à ces repas. Tous les trois 
ans la seconde dîme devait être en- 
tièrement distribuée, dans chaque lo- 
calité, aux pauvres tant hébreux 
qu'étrangers , et encore ici les lévi- 
tes ne devaient pas être oubliés a . 
Ils avaient aussi une part du butin 
(Nombres, 31 , 47), quoique, selon 
Josèphe 3 , ils fussent exemptés du 
service de guerre. 

B. Les Prêtres. 
Les lévites de la famille d'Ahron 
étaient chargés du sacerdoce propre- 
ment dit; seuls ils pouvaient entrer 
dans l'intérieur du sanctuaire et faire 
le service des autels. Pour y être admis 
ils devaient être exempts de défauts 
corporels, nêtre entachés d'aucune 
impureté et jouir d'une bonne répu- 
tation; aucun doute ne devait planer 

1 Voy. Lévitique, ch. 27, V. 30 - 32, et 
Nombres, ch. 18 , v. 21. 

2 Voy. Deutéronome, ch. 14, v. 22 — 29. 
Ce passage parait lout d'abord être en con- 
tradiclion avec ceux cités dans la note précé- 
dente; mais, dans le Deuléronome, il s'agit 
évidemment d'une seconde dime, autre que 
celle qui appartenait entièrement aux lévi- 
tes, ce qui est confirmé par la tradition rab- 
binique et par Josèphe (Anliqu. IV, 8, § 8 
et 22 ). Ce que ce dernier appelle la troisième 
dime n'est autre chose que la seconde dtme 
distribuée aux lévites et aux pauvres, au 
bout de trois ans. Il est déjà question de la 
seconde et de la troisième dime dans le livre 
de Tobie, selon le texte grec ( ch. I , V. 7 
el 8) 

3 Antiqu.m, 12, 4; IV, 4,3. 



PALESTINE. 



173 



sur la naissance légitime du prêtre et 
sur la conduite de sa mère. Il ne pou- 
vait épouser une femme de mauvaises 
mœ'jrs ou d'une naissance équivoque, 
ni même une femme répudiée par di- 
vorce, et devait se garder de se souil- 
ler par lecontactd'un cadavre, à moins 
que ce ne fût pour rendre les derniers 
devoirs à ses plus proches parents, 
c'est-à-dire à ses père et mère , à ses 
frères, à ses sœurs non mariées et à 
ses enfants ; mais alors même il de- 
vait éviter, pendant le service, certai- 
nes démonstrations de deuil , comme, 
f>ar exemple, de porter les cheveux 
ongs et en désordre et de déchirer 
ses vêtements (Lév. 10, 6) «. Dans 
l'exercice de leurs fonctions, les prê- 
tres devaient s'abstenir du vin et de 
toute autre boisson spiritueuse (Lév. 
10, 9). La loi ne renferme aucune dis- 
position spéciale concernant l'âge des 
prêtres; mais il paraît résulter d'un 
passage des Nombres (ch. 4, v. 3, etc.) 
qu'ils étaient soumis, sous ce rapport, 
à la règle générale des Kéhathites et 
des autres lévites. Plus tard cepen- 
dant nous les voyons entrer au service 
dès l'âge de vingt ans (2 Chron. 31 , 
17). 

Les fonctions des prêtres consis- 
taient surtout dans les cérémonies du 
culte qui se pratiquaient dans l'inté- 
rieur du sanctuaire et dans le service 
des autels. Ils allumaient les par- 
fums sur l'autel d'or, le matin et le 
soir; ils nettoyaient chaque matin le 
candélabre d'or et versaient l'huile 
dans les lampes; ils posaient chaque 
semaine les pains de proposition sur 
la table sacrée. Dans le parvis ils en- 
tretenaient le feu perpétuel sur l'autel 
des holocausteset enlevaient les cendres 
chaque jour; ils faisaient toutes les 
cérémonies prescrites pour les diffé- 
rents sacrifices, notamment les asper- 
sions du sang. Ils sonnaient des trom- 
pettes à différentes époques solennelles 
'Nombres, 10, 8-10) et prononçaient 
la bénédiction sur le peuple (ib. 6 , 23 ) 



1 Voy. sur toutes ces lois, concernant la 
dignité sacerdotale, Lévit. ch. ai , et ch. 32 , 
v. 1—9. 



à la fin des sacrifices publics ». Leurs 
fonctions en dehors du temple étaient 
l'administration delà police sanitaire, 
surtout la visite des lépreux, l'estima- 
tion des objets consacrés par des 
vœux, l'enseignement sur les lois 
cérémonielles, et quelquefois les dé- 
cisions juridiques dans les cas diffi- 
ciles. 

Toutes ces fonctions s'exerçaient, 
du temps de Moïse, par Ahron et ses 
fils; plus tard, quand le personnel 
devint plus nombreux, les prêtres 
furent divisés en vingt-quatre classes, 
ayant chacune un chef et fonctionnant 
à tour de rôle (I Chron. ch. 24). 

A la tête de tous se trouvait le 
grand prêtre , qu'on appelait aussi le 
prêtre oint, parce qu'il avait reçu l'huile 
sainte sur sa tête ». Cette * dignité 
était héréditaire; d'Ahron elle passa 
à son fils Éléazar et resta dans la 
ligne de celui-ci 3 . Le grand prêtre 
ne pouvait se marier qu'avec une vierge 
intacte, et il devait éviter, encore 
plus que les prêtres ordinaires , tout 
contact impur, de sorte qu'il ne pou- 
vait pas même s'approcher des funé- 
railles de son père et de sa mère. Les 
démonstrations de deuil , dont nous 
avons parlé plus haut, lui étaient tou- 
jours interdites. 

Les fonctions du grand prêtre con- 
sistaient dans l'administration géné- 
rale du sanctuaire et du culte. Lui 
seul pouvait entrer dans le Saint des 
Saints, il fonctionnait en personne 
au grand jour des expiations, et, dans 
les circonstances graves, il consultait 
l'oracle des Ourim et Thummim dont 
nous parlerons plus bas; mais il dé- 
pendait de lui de prendre part, lors- 



1 Ce dernier usage existe encore mainte- 
nant dans les synagogues; ceux qui ont con- 
servé par tradition , de père en lils , le litre 
de Cohen y comme descendants d'Ahron , pro- 
noncent en chœur l'antique bénédiction à la 
iin des oflices , aux grands jours de fête. Dans 
les synagogues d'Orient, les Ahronites pro 
noncent la bénédiction tous les jours de sab- 
bat. 

a Voy. Lévit. 4,3;2I, 10. 

1 A l'avènement du grand prêtre Eli, cette 
dignité passa a la ligne d'ithamar; mais Sa- 
lomon la rendit a ceded'Éléaxar. Voy. I Sam. 
2 , 35 et tuiv. ; I Rois , 2 , 35. 



174 



L'UNIVERS. 



qu'il le jugeait convenable , aux fonc- 
tions des prêtres ordinaires. Le 
Thalmud parle aussi d'un vicaire 
(sagan) qui aurait assisté le grand 
prêtre comme coadjuteur et qui le 
remplaçait , au jour des expiations , 
dans lé cas d'un accident imprévu, 
ce qui est très-probable , quoique la 
loi de Moïse ne fixe rien à ce sujet ; 
il est évidemment question d'unsecond 
prêtre ou vicaire lors de la destruc- 
tion de Jérusalem par les Chaldéens l . 
La tradition rabbinique parle aussi 
d'un autre prêtre supérieur, presque 
égal en dignité au grand prêtre ; c'est 
celui qui, en temps de guerre, faisait 
la proclamation prescrite dans le Deu- 
téronome (ch. 20, v. 3). Selon les 
rabbins, c'était un prêtre choisi ad 
hoc et oint de l'huile sacrée; ils 
l'appellent l'oint de la guerre 2 . Mais 
on n'en trouve aucune trace dans le 
Pentateuque ni dans le reste de l'É- 
criture sainte. 

De même que les simples lévites, 
les prêtres furent installés , du temps 
de Moïse , par un sacre solennel. 
Des cérémonies symboliques , compo- 
sées de sacrifices de toute espèce et 
de lustrations, furent célébrées pen- 
dant sept jours, et pendant tout ce 
temps Ahron et ses fils ne purent 
quitter le sanctuaire 3 . Ils furent 
revêtus du costume sacerdotal et 
sacrés avec l'huile sainte composée 
de cinq substances (Exode, 30, 23 
etc.) ; quant au grand prêtre Ahron, 
Moïse lui versa aussi de cette huile 
sur la tête , et cette onction dut être 
donnée également à ses successeurs , 
tandis que les autres cérémonies du 
sacres n'eurent lieu qu'à la première 
installation , et désormais les prêtres, 
en entrant au service, n'eurent plus qu'à 
présenter une offrande 4 et à prendre 



24. 



Voy. 11 Rois, 25, 18; Jérémie, 52, 



3 Voy. Mischnah, Sota. ch. 8, § I, et les 
détails recueillis par Leidecker, De republicâ 
Hebrœorum , p. 491 et suiv. Cet auteur com- 
pare Y oint de la guerre au Flamen Martius 
établi par Numa Pompilius. 

3 Voy. les détails, Exode, ch. 29, et Lé- 
vitique, ch. 8. 

4 Voy. ci-dessus, page 163. 



le costume prescrit, sur lequel nous 
allons donner quelques détails. 

Nous avons déjà dit que l'institution 
du sacerdoce était une condescendance 
à l'esprit du siècle et un accessoire 
nécessaire au culte matériel ; il ne se- 
rait donc pas étonnant que les règle- 
ments qui concernent les prêtres hé- 
breux, leur sacre, leur discipline, 
leur costume , offrissent de nombreu- 
ses analogies avec ceux des prêtres 
païens , surtout des Égyptiens. Nous 
pouvons même supposer l'analogie là 
où nous manquons de données positi- 
ves pour la démontrer. Dans le cos- 
tume, elle est de toute évidence, du 
moins pour ce qui concerne l'étoffe et 
la couleur, et il ne peut y avoir de 
doute que Moïse n'ait suivi , sous ce 
rapport, comme sous beaucoup d'au- 
tres, les usages des prêtres égyp- 
tiens. 

Hérodote (II, 37) nous apprend 
que les vêtements des prêtres égyptiens 
étaient de lin; la même chose est affir- 
mée par beaucoup d'autres auteurs 
anciens, et chez les poètes romains 
les prêtres d'Egypte sont appelés /i- 
nigeri s . Selon Plutarque, ils choi- 
sissaient le lin , parce qu'il croît de la 
terre immortelle, de la terre sacrée 
d'Isis , et que sa fleur est bleue comme 
l'éther *. Mais il est plus probable, 
comme le fait entendre Hérodote , 
que le lin était préféré pour des mo- 
tifs de propreté 3 . De même que les 
prêtres d'Egypte, ceux des Hébreux 
devaient être vêtus de lin blanc; les 
uns et les autres ne pouvaient mettre, 
pendant leur service, des vêtements 
de laine qui produisent la sueur et la 
malpropreté 4. Le lin d'Egypte était 
célèbre pour sa blancheur; on en fai- 
sait plusieurs espèces de toile dont le 
Schesch était la plus estimée. L'étoffe 

» On peut voir les nombreuses citations 
dans l'ouvrage de Spencer, 1. III , Dissert. I , 
c. 5 , sect. 2. 

2 De Js. et Osir. ch. 4. 

3 Hérodote parle des vêtements de lin là 
où il énumère, en général, tout ce que les 
prêtres égyptiens pratiquaient par motif de 
pureté. , , 

« Ézéchiel, ch. 44, v. 17 et 18; Hérodote, 

II, 81. 



PALESTINE. 



17S 



dont se servaient les prêtres hébreux 
ost appelée tantôt/?ad, tantôt Schesch; 
tes deux espèces sont sans doute la 
même chose que le lin égyptien, mais 
le Schesch paraît être un tissu parti- 
culier '. 

Probablement l'analogie n'existait 
pas seulement dans l'étoffe et la cou- 
leur, mais aussi dans la forme du 
costume 2 ; il est toutefois difficile 
de se former une idée exacte du cos- 
tume des prêtres hébreux , d'après la 
description qu'en donne le Pentateu- 
que. Il me semble néanmoins que le 
vague même qui règne dans cette 
description prouve que Moïse parle 
de choses connues depuis longtemps , 
et qu'il lui suffisait d'indiquer rapide- 
ment à ses prêtres ce qu'ils avaient déjà 
vu en Egypte. Nous nous aiderons ici 
de quelques éclaircissements de Josè- 
phe, qui, prêtre lui-même, peut ex- 
pliquer ce qui se pratiquait de son 
temps, d'après les anciennes tradi- 
tions 3 . 

Le costume des simples prêtres se 
composait de quatre pièces : 1° Des 
caleçons (Michnasaïm) qui, selon 
l'Exbde (28, 42), devaient aller des 
reins jusqu'aux cuisses. Josèphe dit 
qu'après y avoir fait entrer les pieds, 
on les tirait jusqu'aux reins, où on 
les serrait ; mais il ne dit rien sur leur 
longueur. 2° Une tunique (Chetho- 
neth) d'une texture particulière 
(Ex. 28, 39) et probablement faite à 
petits carreaux. Selon Josèphe, elle 
avait des manches ; elle était très-serrée 
et presque collée sur le corps et allait 
jusqu'aux pieds. Tout le vêtement, 
dit-il, était d'une seule pièce; ce- 
pendant, selon les rabbins, les man- 
ches étaient tissées à part et cousues 
sur la tunique 4. On conçoit diffici- 
lement qu'on ait pu mettre un vête- 

1 Voy. ci-dessus, page 22. 

2 Voy. Spencer, 1. c, éd. Cantabrig. p. 
574. 

3 Voy. Antiqu. I. III, ch. 7. Les détails 
les plus complets sur le costume des prêtres 
se trouvent dans le savant ouvrage de Braun , 
intitulé : De vestitu sacerdotum Hebrœorum ; 
altéra editio, Amstelodami, 1698, in-4°. 

4 Selon l'Évangile de saint Jean (i 9,23), Jé- 
sus portait une tunique non cousue. Vov. sur 
cette texture, Braun, 1. c, p. 376 et sufv. 



ment fait d'une seule pièce et en même 
temps très-serré; Josèphe dit que la 
tunique avait en haut une ouverture 
large, et qu'après l'avoir passée , on 
fermait l'ouverture sur les deux épau- 
les avec des cordons sortant de l'our- 
let des deux côtés de la poitrine et 
du dos. 3° Une ceinture (Abnet) en 
ouvrage de broderie de différentes 
couleurs (Exode, 39, 29), dont la 
largeur, selon les rabbins, était de trois 
doigts, et selon Josèphe, de quatre; sa 
longueur, disent les rabbins, était de 
trente-deux coudées, et elle entourait 
le corps deux ou trois fois. Les bouts, 
formant un nœud sur le devant, des- 
cendaient jusqu'aux pieds; le prêtre 
rejetait ces bouts sur l'épaule gauche 
lorsqu'il faisait des sacrifices. 4° Un 
turban ou plutôt un haut bonnet 
( Migbaah). La coiffure du grand 
prêtre est appelée Misnépheth ». 
Moïse ne donne nulle part la descrip- 
tion de ces deux espèces de coiffure 
qui probablement étaient connues et 
qu'il suffisait de nommer. Selon Jo- 
sèphe, elles étaient aplaties et arron- 
dies en haut et ne couvraient pas toute 
la tête. Mais Moïse les a expressément 
distinguées, et, s'il est permis de fon- 
der des conjectures sur l'étymologie 
des deux mots , il paraîtrait que la 
Migbaah était une espèce de haut 
bonnet pointu attaché à la tête 
(Ex. 29, 9), et la Misnépheth un 
turban, tel qu'en portaient les rois et 
les autres grands personnages \ 
Quoique les deux coiffures fussent de 
lin , celle du grand prêtre se distin- 
guait non-seulement par la forme, 
mais aussi par la plaque d'or dont 
nous parlerons tout à l'heure.- 

A ces vêtements le grand-prêtre 
ajoutait les pièces suivantes: 1° une 
tunique supérieure, appelée Meîl, 
plus large que la Chethoneth , et sans 

1 Josèphe et les rabbins donnent ce même 
nom à la coiffure du simple prêtre, ce qui 
prouve que, dans le second temple, il n'y 
avait guère de différence de forme entre la 
Migbaah et la Misnépheth. Selon Josèphe, lfl 
turban du grand prêtre était enveloppé d'un 
second bandeau de couleur violette. 

» Ëzéchiel, 21, 31; Isaïe, 62, 3. Voy. Ré- 
flexions, p. 47, note I. 



176 



L'UNIVERS. 



manches; elle était de couleur vio- 
lette. Fermée de tous les côtes, elle 
avait des ouvertures pour passer les 
bras et la tête; en bas elle avait une 
bordure dans laquelle variaient des 
grenades de différentes couleurs et 
des clochettes d'or par le son desquelles 
le grand prêtre s'annonçait lorsqu'il 
entrait dans le sanctuaire et lorsqu'il 
en sortait. 2° Un vêtement plus court 
appelé Éphod. Le tissu était faitde lin 
retors, entremêlé de fils d'or et de fils 
teints en pourpre , violet et cramoisi. 
Il se composait, à ce qu'il paraît, de 
deux pièces dontl'uneétait suspendue 
sur la poitrine, l'autre sur le dos; 
elles étaient jointes sur les épaules 
par deux agrafes ou épaulettes sur- 
montées chacune d'une pierre pré- 
cieuse. Sur les deux pierres étaient 
gravés les nom» des douze tribus, 
rangés par ordre de naissance, six 
à droiteet six à gauche. Les bords des 
deux pièces de f Éphod se joignaient 
par des cordons et étaient resserrés 
par une ceinture du même tissu. C'est 
là ce qui résulte de la description de 
l'Exode (28 , 6—12) , comparée à celle 
de Joséphe; ce dernier compare l'É- 
phod à tépomide des Grecs, et lui don- 
ne des manches, ce qui ne concorde 
pas bien avec V Éphod mosaïque x . 3° 
Le Pectoral ou /tattowa/ (Hoschen), 
ornement du même tissu, appliqué 
sur le devant de l' Ephod. Il était dou- 
ble et carré, d'un palme en long et 
en large, et formait une espèce de 
bourse attachée à l'Éphod par des 
anneaux d'or et des cordons violets. 
Sur le PectoralbrlWaient douze pierres 
précieuses, de différentes espèces, 
enchâssées dans de l'or; elles étaient 
rangées trois à trois, et les noms des 
douze tribus y étaient gravés. 11 paraît 
que le sort sacré ou l'oracledes Ourim 
et Thummim * qu'on consultait dans 
les circonstances graves, était placé 
dans le creux du Pectoral (Ex. 28, 30). 
JNJoïse en parle comme d'une chose 
connue et il n'en donne aucun détail. 

1 Voy. Braun , p. 464 et suiv. 

2 Ces mots signifient lumière et intégrité ; 
la le rme du pluriel qu'ont les mots hébreux 
est le pluriel de majesté. 



Il appelle le pectoral Hoschen h\m- 
mischpat (ornementde la justice), ce 
qui a fait penser à un ornement ana- 
logue que portait le grand juge chez 
les Égyptiens, et dont parlent Diodore 
et Élien «; mais il est certain que les 
Ourim et Thummim rendaient des 
oracles et n'étaient pas un simple sym- 
bole. L'opinion deJosèphe, selon la- 
quelle les douze pierres précieuses du 
Pectoral auraient formé elles-mêmes 
les Ourim et Thummim, est inadmis- 
sible; car elle est en contradiction 
manifeste avec le texte du Pentateu- 
que a ; mais il est impossible dédire 
en quoi consistait cet oracle, et les in- 
nombrables dissertations des savants 
n'ont abouti à aucun résultat posi- 
tif 3 . Nous adoptons, jusqu'à un cer- 
tain point, l'opinion de Spencer 4, 
que les Ourim et Thummim étaient des 
figures, analogues aux anciens Thera- 
phim , espèce de pénates, donnant des 
oracles chez les ancêtres araméens du 
peuple hébreu 5 ; mais, sans admettre 
avec Spencer que ce fût Dieu ou un ange 
quirépondait aux questions du grand 
prêtre , nous croyons que ces figures, 
symboles de la vérité et de la justice , 
étaient employées, d'une certaine ma- 
nière, comme un sort que l'on consi- 
dérait comme un jugement de Dieu. 
C'est là tout ce qu'il est possible de 
deviner. 4° Une plaque d'or (Ciç) at- 
tachée par des fils violets au turban 

1 Diodore, 1. I , c. 75; Élien. Far. hist 
1. 14, c. 34. Ces deux auteurs rapportant que 
le grand<prctre ou grand juge avait autour 
du cou une image de pierres précieuses por- 
tant le nom de vérité. Les Septante, qui tra- 
duisent les mots Ourim et Thummim par 
SyjXtoaiç xoù àXyjfteia, révélation et vérité, ont 
peut-être pensé a l'usage égyptien. 

1 Voy. Exode, 2.s, 30; Lév. 8, 8. 

» Nous dirons avec Braun (p. 595) « 
Sane quot capita tôt tententiœ ; ut si nostri 
instituti ratio id postularet, iniegrum opus 
super hâc quœstione solâ scribere possemus. 
Depuis Braun ce sujet a encore été traité par 
une légion d'écrivains; les principales hypo- 
thèses ont été résumées par Winer, Bibl. 
Realwcerterbuch , t. II, p. 747—752. 

4 L. e. L. III , dissert. 7 , e. 3 , sect. 2. 

5 Voy. Cenèse,3i, 19; Ézéchiel, 21,26. 
Dans deux autre.* passages (Juges, 17,5; 
Osée, 3,4 ) ,. les Tkeraphim sont mis en rap- 

I)ort avec V Éphod, et représentent évidemment 
es Ourim et Thummim. 



PALESTINE. 



177 



du grand prêtre et sur laquelle étaient 
gravés les mots : rr.n>S 1Z7Tp Saint à 
Jéliovahy par lesquels le grand prêtre 
était présenté comme le médiateur sup- 
portant devant Dieu les péchés des Hé- 
breux et obtenant pour eux la faveur 
divine (Ex. 28 , 38) . Moïse appelle 
aussi cet ornement le diadème saint 
(Ex. 29, 6); les fils violets entouraient 
probablement toute la tête et for- 
maient avec la plaque une espèce de 
diadème. Josèphe parle d'un triple 
diadème tout en or, dans lequel se 
trouvaient de petits calicesd'or, comme 
onen voit, dit-il, dans l'herbe appelée 
hyosciame ou jusquiame; mais cette 
couronne d'or ne fut probablement 
adoptée que par les grands prêtres de 
la famille royale des Maccabées. 

Outre le costume brillant que nous 
venons de décrire, le grand prêtre avait 
un costume plus simple de lin blanc 
dans lequel il fonctionnait au jour des 
expiations dans le Saint des Saints 
(Lév. 16,4). 

Hérodote ( II, 37) donne aux prêtres 
égyptiens des sandales , faites de l'é- 
corcede papyrus (07ro<S%aTa(36€Xiva). Il 
paraît cependant qu'ils n'en portaient 
pas pendant l'office; sur les monuments 
on trouve les prêtres représentés nu- 
pieds. Chez les prêtres hébreux il n'est 
jamais question de sandales, et il est 
certain qu'ils n'en portaient pas dans 
le temple ; car c'eût été profaner le 
lieu saint 1 . 

Il nous reste à ajouter quelques 
détails sur les revenus des prêtres , 
qui, appartenant à la tribu de Lévi, 
n'avaient pas de part dans la distri- 
bution des terres de Canaan. Sur les 
quarante-huit villes données aux lévi- 
tes, un certain nombre devait appar- 
tenir aux prêtres, et plus tard on leur en 
donna treize 2 . Ils avaient la centième 



1 Voy. Exode, 3, 5; Josué, 5, 15. 

2 Selon le livre de Josué (21 , 4), ce fut 
Josué lui-même , qui , assisté du grand prê- 
tre Éléazar, lit ainsi le partage des 48 villes. 
Mais les descendants d'Ahron ne pouvaient 
pas alors être assez nombreux pour occuper 
13 villes. Il paraîtrait donc que l'auteur du 
livre de Josué attribue à ce chef ce qui, en 
réalité, ne se fit que beaucoup plus tard. Il 
est à remarquer que les 13 villes étaient toutes 

12 e Livraison. (Palestine.) 



partie de tous les produits du pays 
soumis à la dîme; car les lévites leur 
payaient la dîme de la dîme (Nombres, 
18, 26). Us recevaient en outre: 1° 
les prémices des récoltes de blés et 
de fruits qu'on présentait devant le 
sanctuaire avec un cérémonial par- 
ticulier (Deut. 26, 2, etc.) ; 2° celles des 
objets préparés pour la consommation, 
tels que le vin, l'huile, la farine , la pâte 

(îb. 15, 20; 18, 8, etc.); 30 celles de la 
tonte desbrebis (Deut. 18, 4); la quan- 
tité de toutes ces prémices n'était pas 
fixée , mais , selon la tradition, celles 
des produits de la terre devaient en 
former au moins lasoixantième partie; 
4° tout ce qui par un vœu avait été 
consacré à Dieu (Nombres, 18,14); 
5° certaines restitutions et amendes 
payées par ceux qui avaient porté at- 
teinte à la propriété, appartenaient 
aux prêtres, si la personne lésée n'exis- 
tait plusetn'avaitpas laissé d'héritiers 
(Nomb. 5 , 8) ; 6° l'argent provenant 
du rachat des premiers-nés des hommes 
et des animaux impurs; 7° l'épaule 
(droite) , l'estomac et la mâchoire des 
animaux tués pour l'usage des proprié- 
taires. Outre ces revenus, dont les 
prêtres pouvaient faire part à leurs 
familles, ils jouissaient encore de 
certains objets sacrés qu'ils devaient 
consommer devant le sanctuaire , par 
exemple: lachair des sacrifices dépêché 
et de délit , à l'exception des parties 
grasses qu'on brûlait sur l'autel ; la 
poitrine et l'épaule droite des sacri- 
fices pacifiques ; la peau des holo- 
caustes; toutes les offrandes publiques 
et privées, dont une portion seulement 
se consumait sur l'autel 1 . Les prêtres 
étaient en outre exemptés des services 
militaires et des impôts. *> 

Le grand prêtre participait à tous ces 
revenus, destinés primitivement par 
la loi à Ahron et à ses enfants (Nom- 
bres, 18,8); mais quoique le texte de 
la loi ne lui accorde sous ce rapport 
aucune prérogative, il était probable- 

si tuées dans les alentours de Jérusalem , ce 
qui nous indique une époque,où cette ville 
était déjà destinée à recevoir le sanctuaire 
central. 
1 Voy. ci-dessus, page 163. 

12 



178 



L'UNIVERS. 



ment mieux doté queles autres prêtres. 
Selon les rabbins, il devait jouir d'une 
fortune en rapport avec son rang élevé 
et être le plus riche de tous les prêtres; 
s'il ne l'était pas ,"la caste était obligée 
de lui créer une position opulente 1 . 
Ce qui prouve que, sous les rois, le 
grand prêtre occupait une position 
brillante, c'est que les princesses 
royales ne dédaignaient pas sa main 2 . 
Les charges imposées au peuple 
pour soutenir les lévites et les prêtres 
pourraient paraître exorbitantes , sur- 
tout s'il est vrai , comme le dit la tra- 
dition, que les frais des sacrifices 
publics et de l'entretien du sanctuaire 
n'étaient pas à la charge de la classe 
sacerdotale, et que chaque homme au- 
dessus de vingt ans , riche ou pauvre, 
payait pour cet effet une contribution 
d'un demi-sicle par an 3 . En effet, 
d'après le livre des Nombres (3 ,39), la 
tribu de Lévi comptait, du temps de 
Moïse , 22,000 mâles âgés de plus d'un 
mois , ce qui peut faire supposer tout 
au plus 12,000 adultes au-dessus de 
vingt ans. Or, toutes les autres tribus 
ensemble comptaient à la même épo- 
que 603,550 hommes âgés de plus de 
vingt ans ; ainsi , si toutefois les nom- 
bres sont exacts , les lévites auraient 
formé environ la cinquantième partie 
de toute la nation, et cependant ils reti- 
raient la dixième partie des revenus, 
sans parler de la seconde dîme, de tout 
ce que prélevaient les prêtres , et des 
quarante-huit villes ou bourgs que 
possédait la tribu de Lévi, avec une 
campagne de deux mille coudées à 

1 Voy. Selden, De Si/nedriis, p. Il 19. 

2 Voy. 2 Rois , 1 1 , 2 ; 2 Chron. 22 , i f . 

3 Le texte de l'Exode (ch. 30, v. 12 — 16) 
ne dit pas positivement que cette contribution 
d'un demi-sicle par tête , payée lors de la 
construction du Tabernacle , devait se renou- 
veler chaque année, mais il est certain que 
plus tard les paroles de Moïse furent inter- 
prétées dans ce sens (2 Chron. 24,5). Le li- 
vre de Néhémia (10, 33) parle d'un tiers de 
sicle par an ; peut-être la valeur du sicle 
avait-elle change. A l'époque gréco-romaine, 
cet impôt fut évalué à deux drachmes (Voy. 
saint Matthieu, 17, 24), qui devaient être payées 
même par les Juifs établis dans les pays 
étrangers. Voy. Josèphe, Antiqu. XVIII , 9 , 
I; Guerre des Juifs, VII, 6, 6. — Sur cet 
impôt, en général, on peut voir Selden, 1. c , 
p. 1134 et suiv. 



l'entour de chaque ville. Nous devons 
avouer qu'il est difficile de justifier 
complètement ces dispositions de la 
loi mosaïque, surtout si l'on réfléchit 
que, d'après cette loi elle-même, les 
Hébreux ne devaient avoir d'autres res- 
sources que l'agriculture, base de 
toute la constitution*. Mais il faut 
considérer les institutions des Hébreux 
relativement à celles des autres- 
peuples et aux usages depuis long- 
temps établis. En Egypte, la caste 
sacerdotale, selon Diodore (1,73), 
avait le tiers des terrains et était 
libre de toute imposition ; outre cela, 
chaque temple avait ses terres et ses 
revenus particuliers et nourrissait 
abondamment ses prêtres avec leurs 
familles , de sorte qu'ils ne dépensaient 
rien de leurs propres revenus, comme 
le dit Hérodote (II, 37). D'un autre côté, 
la Genèse nous apprend que , depuis 
Joseph , les agriculteurs payaient au roi 
le cinquième du revenu total. Chez 
les Indous les impôts variaient selon 
les temps et les circonstances; les 
Brahmanes recevaient quelquefois plus 
de la troisième partie du revenu du 
pays 2 , et l'impôt payé aux rois 

1 M. Salvador, dans son Histoire des ins- 
titutions de Moïse ( t. I , p. 253 et suiv. ) , a 
soutenu , en s'appuyant sur des calculs erro- 
nés , que la tribu de Lévi ne retirait que la 
dix-septième partie des revenus. Il a d'abord 
supposé que la dime de la troisième année r 
partagée entre les lévites et tous les nécessi- 
teux, était la première dîme , de sorte que 
celle-ci n'aurait été payée en totalité aux 
lévites que dans la première et la deuxième 
année de l'époque triennale ; mais le fait est 
qu'il s'agit ici de la seconde dime, comme 
l'ont bien vu les commentateurs , et comme 
il résulte clairement du texte même , où ce 
règlement concernant la dime triennale se 
trouve à la suite de la loi qui parle de la se- 
conde dime, à moins qu'on ne veuille, avec 
quelques commentateurs , admettre une troi- 
sième dime. M. Salvador déduit ensuite la 
septième année, où les lévites ne recevaient 
pas de dime; mais aussi dans la septième 
année il n'y avait pas de revenu. — Une au 
tre supposition , d'après laquelle les 48 villes 
n'auraient pas appartenu , en toule propriété , 
aux lévites, est également sans fondement; 
du moins est-il certain que, dans l'intention 
du législateur, ces villes devaient appartenir 
à la tribu de Lévi. 

2 Voy. Le théâtre de Vidolâtrie ou la 
porte ouverte pour parvenir à la cognois- 
sance du paganisme caché , par Abr. Roger ; 
A.mst. 1670, in-4°, première partie, ch. 6. 



PALESTINE. 



17» 



pouvait s'élever, en temps d'urgence, 
jusqu'au quart du revenu ». A côté 
de ces énormités les dîmes et prémices, 
seuls impôts réguliers que connaisse 
la loi de Moïse, paraîtront peu de 
chose. Quant aux autres contributions 
sacrées, elles étaient, en grande 
partie, volontaires, et les impôts ci- 
vils que nous trouvons plus tard chez 
les Hébreux n'existent pas dans la 
constitution de Moïse. Ce législateur, 
en instituant les dîmes , profita d'un 
usage qui remonte jusqu'aux patriar- 
ches 2 , et qu'on trouve aussi chez les 
autres peuples del'antiquité , afin d'as- 
surer à la tribu de Lévi , exclue du 
partage des terrains, une position 
indépendante et non pas une prépon- 
dérance ruineuse pour les autres tri- 
bus. La dîme devait être payée à 
Jéhovah, le roi invisible, qui la céda 
aux gardiens de ses lois et aux minis- 
tres de son culte. La tribu de Lévi ne 
devait pas s'occuper de l'agriculture, 
pour se consacrer entièrement au 
service de Dieu, et la loi lui accorda 
beaucoup pour lui assurer, dans tous 
les cas , le nécessaire ; car nous voyons 
clairement par plusieurs passages du 
Deutéronome , où les lévites figurent 
à côté des pauvres, que le législateur 
ne comptait pas beaucoup sur le paye- 
ment exact des dîmes , et il recom- 
mande souvent les lévites à la généro- 
sité des propriétaires. En outre, la 
tribu de Lévi formait la classe des 
savants de profession; l'étude de la 
loi était pour elle un devoir et elle 
devait rendre, sous le rapport intel- 
lectuel, de grands services que la 
nation pouvait toujours réclamer sans 
rétribution spéciale. Si plus tard l'avi- 
dité sacerdotale a dénaturé les inten- 
tions du législateur, il ne faut pas 
reprocher à celui-ci ses belles illu- 
sions , et il faut reconnaître du moins 
qu'il a agi avec un grand désintéres- 
sement, en reléguant ses enfants dans 
les humbles rangs des simples lévites , 
et qu'il a prévenu les abus du pouvoir 
sacerdotal en ouvrant à tout Hébreu 

1 Lois de Manou,X, 120. 
* Voy. Genèse, ï4 , 20; 28 , 22. 



le sanctuaire de la loi et en préparant 
la voie à un nouveau pouvoir intellec- 
tuel , celui des prophètes. 

IV. LES TEMPS DU CULTE ET LES FÊTES. 

Il nous reste à indiquer l'ordre du 
culte public que le législateur ratta- 
che à certaines époques fixées par la 
division dutemps. Nous devons donc, 
avant de parler des époques du culte, 
faire connaître la division adoptée par 
Moïse. Le poète sacré, chantant les 
merveilles de la création de Jéhovah, 
dit : il a /ait la lune pour les temps 
ou les époques (Ps. 104, 19 ) , et en 
effet c'est la lune qui , dans la loi de 
Moïse, sert à fixer toutes les mesures 
du temps. Les jours se mesurent na- 
turellement par la variation de la 
lumière et des ténèbres; cependant, 
chez les Hébreux, comme chez plu- 
sieurs autres peuples qui avaient le 
calendrier lunaire, les jours commen- 
çaient par le soir ( Lév. 23 , 32 ) , par- 
ce que le croissant se lève le soir. Dans 
le récit de la création on lit toujours : 
El il fut soir et il fut matin 1 . Les 
jours, du temps de Moïse, n'étaient 
pas encore subdivisés en heures; la 
nuit se divisait en trois veilles 2 ; la 
division du jour, plus importante pour 
le rituel du culte, était donnée par la 
nature : le matin, le midi et le soir. 
Dans plusieurs passages, et notamment 
dans le rituel des cérémonies religieu- 
ses , on trouve l'expression entre les 
deux soirs que la Vulgate rend par 
vesperè ou ad vesperum 3 , et qui 
équivaut, à ce qu'il paraît, à notre 
dans V après-midi ; car, selon la tra- 
dition rabbinique, le premier soir 
commence au déclin du soleil (à midi 
et demi) et le second à son coucher *. 



1 Nox ducere diem videf.ur, dit Tacite , en 
parlant des mœurs des Germains (eh. il); 
il en était de môme chez les Grecs. D'autres 
peuples commençaient leurs jours au matin, 
ou a minuit, ou' à midi. Voy. Pline, Hist. 
Nat. Il, 79. 

2 Voy. Exode, 14, 24; et Juges, 7, 19. 

3 Voy. Exode, 12, 6; 16, 12 : 29, 39 et 41; 
30, 8; Lév. 23, 5; Nombres, 9, 3 ;2S, 4 et 8. 

4 Les Caraïtes soutiennent que, entre les 
deux soirs, veut dire entre le coucher du so 
leil et la nuit. Voy. Trigland, Diatribe de 

12. 



180 



L'UNIVERS. 



Sept jours formaient une période ap- 
pelée schaboua (semaine); il en est 
déjà question dans l'histoire du pa- 
triarche Jacob (Gen. 29, 27). Cette 
période se trouve chez les peuples les 
plus éloignés les uns des autres, même 
chez les Américains, et elle paraît avoir 
son fondement dans les quatre pha- 
ses de la lune » , dont chacune dure 
environ sept jours et neuf heures. On 
donna de bonne heure aux jours de 
la semaine les noms des planètes 2 ; 
mais les Hébreux, qui rattachaient 
leur semaine à la cosmogonie et qui 
en faisaient le symbole de la création, 
n'ont jamais adopté les noms des di- 
vinités planétaires, et ils disaient pre- 
mier jour, deuxième jour, etc. La 
troisième mesure du temps est dé- 
terminée par le cours total de la lune; 
c'est le mois, qui , chez les Hébreux , 
recommençait à chaque nouvelle ap- 
parition visible de la lune, et durait 
tantôt 29, tantôt 30 jours. Douze de 
ces mois lunaires formaient une an- 
née. De même que les jours de la se- 
maine, les mois n'avaient pas de noms, 
et on disait premier mois, deuxième 
mois , et ainsi de suite. Le premier 
mois cependant s'appelait aussi abib 
( mois des épis, ou mieux Germinal); 
dans ce mois tombaient le commence- 
ment du printemps et la Pâque, et 
les épis devaient être mûrs. On était 
donc obligé demettred'accord l'année 
lunaire avec le cours du soleil, ce qui 
se faisait par l'intercalation d'un 
treizième mois toutes les fois que, à 
la fin du douzième mois, on ne trou- 



sectd Karœorum, cap. 4, p. 27. Mais Josèphe 
est favorable à la tradition rabbinique; car, 
selon lui , on égorgeait l'agneau pascal entre 
la neuvième et la onzième heure , c'est-à- 
dire entre trois et cinq heures de l'après-midi. 
Voy. Guerre des Juifs, VI, 9, 3. 

1 Voy. Ideler, Handbuch der Chronolo- 
gie, t. I, p. 60 et 88. 

2 On les trouve en même temps, et dans 
le même ordre, chez les Égyptiens (Dion Cass. 
1. 37, c. 18) et chez les Indous. Voy. les no- 
tes de M. de Chézy au drame de Sacountala, 
n° 90. Bohlen, Das alte Indien, t. Il, p. 
348. On en trouve aussi des traces indubita- 
bles chez les Grecs (quoique ceux-ci comp- 
tassent leurs jours par décades). Voy. Val- 
kenar, De Aristobalo Judœo Alexandrino 
diatribe, p. 108, 113. Bohlen, 1. c. p. 246. 



vait pas le blé assez mur '. On voit 
que l'année des anciens Hébreux com- 
mençait au printemps. Plus tard quel- 
ques" changements furent introduits 
dans le calendrier civil; mais nous 
ne parlons ici que du calendrier mo- 
saïque, d'après lequel se réglaient 
les fêtes. 

Le culte quotidien consistait dans 
deux sacrifices dont l'un s'offrait le 
matin et l'autre dans l'après-midi , 
ou, comme dit le texte, entre les 
deux soirs. Chacun des sacrifices 
consistait dans un agneau offert en 
holocauste et accompagné d'une of- 
frande et d'une libation 2 . Nous avons 
déjà parlé de l'encens qu'on brûlait 
le matin et le soir sur un autel parti- 
culier, et des lampes du candélabre 
qui éclairaient le sanctuaire pendant 
toute la nuit. 

Mais certains jours, en rapport 
avec les mesures de temps que nous ve- 
nons de signaler, devaient être distin- 
gués par des solennités particulières ; 
certains autresjoursde l'année étaient 
consacrés à la mémoire des grands 
événements de l'histoire des Hébreux 
ou à des réjouissances qui se ratta- 
chaient à l'agriculture. A côté du but 
social et politique l'institution de ces 
jours solennels avait aussi un but 
religieux et moral. Il y en avait un qui 
était entièrement consacré aux pra- 
tiques religieuses, c'était le jour des 
expiations ; en ce jour l'Hébreu de- 
vait entièrement renoncer au monde 
et se réconcilier avec le Créateur, en 
s'abstenant de toute jouissance terres- 
tre, en devenant, pour ainsi dire, un 
être céleste. 

Sous ce rapport le législateur 
des Hébreux n'a rien emprunté 
aux cultes étrangers. A la vérité, nous 
trouvons les époques solennelles et 
les fêtes chez tous les peuples de l'an- 
tiquité; de même que les sacrifices, 
les fêtes étaient inséparables de l'idée 
du culte. Mais dans les fêtes des païens 



1 Voy. des Vignoles, Chronologie de 
V histoire sainte, t I, p. 684 et suiv. 

* Voy. Exode , 29 , 38 — 42 ; Nombres , 23, 
2—6. 



PALESTINE. 



181 



nous reconnaissons partout la nature 
divinisée; de même que le ciel, la 
' terre , le soleil , la lune , les planètes , 
sont les divinités de l'espace ^ de 
même l'année et les saisons sont 
personnifiées comme divinités du 
temps. Mais Jéhovah, l'être absolu, est 
au-dessus de l'espace et du temps, et 
c'est autour de Dieu, le maître de 
toute la nature, que les solennités 
périodiques devaient réunir les Hé- 
breux. Les fêtes des Hébreux portent 
un caractère moral et religieux qui 
leur est particulier ;ellesnesont point, 
comme les sacritices et le sacerdoce, 
une institution locale, et elles sont 
pour l'Israélite de nos jours ce qu'elles 
étaient pour l'ancien Hébreu, car elles 
représentent, sous une forme symbo- 
lique, les points principaux des croyan- 
ces mosaïques qui restent toujours les 
mêmes, quelles que soient les modifi- 
cations que le temps ait fait subir au 
culte des Hébreux. 

Cependant, s'il est permis de rat- 
tacher les fêtes instituées par Moïse à 
quelque idée orientale plus ancienne, 
qui a pu guider le législateur, du 
moins dans la forme qu'il donne à 
ces institutions, on retrouvera ici 
cette influence mystérieuse du nom- 
bre sept qu'on rencontre si souvent 
dans l'antiquité ontntale.Nous avons 
déjà fait remarquer que la semaine 
était commune aux Indous,aux Égyp- 
tiens et à plusieurs autres peuples. 
Nous retrouvons encore ce nombre 
mystique dans les sept mondes (locas), 
les sept Richis ou Saints, les sept 
mers et les sept grandscontinents(Z)y2- 
pas) des ïndous , les sept Amschaspaix- 
das (archanges) des anciens Perses 1 . 
Parmi les Grecs ce furent principale- 
ment les pythagoriciens qui ratta- 
chaient au nombre sept une idée de 
sainteté 2 . Le fond de ce mystère est 
probablement dans les sept planètes à 



1 On peut voir beaucoup d'autres exem- 
ples dans l'ouvrage de M. de Hammer, intitulé 
Encyclopœdische Uebersicht, etc. ( Résumé 
encyclopédique des sciences de l'Orient), p. 
322-324, et dansBohlen, I. c. p. 247- 

2 Voy. Brucker, Hist. crit. Philosophiez, 
t I , p. 1055. 



l'influencedesquelles était subordonné 
tout le monde sublunaire 1 . 

Quoi qu'il en soit, le nombre sept, 
auquel la cosmogonie hébraïque donne 
une haute importance, joue aussi un 
grand rôle dans les temps sacrés des 
Hébreux . Le septième jour de la 
semaine est sacré; la Pâque et la 
fête des Tabernacles durent sept 
jours; on compte sept semaines de 
la Pâque à la Pentecôte ; le premier 
jour du septième mois est distingué 
par une solennité particulière, et une 
grande partie dece mois est consacrée 
à des fêtes; la septième année est sa- 
crée , et après sept fois sept ans on 
célèbre le jubilé. Mais , il ne faut pas 
l'oublier, ce nombre, qui chez les païens 
se rattache au culte de la nature, est 
sanctilié chez les Hébreux par leur 
croyance fondamentale et leur rappelle 
sans cesse le Dieu créateur et les pé- 
riodes de la création 2 . 

S'il est vrai que cette idée générale 
a guidé le législateur dans la distri- 
bution des temps sacrés, les fêtes en 
elles-mêmes diffèrent cependant par 
l'idée particulière qu'elles renferment 
à côté de l'idée religieuse qui plane sur 
toutes, et nous pouvons les diviser en 
trois classes : fêtes septénaires et chro- 
nologiques, fêtes historiques etagrono- 
miques et fêtes purement religieuses. 

1 Cette opinion me parait être clairement 
indiquée par Cicéron , dans le fragment connu 
sous le tilre de Somnium Scipionis et qui 
faisait partie du 6 e livre de la République. 
A l'endroit où il est question de l'harmonie 
des sphères planétaires nous lisons : Septem 
efflciunt distinctes intervallis modos ; qui 
numerus rerum omnium fere nodus est. Voy. 
le livre De Republicd, p. 382 ( dans la Biblioth . 
class. de Lemaire). — On peut voir d'autres 
conjectures sur la sainteté du nombre sept, 
dans Bœhr, Symbolik, t. I,p. 187 et suiv. 
et dans mes Réflexions, etc., p. 50, note I. 

a Nous rappellerons encore que certaines 

Euriticalions ne peuvent s'accomplir qu'au 
ont de sept jours; le sacre des prêtres du- 
rait sept jours; avec le sang de certaines vic- 
times on faisait sept aspersions sur l'autel ; 
le candélabre avait sept branches. Même 
dans la partie historique du Pentateuque, et 
dans les aulres livres de la Bible, nous voyons 
souvent paraître les nombres 7 et 70 comme 
nombres ronds , et il est à remarquer que la 
racine y^^, de laquelle dérivent ces nom- 
bres , sert aussi en hébreu à former le verbe 
jurer et le mot qui signifie serment. 



182 



L'UNIVERS. 



À la première appartiennent les sabbats 
et les néoménies ; la deuxième embrasse 
les trois grandes fêtes: la Pàque 3 la 
Pentecôte et la fête des Tabernacles; 
la troisième ne renferme qu'une seule 
fête, le jour des expiations. 

A. FÊTES SEPTÉNAIRES ET CHRONOLOGIQUES. 

a. Le Sabbat. 

La célébration du septième jour de 
la semaine, comme symbole de la 
création (Exode, 20, 11; 31, 17), 
remonte avant lalégislation mosaïque. 
Souviens-toi de sanctifier le sabbat, 
dit ledécalogue, et dans l'histoire de 
la manne où il est question , pour la 
première fois, du repos du sabbat, on 
paraît en parler également comme 
d'une chose connue (ib. 16, 23). On 
sait que , selon la Genèse , Dieu lui- 
même sanctifia le septième jour et le 
bénit; car en ce jour le Créateur avait 
cessé (sghab4th) son ouvrage; aussi 
ce jour est-il destiné avant tout à la 
cessation du travail et au repos ; de 
là il s'appelle schajbbath {cessaior). 
Dans l'histoire des patriarches nous 
n'en trouvons pas de traces, bien 
qu'il y soit question de la semaine ; les 
nomades, dont toute l'occupation 
consistait à faire paître les troupeaux, 
ne pouvaient guère interrompre leur 
ouvrage. Il paraîtrait donc que l'usage 
de célébrer le sabbat avait commencé 
en Egypte, avant la servitude ou 
immédiatement après la sortie d'E- 
gypte, comme le disent les rabbins, 
qui pensent que le sabbat faisait partie 
des lois publiées à Marah (ib. 15 , 25). 

La célébration du sabbat, comme 
l'indique le nom lui-même, consistait 
principalement dans le repos. Les tra- 
vaux devaient cesser ce jour-là; les 
esclaves et même les animaux devaient 
aussi jouir d'un repos absolu, et ce 
repos rappelait non-seulement la ces- 
sation des œuvres de la création , mais 
aussi la délivrance de l'esclavage d'E- 
gypte, comme le dit la deuxième ré- 
daction du décalogue (Deut. 5, 15). 
Le repcsdu sabbat était le signe de l'al- 
liance que Jéhovah avait conclue avec 
les Hébreux (Exode, 31,13-1 7). En vio- 
Jant le sabbat on rompait cette al- 



liance; c'était un crime de haute 
trahison contre le roi Jéhovah, et la loi 
veut que ce crime soit puni de mort. 
Elle se montre sévère pour la vio- 
lation publique du sabbat, fut-ce 
même par un travail insignifiant, et 
Moïse décréta la peine de mort contre 
un homme qui avait publiquement 
ramassé du bois le jour du sabbat 
(Nomb. 15, 32-36). Au reste, la loi 
mosaïque qui défend tout travail, ne 
spécifie pas les occupations aux- 
quelles il était défendu de se livrer le 
jour de sabbat '; outre le casque nous 
venons de rapporter, elle défend de 
recueillir la manne ( Ex. 16 , 23 ) , de 
faire des excursions (ib. v. 29) 2 et 
d'allumer du feu (ib. 35 , 3). Quant à 
cette dernière défense , on l'a mise en 
rapport avec celle qui interdit de 
faire cuire les aliments 3 et qui 
résulte indirectement du passage de la 
manne que nous venons de citer. 
Mais le texte ne renferme aucun indice 
à ce sujet, et il ne serait pas impos- 
sible que la défense d'allumer du 
feu eût pris son origine dans quel- 
que usage païen , dans quelque rite 
inconnu du culte de Saturne que 
Moïse craignait de voir imiter par 
les Hébreux. 

Les travaux nécessaires pour les 
pratiques du culte suivaient , le jour 
de sabbat, leur cours ordinaire; les 
prêtres faisaient tout ce qui était 
prescrit pour les sacrifices, et on 
opérait aussi la circoncision 4. 

Quant au service militaire, quoique 
la loi ne renferme aucune disposition 
spéciale à cet égard, le simple bon sens 



1 Le prophète Jérémie (I7 ; 21) défend de 
porter des fardeaux, et Nehémia (10,32) 
interdit le commerce. La tradition énumère 
trente-neuf travaux défendus, qu'elle appelle 
travaux-pères , et elle défend en outre plu- 
sieurs occupations de second ordre. Voy. 
Mischnah, Schabbâth, ch. 7, §2. 

? Selon la tradition rabbinique , on ne 
pouvait s'éloigner au delà de 2,000 coudées 
du camp ou de la ville; c'est pourquoi cette 
distance s'appelait chemin sabbatique. Actes 
des Apôtres, i , 12. -" 

3 Voy. Michaëlis, Mos. Recht, t. IV, § 
195, p. 122 et suiv. ; Salvador, Instit.de 
Moïse, t. I,p. 88. 

4 Voy. les Évangiles, Matth. 12, 5 ; Jean, 
7,22. 



PALESTINE. 



183 



«dit qu'il ne pouvait être défendu de 
combattre les ennemis , le jour de 
sabbat, et de faire toutes les opéra- 
tions nécessaires, surtout lorsqu'il 
s'agissait de repousser une attaque. 
C'est un fait historique , bien que la 
tradition l'ait enveloppéd'un voile mer- 
veilleux, que les opérations du siège 
de Jéricho durèrent sept jours consé- 
cutifs (Jos. ch. 6 ) , dont l'un était né- 
cessairement un sabbat. C'est donc 
tout à fait dans l'esprit de la loi que 
les codes rabbiniques ordonnent de 

Ï poursuivre les opérations militaires 
e jour du sabbat, même dans une 
guerre offensive « , et ce n'était que 
l'effet d'une déplorable exaltation 
si , après l'exil, nous voyons quelque- 
fois les soldats juifs subir les attaques 
et même la mort, plutôt que de sor- 
tir de leur repos sabbatique 2 . 

Il n'est pas probable, du reste, qu'on 
se soit borné à célébrer le sabbat par 
le repos absolu. A la vérité, la loi de 
Moïse ne parle expressément que de 
cette célébration négative; mais le 
sabbat et les autres jours de fête sont 
appelés par Moïse Mikra Kodesch 
(convocation sainte) 3 , et on pour- 
rait conclure de là que ces jours étaient 
consacrés à des assemblées publiques 
où on s'entretenait surtout des choses 
religieuses 4. Plus tard, quand l'ins- 
titut des orateurs ou des prophètes 
se fut développé, on se rendait auprès 
d'eux, aux jours solennels, pour en- 
tendre leurs discours, et les femmes 
elles-mêmes participaient à ces réu- 
nions (2 Rois, 4, 23). On s'occupait 
aussi de l'étude des lois 5 , et depuis 
rétablissement des synagogues on s'y 
réunissait le jour de sabbat pour prier, 
pour lire et expliquer les livres 

1 Voy. Maimonide, Main forte ou Abrégé 
du Thalmud , 1. XIV, i me section, Des rois 
et des guerres , ch. 6 , § il. 

2 Voy. I Maccab., 2, 34-38; Josèphe, An- 
tiqu. XII , 6, 2 ; Guerre des Juifs ,1,7,3. 

3 Lévit., ch 23, v. 2 et suiv. Voy. la tra- 
duction de M. Catien et la note au verset 2. 
La Vulgate ne rend pas bien ces mots. 

4 Voy. Salvador. 1. c. ; nous observerons 
seulement que les détails que donne cet 
auteur sur les assemblées du sabbat sont 
des lictions qui ne s'appuient sur aucun texte 
positif. 

4 Voy. Josèphe, Antiqu. XVI ,2,4. 



saints 1 . Mais la loi mosaïque, qui 
insiste surtout sur le repos du sab- 
bat, n'ordonne positivement d'autre 
célébration publique qu'un sacrifice 
extraordinaire qu'on devait offrir dans 
le sanctuaire, entre les deux sacrifices 
quotidiens, et qui se composait de deux 
agneaux offerts en holocauste et 
acompagnés chacun d'une offrande et 
d'une libation; en outre, on posait sur la 
sainte table les douze pains de propo- 
sition qui se renouvelaient chaque se- 
maine. 

Comme tous les jours de fête, le 
sabbat commençait dès la veille au 
soir et finissait au coucher du soleil. 
Les aliments et autres objets néces- 
saires devaient être préparés la veille 
(Ex. 16, 23); de là le sixième jour de 
la semaine est appelé, dans le Nou- 
veau Testament, Parasceué (kt.?*- 

(Mcuri) 2 . 

b. Les ISéoménies et le mois sabbatique. 

L'apparition de la nouvelle lune se 
célébrait par un holocauste extraor- 
dinaire offert entre les deux sacrifices 
quotidiens et composé de deux jeu- 
nes taureaux, un bélier et sept agneaux; 
on y ajoutait un jeune bouc , comme 
sacrifice de péché, et les différentes 
victimes étaient accompagnéesde leurs 
offrandes et de leurs libations res- 
pectives (Nombres, 28, 11-15). Le 
texte de la loi ne dit rien sur la fixa- 
tion des Néoménies ; niais l'usage rap- 
porté par la tradition est très-simple 
et naturel, et remonte sans doute à une 
haute antiquité. Comme les Hébreux 
n'avaient pas de calcul astronomique, 
les Néoménies ne pouvaient êtres fixées 
que par l'observation matérielle de la 
nouvelle lune , et comme celle-ci ne 
pouvait s'observer que vers le soir, 
le sacrifice se célébrait le lendemain 
de l'observation, qui était considéré 
comme le premier jour du mois. 
Le trentième jour de la lune on rece- 
vait, jusque dans l'après-midi, le 
témoignage de ceux qui pouvaient 
avoir découvert la nouvelle lune le 

'Voy. Marc, 1,21; 6, 2 , et beaucoup 
d'autres passages du Nouveau Testament. 
2 Matth. 27 . 62 , et passim. 



184 



L'UNIVERS. 



vingt-neuf au soir, et, s'il en était 
temps encore, on célébrait la Néomé- 
nic ce même jour; mais si aucun té- 
moignage n'arrivait à temps , le len- 
demain du trente était célébré sans 
aucune observation préalable \ On 
annonçait la nouvelle lune par de 
grands feux allumés sur les hauteurs 
qui se reproduisaient de distance en 
distance; mais plus tard on expédia 
des courriers dans les provinces , par- 
ce que les Samaritains allumaient 
quelquefois des feux afin de tromper 
les Juifs par un faux signal. 

Selon l'opinion de Maimonide 2 
et de quelques théologiens chrétiens 3 , 
le. sacrifice des Néoménies, offert 
à'Jéhovah, fut institué par opposition 
au culte que plusieurs peuples, et 
notamment les Égyptiens, offraient à 
la nouvelle lune. Chez les Hébreux le 
jour de la nouvelle lune n'était pas 
une fête proprement dite; la loi mo- 
saïque ne le mentionne pas parmi les 
jours de fête appelés Mikra Kodesch 
(Lév. ch. 23) , et il en est question 
seulement dans le rituel des sacrifices 
additionnels (Nomb. ch. 28 et 29). 
Nous savons cependant par les livres 
historiques et prophétiques que les 
Néoménies se célébraient par des re- 
pas solennels. On interrompait les 
affaires et on se réunissait chez les pro- 
phètes, comme au jour du sabbat 4. 

Le premier jour du septième mois 
était un véritable jour de fête, on le 
célébrait par le repos comme le sab- 
bat, dont il porte aussi le nom ( Lév. 
23, 24). Mais il était permis ce jour- 
là de préparer les aliments , et la loi 
ne punit pas de mort celui qui aurait 
rompu le repos de ce sabbat. Moïse 
Y&ppéWejour deretentissement (Nomb. 
29, 1 ) et souvenir de retentissement 
(Lév.l.c), parce qu'on l'annonçait au 

1 Cet usage est suivi encore maintenant 
par les Caraïles du Caire et de Jérusalem, 

3ui n'ont pas adopté le calcul astronomique 
es rabbins. 

2 More Nebouchlm, III, 46, version de 
Buxtorf, p. 488. 

3 Spencer, 1. c. 1. III, dissert. 4, c. 1. 
Michaëlis, I. c. § 200, p. 170. 

* Voy. I Samuel, en. 20, v. 5, 6, 18 et 
suiv.; i Rois, 4, 23; isaïe, 1 , 13; Amos, 
8, 6. 



son des trompettes 1 . Pendant le sa- 
crifice des jours de fête et des Néomé- 
nies on sonnait toujours de la trompette 
pour un souvenir devant Dieu (Nomb. 
10, 10). La loi veut que la septième 
Néoménie s'annonce par des sons re- 
tentissants, plus forts et plus solen- 
nels que ceux des autres Néoménies a ; 
car c'est le commencement du mois 
sabbatique, dans lequel on célèbre aussi 
le grand jour des expiations. Outre 
les sacrifices additionels des Néomé- 
nies ordinaires , on offrait ce jour-là 
un jeune taureau , un bélier et sept 
agneaux en holocauste et un jeune 
bouc comme sacrifice de péché, ainsi 
que les offrandes et les libations res- 
pectives. 

Selon la tradition des rabbins, cette 
fêteétaitl'anniversairedela création, et 
ils l'appellent Rosch H asch-schan ati 
(le commencement de l'année); mais 
l'année des anciens Hébreux commen- 
çait évidemment vers l'équinoxe du 
printemps, et Moïse dit expressé- 
ment, en parlant du mois Abïb qui 
est la lune du printemps : ilserapour 
vous le premier des mois de l'année 
(Exode, 12, 2). Il n'existe pas de trace, 
dans toute la Bible, d'une solennité 
pour le premier jour de l'an 3 . Cette 
solennité, rattachée par les rabbins 
au premier jour du septième mois y 
était inconnue aux anciens Hébreux 
et n'a commencé probablement qu'a- 
près la mort d'Alexandre le Grand, 
lorsque les Juifs, sous la domination 
syro-macédonienne, adoptèrent l'ère 
des Séleucides ; car l'année des Syriens 
commençait à l'équinoxe d'automne, 
par le mois d'octobre 4. 

c. Les années sabbatiques. 

La terre aussi devait célébrer son- 
sabbat; après avoir été labourée pen- 

1 La Vulgate porte dans le passage des 
Nombres: Quiadies clangorisestettubarum^ 
et dans celui du Lévitique : Sabbatum me- 
moriale clangentibus tubis. 

2 Voy. Réflexions, p. 54, note 2. 

3 Le prophète Ézéchiel , à ce qu'il par 
raît, voulait introduire un sacrifice particu- 
lier pour le premier et le septième jour de- 
la lune du printemps. Voy. Ez. ch. 45, v. 
18—20. 

4 Voy. Réflexions, p. 55- 



PALESTINE. 



185 



dant six ans , elle devait rester en fri- 
che la septième année, appelée année 
de sabbat. Le cultivateur devait 
se reposer; il ne devait ni ensemen- 
cer le champ ni tailler la vigne et l'o- 
livier, et il lui était même prescrit 
d'abandonner tout ce que la terre 
produisait spontanément, et les fruits 
des arbres, aux pauvres, aux étran- 
gers et aux animaux'. A l'abandon 
de la terre se rattachait aussi celui des 
créances dont le payement ne pou- 
vait être réclamé pendant la septième 
année. A cause de ce double abandon, 
l'année sabbatique s'appelait aussi 
Schemitta (relâche, abandon). 
Nous reviendrons plus loin sur l'an- 
née sabbatique considérée sous le 
rapport social et économique. Ici où 
nous ne nous occupons que du cuite, 
nous indiquons seulement cette cessa- 
tion de l' agriculture, travail parexcel- 
lence du peuple hébreu. Sous le rap- 
port religieux le repos de la septième 
année avait le même but qui celui 
du septième jour; c'était le sym- 
bole de la création. Mais le repos de 
l'année sabbatique ne pouvait être 
analogue à celui du sabbat; on se 
bornait donc seulement à interrompre 
le travail principal, celui de la terre. 
Chaque année sabbatique, pendant la 
fête des Tabernacles, la loi devait être 
lue près du sanctuaire, en présence 
de tout le peuple. Les femmes et les 
enfants, et même les étrangers éta- 
blis parmi les Hébreux, assistaient à 
cette lecture. 

La loi ne fixe rien sur le commen- 
cement des périodes sabbatiques qui 
n'étaient établies que pour la Pales- 
tine. Selon la tradition, elles auraient 
commencé quatorze ans après l'entrée 
des Hébreux dans le pays de Canaan ; 
car la conquête avait duré sept ans 
(Jos. 14, 10), et le partage des ter- 
rains, selon la tradition, en aurait duré 
autant 2 . 

Après la révolution de sept périodes 

1 Voy. Exode, ch. 23, v. 10 et II; ch. 
34, v. 21; Lévitique, ch. 25, v. 2—7; Josè- 
phe, Antiqu. III, 12, 3. 

a Voy. Séder Olàm Rabba, c. II. Lei- 
decker, De Rep., Hebr. p. 314. 



sabbatiques ou de quarante-neuf ans , 
on célébrait le Jubilé. Selon le texte 
(Lév. 25 , 10), l'année du jubilé était 
la cinquantième et non la quarante- 
neuvième, de sorteque les périodes sab- 
batiques recommençaient l'année cin- 
quante et un. Toutes les difficultés 
qu'on a élevées à cet égard 1 doivent 
céder devant la lettre du texte. La cé- 
lébration du Jubilé, sous le rapport de 
l'agriculture, était la mêmequecellede 
l'année sabbatique. En outre, on devait 
restituer les terrains qui avaient été 
vendusetrendre la libertéaux esclaves 
hébreux. Nous reviendrons plus loin 
sur les lois du Jubilé destinées à ré- 
tablir l'équilibre, tous les cinquante 
ans, dans les familles et les tribus. 
Le Jubilé se proclamait le dixième 
jour du septième mois, qui était le 
jour des expiations, par le son reten- 
tissant du Yobel (probablement une 
espèce de cor); de là le nom de Jubilé. 
On voit que le Jubilé, et par consé- 
quent aussi l'année sabbatique, com- 
mençait vers l'équinoxe de l'automne, 
après la fin de toutes les récoltes. 

Nous avons déjà dit 2 que l'année 
sabbatique et le Jubilé ne furent pro- 
baolement pas observés avant l'exil 
de Babylone ; mais , après cet exil , ils 
le furent rigoureusement 3 , et nous 
voyons par quelques passages de 
Josèphe qu'on interrompait quelque- 
fois les opérations de guerre pendant 
l'année sabbatique 4, ce qui n'était 
nullement dans l'esprit de la loi. 

B. FÊTES HISTORIQUES ET AGRONOMIQUES. 

Outre le but général des jours so- 
lennels, cette seconde classe de fêtes 
avait encore un but particulier; les 
trois grandes fêtes étaient en rapport 
avec l'agriculture, base de la cousti- 

• Voy. des Vignoles, Chronologie de l'his- 
toire sainte, t. I, p. 698 et suiv. Winer, Bibl. 
RealwœrU-rbuch , t. I, p. 734. 

2 Voy. ci-dessus, page 140. 

3 Voy. Néhémia, 10, 32; I Maccab. 6, 
49. Comparez Tacite, Hist V, 4 : Septimo 
die otium plncuisse Jerunt , quia is Jinem 
laborum tule.rit; dein, blandiente inertie, 
septimum quoque annum ignaviœ dalum. 

4 Voy. Antiqu. XIII, 8, I. Alexandre le 
Grand exempta les Juifs de payer le tribut 



1SC 



L'UNIVERS. 



tution du peuple hébreu, et en même 
temps , elles se rattachaient aux évé- 
nements les plus mémorables de l'his- 
toire de ce peuple. Elles étaient, sous 
ces deux rapports , des fêtes natio- 
nales par excellence , et devaient réu- 
nir toutes les tribus, ou du moins 
tous les hommes capables d'entrepren- 
dre le voyage, autour du sanctuaire 
de Jéhovah. Le pèlerinage ordonné 
pour les trois fêtes ' devait rappro- 
cher les tribus à différentes époques de 
l'année, et c'était un moyen de main- 
tenir toujours l'esprit public et l'unité 
de la nation, ces grandes réunions 
populaires donnant toujours un nou- 
vel essor à la vie religieuse et à la 
vie politique. C'est probablement de 
ce pèlerinage que les trois fêtes de 
la Pâque, de la Pentecôte et des Ta- 
bernacles ont reçu particulièrement 
le nom de hag 2 . b Les pèlerins ne de- 
vaient pas apparaître devant Dieu les 
mains vides (Deut. 16,16); ils appor- 
taient les prémices et la seconde 
dîme, ils offraient des sacrifices paci- 
fiques et donnaient des repas solennels 
auxquels ils invitaient les lévites, 
les pauvres et les étrangers (ib. v. 11 
et 14). Quant au degré de sainteté 
attribué à ces fêtes , il était le même 
que celui de la septième Néoménie; 
tout travail était interdit, excepté 
la préparation des aliments. Telles 
étaient les règles communes aux trois 
fêtes, dont chacune cependant avait 
ses rites particuliers. Nous allons les 
considérer chacune sous son point de 
vue spécial. 

pendant l'année sabbatique , et plus tard 
César leur accorda la même faveur. Voy. ibid. 
XI, 8, 5; XIV, 10, 6. 

1 Voy. Exode, ch. 23, v. 14 — 17; ch. 34, 
v. 23; Deutéronome,ch. 16, v. 16. 

2 Les lexicographes font venir le mot jj-j 
du verbe 33 p; auquel ils donnent le sens de 
danser , fêter ; mais il est plus probable que 
le verbe vient du substantif. Le mot hag ou 
hadj désigne , chez les Arabes, le pèlerinage 
de la Mecque; chez les Hébreux il désigne 
particulièrement les trois fêtes ûe pèlerinage. 
Il s'emploie ensuite dans le sens de Jéte en 
général, de là le verbe hagag ou hagg , célé- 
brer une fête, être joyeux , danser. Le Hadj 
des musulmans n'est pas une institution de 
Mahomet , les Iraditions arabes le font re- 
monter jusqu'à Abraham. Voy. Pococke, 
Spécimen hiatorice Arabum , p. 311.' 



a. La Pâque. 



La fête de Pâque, célébrée en com- 
mémoration de la sortie d'Egypte, 
commençait le quinzième jour du 
mois d'Jbib, c'est-à-dire le qua- 
torzième au soir; elledurait sept jours 
et finissait au soir du vingt et un. La 
veille de la fête, le quatorzième jour 
du mois , entre les deux soirs, chaque 
famille devait immoler, dans le par- 
vis du sanctuaire, un agneau ou 
un jeune bouc, âgé d'un an et sans 
défaut, et le sang reçu par les prêtres 
devait être versé au pied de l'autel. 
La victime rôtie tout entière sur le 
feu était consommée le soir même, 
avec des pains azymes et des herbes 
amères et on n'en devait rien laisser 
cour le lendemain ; ce qui ne pouvait 
être mangé le soir devait être brûlé. 
Si une famille n'était pas assez nom- 
breuse pour consommer la victime, 
elle pouvait s'associer avec une autre. 
Cette victime, appelée l'agneau pas- 
cal, devait rappeler chaque année le 
rite observé par les Hébreux la veille 
de leur sortie d'Egypte (Ex. 12 , 3 et 
suiv.) • ; les pains azymes rappelaient 
le départ précipité , qui n'avait pas 
permis de faire lever la pâte , et les 
herbes amères étaient le symbole des 
amertumes de la servitude d'Egypte. 

L'usage des pains azymes était 
ordonné pour les sept jours de la 
fête, pendant lesquels on ne pouvait 
pas même conserver le levain dans 
la maison (ib. v.19) ; la loi menace de 
la peine du retranchement (dont nous 
parlerons dans la troisième partie) 
celui qui, pendant la Pâque, aurait 
mangé du pain fermenté; c'est pour- 
quoi la Pâque s'appelle aussi hag 
hammaççôïh (fête des azymes). 

Pour le* culte public la loi prescrit 
un sacrifice extraordinaire : chacun 
des sept jours on offrait, outre le 
sacrifice quotidien, un holocauste 

1 Voy. ci-dessus, page 121, où nous 
avons indiqué l'origine du mot Pâque. Ceux 
qu'une impureté ou un long voyage empê- 
chait de se rendre au sanctuaire le 14 du 
mois (VAbib, célébraient le rite de l'agneau 
pascal le 14 du deuxième mois (Nombres » 
ch. 9, v. 9—14). 



PALESTINE. 



187 



composé de deux jeunes taureaux,un 
bélier et sept agneaux, ainsi que des 
offrandes et des libations , et un bouc 
comme sacrifice dépêché. Cependant 
le premier et le septième jour étaient 
seuls considérés comme jours de re- 
pos et de fête, et il était permis de 
travailler pendant les cinq jours inter- 
médiaires 1 . 

La Pâque était aussi la première 
époque des récoltes; elle était la fête 
de la moisson de l'orge, la glus hâtive 
des céréales, et c'est aussi dans ce 
sens que la fête devait être célébrée 
par un rite particulier. Le lendemain 
du premier jour de Pâque, ou le 
seizième jour de la lune 2 , on pré- 
sentait dans le sanctuaire une gerbe 
d'orge de la nouvelle moisson; un 
prêtre faisait avec cette gerbe la cé- 
rémonie de l'agitation 3 , et , en 
même temps, on offrait un agneau 
en holocauste, accompagné d'une 
offrande et d'une libation. Avec cette 
cérémonie la moisson était déclarée 
ouverte, et alors seulement il était 
permis de manger du blé nouveau 
(Lév. 23 , 9— 14). 

b. La Pentecôte. 

A partir du jour de la cérémonie 
dont nous venons de parler, on comp- 
tait sept semaines, ou quarante-neuf 
jours, et le cinquantième jour était 
célébré comme une fête solennelle 
(ib. v. 15-21). Moïse l'appelle fêtedes 
semaines 4; plus tard on lui donna 
le nom grec de nsvTwoarTYi (cinquan- 

1 Voy. Exode, ch. 12, v. 16; Lév. ch. 
23, v. 7 et 8; Nombres, ch. 28, v. 18 et 
25. 

2 Le texte dit (Lév. 23, il): Le lendemain 
du Sabbat; selon la tradition rabbinique, le 
mot Sabbat, pris dans le sens général de fête, 
jour de repos, désigne ici le premier jour de 
la fête de Pâques, et un passage du : livre de 
Josué ( 5 , n ) est très -favorable à cette expli- 
cation , qui est aussi admise par Josèphe ( An- 
tiqu. III, 10, 5). Cependant les Saducéens, 
prenant le mot Sabbat dans son sens ordi- 
naire, prétendaient que l'orge devait être 
présentée le dimanche des sept jours de Pâ- 
ques. Cette opinion est aussi celle des Sama- 
ritains et des Caraïles. Yoy. le Repertorium 
d'Eichhorn, t. IX, p. 13; Trigland, De sectâ 
Karœorum , c. 4, p. 28. 

3 Voy. ci-dessus, page Id. 

4 Exode, 34, 22; Dcut. IG, 10 et 16. 



tième) , d'où vient celui de" Pentecôte. 
Cette fête se rattache à la Pâque, 
sous le rapport agronomique: la mois- 
son commencée par l'orge, pendant 
la pâque , se terminait par le froment 
vers la Pentecôte , qui s'appelait aussi 
fête de la moisson (Exode, 23, 16), 
et qui était particulièrement consa- 
crée au froment ( ib. 34, 22 ). Cette 
fête ne durait qu'un jour; son rite 
particulier consistait dans l'offre de 
deux pains fermentes, faits de fleur 
de farine de froment , comme prémi- 
ces de la nouvelle récolte. De là le jour 
de la Pentecôte s'appelait aussi jour 
des prémices ( Nombres , 28 , 26 ). 
Avec les deux pains on offrait un 
holocauste de sept agneaux , un jeune 
taureau et deux béliers, accompagnés 
des offrandes et libations d'usage, 
et un bouc comme sacrifice dépêché. 
On y ajoutait un sacrifice pacifique 
de deux agneaux ; avant de les immo- 
ler, on les joignait aux deux pains 
des prémices, pour pratiquer avec 
ces différents objets le rite symbo- 
lique de X agitation ( Lév. 23 ,20). 
Ces différents sacrifices, que le Lévi- 
tique dit positivement être les acces- 
soires des deux pains des prémices, 
ne doivent pas être confondus avec 
ceux que mentionne le rituel des sa- 
crifices additionnels des jours de fê- 
te (Nombres, 28, 27 — 30). Selon 
ce rituel , on offrait pour la fête de 
la Pentecôte des sacrifices particuliers 
qui étaient les mêmes que ceux de 
la Pâque (voy. ci-dessus). Aussi Jo- 
sèphe compte-t-il en tout trois jeunes 
taureaux, trois ■ béliers et quatorze 
agneaux offerts en holocauste, et 
deux boucs, comme sacrifices de pé- 
ché. 

Selon le texte de la loi, la Pente- 
côte n'aurait été qu'un complément 
à la Pâque et la clôture 2 de la mois- 

1 Quoique le texte de Josèphe {Ant. III , 
10, 6 ) porte xptoù; ôuo, deux béliers] (proba- 
blement par une faute des copistes), on doit 
lirexpeiç. 

s C'est peut-être dans ce sens que Josèphe 
et les rabbins l'appellent Acèreth mAsartha 
( oKKxpôà ), nom dont le sens n'est pas bien 
clair (voy. ci-après ), mais par lequel Moïse 
désigne les jours de clôture de la Pâque et 



183 



L'UNIVERS. 



son. La tradition cependant donne 
à la Pentecôte un sens historique et 
en fait 

la fameuse journée 
Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée. 

En effet, la proclamation du Dé- 
calogue a dû avoir lieu dans les pre- 
miers jours du troisième mois (Exode, 
19, 1), environ cinquante jours après 
la Pâque. Mais la Pentecôte, que les 
Juifs rabbanites célèbrent toujours 
le 6 du troisième mois (Siwân), ne 
pouvait pas se rattacher à une date 
fixe avant l'établissement du calcul 
astronomique, et les anciens Hébreux 
ont dû la célébrer entre le 5 et le 7. 
Aussi Moïse ne fîxe-t-il nulle part la 
date de la Pentecôte, comme il le 
fait pour les autres fêtes. 

c. La fêle des Tabernacles. 

Le quinzième jour du septième mois, 
commençait la fête des Tabernacles 
ou des cabanes (Succoth). Pendant 
sept jours les Hébreux devaient de- 
meurer dans des cabanes, en com- 
mémoration de la vie nomade du dé- 
sert(Lév. 23, 42). La loi nese prononce 
pas sur la manière de construire les 
cabanes , mais nous voyons par un 
passage de Néhémia(8, 15) qu'on y 
employaitdes feuillages d'oliviers, de 
myrtes, de pommiers, etc., et qu'elles 
se dressaient dans les rues et les places 
publiques, dans les cours des maisons 
et sur les toits. Cette fête , sous le 
rapport agronomique, signalait la 
fin de toutes les récoltes, la rentrée 
de tous les fruits des arbres et de la 
vigne ». La loi ordonne (Lév. 23, 40) 
de porter, le premier jour de la fête 
(comme symbole de la récolte), un 
faisceau composé de plusieurs plantes, 
savoir, le fruit d'un des plus beaux 
arbres, des spathes du dattier, la 
branche d'un arbre à feuilles épaisses 
et des saules de rivière. C'est du 
moins dans ce sens que le verset du 
Lévitique est expliqué par la tradition 

delà fête des Tabernacles. Voy. les notes sur 
Josèphe dans l'édition de Havercamp, 1. 1, 
p. 179. 

1 Voy. Exode, 23, 16; Lév. 23, 39; Deut. 
16. 13 



selon laquelle le fruit du bel arbre , 
est le cédrat (Et hrog), et l'arbre a 
feuilles épaisses est le myrte 1 . Tous 
les fidèles portaient de pareils fais- 
ceaux en procession , comme le font 
les juifs encore aujourd'hui. Cepen- 
dant, il n'est pas certain que cet usage 
remonte au temps mosaïque; les 
adversaires de la tradition, tels que 
les Samaritains, lesSaducéenset les 
Caraïtes, soutiennent que, dans le 
verset du Lévitique, il n'est question 
que des différentes plantes qu'il fal- 
lait employer pour la construction et 
l'ornement des cabanes, ce qui paraî- 
trait en effet résulter du passage de 
Néhémia. 

La fête des Tabernacles était la 
plus grande et la plus joyeuse de 
toutes; on l'appelait la fête par ex- 
cellence 2 . Le premier des sept jours 
était seul consacré au repos, mais 
tous les jours de cette fête on offrait 
de nombreux sacrifices additionnels. 
Comme à toutes les fêtes on offrait 
un bouc pour Le péché; mais l'holo- 
causte se composait de deux béliers 
et de quatorze agneaux , auxquels on 
joignait, le premier jour, treize jeunes 
taureaux, le second douze, le troi- 
sième onze, le quatrième dix, le cin- 
quième neuf, le sixième huit, et le 
septième sept. Les offrandes et les 
libations étaient en raison des victi- 
mes (Nombres, 29,12—34). 

Immédiatement après la fête des 
Tabernacles, c'est-à-dire le 22 du 
septième mois, on célébrait un jour 
comme fête de clôture. Ce huitième 
jour était, comme le premier, consacré 
au repos; il est appelé Acéreth 3 , 
nom que le Deutéronome (16,8) 
donne aussi au septième et dernier 
jour de Pâques. Le jour de Acéreth 

1 Josèphe (Antigu. III, 10, 4) est d'accord 
avec la tradition clés rabbins; pour le fruit 
du bel arbre il met pjXov ttjç Ùeçxxtaç qu'il 
ne faut pas confondre avec la pêche, appe- 
pelée ixrjXov 7tep;7ixov. Josèphe lui-même i'ex- 
plique ailleurs par xitûiov citron. Ant. XIII , 
13 , 5. Voy. les notes dans l'édition de Ha 
vercamp, t. I, p. 175. 

2 Voy. I Rois , ch. 8, v. 2 et 65 ; II Chron. 
ch. 5, v. 3: ch. 7, v. 8 et 9. 

» Voy. Lév. 23, 36; Nombres, 29, 35; N4- 



PALESTINE. 



189 



«st expressément distinct des sept 
jours des Tabernacles; aussi le sacri- 
fice additionnel de ce jour rentre-t-il 
dans les proportions ordinaires : on 
offrait un taureau, un bélier et sept 
agneaux en holocauste, avec les 
accessoires d'usage en farine et en 
vin , et un bouc comme sacrifice de 
péché. 

Nous n'avons pas à nous occuper 
ici de quelques autres cérémonies 
observées plus tard pendant la fête 
des Tabernacles , telles que les liba- 
tions d'eau, les illuminations du 
Temple, les branches de saule portées 
en procession autour de l'autel. 
Toutes ces cérémonies , dont parle la 
loi traditionnelle 1 , n'ont aucune 
base dans la loi mosaïque. 

C. FÊTE RELIGIEUSE. 

Jour des Expiations. 

r Le dixième jour du septième mois , 
cinq jours avant la fête des Taberna- 
cles, on célébrait le grand jour des ex- 
piations (Yom Kippoubim), qui, sous 
tous les rapports, est considéré comme 
un vrai Sabbat. Il se distingue des au- 
tres fêtes par son caractère austère et 
purement religieux. Les autres jours de 
repos sontconsacrésen grande partieà 
la joie , celui-ci au jeûne absolu a et à 
la contrition. Le rite expiatoire pres- 
crit pour ce jour était pour tout le 

(m¥y),<J ui est la même chose que Açarah 
(,-pyy), s'explique généralement par assem- 
blée solennelle. La Vulgate le rend inexacte- 
ment , dans le Lévitique et les Nombres, par 
dies celeberrimus, et, dans les autres passages 
par collecta. Les Septante le rendent par 1%q. 
ètov, issue, clôture. Le verbe duquel dérive le 
mot Acèreth signifie retenir, enfermer. 11 pa- 
raîtrait que le législateur désignait ainsi le 
dernier jour des grandes fêtes, où, les 
rites de la fête étant accomplis , les pèlerins 
étaient encore retenus par une solennité de 
clôture. Plus tard on désignait par ce nom 
toute assemblée solennelle, en général ; et 
c'est dans ce sens qu'il est employé par les 
Prophètes. 

1 Voy. Mischnah, 2« partie, Succah, ch. 4 
et 5. Ces cérémonies et les démonstrations 
joyeuses qui les accompagnaient étaient 
connues de Plutarque , qui s'imaginait que 
les Juifs célébraient le culte de Bacchus. 
Voy. Sympos. IV, 5. 

2 Voy. ci-dessus , page 164. 



peuple en commun ce que certains 
sacrifices étaient pour les individus 
coupables d'un péché; par ce rite 
symbolique , par le jeûne général qui 
l'accompagnait, et surtout par les sen- 
timents de repentir et de contrition 
qu'il devait faire naître, le peuple hé- 
breu se lavait de ses péchés, et se ré- 
conciliait avec son Dieu dont il avait 
pu se rendre indigne. Le grand prêtre 
fonctionnait seul dans le rite du jour 
des expiations , et , selon la tradition, 
il était aussi chargé en ce jour de 
tout le service ordinaire du Temple. 
Voici le rite particulier de ce jour 
solennel, tel qu'il est décrit dans le 
Lévitique (ch. 16) : Le grand prêtre, 
après s'être baigné et revêtu de son 
costume simple de lin blanc composé 
des quatre pièces ordinaires ', amène 
d'abord (de son propre fonds) un jeune 
taureau pour servir de sacrifice de 
péché et un bélier pour servir d'ho- 
locauste. La communauté d'Israël lui 
fournit deux boucs comme sacrifices 
de péché et un bélier comme holo- 
causte; les deux boucs sont destinés 
par le sort, l'un à être sacrifié à 
Jéhova, l'autre à être envoyé a 
Jzazel. Après ces préparatifs le 
grand prêtre commence par immoler 
son taureau comme sacrifice expia- 
toire pour lui et la famille sacerdo- 
tale. Il prend ensuite un encensoir 
rempli de braises de l'autel et deux 
poignées d'encens , et entré dans le 
Saint des Saints, il jette l'encens sur 
le feu , afin que la colonne de fumée 
dérobe à ses yeux le couvercle de 
l'arche sainte, ou la Capporeth 2 , rési- 
dence symbolique de la Divinité. Ayant 
pris du sang du taureau , il en fait une 
aspersion sur la surface de la Cappo- 
reth , et sept devant la Capporeth (pro- 
bablement par terre). Puis il se retire 
pour aller immoler celui des deux 
boucs expiatoires du peuple que le sort 
a destiné à Jéhova, et avec son sang 
il fait dans le Saint des Saints les 
mêmes aspersions qu'il a faites avec 
celui du taureau 3 . Après s'être re- 

1 Voy. ci-dessus , page 17 5. 

a Voy ci-dessus, page 157. 

3 On voit que le grand prêtre entrait au 



190 



L'UNIVERS. 



tiré de nouveau, il mêle le sang du bouc 
avec celui du taureau , il met de ce 
sang mêlé sur les quatre angles de 
l'autel des parfums, et il en fait sept 
aspersions sur l'autel. Ayant ainsi pu- 
rifié le sanctuaire des souillures et des 
néchésdes enfants d'Israël, il sort et 
fait approcher le bouc vivant destiné 
par le sort à "être envoyé à Jzazel. 
Posant ses deux mains sur la tête du 
bouc , il confesse les péchés et les ini- 
quités des enfants d'Israël, et en 
charge symboliquementce second bouc 
expiatoire pour les emporter dans un 
lieu désert, loin des habitations des 
hommes, où le bouc périra avec les 
.péchés dont il est chargé. Aussitôt un 
homme destiné d'avance à cette fonc- 
tion l'emmène dans le désert. C'est 
ainsi que s'explique le texte lui-même 
(v. 22) sur ce qu'il avait appelé d'abord 
(v. 10) envoyer à Jzazel. Selon les 
croyances des peuples aux environs 
de la Palestine, les lieux déserts et 
incultes étaient habités par des dé- 
mons ou des êtres malfaisants f ; il 
paraît que le plus puissant et le plus 
redoutable de ces démons s'appelait 
Azazel, c'est-à-dire puissant de 
Dieu 2 ; de la venait, ce me semble, 

moins deux fois dans le Saint des Saints , 
comme le dit Philon ( De légal, ad Caium); 
les mots Semel in anno, dans l'Épitre aux 
Hébreux ( ch. 9, v. 7 ) , signifient un jour de 
l'année. Selon les rabbins , il entrait quatre 
fois : i° avec l'encens; 2° avec le sang du 
taureau , 3° avec celui du bouc, et 4° à la lin 
du rite, pour aller chercher la coupe de l'en- 
cens et l'encensoir. Cela est très-probable , 
car personne ne pouvait accompagner le 
grand prêtre, et il a dû entrer et sortir plu- 
sieurs fois pour transporter les différents 
objets. 

* Voy. oi-dessus , page 93. 

2 Je ne puis considérer le mot ^f j^y que 
comme un nom composé de "py fort, puis- 
sant ( forme qui se trouve comme nom pro- 
pre, 1 Chron, 5, 8) et de^tf Dieu. La vraie 
orthographe serait IN'Hy» * e N étant quies- 
cent comme dans bx;s?Dtf7> et Si^JT» onl ' a 
supprimé , et le N qui se trouve entre les 
deux ^ est VAleph de prolongation , très-fré- 
quent en arabe et dont on trouve aussi des 
exemples en hébreu. Le nom de Azâz-él est 
tout à fait analogue au nom propre Azaz- 
yahou qu'on trouve I Chron. 15, 21 ; 27, 20; 
et ÎI Chron. 31, 13. Depuis Bochart on afait 
venir le mot Azazel de la racine arabe ^)7y 
qui signifie éloigner, écarter; mais, quoi- 



l'expression proverbiale envoyer à 
Jzazel pour dire vouer à la perdi- 
tion, et Moïse emploie cette expres- 
sion, sans penser au sens primitif du 
mot Azazel. Telle me paraît être l'ex- 
plication la plus simplequel'on puisse 
donner du rite prescrit par Moïse et 
du mot Jzazel sur lequel on a écrit 
des volumes. Les uns l'ont considéré, 
avec la Fulgate, comme le nom du 
bouc lui-même (caper emissarius) y 
d'autres y ont vu le nom du lieu dé- 
sert où le bouc est envoyé. D'autres 
encore y ont reconnu le Satan en per- 
sonne r , auquel on aurait renvoyé 
les péchés qu'il a fait naître; mais on 
conviendra qu'un pareil rite serait dia- 
métralement opposé à l'esprit des 
livres de Moïse, où, sans être pré- 
venu par un intérêt dogmatique , on ne 
saurait découvrir la plus légère trace 
de Satan. D'autres enfin, ont rendu 
le mot Jzazel par départ ou écarte- 
ment total, se fondant sur la préten- 
due origine arabe de ce mot 2 ; mais 
en admettant même cette origine, 
comment accordera-t-on une pareille 
interprétation avec la construction du 
texte hébreu , qui dit au verset 8 : 
Un sort pour Jéhova et un sort pour 
Jzazel, et au v. 10 : pour l'envoyer 
à Jzazel, dans le désert? Il est 
évident que Jzazel, placé vis-à-vis de 
Jéhova, désigne primitivement un 
être personnel ; d'un autre côté, cepen- 
dant, il est absolument impossible que 
Moïse ait ^oulu décerner un bouc au 
démon Azazel, puisque, immédiate- 
ment après (ch. 17, v. 7), il défend 
sévèrement de sacrifier aux démons. 

que cette opinion soit maintenant générale- 
ment adoptée par les plus illustres exégètes 
allemands , tels que Gesénius , Winer, Ewald 
et autres ( qui diffèrent néanmoins dans l'ap- 
plication ) , elle me parait absolument inad- 
missible ; non-seulement la racine ^fy ne se 
trouve nulle part en hébreu , mais aussi la 
forme du mot Azazel, de quelque manière 
qu'on l'interprète , serait tout à fait insolite 

1 Cette opinion, longuement développée par 
Spencer (1. III, dissert. 8), a trouve tout ré- 
cemment encore un chaleureux défenseur 
dans Hengstenberg : Die Bûcher Mose's un(t 
JEgypten, Berlin, 1841, p. KHetsuiv. 

a Voy. Jahn , Archœologie, m, 321 ; Baehr, 
Symbolik, II , 668 ; Winer, Realwœrterbuch, 
II, 767. 



PALESTINE. 



191 



TTeût-ce pas été reconnaître la puis- 
sance ÔLÀzazel, que de tirer au sort en 
tre lui et Jéhova? Ce serait un énorme 
blasphème dans le sens de la doctrine 
mosaïque. Ainsi pour satisfaire à 
l'esprit de la loi aussi bien qu'à la 
grammaire, nous ne voyons d'autre 
explication possible que celle que nous 
avons donnée. Les deux boucs expia- 
toires, dont l'un est sacrifié à Jéhova 
et l'autre est renvoyé pour se perdre 
dans le désert , sont tout à fait analo- 
gues aux deux colombes employées 
dans le rite de purification du lépreux ; 
l'une est immolée et l'autre s'envole 
et emporte avec elle l'impureté et le 
péché '. — Nous revenons à l'ordre 
du rite. Après avoir renvoyé le bouc 
émissaire, le grand prêtre rentre dans 
le Tabernacle; il se dépouille de ses 
vêtements de lin, et , après s'être bai- 
gné de nouveau, il revêt son cos- 
tume de luxe dont nous avons donné la 
description (pages 175 et 176). 11 se 
rend à l'autel du parvis etoffre en ho- 
locauste son bélier et celui du peuple. 
Le bélier du peuple, selon la tradition , 
était celui-là même qui faisait partie du 
sacrifice additionnel de la fête (Nom- 
bres, 29,8 — 11); car ce sacrifice se 
composait d'un jeune taureau , d'un 
bélier, et de sept agneaux offerts en 
holocauste avec leurs offrandes et 
leurs libations respectives , et d'un 
bouc pour le péché. Toutes ces piè- 
ces, à l'exception du bélier, s'of- 
fraient , selon la tradition , avant le 
rite d'expiations que nous venons de 
décrire, de sorte que ce rite se trou- 
vait intercalé dans celui du sacrifice 
additionnel de la fête a . Après avoir 
immolé les deux béliers , le grand 

1 Voy. ci-dessus, page 166. 

5 Tout le rituel du jour des expiations , 
tel qu'on l'observait dans le second temple , 
à partir du sacrifice quotidien du matin jus- 
qu'à celui du soir, est décrit , avec les dé- 
tails les plus minutieux, dans la Mischnah, 
2 e partie, traité Yoma, ch. 3—7, et dans 
l'abrégé du Thalmud de Maimonide, 1. 
vin, section 8 ( ch. 4 ). — Le traité Yoma a 
été publié avec une traduction latine et un 
commentaire par Robert Sheringham , Lon- 
pres, 1648; tout le livie vm de Maimonide 
a été également publié en latin, sous le ti- 
tre Dé çidlu divino , par L. de Veil , Paris, 
1688. 



prêtre brûle sur l'autel les parties 
grasses du taureau et du bouc expia» 
toires; tout le reste des deux victimes 
est envoyé hors du camp ou de la 
ville sainte pour être brûlé en totalité. 
Ainsi se termine le rite du jour saint 
dont le législateur résume le sens 
dans ces mots (v. 30) : « Car en ce 
jour il vous pardonnera pour vous pu- 
rifier; de tous vos péchés vous serez 
purifiés devant Jéhova. » 

TROISIÈME PARTIE. 

LOI SOCIALE. 

Nous avons déjà parlé de la consti- 
tution patriarcale du peuple hébreu 
et des modifications qu'y apporta 
Moïse, sur le conseil de son beau- 
père Jéthro ■ . Mais ces modifications 
elles-mêmes, provoquées par les besoins 
du moment, n'étaient que provisoires. 
Tout en laissant subsister, selon 
l'usage généralement établi en Orient, 
la division du peuple en tribus, fa- 
milles et maisons 2 , — (division qui 
avait l'avantage de fournir des repré- 
sentants donnés par la nature elle- 
même et dont on était habitué à respec- 
ter l'autorité), — le législateur voulut 
cependant que toutes les tribus 
formassent dorénavant une seule so- 
ciété , un corps de nation régi par la 
même loi. Les tribus fédérées devaient 
quitter la vie nomade et s'établir à 
tout prix dans le pays de Canaan, 
dont les traditions patriarcales 
avaient fait leur propriété. Là elles 
devaient former un État fédératif basé 
sur deux maximes invariables, quelle 
que pût être d'ailleurs la forme du 
gouvernement que les événements et 
la volonté de la nation pussent faire 
prévaloir un jour : i° Jéhova, l'être 
unique et absolu , est le chef suprême 
du peuple hébreu, qui ne doit recon- 
naître l'existence d'aucun autre Dieu. 
Il gouverne par la loi, qui doit être 
exécutée par le chef ou les chefs visi- 
bles que le peuple voudra se donner, 
sans qu'il soit permis de rien ajouter 

1 Voy. ci-dessus, pages II 6 et 125. 
* Voy. surtout Josue, ch. 7, v. 14. 



192 



L'UNIVERS. 



à cette loi ni d'en rien retran- 
cher '. 2° L'agriculture est la base 
de h constitution ; chaque famille (à 
l'exception des familles lévites) a sa 
propriété inaliénable 2 . Tous les 
Hébreux sont cultivateurs; ils sont 
tous égaux devant la loi. Il n'y a ni 
serfs, ni bourgeoisie, ni noblesse; 
car tous les Hébreux sont les serviteurs 
de Jéhova 3 . 

On peut donc , avec Josèphe, 4 , don- 
ner à l'État des Hébreux le nom de 
Théocratie , dans ce sens que la loi, 
émanée de Dieu et ayant pour base 
le monothéisme, exerçait seule chez 
les Hébreux un pouvoir absolu ; mais 
il faut se garder d'attacher au mot 
théocratie l'idée d'une forme particu- 
lière de gouvernement et surtout d'y 
voir un synonyme d'hiérarchie et de 
penser à un régime sacerdotal 5 . 
Nous avons déjà parlé du sacerdoce 
des Hébreux , et on a pu se convaincre 
que le nom de pouvoir de l'État lui 
conviendrait fort peu. Quant à la 
forme du gouvernement que Moïse 
voulut établir, elle est essentiellement 
démocratique. Il est évident que le 
législateur des Hébreux penchait pour 
une démocratie tempérée, mais dont 
la royauté n'est pas absolument 
exclue. La loi mosaïque laisse à la 
nation la faculté d'élire un roi , pourvu 
que son choix ne tombe pas sur un 
étranger: mais elle veut que ce roi 
n'ait pas beaucoup de cavalerie, pour 
ne pas dépendre de l'Egypte 6 ; qu'il 
n'ait ni un harem ni de grands trésors. 
Il devra toujours porter avec lui un 
exemplaire de la loi , pour apprendre 
à craindre Dieu et à observer tout ce 
que prescrit la loi divine, afin que 
son cœur ne s'élève pas au-dessus de 
ses frères, et qu'il ne se détourne 
pas de la loi, ni à droite ni à gauche. 

1 Voy. Exode, ch. 20, v. 2—5; Deuté- 
ronorae , ch. 4, v. 2; ch. i3, v. I ; ch. 33, v. 5. 

2 Nombres , ch. 33, v. 54 ; Lév ch. 25 , v. 
23. 

3 Lév. ib. v. 55. 

4 Contre Apion, 1. II, ch. 16, édit. deHa- 
ïercamp, t. II, p. 482. 

•Voy. Michaëlis, Mosaisches Recht, t. I, 
§ 36; Salvador, Institutions de Moïse, t. I, 
p. 55 et suiv. 

« Voy. ci-dessus , page 30. 



C'est là tout ce que la loi écrite dit de 
la royauté (Deut. 17, 14-20). On voit 
qu'il s'agit d'un simple pouvoir exécu. 
tif confié à un seul. Dans la suite de 
notre histoire nous parlerons de la 
royauté telle qu'elle fut constituée 
plus tard. Ici nous nous occupons de 
la constitution mosaïque pure et de 
l'ensemble des lois sociales , dont nous 
allons faire connaître les points prin- 
cipaux autant que le permettent les 
limites qui nous sont imposées '. 

Nous divisons les lois sociales de 
Moïse en trois parties : la première 
embrasse le droit politique et adminis- 
tratif, la seconde le droit civil , et la 
troisième le droit pénal. 

I. DROIT POLITIQUE ET ADMINIS- 
TRATIF. 

Tant que Moïse vécut , il exerçait 
une véritable dictature, réunissant en 
lui le pouvoir législatif, judiciaire et 
exécutif. Mais il établit certaines ma- 
gistratures quidevaient supporter avec 
lui le fardeau de l'administration , et 
qui , après sa mort , devaient s'en par- 
tager les différentes fonctions. Le 
Pentateuque ne donne là-dessus que 
des indications fort incomplètes; les 
détails donnés par la tradition juive 
sont puisés dans des institutions beau- 
coup trop récentes pour pouvoir être 
appliqués à l'époque mosaïque. Ce 
n'est donc que par des combinaisons 
faites avec beaucoup de précautions 

1 Le meilleur ouvrage qu'on puisse consul- 
ter sur cette matière est le Mosaisches Recht 
( Droit mosaïque ) de Michaëlis que nous 
avons déjà cité bien des fois. Cet excellent 
ouvrage , dont la seconde édition fut publiée 
en 1775 en six volumes in-12, est le com- 
mentaire le plus consciencieux qui ait été 
fait sur le système social du Pentateuque. 
L Histoire des Institutions de Moïse et du 
peuple hébreu (3 vol. in-8, Paris, 1828). par M. 
Salvador, s'occupe de toutes les parties de 
la loi mosaïque. Beaucoup mieux écrit que 
l'ouvrage de Michaëlis, et plein de vues éle- 
vées, cet ouvrage offre une lecture atla 
chante au littérateur et au philosophe; mais 
il a l'inconvénient de manquer de critique 
historique. Confondant toutes les époques, ii 
ne distingue pas assez le fonds mosaïque des 
développements ultérieurs de la loi . et même 
des institutions postérieures à l'exil, et il ne 
saurait satisfaire qu'imparfaitement aux 
besoins de l'historien. 



PALESTINE 



193 



guk nous pouvons arriver a nous 
former une idée des institutions pri- 
mitives de Moïse. 

L'État fondé par Moïse étant une 
véritable démocratie , les intérêts de 
la nation ne pouvaient être réglés 
que par ses représentants naturels. 
11 est souvent question des assemblées 
de tout le peuple « ; mais on ne peut 
guère supposer que Moïse ait adressé 
ses discours à six cent mille hommes à 
la fois , et on pensera naturellement 
à une assemblée de représentants 2 . 
C'est cette assemblée que le texte hé- 
breu appelle kahal ou édàh ; ses 
membres s'appellent keroué ha.- 
édàh (Nomb. 1, 16), ou kerié 
MoèD ( Ib., 16 , 2 ) , c'est-à-dire con- 
voqués à rassemblée. Deux passa- 
ges du livre de Josué ( 23, 2 ; 24, 1 ) 
nous apprennent que les grandes 
assemblées, convoquées par le chef 
de la république dans les circons- 
tances qui intéressaient au plus haut 
degré la nation tout entière , se com- 
posaient des anciens , des chefs ( des 
tribus et des familles), des juges et 
des Schoterîm; ces quatre classes 
d'autorités formaient les pouvoirs de 
l'État, et nous les trouvons aussi 
mentionnées dans le Deutéronome (29, 
9 ) 3 . Nous allons les examiner selon 
l'ordre suivi dans les deux passages 
de Josué. 

1. Les Anciens. 

Chez les Hébreux comme chez tous 
les peuples de l'antiquité les Anciens 
(Zekénim) exerçaient une grande auto- 
rité , et étaient l'objet d'un grand res- 
pecta C'était la longue expérience qui 
faisait des vieillards les conseillers na- 
turels et les juges du peuple. Plus 
tard le mot ancien devint un simple 
titre, donné à ceux qui, par leur nais- 
sance , par leur fortune ou par leur 

1 Voy. surtout Deut. ch. 29, v. I et 9. 

2 Voy. Nombres , ch. 30, v. 2, où Moïse s'a- 
dresse aux chefs des tribus. 

3 II est à remarquer que , dans aucun de 
ces passages , il n'est question des lévites 
et des prêtres. 

* Voy. Job, 12, 12; 15, 10; Homère, Iliad. 
xv 204; xxiii, 7S8; Hérodote, II, 80; Au- 
lu-Gelle, ISoct.Att. II, 15. 

1.3* Livraison. (Palestine.) 



intelligence , surent se placer à la tête 
de la tribu ou de la cité. Nous avons 
déjà rencontré les Anciens chez les 
Hébreux en Egypte ; nous les retrou 
vons dans le désert et à toutes les 
époques de l'histoire des Hébreux. 
Tantôt ce sont les Anciens de tout 
Israël ou des tribus « , tantôt ceux des 
ville» ». C'étaient probablement les 
anciens schéikhs ou les aînés des tribus 
et des familles, qui formaient l'élé- 
ment aristocratique dans la république 
des Hébreux ; car dans les deux pas- 
sages de Josué etailleurs(IRois,8,l), 
on les distingue expressément d'une 
autre classe de chefs, qui , comme on 
le verra plus loin, étaient électifs. Les 
Anciens représentaient la cité ou la 
nation tout entière dans certains rites 
expiatoires 3 . 

Les Anciens des villes formaient l'au- 
torité municipale, et fournissaientaussi 
une espèce de jury pour les affaires cri- 
minelles 4. Les Anciens de la nation 
assistaient dejeurs conseils le chef 
suprême de l'État, avec lequel nous 
les voyons souvent en rapport direct, 
et auquel ils imposent quelquefois 
leur volonté. Moïse, au moment d'une 
rébellion menaçante , a recours à cette 
aristocratie ; if choisit soixante-dix 
Anciens pour servir de soutien à son 
autorité méconnue (Nomb. 11,16). 
Josué un jour, après avoir subi une 
défaite, se prosterne devant l'arche 
sainte, lui et les Anciens d'Israël (Jos. 
7,6). Ce sont les Anciens d Israël 
qui demandent à Samuel de résigner 
son pouvoir et d'élire un roi (I Sam. 
8,4); ce sont eux encore qui plus 
tard donnent la royauté à David (II. 
Sam .5,3). Après la défaite d' Absalom , 
David s'adresse aux Anciens de Juda 
pour être rétabli dans la capitale (ib. 
19, 12). Lorsque, après la mort de Salo- 
mon, Jéroboam et Rassemblée (des 

1 Voy. Deutéron. 31 , 28; Josué, 7, 6; I 
Sam. 4, 3; 8, 4; II Sam. 3, 17; 5, 3; n, 
4; 19, 12; I Rois, 8 I et 3; 12, G; II Chron. 
10, 6 ; 34, 29 , et beaucoup d'autres passa- 
fies. 

2 Deut. 19, 12; 21, 3 et 6; 22, 15 et sui- 
vants; Juges, 8, 14; I Sam. Il, 3; 16, 4; I 
Rois. 21, 8. 

3 Vov. Deut. 21, I —8; Lévit. 4, I5;0, I. 
* Beut. 21 19; 22, 15; 25, 7. 



194 



L'UNIVERS. 



chefs démocratiques) d'Israël expo- 
sent leurs griefs au roi Rehabeam; 
celui-ci demande des conseils aux An- 
ciens qui avaient assisté son père Salo- 
mon{\ Rois, 12, 3— 6). Nous voyons 
par tous ces exemples quelle était l'in- 
fluence de l'aristocratie des Anciens. 
Mais ce n'était là qu'un reste des ins- 
titutions patriarcales trop enracinées 
parmi les Hébreux pour pouvoir être 
entièrement abolies par le nouveau 
régime. Cette aristocratie recomman- 
dée au respect par les anciennes tradi- 
tions, et qui, du reste, n'avait aucun 
privilège, pouvait devenir, dans les 
circonstances graves, un auxiliaire très- 
utile pour le pouvoir. Mais il ne faut 
pas y voir un sénat permanent, 
régulièrement constitué. Le conseil 
des soixante-dix, élu par Moïse par- 
mi les Anciens et les Schoterîm 1 , ne 
fut convoqué que pour un besoin mo- 
mentané ; on s'est trompé en le confon- 
dant avec le Synedriwn ou le tribunal 
suprême établi à Jérusalem après 
l'exil de Babylone , mentionné par Josè- 
phe pour la premièrefois sous le règne 
d'Hérode 2 . Ce tribunal qui chez les 
Juifs n'est connu que sous un nom 
grec, ne remonte pas sans doute au 
delà de l'époque des Maccabées. A la 
vérité, il fut formé sur le modèle du 
conseil des soixante-dix 3 , mais il est 
certain que celui-ci n'était pas un 
pouvoir permanent, et il n'en est plus 
question après l'événement qui lui 
avait donné naissance^. Peut-être faut- 
il voir dans ce conseil les premiers 
germes d'une institution qui se déve- 
loppa plus tard sous Samuel ; je veux 
parler de l'institution des Orateurs 
ou Prophètes (Nebiîm) , dont le but 

1 Voy. Nombres, ch. h, v. 16 et suivants. 
Comparez Exode, ch. 24, v. I. 

2 AntiqUt xiv, 9, 4. 

3 Le grand Synedrium , dit la Mischnah; 
avait soixante-onze membres , en y compre- 
nant le président, parce que Moïse rassem- 
ble soixante-dix anciens qu'il présida lui- 
même. Voy. Synhedrln , ch. I, § 7. Le roi 
Josaphat avait déjà établi un tribunal sem- 
blable, composé de lévites, de prêtres et 
de chefs de famille (électifs); mais on ne 
dit pas qu'il ait eu soixante-dix membres. 
Vov. II Chron. ch. 19, v. 8 — H. 

4 Voy. Michaëlis, 1. c. t. I, § 50; Jabn, 
drchœologie, t. II , I' e partie, p. Si. 



était de faire connaître le véritable 
esprit de la loi et d'en développer le 
sens. Du moins nous trouvons ici le 
principe de la communication et de 
la propagation de l'esprit de Moïse; 
car , selon le texte , Dieu communiqua 
aux soixante-dix Anciens l'esprit de 
Moïse , et ils prophétisèrent (Nomb. 
11,25), c'est-à-dire ils parlèrent au 
peuple en hommes inspirés. Ce prin- 
cipe était utile et même nécessaire 
pour le développement progressif de 
la législation , et les interprêtes de 
la loi , lévites ou prophètes , devaient 
remplacer le pouvoir législatif, qui 
manque dans la constitution mosaï- 
que; car, comme nous l'avons déjà 
dit , le texte de la loi ne pouvait être 
ni augmenté ni diminué , et tous les 
développements ultérieurs devaient 
se rattacher à un texte écrit dans la 
loi mosaïque. 

2. Les chefs des tribus et des 
familles. 

A côté des Anciens nous trouvons 
les représentants démocratiques qui 
formaient seuls le noyau des assem- 
blées populaires et réglaient les in- 
térêts nationaux 1 . Ils se composaient 
des douze chefs ou princes des tribus 
et de nombreux chefs ou députés in- 
férieurs qui représentaient des frac- 
tions de tribus ou des familles. Dans 
l'insurrection de Korah nous trouvons 
deux cent cinquante de ces chefs(Nomb. 
16,2). Les chefs des tribus et des 
familles étaient des hommes distin- 
gués par leurs capacités et désignés 
par {'élection. A la vérité , le texte ne 
se prononce pas sur ce dernier point, 
mais le fait ne m'en paraît pas moins 
positif. Les chefs des tribus portent 
le titre de Nasi 2 , qui convient par- 
faitement à un chef élu 3 . Si ensuite 

1 Voy. Josué , ch. 22, v. 14 et 30. 

2 Voy. Nombres , ch. 2, v. 3 et suivants i 
ch. 7, v. 2 et suiv. Nous ne pouvons adop- 
ter l'avis de Michaëlis (1. c. t. I, § 46 ), 
qui croit que les ISasis étaient les mêmes 

aue les Anciens , ni celui de Winer qui voit 
ans les chefs des tribus et des familles un 
pouvoir héréditaire , et dans les Anciens un 
pouvoir électif. Realwœrterbuch , t. II, p. 
598, note I. 

3 Voy. ci-dessus , page 80. 



PALESTINE. 



195 



nous comparons les noms des Nasis 
(Nomb. ch. 2 et 7) avec quelques 
tables généalogiques qui nous sont 
conservées dans les Chroniques , nous 
y trouvons également une preuve contre 
l'hérédité. Ainsi, par exemple, le Mm 
de la tribu de Juda , appelé Nahschôn , 
fils d'Aminadab , ne descend point de 
la première ligne de la tribu r ; le Nasi 
de la tribu d'Issachar s'appelle Natha- 
nael, fils deSuar, noms qVon ne ren- 
contre pas parmi les aînés de cette 
tribu 2 . Enfin dans le tableau des Nasis 
que Moïse, vers la fin de sa vie , charge 
de présider au partage des terres de 
Canaan 3 , et qui étaient, sans doute, 
les chefs des tribus , nous ne rencon- 
trons aucun des fils des Nasis du dé- 
sert. Il me paraît donc évident que la 
dignité de chef de tribu était élective. 
Il a dû en être de même de celle de 
Rosch Bêth-ab ou chef de famille : 
ces chefs secondaires portent aussi le 
titre de Nasi* ; ils étaient sans doute 
sous les ordres du chef de la tribu , 
qui , dans un passage des Nombres 
(3 , 32), est appelé le Nasi des Nasis. 
Tous ces chefs étaient les défenseurs 
des intérêts communs de leurs familles 
(villes) et de leurs tribus (provinces) 
respectives. Us se réunissaient sur la 
place publique aux portes de la ville , 
et le peuple pouvait assister à leurs 
réunions. De temps à autre , dans les 
circonstances graves et lorsque les 
intérêts nationaux l'exigeaient, ils 
formaient tous une grande assemblée 
délibérative qui se réunissait près du 
sanctuaire central. Au nombre des 
fonctions que la loi leur attribue, on 
mentionne particulièrement celle de 
présider aux recensements 5 . En Pales- 
tine ils étaient convoqués, sans doute, 
par des messagers ; dans le désert la 
convocation se faisait au son de deux 
trompettes pour réunir toute l'assem- 
blée , et d'une seule pour la réunion 
des chefs des tribus 6 . 

1 Voy. I Chron. ch. 2, v. 9 et 10. 

2 Voy. ib. ch. 7, v. I — 3. 

3 Nombres, ch. 34, v. 17 — 28. 

« Voy. ib. ch. 3, v. 24, 30 et 35; ch. 16, 
V. 2; ch. 25, v. 14. 
fc Nomb. ch. i, v. 5; ch. 7, v. 2. 
• Voy. Nomb ch. io, v. 3 et 4, 



3. Les Juges. 

Selon la loi mosaïque, le peuple lui- 
même devait choisir les juges , et on 
devait en établir dans toutes les 
localités. Dans le choix des juges on 
devait avoir égard avant tout à la 
probité; des hommes reconnus im- 
partiaux et incorruptibles , quelle que 
fût d'ailleurs leur position, pouvaient 
seuls être admis aux fonctions déjuges 
(Deut. 16, 18—20). On voit que les 
Hébreux avaient une espèce de jury 
ou déjuges-arbitres. Comme ces hom- 
mes du peuple n'étaient appelés à leurs 
fonctions que par la seule confiance 
de leurs concitoyens et qu'ils pouvaient 
quelquefois avoir des doutes sur l'ap- 
plication de la loi , ils devaient dans 
1 es cas graves s'adresser au chef de 
la république ou aux lévites, qui, 
par état, devaient étudier les lois, et 
qui décidaient en dernière instance 
(ib. 17 , 8—11). Il ne faut pas cepen- 
dant penser à un tribunal d'appel 
composé de prêtres et de lévites ; car 
les parties ne pouvaient pas appeler , 
et les juges seuls, lorsqu'ils étaient 
embarrassés de prononcer un juge- 
ment, s'adressaient au collège sacer- 
dotal pour le consulter 1 . Comme les 
prêtres et les lévites étaient répandus 
dans toutes les provinces, on en plaçait , 
sans doute , parmi les juges des prin- 
cipales localités (ib. 19, 17) a . Les 
affaires criminelles étaient de la com- 
pétence des Anciens (voy. ci-dessus), 
Les juges formaient une des classes les 
plus respectées de la société ; on les 
appelait Elohim (divins) 3 , et ils occu- 
paient une place dans les grandes as- 
semblées nationales. Nous reviendrons 
plus loin sur les tribunaux. 

4. Les Schoterim. 

Nous avons déjà parlé (p. 116) des 
officiers portant le titre de Schote- 
rîm, qui étaient placés à la tête des 

1 Voy. Josèphe, Antiqu. IV, 8, 14. 

2 Selon Josephe ( 1. c. ) , chaque ville avait 
sept juges , auxquels on adjoignait deux lé» 
vites. 

3 Exode, ch. 21, v. 6; ch. 22, v. 7, 8 et 
17. 

13. 



196 



L'UNIVERS. 



Hébreux en Egypte. Nous rencontrons 
des magistrats du même nom à côté 
des trois pouvoirs dont nous venons 
de parler, et, à toutes les époques de 
l'histoire des Hébreux, on les voit en 
rapport avec les juges (Deut. 16, 18), 
avec les Anciens (ib. 31,28), avec le 
chef de l'armée (Jos. 1,10). Le sens 
du mot Schoteb est probablement 
écrivain, et, par l'ensemble des pas- 
sages où il est question des Schoterîm, 
il semble que ces magistrats avaient de 
l'analogie avec nos greffiers l . Atta- 
chés aux juges et aux Anciens, ils leur 
servaient de secrétaires; les Schote- 
rîm des tribus (Deut. 1,15) tenaient 
les rôles des généalogies 2 , ils levaient 
les troupes, et, avant qu'on entrât 
en campagne, ils faisaient la procla- 
mation prescrite par la loi , alin de 
faire retirer ceux qui étaient exemptés 
duservice(ib.20, 5-9). Dans la guerre 
ils faisaient connaître à l'armée les or- 
dres du général en chef (Jos. 1,10 ;3,2) 
qui leur étaient transmis par un grand 
fonctionnaire appelé le Schoter par 
excellence (II Chron. 26, 11). L'art 
d'écrire n'étant pas très-répandu par- 
mi les Hébreux , les fonctions de Scho- 
ter supposaient un haut degré d'ins- 
truction et étaient très-honorables. 
Souvent on les confiait aux lévites 
qui, en général, étaient des hommes 
instruits et possédaient l'art d'écrire 3 . 
Les Schoterîm, à cause du rang élevé 
qu'ils occupaient dans la société hé- 
braïque , faisaient partie des assem- 
blées générales des représentants de 
la nation, et formaient ainsi un qua- 
trième pouvoir de l'État. Ils étaient 
électifs comme les juges (Deut, 16, 
18). 

Chef de l'État. 

A la tête des quatre pouvoirs se 
trouvait le chef de la république qui 

1 L'opinion de Michaëlis qui fait venir 
le mot Schoter de la racine arabe Satar, 
écrire (voy. ci-dessus, p. H6),est confirmée 
par les versions grecque et syriaque qui ren- 
dent ce mot par scribe. La Vulgate le 
rend très-inexactement, et chaque fois d'une 
autre manière. 

2 Comparez 1 Chron. 27, I. 
* II. Chron. 19, n- 34, 13. 



avait le pouvoir exécutif pour tout 
ce qui concernait l'intérêt commun 
des tribus réunies en corps de nation r 
et qui était le lieutenant du roi invisi- 
ble. Ce chef devait être électif; car 
Moïse, au lieu de transmettre son pou- 
voir à l'unde ses fils , choisit pour son 
successeur, Josué fils de Noun x . Il dit 
aussi qu'il y aurait toujours après lui 
un Nabi ou interprète de la loi et un 
régent qui porterait le titre de Scho- 
phet 2 . Ce chef était installé par le 
grand prêtre qui lui imposait les 
mains; dans les circonstances graves, 
il devait s'adresser à ce ministre du 
roi Jéhova pour interroger l'oracle ou 
le sort sacré des Ourîm et Thummîm 
(Nomb. 27, 21-23). Moïse ne fixe rien 
sur l'élection du Schophet; son inten- 
tion était peut-être que, suivant son 
exemple, chaque Schophet désignât 
son successeur. Au reste, un État con> 
me celui des Hébreux pouvait se pas- 
ser d'un chef permanent : chaquetribu 
possédait en elle-même les pouvoirs né- 
cessaires. Une tribu seule, ou plu- 
sieurs en commun agissaient quelque- 
fois sans consulter la nation entière ; 
elles choisissaient des chefs et fai- 
saient la guerre dans l'intérêt de 
leurs localités (Juges, ch. 1, v. 3-22). 
Elles ne devenaient responsables envers 
la nation que lorsqu'elles agissaient 
contrairement aux principes de la loi 
commune (Jos. 22 , 11 et 12; Juges , 
ch. 20). La loi était tracée pour tous 
les temps , et , dans les cas difficiles , 
le roi Jéhova répondait par l'intermé- 
diaire du grand prêtre (Juges, 1,1 ;20, 
28). Aussi voyons-nous après la mort 
de Josué, l'État des Hébreux se gouver- 
ner souvent sans chef; seulement quand 
l'indépendance nationale est en dan- 
ger, un grand citoyen se met sponta- 
nément à la tête de la nation et occu- 
pe le rang de Schophet. Les inconvé- 
nients qui , par l'inobservance des 
lois , résultèrent de cet état des cho- 

1 Voy. Nombres, ch. 27, V. 15 et suivants; 
Deut. ch. 3i, v. 7 et 8. 

2 Deut. 17, 9; 18, 15. Le mol schophet 
( juge) , le même que sufjète, était aussi le 
titre des chefs de la republique chez les 
Tyriens (Josèphe, Contre Apion, I, 21). 
et notamment chez les Carthaginois. 



PALESTINE. 



197 



«es, donnèrent lieu plus tard à l'é- 
lection d'un chef permanent ou d'un 
roi. 

Citoyens et étrangers. 

Jusqu'ici nous avons considéré les 
Hébreux formant une société politi- 
que. Quant aux membres de cette 
société , ils étaient tous égaux ; non- 
seulement ils devaient l'être devant 
Dieuet devant la loi, mais le législateur 
voulut aussi que l'égalité fût maintenue 
autant que possible dans la position ex- 
térieure des citoyens , qu'il n'y eût ni 
noble , ni serf, ni grand propriétaire , 
ni mendiant. Après la conquête du 
pays de Canaan, chaque famille devait 
obtenir une part de terrain en pro- 
portion des membres qui la compo- 
saient. Chacun devait s occuper de la 
culture de son terrain et éviter les 
autres genres d'industrie, notamment 
le commerce , sources de l'inégalité 
et contraires à une bonne démocratie ' . 
Les terrains ne pouvaient être vendus 
pour toujours; lorsqu'un citoyen, 
tombé dans un état de gêne par des 
circonstances défavorables , avait été 
obligé de faire des dettes, il pouvait 
vendre ou plutôt louer son terrain 
jusqu'au jubilé 2 . L'acquéreur n'en 
achetait que l'usufruit, et le prix dépen- 
dait du nombre des récoltes qu'il 
(KHivait attendre (Lév. 25. 15); mais 
e propriétaire ou un dt>È&* parents 
pouvait toujours demander à racheter 
le terrain vendu. Dans tous les cas, il 
devait être restitué au propriétaire ou 
à ses héritiers dans l'année jubilaire 
(ib.v. 25-28); de cette manière, l'équi- 
libre des possessions se trouvait rétabli 
tous les cinquante ans. Cependant les 
terrains consacrés par un vœu et qui 
n'avaient pas été rachetées avant le 
jubilé, appartenaient aux prêtres et 
ne pouvaient plus être réclamés par 
le premier propriétaire (ib. ch. 27 , v. 
16-21). Le citoyen obligé de se vendre 
toi-même pouvait devenir libre après 
six ans (Exode, 21, 2); mais s'il pro- 

1 Comparez la Politique d'Aristote, I. vi, 
«fh. 2, édit. de M. B. de St.-Hilaire t. II, 
p. 299 et suivantes. 

• Voy. ci-dessus, page 185. 



longeait volontairement ce temps de 
service , il devait dans tous les cas 
rentrer dans sa famille à l'époque du 
jubilé (Lév. 25 , 41) *, époque du ré- 
tablissement de l'égalité et de la liberté 
(ib. v. 10). Ces lois , si elles avaient été 
toujours exécutées à la lettre , auraient 
pu faire des Hébreux une société 
modèle; mais ici, comme dans les 
formes qu'il donna à sa république, 
le législateur, guidé par le sentiment 
le plus profond des droits et de la di- 
gnité de l'homme , avait trop présumé 
de la nature humaine. La loi agraire 
de Moïse et celle de la liberté indivi- 
duelle restaient un idéal qui ne fut 
jamais réalisé. Les prophètes se plai- 
gnent des riches qui accumulent les 
propriétés comme s'ils étaient seuls 
dans le pays et qui prolongent à 
perpétuité l'esclavage de leurs frères 
appauvris 2 . Il parait que Moïse avait 
lui-même des doutes sur la réalisation 
de son idéal ; car il recommande bien 
souvent la charité envers les pauvres, 
parce que, dit-il, il en existera toujours 
dans le pays (Deut.15, 11). 

Quant aux étrangers, la loi agraire 
s'opposait, il est vrai, à ce qu'ils pus- 
sent acquérir des propriétés dans le 
pays des Hébreux; mais il leur était 
permis de s'y établir et de se livrer ù 
toute espèce d'industrie autorisée par 
la loi du pays. Devant les tribunaux 
ils étaient parfaitement égaux aux 
Hébreux 3 . La loi recommande leurs 
pauvres à la charité publique et leur 
donne des droits égaux à ceux des pau- 
vres indigènes 4. Les descendants des 
Égyptiens et des Iduméens établis en 
Palestine pouvaient, à la troisième 
génération (Deut. 23,9), obtenir la 
naturalisation, en se soumettant à la 
circoncision tellequ'elle était pratiquée 
par les Hébreux , comme signe exté- 
rieur de l'alliance de Dieu avec la race 
d'Abraham (Exode, 12, 48). Il en était 
probablement de même des descen- 
dants de toutes les autres nations ; la 

1 Voy. ci- dessus, page 141. 
a Voy. Isaïe , ch. 5 , v. 8 ; Micha, ch. 2, 
v. 2; Jerémie, ch. 34, v. 13 et suivants. 

3 Voy. Lév. 24, 22; Nombres, 15, 15 et 
16; 35, 15; Deut. I, 16; 24, 17. 

4 Voy. ci-dessus, page 147. 



198 



L'UNIVERS. 



loi n'excepte du droit de naturalisation 
que les Cananéens , les Ammonites et 
les Moabites », Les hommes dont les 
parties génitales avaient été mutilées 
étaient également exclus des droits de 
citoyen; de même les bâtards et leurs 
descendants (Deut. 23 , 2 et 3). On 
voit par ce que nous venons de dire 
sur les étrangers que la loi mosaïque 
ne respire nullement cet esprit d'iso- 
lement et cette haine envers les étran- 
gers que, par un ancien préjugé 2 , on 
est convenu de lui attribuer, et que 
peut-être on a pu reprocher quelquefois 
aux Juifs après l'exil de Babylone, sur- 
tout à l'époque romaine , lorsque leur 
patriotisme , exalté de plus en plus 
par l'oppression, leur inspira pour les 
oppresseurs la plus profonde aversion. 
Un fait qui prouve que les préceptes 
pleins d'humanité que la loi mosaïque 
donne à l'égard des étrangers furent 
réellement suivis par les anciens Hé- 
breux, c'est que les étrangers affluaient 
en masse dans la Palestine et que 
Salomon, pour faire exécuter ses 
vastes travaux, put trouver 153,600 
ouvriers étrangers établis dans le pays 
(HChron. 2, 16). Les lois hébraïques 
étaient sous ce rapport bien plus hu- 
maines que celles des Grecs et des 
Romains 3 . 

Droit des gens , guerre. 

Si les lois mosaïques à l'égard des 
individus étrangers respirent l'huma- 
nité et la générosité, il n'en est pas 
de même à l'égard des nations avec 
lesquelles les Hébreux pouvaient se 
trouver en guerre. Ici le législateur 
a souvent cédé aux exigences d'une 
politique sévère et inexorable et aux 
usages barbares de l'époque; mais 
nous aurions tort de lui en demander 
compte, en le jugeant d'après les prin- 
cipes du droit des gens consacrés par 
la civilisation moderne. Vis-à-vis des 



1 Exode, 23, 33; Deut. 23, 4. 

2 Apud ipsos ftdes obstinata, misericor- 
dia in promptu , sed adversus omîtes altos 
hostile odium. Tacite, Histor. V, 5- 

* Voy. Michaèlis, 1. c. t. II, § 138; Jahn, 
Archœologie, t. I, 2» partie, p. 337 ; Wi- 
ner, llealwœrterbuch. t. I, p. 444. 



Cananéens, Moïse se trouva dans une 
position exceptionnelle , et il fut obli- 
gé de les mettre hors la loi. Nous 
avons vu que deux maximes fonda- 
mentales formaient la base de la légis- 
lation mosaïque : le monothéisme et 
l'égalité; pour consacrer un temple 
au Dieu unique et établir l'égalité des 
citoyens par une division territoriale, 
il fallait tout d'abord un pays et une 
nation. La conquête d'un pays quel- 
conque était indispensable pour faire 
cesser l'état nomade des Hébreux et 
les transformer en nation. Le pays de 
Canaan était le plus propre à la con- 
quête ; là reposaient les cendres des 
patriarches ; des familles hébraïques y 
avaient conservé des possessions 1 , 
et une antique tradition en faisait le pa- 
trimoine des Hébreux , comme Dieu 
lui-même l'avait juré aux patriarches. 
L'intérêt de quelques peuplades ido- 
lâtres était peu de chose quand il s'a- 
gissait de gagner un terrain pour le 
culte monothéiste qui de là devait se 
répandre sur la terre. Si les Cananéens 
étaient restés à côté des Hébreux avec 
leur culte barbare et leurs mœurs cor- 
rompues, le but du législateur était 
manqué; il fallait donc les combattre 
à outrance, les forcer de fuir ou les 
exterminer. Moïse n'avait que cette 
alternative, ou de renoncera sa grande 
idée ,ou de se montrer inhumain à l'é- 
gard des Cananéens ; homme d'action 
et d'énergie, et profondément pénétré 
de sa mission divine, il n'hésita pas 
à sacrifier ces peuplades au salut 
de son peuple et de l'humanité. Les 
ordres cruels de Moïse ne furent 
pas exécutés à la lettre, et les événe- 
ments prouvèrent que le législateur ne 
s'était pas trompé dans ses prévisions ; 
le monothéisme eut la plus grande 
peine à s'établir solidement parmi les 
Hébreux. Ainsi nous ne nous efforce- 
rons pas de démontrer le droit que 
les Hébreux pouvaient avoir sur la 
terre de Canaan; nous manquerions 
d'ailleurs de documents historiques 
pour établir une discussion à cet égard. 

1 Voy. I Chron. 7, 24 , où il est dit qu'une 
tille d'Ephraïm fonda plusieurs villes en Pa.- 
lestine. 



PALESTINE. 



19» 



Il laut abandonner à l'oubli les inter- 
minables dissertations que, dans un 
intérêt religieux, on a cru devoir écrire 
sur les droits des Hébreux; elles sont 
aussi puériles que les attaques dont 
les adversaires de la Bible ont acca- 
blé Moïse 1 . 

Quant aux nations établies hors du 
pays de Canaan, le législateur les divise 
en plusieurs catégories. Aux Amaléci- 
tes guerre éternelle , pour avoir atta- 
qué les Hébreux lors de leur sortie 
d'Egypte a . Aux tribus midianites 
qui avaient attiré les Hébreux au culte 
voluptueux de Baal-Phéor, guerre 
d'extermination , que Moïse se char- 
gea de faire exécuter de son vivant 3 . 
Aux Moabites et aux Ammonites , 
descendants du neveu d'Abraham, 
point de guerre agressive, mais aussi 
point d'alliance, point de rapport ami- 
cal, parce qu'ils ont refusé de vendre 
des provisions aux Hébreux errant 
dans le désert, et que le roi de Moab a 
fait venir le devin Bileam de l'Eu- 
phrate, pour maudire les Hébreux 4. 
Aux Iduméens, descendants d'Ésaù, 
et frères des Hébreux , oubli des sen- 
timents hostiles qu'ils avaient mani- 
festés à l'égard des Hébreux en leur 
refusant le passage 5 . Le même ou- 
bli à la duretédes Égyptiens, en faveur 
de l'hospitalité qu'ils accordèrent jadis 
à la famille de Jacob 6 . Pour tous les 
autres peuples , Moïse laisse les Hé- 
breux libres de leur faire la guerre ou 
de conclure des alliances avec eux, 

1 Déjà au IV e siècle, saint Épiphane (Hœ- 
res. 66, § 83 ), pour répondre aux Mani- 
chéens, imagine un testament de Noé qui 
aurait donne la Palestine aux descendants 
de Sem. Voy. Michaèlis , 1. 1, § 29. Cet au- 
teur, après avoir cité les opinions de plusieurs 
autres écrivains anciens et modernes, en- 
tre lui-même dans de longs détails pour 
établir les droits des Hébreux sur la Palestine. 
Ce sujet fut longtemps considéré comme un 
chapitre essentiel du droit et des antiquités 
bibliques. M. Salvador nous paraît avoir 
mieux compris cette question. Voy. son His- 
toire des Instit. de Moïse , t. 11, p. 96 — 110. 

2 Exode, 17, 16; Deut. 25, 17-19; I Sam. 
15, 2 et 3. 

3 Nombres, ch. 25, v. 16-18 et ch. 31. 

4 Deut. ch. 2, v. 4 — 6 et v. 19; ch. 23, 
V. 4-7. 

& Nombres, ch. 20, v. 14 — 21; Deut. 
23, 8. 
« Deut., même endroit. 



suivant les circonstances. En général, 
la loi de Moïse ne se montre pas fa- 
vorable aux guerres offensives. Les 
Hébreux ne devaient jamais devenir 
un peuple conquérant , et tout au plus 
ils devaient chercher à s'étendre jus- 
qu'à l'Euphrate, qui pouvait être 
considéré comme leur limite natu- 
relle à Test 1 . Moïse défendant ex 
pressément les alliances avec les Ca^ 
nanéens de la Palestine , les Amaléci- 
tes , les Moabites et les Ammonites , il 
s'ensuit de là qu'il était permis aux 
Hébreux de s'allier avec toutes les au- 
tres nations. En effet, nous verrons 
David s'allier avec HamathetTyr, Sa- 
lomon avec Tyr et l'Egypte, Asa avec 
les Syriens , et nous rencontrerons 
plusieurs autres exemples d'alliances 
païennes; plus tard les pieux Mac- 
cabées s'allient avec les Romains. Si 
les prophètes parlent quelquefois con- 
tre ces alliances étrangères, c'est uni- 
quement parce qu'ils ne les trouvaient 
pas avantageuses sous le rapport po- 
litique. L'exemple des Gabaonites 
prouve combien les Hébreux étaient 
religieux observateurs des traités, mê- 
me à l'égard d'une peuplade cana- 
néenne qui avait su par une ruse obte- 
nir une capitulation 2 . On traitait 
avec les peuples étrangers par des en- 
voyés extraordinaires 3 ; le caractère 
des envoyés était sacré aux yeux des 
Hébreux, comme le prouve la ven- 
geance exercée par David sur les Am- 
monites qui avaient insulté ses am- 
bassadeurs. 

Si , par une circonstance quelcon- 
que , les Hébreux se trouvaient dans 
le cas d'attaquer une ville hors du 
pays de Canaan, ils devaient com- 
mencer par offrir une capitulation. 
Si la ville se soumettait volontaire- 
ment, on se contentait de la rendre 
tributaire; mais si elle était prise par 
la force des armes, on tuait tous 
les hommes qui s'y trouvaient (c'est-à- 
dire tous ceux qui pouvaient avoir pris 
les armes) et on emmenait en 

1 Exode, 23, 31 ; Deut. I, •» 

2 Voy. Josue, ch. 9, v. 18 — 20. Compa- 
rez Êzéchiel , 17, 16. 

a Nombres, 20, 14:21, Si. 



200 



L'UNIVERS. 



captivité les femmes et les enfants 
(Deut. 20, 10-15). Cette loi de Ja 
guerre pourrait nous paraître cruelle; 
mais elle ne l'était pas au point de 
vue des peuples anciens. On sait avec 
quelle cruauté les Romains traitaient 
les habitants des villes vaincues. On 
massacrait jusqu'aux femmes, aux en- 
fants et aux vieillards; les magistrats 
avaient le corps déchiré par des ver- 
ges , ce qu'on appelait virgis cœdere, 
ou corpora lacerare virgis. Les per- 
sonnages les plus distingués parmi les 
vaincus, et souvent les rois, après 
avoir servi au triomphe du général 
romain, étaient froidement assassinés 
dans le Capitole 1 . Et cependant ces 
mêmes Romains se plaignaient de la 
cruauté des Carthaginois, dont les 
lois de guerre étaient encore bien 
plus barbares et sans doute analogues 
a celles des Phéniciens ou Cananéens. 
On mutilait les prisonniers en leur 
coupant les pouces et les orteils (Ju- 
ges , 1 , 7) , ou en leur crevant les yeux 
(ISam. 11, 2); on fendait le ventre 
aux femmes enceintes et on écrasait les 
nourrissons (II Rois, 8, 12). En 
face de ces usages barbares le légis- 
lateur des Hébreux ne pouvait que 
se montrer sévère; on verra même 
dans la loi du Deutéronome que nous 
venons de citer un pas en avant pour 
introduire un droit de guerre plus hu- 
main. Nous rappellerons encore que la 
loi mosaïque désapprouve le ravage 
inutile du territoire ennemi, et qu'elle 
ordonne aux assiégeants de laisser 
intacts les arbres fruitiers ( Deut. 20, 
19 ). Mais on reconnaîtra surtout l'hu- 
manité du législateur dans ce qu'il 
ordonne à l'égard de la femme cap- 
tive : Si le soldat hébreu désirait pos- 
séder une captive, il ne le pouvait 

i Nous prenons au hasard un passage de 
Tite-Live (1. vu, c. 19) auquel nous pour- 
rions en ajouter une foule d'autres : In Tar- 
quinienses acerbe sœvitum. Multis mortali- 
lus in acie cœsis , et ingenti captivorum 
numéro Irecenti quinquaginta octo delecti , 
nobilissimus quisque , qui Romam mitteren- 
lur..:. Medio in foro omnes virgis cœsi ac 
securi percussi. Voy. aussi Jahn , Archœo- 
logie, Il , 2, p. 501. Pompée fut le premier 
qui accorda la vie aux vaincus qui avaient 
orné son triomphe. 



qu'après certaines formalités et après 
lui avoir permis de pleurer ses parents 
pendant un mois. Alors seulement il 
pouvait la considérer comme sa femme; 
mais si ensuite elle ne lui plaisait plus, 
il ne devait pas la traiter en esclave, 
mais la rendre à la liberté. 

Il nous reste à jeter un coup d'œil 
sur l'organisation militaire introduite 
par la loi mosaïque. A l'exception des 
lévites , tous les Hébreux étaient sou- 
mis au service militaire depuis l'âge 
de vingtans (Nombres, 1,3; 26,2), 
et, selon Josèphe, jusqu'à celui de cin- 
quante ans r ; cependant, ayant égard 
à l'agriculture et aux intérêts privés, 
la loi admettait les exemptions suivan- 
tes : celui qui avait bâti une maison 
et ne l'avait pas encore habitée; celui 
qui avait fait une plantation, dont il 
n'avait pu encore recueillir les pre- 
miers fruits ; celui qui s'était fiancé 
ou qui était encore dans la première 
année de son mariage (Deut. 20,5-7; 
24,5). Au reste, les levées en masse 
n'avaient lieu que dans les circons- 
tances extraordinaires; ainsi tout le 
monde était appelé aux armes pour la 
guerre cananéenne, et les tribus déjà 
établies devaient aider celles dont les 
possessions n'étaient pas encore con- 
quises (Nomb. 32,21 ). Pour les entre- 
prises d'une moindre importance, on 
levait un certain contingent de chaque 
tribu ( ib. 31,4) , mais la loi ne nousdit 
pas quelle était la règle qu'on suivait 
dans ce cas ; probablement on tirait au 
sort (Juges,20, 10). Du temps de Moïse, 
et jusqu'à l'époque de David et de Salo- 
mon, l'armée n'était encore qu'impar- 
faitement organisée et ne se compo- 
sait que de fantassins ( Nomb. 11,21). 
Elleétaitdiviséeen bandes (iemilleet de 
cent hommes dont chacune avait son 
chef(ib. 31,14). Les hommes d'une 
même tribu marchaient ensemble sous 
le même drapeau (ib. 1,52;2,2). Le 
commandement suprême appartenait 
au chef de la république (ib.27, 1 6 et 1 7), 
qui formait avec les douze chefs de 
tribus le conseil de guerre (Jos. 9,15). 
Dans des affaires moins graves le 

• Antiqu. III , 12,4. 



PALESTINE. 



201 



commandement pouvait être confié à 
ane autre personne; ainsi, par exem- 
ple , Moïse , dans la guerre contre les 
Midianites , donne le commandement 
au prêtre Pinehas. L'ouverture de la 
guerre s'annonçait au son des trompet- 
tes (Nomb. 10*,9). Avant l'entrée en 
campagne, un prêtre 1 devait pronon- 
cer un discours pour encourager les 
troupes et pour leur promettre le se- 
cours de la Divinité (Deut. 20,3). En- 
suite les Sçhoterîm faisaient une pro- 
clamation' pour faire retirer ceux qui 
pouvaient avoir droit à l'exemption , et 
ils engageaient aussi ceux qui ne se 
sentaient pas le courage d'aborder le 
combat à se retirer du camp et à rentrer 
dans leurs foyers, de peur que les autres 
ne fussent découragés par eux ( ib. v. 8). 
Quelques dispositions que donne le 
Deutéronome (23,10-15) sur la police 
des troupes, montrent que la propreté 
et les bonnes mœurs devaient régner 
dans le camp des Hébreux. Quant au 
butin de guerre, s'il faut en juger par 
ce que Moïse ordonna dans la guerre 
des Midianites (Nomb. 31 ,26, etc.), on 
le divisait en deux portions; une moi- 
tié appartenait aux troupes, en dé- 
duisant un sur 500 pour les prêtres ; 
l'autre moitié appartenait à la nation, 
qui en donnait la cinquantième par- 
tie aux lévites. Cependant le butin 
des villes frappées d'anathème et 
notamment des villes cananéennes 2 
était voué à la destruction , le métal 
seul était employé au profit du temple 
(Jos. 6, 24). 

Nous avons déjà montré (page 183) 
que les combats n'étaient pas interrom- 
pus le jour de sabbat ; mais il paraîtrait 
résulter d'un passage de l'Exode (34,24) 
qu'il v avait trêve pour les trois gran- 
des fêtes 3 . 

Nous avons recueilli ici le petit 
nombre de dispositions légales que 
nous offre le Pentateuque sur les 
troupes et les guerres des Hébreux. 
Quelques autres détails sur le même 
sujet trouveront place dans les Anti- 
quités hébraïques. 



II. DROIT CIVIL. 



Voy. ci-dessus , page 174. 

Deut. 20. 17; comparez ib. 13. 13 

Yov Michaélis, 1. 1, § 65. 



1S. 



Nous ne saurions ici entrer dans les 
détails de toutes les lois civiles que 
renferme le Pentateuque et qui, en 
partie, sont fondées sur d'anciennes 
coutumes, comme, par exemple, l'acbat 
des femmes, le lévirat, le droit d'aî- 
nesse ; mais nous devons faire connaî- 
tre tout ce que la loi mosaïque offre de 
caractéristique dans les rapports mu- 
tuels qu'elle établit entre les citoyens. 
Nous parlerons de la constitution de 
la famille, de quelques obligations 
civiles résultant des rapports quoti- 
diens et de certaines institutions de 
police. 

A. La famille. 

La grande question dans la consti- 
tution de la famille, c'est le mariage. 
Nous devons donc considérer tout 
d'abord quelle est, selon la loi mosaï- 
que, la position de la femme et 
quels sont les liens qui l'attachent 
à l'homme. Déjà dans le mythe qui 
parle de la création de la femme 
(Gen. 2 , 20 — 24) nous reconnaissons 
la tendance de lui faire une position 
bien plus élevée que celle qu'elle oc- 
cupait généralement chez les peuples 
de l'Orient, excepté peut-être chez 
les Égyptiens ■ et chez les Indous 2 . 
Selon la tradition mosaïque, la femme 
est une portion de l'homme, créée 
pour être son aide, et entièrement sem- 
blable à lui. L'auteur de la Genèse 
cherche même à établir l'égalité de 
l'homme et de la femme par une ob- 
servation étymologique : en hébreu , 
la femme est appelée Ischah, parce 
qu'elle fut prise du Isch (homme). 
Toute la tradition n'a pu se former que 
chez un peuple où la femme jouissait de 
beaucoup d'indépendance et où l'on re- 
connaissait sa dignité relativement à 
l'homme, ce dont toute l'antiquité hé- 
braïque rend les plus éclatants témoi- 
gnages. La liberté dont nous voyons la 
femme hébraïque jouir, avant et après 
le mariage, fait un contraste frappant 

1 Voy. Hérodote, II, 35; Diod. 1,27. 

2 Voy. Bohlen, Das allé Indien, t II, p. 
150 et u *nv. 



202 



L'UNIVERS. 



avec la séquestration de la femme dans 
l'Orient moderne. Nous rappellerons 
tes femmesqui , conduitespar Miriam , 
sœur de Moïse , célèbrent publique- 
ment par des chants et des danses la 
miraculeuse sortie d'Egypte (Exode, 
15, 20); les femmes pieuses qui se 
livraient habituellement à des actes 
de dévotion à l'entrée du Tabernacle 
(ib. 38, 8) s les filles de Siloh qui dan- 
saient dans les vignes, n'ayant d'au- 
tres gardiens que leur innocence, et 
que les jeunes gens pouvaient libre- 
ment aborder (Juges, 21 , 2 1) ; les fem- 
mes de toutes les villes d'Israël , qui , 
après la victoire remportée par David 
sur les Philistins, sortent au-devant 
du roi Saùl, et, en le complimentant 
par des chants et des danses, savent 
mettre dans leurs paroles une ironie 
qui devient la première source de la 
jalousie de Saùl et de son inimitié con- 
tre David (I Sam. 18, 6—8). Nous 
voyons quelquefois des femmes arriver 
aux plus hautesdignités. Deborah, fem- 
me inspirée ou prophétesse , a su se pla- 
cer à la tête de la république ; c'est elle 
qui encourage Barak à aller combat- 
tre Sisera et elle le suit au combat 
(Juges, chapitre 4). C'est , grâces au 
rôle indépendant que jouent les fem- 
mes chez les Hébreux, qu'Athalie 
peut exercer sa tyrannie pendant 
six années. Plus tard, sous le roi 
Josias, la prophétesse Hulda jouit 
d'une telle considération, que le 
grand prêtre Hilkia et les grands di- 
gnitaires de la couronne vont lui de- 
mander des conseils (II Rois , 22 , 14). 
Dans toutes les classes de la société 
hébraïque , la femme mariée conserve 
un haut degré d'indépendance à côté 
de son mari. La femme de Manoé, 
mère de Simson , se rend seule dans 
les champs , et son mari est absent 
(Juges, 13, 9);Abigaïl, femme du 
riche Nabal , avertie par un serviteur 
du danger qui menace son mari qui 
a offensé David , part, sans rien dire 
à son mari, pour aller conjurer l'o- 
rage (I Sam. 25, 14—37). La prin- 
cesse Michal, voyant un jour son 

1 Voy. ci-dessus , page 156. 



époux, le roi David, s'abandonner à 
de trop vives démonstrations de joie et 
danser parmi lepeuple, necraintpasde 
venir lui adresser de graves reproches 
(II Sam. 6, 20). La femme de la ville de 
Sunem qui offrait souvent l'hospitalité 
au prophète Éîisa , part avec un servi- 
teur pour aller voir le prophète, et, 
quand son mari lui demande le motif de 
son voyage , elle refuse de répondre (II 
Rois , 4 , 22—24). Tous ces exemples 
prouvent que l'indépendance de la 
femme avaitde profondes racines dans 
les mœurs des Hébreux , basées sur les 
traditions patriarcales. Le récit poé- 
tique de la Genèse exprime un senti- 
mentqui était général chez les Hébreux, 
et le législateur n'avait pas besoin 
d'insister sur ce point. Cette position 
de la femme paraît exclure la polyga- 
mie, qui, en effet, ne se rencontre 
chez les Hébreux que par exception, tan- 
dis que la monogamie était la règle gé- 
nérale. Qu'on se rappelle ces paroles de 
la Genèse (2 , 24) : Que l'homme aban- 
donne son père et sa mère et s'atta- 
che à sa Jemme, et qu'ils deviennent 
une seule chair ; qu'on lise la belle 
description de la jemme forte à la 
fin du livre des Proverbes et beaucoup 
d'autres passages de la même nature ', 
et on restera convaincu qu'un peuple 
qui avait de tels adages n'a pu recon- 
naître pour état normal la polygamie 
et la vie oisive et immorale des ha- 
rems. Plusieurs lois du Pentateuque 
paraissent également supposer la 
monogamie comme la règle commune *. 
Si plusieurs rois, et notamment Salo- 
mon , ont donné l'exemple de la polyga- 
mie et ont tenu des harems , ils se sont 
mis en opposition flagrante avec les 
mœurs de la nation et avec la loi po- 
sitive (Deut. 17 , 17). Nous ne nions 
pas cependant que quelques lois de 
Moïse supposent la bigamie comme 
une chose légitime 3 , et que la polyga- 
mie elle-même n'est nulle partdirecte- 
ment défendue. Mais si Ton réfléchit 

1 Voy. Proverbes, 5, 18; 6,26; 12, 4; 19, 
14 ; Psaumes, 128 , : *; Malachie ,2, 14 et 15. 

2 Vov. Deutéronome, 20, 7; 24, 5; 25, 6 
et H. 

3 Voy. Exode, 21,9; Lév. 18,18; Deut. 31» 
16—17. 



PALESTINE. 



20S 



que, dans l'idée d'un Hébreu, c'était 
le plus grand malheur que de n'avoir 
pas d'enfants , que l'Hébreu vivait en 
quelque sorte dans l'avenir et que l'a- 
mour de la postéritée réglait en grande 
partie sa conduite dans le présent, on 
ne s'étonnera pas que la loi lui ait 
laissé la faculté d'avoir recours à un 
second mariage, lorsque le premier 
est resté stérile. Tel pouvait être le but 
moral de la tolérance de la loi mosaï- 
que; la nécessité physique de la polyga- 
mie qu'on a supposé quelquefois aux 
Orientaux ne nous paraît pas suffi- 
samment démontrée. Selon les rab- 
bins, il aurait été loisible à un Hébreu 
d'épouser jusqu'à quatre femmes ; mais 
c'est là une simple supposition qui ne 
s'appuie sur aucun texte de la loi «. Ce 
qui est certain , c'est que la loi mosaï- 
que renfermeplusieurs dispositions qui 
devaient opposer de grands obstacles 
à l'envahissement de la polygamie. 
Aucune des femmes qu'un Hébreu 
avait épousée, fût-ce même une es- 
clave, ne pouvait être considérée 
comme simple servante, ou comme un 
simple objet de luxe; elles avaient 
toutes des droits égaux (Exode , 21 , 
10) , et elles devenaient une grande 
charge dans un pays où tout le monde 
était cultivateur et où personne ne 
pouvait amasser de grandes riches- 
ses 2 . Les lois de pureté (Lév. 15, 18), 
combinées avec les devoirs conjugaux , 
devenaient également une grande gêne 
pour un homme qui avait plusieurs 
femmes. L'établissement des harems 
était très-difficile dans une société qui 
proscrivait les eunuques (Deut. 23, 2), 
et les princes qui , contrairement à la 
loi de Moïse, avaient des harems bien 
fournis , étaient obligés de faire venir 
leurs gardiens de l'étranger 3 . Nous 
observerons enfin que le législateur des 

1 L'exemple du patriarche Jacob a pu 
donner lieu à cette supposition ; mais les qua- 
tre mariages du patriarche sont motivés cha- 
cun par une circonstance particulière. Au 
reste , le nombre de quatre femmes légitimes 
est aussi celui que permettent les lois de Ma • 
nou (IX, 145) et le Koràn (IV, 3). » 

2 Comparez Ruth, ch. 4, v. 6. 

3 Voy. en général, Michaëlis, t. Il, § 95; 
lahn, Archceologie , t. I, 2 e partie, p. 235 
~24I. 



Hébreux ne favorise pas beaucoup le* 
mariages avec des femmes étrangères , 
et que dans un pays où le désir d'avoir 
des héritiers devait porter chacun à 
prendre une femme ■ , il n'était guère 
permis à personne d'en avoir plusieurs; 
car ce n'est que par erreur qu'on a pu 
soutenir qu'en Orient il naît beaucoup 
plus de filles que de garçons 2 . 

Dans un pays où tousses citoyens 
considèrent le mariage comme un de- 
voir , et où , dans certains cas , les 
•mœurs et la loi permettent de prendre 
une seconde femme , les pères place- 
ront facilement leurs filles sans les 
doter, et ils pourront même en re- 
clamer un certain prix. Aussi les 
Hébreux avaient-ils conservé l'usage 
des temps des patriarches de payer au 
père le prix de la fille (Gen. 29, 1 8; 34 , 
12) , et cet usage est mentionné dans 
la loi (Exode , 22, 16) 3 . Le prix, ap- 
pelé mohar, variait, sans doute, selon 
les circonstances. La loi ne fixe que le 
prix de la jeune fille qui avait été sé- 
duite; le séducteur, forcé de l'épouser, 
payait un mohar de cinquante sicles 
(Deut. 22 , 29). La demande en maria- 
ge se faisait par les parents du jeune 
homme (Juges ,14,2); la convention 
faite et le mohar payé , les jeunes gens 
étaient considérés comme légalement 
mariés (Deut. 22 , 23) , quoique la 
célébration du mariage n'eût lieu 
que plus tard , et que la fiancée restât 
encore chez ses parents. De là s'expli 
que la peine de mort décrétée par \\ 
loi contre la jeune fille qui n'était pas 
trouvée vierge (Ib. v. 20 et 21). Nous 
croyons, avec les rabbins, qu'il s'a- 
git d'une personne convaincue d'avoir 
commis l'adultère entre les fiançail- 
les et le mariage. Quantaux cérémonies 

1 Selon les rabbins , les paroles de la Ge- 
nèse : Croissez et multipliez doivent lélre con- 
sidérées comme un précepte légal. 

2 Voy. Jahn, 1. c, p. 238. 

3 Comp. I Sam. 18, 25; Hosée, 3, 2. Le 
même usage existe encore aujourd'hui chez 
les Arabes. Il avait existé aussi chez les 
Grecs , dans les temps anciens (Homère , 
Odyss. vin , 318; xi, 281; Iliad. », 244), el 
chez les Germains (Tac. De Morib. Germ 
c 18). Quelques exemples de femmes dotées 
que nous trouvons chez les Hébreux, sont 
des cas exceptionnels. Voy. Jos. 15, 18; l 
Rois, 9, 16. 



204 



L'UNIVERS 



du mariage , elles n'étaient fixées par 
aucune disposition légale, et elles 
restaient abandonnées aux usages de 
chaque époque. Nous y reviendrons 
en parlant des antiquités. 

Les mariages entre proches parents 
étaient sévèrement détendus ; la loi les 
appelle des abominations par lesquelles 
les Cananéens avaient souillé le pays. 
Elle défend à l'Hébreu d'épouser sa 
mère, sa belle-mère, sa fille, sa petite- 
fille , sa sœur (du père ou de la mère) , 
la veuve de son père , de son fils et 
de son petit-fils , la fille et la petite- 
fille de sa femme , la sœur de sa fem- 
me, pendant que cette dernière vivait 
encore , la veuve de son frère (si celui- 
ci avait laissé des enfants), sa tante pa- 
ternelle ou maternelle , et la veuve de 
son oncle : le mariage avec la nièce 
était permis *. Les unions illégiti- 
mes entre les parents de ces différents 
degrés étaient punies quelquefois du 
retranchement 2 et quelquefois de la 
peine capitale; l'union avec la belle- 
sœur ou la tante n'est menacée que 
d'une punition du ciel (Lév. 20 , 20 et 
21). La loi ne porte aucune autre res- 
triction au libre choix de l'épouse , à 
l'exception de certaines unions défen- 
dues aux prêtres et dont nous avons 
déjà parlé. L'Hébreu pouvait même 
épouser une païenne (Deut. 21 , 11) , 
pourvu qu'elle ne fût pas Cananéenne 
(Deut. 7 , 3 ), et qu'elle renonçât au 
culte des idoles 3 . La fille israélite , 
fut-elle même d'une famille sacerdo- 
tale ( Lév. 22, 12) , pouvait choisir son 
époux dans toutes les tribus d'Israël, 
excepté si elle était héritière ; dans ce 
cas elle ne pouvait se marier qu'avec 
un homme de sa tribu , afin que la pro- 

1 Voy. Lév. ch. 18 , v. 7—18; ch. 20 , v. il 
et suivants ; Deut. ch. 27, v. 20 et suivants. 
Les juifs caraïtes et les docteurs de l'Église 
ont appliqué la défense à d'autres degrés ana- 
logues, comme, par exemple, la nièce; 
mais les rabbanites ne défendent que les 
unions expressément mentionnées dans la 
loi. Voy. Michaèlis, t. II, S 217, qui appuie 
l'opinion des rabbins par de très-bons argu- 
ments. 

2 Voy. plus bas, art. Peines, 2°. 

3 Moïse lui-même épousa une Éthiopienne 
(Nomb. 12, I). Ce ne fut qu'après l'exil que 
le rigorisme des restaurateurs du culte juif 
étendit la défense à toutes les femmes étrangè- 



priété qu'elle possédait restât dans la 
tribu et que l'équilibre ne fût pas dé 
rangé (Nomb. 36,6-9). 

Conformément à une -ancienne 
coutume, qui remonte au temps des 
patriarches (Gen. 38, 8), la loi veut 
que, lorsqu'un homme meurt sans lais- 
ser aucun enfant, son frère en 
épouse la veuve , et que le premier 
fils qui naîtra de cette union soit 
considéré, sous tous les rapports, 
comme celui du défunt, afin que le 
nom de celui-ci ne soit pas effacé 
d'Israël 1 . Toutefois le frère pouvait 
se refuser à l'accomplissement de ce 
pieux devoir; mais alors il devait se 
soumettre à une formalité humiliante. 
Sa belle-sœur le citait devant le tribu- 
nal des Anciens; là il devait déclarer 
qu'il refusait de prendre pour femme 
la veuve de son frère ; celle-ci lui ti- 
rait sa sandale du pied et crachait de- 
vant lui, et il conservait le sobriquet 
de déchaussé ( Deut. 25, 5-10). Après 
cette cérémonie la veuve était libre de 
se remarier. La loi ne nous dit pas 
quel était l'usage suivi dans le cas où 
il y avait plusieurs frères ; c'était pro- 
bablement à l'aîné d'accomplir le de- 
voir envers la veuve, et s'il s'y refu- 
sait , un des autres frères pouvait le 
remplacer. Le grand prêtre, qui ne 
pouvait se marier qu'avec une vierge , 
était nécessairement exempté de cet- 
te loi. 

La femme libre, légalement con- 
vaincue d'adultère , était punie de 
mort, ainsi que son complice (Lév. 
20, 10); mais l'esclave, mariée sans 
être affranchie , n'était punie en cas 
d'infidélité que d'un châtiment corpo- 
rel , et son complice en était quitte 
pour offrir un sacrifice de délit (Ib. 

res. Voy. Ezra , ch . 9 et 10 ; Néhémia , 13 , 23 
1 Le même usage existait chez les Indous ; 
voy. Lois de Manou, III, 173; IX, 97. On 
a donné à ce genre de mariage le nom de 
Lévirat, du mot latin levir (frère du mari, 
beau-frère; ; en hébreu le levir s'appelle ya- 
b\m. L'usage étendit cette loi aux autres pa- 
rents, pour le cas où il n'y avait pas de frè- 
res , comme nous le voyons par l'exemple de 
Ruth; mais alors c'était plutôt un droit qu'un 
devoir, et le plus proche parent pouvait s'y 
refuser, sans s'exposer a subir la cérémonie 
du déchaussement. Voy. Rata, ch. 4. 



PALESTINE. 



205 



19, 20-22) », car son action était 
considérée comme un péché et non com- 
me un crime social. Au reste , comme 
il fallait deux témoins qui eussent pris 
les coupables en flagrant délit, la 
peine de l'adultère ne pouvait être ap- 
pliquée que très-rarement. Ordinaire- 
ment le mari qui se croyait trompé , 
devait se contenter de faire passer sa 
femme par l'épreuve prescrite par le 
législateur pour intimider la femme 
qui pouvait avoir des fautes à se re- 
procher, et pour calmer la fureur 
jalouse du mari. Celui-ci, tourmenté 
par des soupçons et n'ayant aucune 
preuve, doit conduire sa femme au 
sanctuaire avec une offrande de farine 
d'orge. Le prêtre prend de l'eau sainte 
(du bassin d'airain) dans un vase de 
terre, et y mêle de la poussière du pavé 
du sanctuaire. La femme, la tête 
découverte, tient dans sa main l'of- 
frande ; le prêtre tenant la coupe d'eau 
que la femme devra vider , adjure cel- 
le-ci en lui disant : « Si tu es inno- 
cente, sois exempte de la malédiction 
que renferment ces eaux amères ; mais 
si tu es coupable, que Dieu te fasse 
devenir un sujet d'imprécation au mi- 
lieu de ton peuple, en faisant tomber 
ta hanche et enfler ton ventre , » et 
la femme répond amen! amen! En- 
suite le prêtre écrit la formule d'im- 
précation sur un parchemin et l'efface 
dans l'eau fatale qu'il donne à boire 
à la femme, après avoir agité l'of- 
frandedefarined'orgeet l'avoir offerte 
sur l'autel a . L'impression que devait 
laisser cette cérémonie devenait un châ- 
timent terrible pour la femme qui se 
sentait coupable; la femme innocente 
regagnait par là le repos , car son mari 
devait être tranquillisé par cet appel 
au jugement de Dieu. 

Le divorce, moralement désap- 
prouvé par les paroles de la Genèse 
(2,24), est cependant permis sous le 
point de vue du droit , lorsque le mari 
ne se plaît plus avec sa femme, ayant 
trouvé en elle quelque chose de hon- 
teux (Deut. 24,1). Il résulte claire- 

1 La Vulgate (v. 20) dit inexactement 
vapulabuni simbo. 
* Voy. Nombres , ch. 5, v. II— 3 1. 



ment des paroles du texte que le mari 
était seul juge des défauts qu'il pou- 
vait avoir découverts dans sa femme, et 
qu'il lui était loisible de la répudier, 
sans avoir besoin pour cela d'une dé- 
cision juridique «. Il est clair aussi que 
Moïse ne fait que régler un droit déjà 
existant, que les Hébreux, comme les 
anciens Arabes, exerçaient probable- 
ment avec une grande légèreté a . Le 
législateur y met des conditions qui 
devaient rendre le divorce moins fa- 
cile : Il faut , pour répudier sa femme , 
lui donner une lettre de divorce, et, 
comme l'art d'écrire n'était pas alors 
très-répandu parmi les Hébreux, le 
mari était obligé de s'adresser à un 
lévite ou à quelque autre érudit; il lui 
fallait aussi des témoins pour signer 
l'acte. Toutes ces formalités l'empê- 
chaient d'agir dans un premier accès 
de colère, et les personnes étrangères 
qui devaient nécessairement interve- 
nir, pouvaient essayer de réconcilier 
les époux. Après le divorce accompli, 
le mari avait encore la faculté d'épou- 
ser de nouveau la femme qu'il avait 
répudiée ; mais si celle-ci s'était rema- 
riée avec un autre et était redevenue 
libre par un second divorce ou par la 
mort du second mari , le premier mari 
ne pouvait plus la reprendre, parce 
que, dit la loi, elle a été souillée, et 
qu'un tel mariage serait une abomi- 
nation devant J éhova ( Ib. v. 4 ) 3 . La 

1 Les célèbres écoles de Hillel et de Scham- 
maï étaient divisées sur le sens des paroles de 
Moïse. La première pensait que le législateur 
avait voulu permettre au mari de divorcer 
pour un sujet de mécontentement quelconque; 
la seconde n'admettait le droit de divorce que 
lorsque le mari remarquait dans sa femme 
un manque de chasteté. Voy. Mischnah , 3 e 

Ïartie, à la fin du traité Gittin (du divorce), 
osèphe se prononce dans le sens de l'école 
de Hillel '.pour un sujet quelconque (xa6' aç 
8y]iroTo0v aktaç); car, ajoute-t-il, il s*en ren- 
contre beaucoup pour les hommes. Anliqu. 
IV, 8, 23, éd. Haverc. t. I, p. 242. D'aucune 
manière le législateur n"a pu exiger pour le 
divorce la preuve légale d'adultère, car cette 
preuve aurait fait condamner la femme à la 
peine de mort. 

a Voy. Michaélis, 1. c t. II, § 119. 

3 Le législateur hébreu fait peut-être allu- 
sion à un usage singulier qui existait chez 
les anciens Arabes et qui a été consacré par 
l'islamisme. Selon la loi musulmane, lors- 



206 



L'UNIVERS. 



loi ne renferme aucune disposition en 
faveur de la femme divorcée ; il va 
sans dire que, si elle avait apporté à 
son mari quelque bien personnel, elle 
le reprenait après la séparation; mais, 
si elle n'avait rien , sa position deve- 
nait très-précaire et elle devait dé- 
pendre alors de la générosité de sa fa- 
mille. Le législateur comptait proba- 
blement sur la facilité qu'aurait une 
telle femme de trouver un second 
mari , dans un pays où les femmes 
étaient recherchées; aussi quand Je 
mari, par sa conduite, avait ôté à sa 
femme tout espoir de trouver à se 
remarier, le divorce était absolument 
interdit. Ainsi l'homme qui avait été 
forcé d'épouser une jeune fille qu'il 
avait séduite, et celui qui, après la 
noce, avait calomnié l'innocence de 
sa jeune épouse, étaient privés à tout 
jamais du droit de divorcer (Deut. 
22, v. 19 et 29). 

Nous arrivons aux rapports que la 
loi établit entre les parents et les en- 
fants et à leurs devoirs réciproques. 
Le respect dû aux père et mère est 
une des lois fondamentales des Hé- 
breux et forme un des dix comman- 
dements. Malheur à celui qui aurait 
violé cette loi! L'enfant qui se portait 
à des voies de fait contre ses parents, 
qui refusait de leur obéir, ou qui pro- 
nonçait une malédiction contre eux , 
était puni de mort «. Le père surtout, 
comme chef de famille, exerçait un 
pouvoir très-étendu sur ses fils", même 
quand ils étaient majeurs et mariés , 
sur les femmes et les enfants de ses 
fils , et sur ses filles non mariées ; les 
vœux prononcés par ces dernières, sans 
le consentement du père étaient nuls 
comme ceux que la femme prononçait 
sans le consentement du mari (Nomb. 

qu'une femme a été répudiée complètement, 
c'est-à-dire, lorsque la formule de divorce 
a été prononcée, a trois époques différentes 
pour une femme libre , et à deux pour une es- 
clave, le mari ne peut la reprendre qu'après 
qu'elle a été mariée avec un autre. Voy. le 
Korân,ch. 2, v. 230; The Hedâyaor Guide, 
a commentary of the musulman laws, 
transi, by Ch. Hamilton , 1. 1. p. 301 et suiv. 
1 Exode, ch. 21 , v. 15 et 17; Lév. ch. 20, 
v. 9: Deut. 21, 18—21. 



ch. 30 ). Les filles pouvaient même 
être vendues comme esclaves (c'est- 
à-dire louées pour un certain temps) 
par leur père (Exode, 21, 7 ). A l'é- 
poque des patriarches, les pères de 
famille avaient eu le droit de juger 
les membres de la famille et de décré- 
ter même la peine de mort contre eux 
(Gen. 38, 24). La loi de Moïse enlève 
aux pères ce droit absolu et les oblige 
de faire juger leurs enfants par les 
tribunaux ( Deut. 21, 19). Le législa- 
teur n'entre pas dans les détails de 
l'éducation; il exige seulement, dans 
l'intérêt de la religion et de la cons- 
titution , que les enfants mâles , desti- 
nés à devenir à leur tour chefs de 
famille et qui , dès le huitième jour 
après leur naissance, devaient entrer 
par la circoncision dans l'alliance di- 
vine (Lév. 12, 3), soient instruits 
dans la loi et connaissent les détails 
de la sortie d'Egypte et de tout ce 
que Dieu avait fait en faveur du peu- 
ple hébreu 1 . Pour le reste, l'éducation 
des enfants des deux sexes n'était en- 
chaînée par aucune loi ; tout devait 
dépendre des sentiments des parents 
et des usages du temps ; nous y re- 
viendrons dans un autre endroit. 

Le pouvoir paternel cessait pour 
les filles au moment de leur mariage ; 
mais pour les fils il devait durer jus- 
qu'à la mort du père, car les fils 
n'ayant pas encore de propriété ter- 
ritoriale à eux, continuaient, même 
après leur mariage, à travailler pour 
le compte du père et à être nourris par 
lui , excepté peut-être quand un fils 
avait épousé une héritière et avait 
acquis une propriété. Malgré les rap- 
ports qui ne cessaient d'exister entre 
le père et le fils , l'un ne pouvait être 
rendu responsable des crimes de l'au- 
tre (Deut. 24, 16). Il paraîtrait que 
plus tard les créanciers des parents 
avaient le droit de réclamer les ser- 
vices des enfants (II Rois , 4 , 1 ) ; mais 
il ne se trouve pas de trace de ce droit 
dans les lois mosaïques. 



1 Voy. Deut. ch. 4,v. 9 et 10; ch. 6, v. 
7 et 20—25 ; ch. n , v. 19; comparez Exode, 
ch. 13, v. 14 et 15. 



PALESTINE. 



207 



Selon les coutumes patriarcales, 
faîne des fils exerçait une certaine 
autorité sur ses frères et jouissait de 
certains privilèges 1 ; la dignité de 
Zakén ou Ancien passait sans doute 
d'aîné en aîné. Moïse ne porte aucune 
atteinte directe à cette coutume pa- 
triarcale; mais il ne consacre légale- 
ment que le droit du fils aîné de pren- 
dre deux portions dans l'héritage du 
père , et encore fallait-il que cet aîné 
fut le commencement de la force du 
père , comme s'exprime le Deutéro- 
nome (21 , 17), c'est-à-dire qu'il fût son 
enfant premier né 2 ; d'où il résulte 
que si l'aîné des fils avait été précédé 
d'une fille , il ne jouissait d'aucun pri- 
vilège par rapport à l'héritage. La 
même loi défend de transporter arbi- 
trairement ce droit du premier-né sur 
le fils d'une femme préférée , ce qui 
est une censure directe contre le pa- 
triarche Jacob qui avait accordé le 
double héritage à Joseph, premier-né 
de Rachel 3 . On voit du reste que ce 
droit n'a rien de commun avec ce 
qu'on a appelé droit d'aînesse dans les 
temps modernes. 

Les fils concourent seuls légale- 
ment pour le partage des biens que le 
père a laissés en mourant ; les filles 
n'héritent que lorsqu'il n'y a pas de 
fils , mais on a déjà vu qu'elles étaient 
obligées alors de se marier dans leur 
tribu 4. Quand un homme n'avait laissé 
ni fils ni filles , son héritage passait à 
ses frères 5 , et , à défaut de frères , aux 

1 Voy. Genèse, ch. 25, v. 31—34; en. 37, 
v. 21 et 22; ch. 48, v. 18; ch. 49, v. 3; I 
Chron. ch. 5, v. I et 2. 

2 II ne faut pas confondre ce premier-né 
du père, pouvant être le fils d'une femme qui 
avait déjà eu d'autres enfants , avec les pre- 
miers-nés des mères destinés d'abord à être 
les serviteurs du culte et soumis ensuite au 
rachat. Voy. ci-dessus , page 164. Sur les droits 
des premiers-nés chez les Indous, voy. Lois 
deManou,IX, 1 12— 117. 

3 Voy. Genèse, 48, 5 et 22; 1 Chron. 5, 1. 

4 Les lois athéniennes étaient plus sévères 
à cet égard; comme les lois mosaïques, elles 
n'accordent le droit de succession aux tilles que 
lorsqu'il n'y a pas de lils , mais elles obligent 
la tille héritière (èiuxXr)poç) d'épouser son 
plus proche parent. Voy. Michaëlis , l. c, t. 



II, §78. 



va sans dire que le père hérite des 



biens de ses enfants; mais, dit Philon, 



oncles paternels, et ainsi de suite 
aux plus proches parents du côté du 
père(Nomb. 27, 8-11). La loi ne parle 
pas des fils naturels , qui , à ce qu'il 
paraît, n'avaient aucune position lé- 
gale; nous voyons du moins par 
l'exemple de Jephthé, expulsé avec 
l'autorisation des Anciens (Juges, 
11, 2-7), que les fils naturels étaient 
légalement exclus de la succession. 
Reste à savoir si les lois de succes- 
sion dont nous venons de parler 
étaient absolues , ou s'il était permis 
à un Hébreu qui avait des fils, de dis- 
poser par testament en faveur de ses 
filles ou d'autres parents. Le texte de 
la loi ne parle nulle part des testa- 
ments; mais il est certain que plus 
tard ils étaient admis et qu'un père 
riche pouvait accorder une partie de 
ses biens non-seulement à ses filles * , 
mais aussi aux esclaves qui l'avaient 
fidèlement servi (Prov. 17,2). 

La loi ne fixe rien à l'égard de l'en- 
tretien des filles non mariées et des 
veuves. Quant aux premières, le droit 
traditionnel supplée au silence du lé- 
gislateur; il veut que les orphelines 
soient nourries et établies par leurs 
frères, quand même ceux-ci n'auraient 
rien hérité et qu'ils seraient obligés de 
mendier*. Pour ce qui concerne la 
veuve, le législateur n'avait pas be- 
soin de la recommander à la piété 
filiale; si elle n'avait pas d'enfants, elle 
retournait danssafamille(Lév. 22, 1 3), 
et elle pouvait au besoin réclamer sa 
part des dîmes et des autres bénéfices 
de la charité publique 3 . Elle était d'ail- 

comme la loi de la nature veut que les enfants 
soient les héritiers des parents, et non pas 
les parents ceux des enfants , le législateur 
se tait sur ce qui serait désastreux et mal- 
sonnant (xo aèv àTrevxTatov xaî 7raXta<Pï]|xov 
fauxaaev). De vitâ Mosis, 1. 3, éd. de Ge- 
nève , p. 533. Cependant ce silence s'expli- 
que plus naturellement par la constitution 
agraire, selon laquelle les fils ne possédaient 
régulièrement aucune propriété personnelle 
du vivant du père. 

« Voy. Job, 42, 15. Michaëlis, 1. c, a recueilli 
dans la Bible plusieurs exemples de filles 
héritières. 

J Voy. Mischnah, 4 e partie, traité Bava- 
oathra, ch. 9, § I. 

3 Deut. ch. 14, v.29; ch. 16, v. Il et 14; 
Ch. 24, v. 19—21; Ch. 26, V. 12. 



208 



L'UNIVERS. 



leurs recommandée à des égards parti- 
culiers (Exode , 22 , 2 1) ; aucun des ob- 
jets appartenant à une veuve ne pou- 
vait être saisi pour dettes ( Deut. 
24,17). 

Il me reste à parler d'un élément 
essentiel de la famille hébraïque , je 
veux dire les esclaves. Le principe 
de l'esclavage est reçu par Moïse 
comme un fait qui avait des racines 
trop profondes dans les mœurs du 
temps pour qu'un législateur eût pu 
l'attaquer directement. Près de douze 
siècles plus tard, les deux plus grands 
philosophes du pays le plus civilisé 
trouvent ce principe tellement naturel 
qu'ils n'ont pas un seul mot énergique 
pour le désapprouver. Platon n'a pas 
seulement daigné le discuter, et Aris- 
tote soutient qu'il y a des classes 
d'hommes que la nature a créées pour 
être esclaves ". Pour l'esclave , dit-il , 
il ne peut être question d'amitié et de 
droit; il est un instrument vivant 2 . 
Moïse, ne pouvant abolir l'es- 
clavage, tâcha du moins de fixer la 
position des esclaves par des lois tou- 
tes en leur faveur et qui révèlent l'hu- 
manité du législateur et sa sympathie 
pour une classe malheureuse. Les es- 
claves étaient de deux espèces : hé- 
breux ou étrangers. Les premiers ne 
sont pas des esclaves proprement 
dits ; ils doivent être considérés comme 
des serviteurs à gages (Lév. 25, v. 40 
et 53) qui consentent à faire le sacri- 
fice de leur liberté pour un temps li- 
mité pendant lequel ils offrent à leur 
maître le double des avantages qu'il 
aurait pu retirer d'un simple journa- 
lier (Deut. 15, 18); de son côté, l'es- 
clave a l'avantage d'être payé d'avance 
pour tout le temps du service. Ce 
temps ne peut dépasser six ans, à 
moins que l'esclave ne se plaise telle- 



1 o II est évident que les uns sont naturelle- 
ment libres et les autres naturellement escla- 
ves, et que, pour ces derniers, l'esclavage 
est aussi utile qu'il est juste. » Polit. d'Aris- 
toîe, traduct. de M. de Saint-Hilaire , 1. 1. p. 
91. 

2 Elh. Nicom. I. vin, c. 13. L'esclave, 
chez les Athéniens, n'était qu*une chose, 
une propriété , qui pouvait même servir d'hy- 
pothèque., Vov. Bœckh, Êcon. polit, des 
Jthén. (trad. franc,) 1. 1, p. 122. 



ment la dans maison de son maître 
qu'il témoigne le désir d'y rester; 
alors il se présente avec son maître 
devant les magistrats pour prendre 
un engagement solennel devant Dieu; 
le maître lui perce, avec un poinçon, le 
bout de l'oreille, et par cette marque 
de servitude « il l'acquiert de nouveau 
jusqu'au jubilé, époque du rétablisse- 
ment général de la liberté et de l'éga- 
lité 2 . En renvoyant son esclave au 
bout des six années légales, le maître 
doit lui donner un riche cadeau en 
menu bétail et en fruits de toute es- 
pèce (ib. v. 14) ; si, pendant son ser- 
vice, l'esclave hébreu a consenti à se 
marier avec une des esclaves (étrangè- 
res) de la maison de son maître, sa 
femme et ses enfants ne peuvent par- 
tager avec lui le bénéfice de la liberté. 
Si un Hébreu est entré comme esclave 
au service d'un étranger établi en 
Palestine , il a le droit de se racheter 
lui-même ou d'être racheté par un de 
ses proches parents sans attendre l'é- 
coulement des six années légales ou 
l'arrivée du jubilé (Lév. 25, 47—55). 
— En général, l'Hébreu ne pouvait 
devenir esclave que de deux manières: 
ou en se vendant lui-même pour 
cause de pauvreté ( Lév. 25 , 39 ), ou 
en étant vendu judiciairement pour 
vol , lorsqu'il était trop pauvre pour 
payer l'amende imposée aux voleurs 
(Exode, 22, 2). Voler un homme libre 
pour le traiter en esclave ou pour le 
vendre, était un crime qui entraînait 
la peine capitale (ib. 21,16; Deut. 
24, 7). Nous avons déjà dit que le père 
avaitle droit de vendre sa fille; on voit 
maintenant que ce droit se réduit à 
celui de placer sa fille comme domes- 
tique pour six ans 3 . Pour adoucir une 

1 Comparez Juvénal , sat. I, v. 103— 105 

Cur timeam, dubitemve locum defendere 

quarnvis 
Natvsad Euphratem, moles quod in aurefe- 

nestrœ 
Arguerint, licetipsenegem? 

2 Voy. Exode, 21 , 2.-6; Lév. 25, 40; Deut 
15, 12—18, et ci-dessus, page 14 1; compa- 
rez Jérémie, ch. 34 , v. 8 et suivants. 

3 Selon la tradition rabbinique il n'avait 
ce droit que pour une mineure, et l'appari- 
tion des signes de puberté rendait immédia- 
tement la liberté à la jeune fille. Mischnah, 



PALESTINE. 



209 



position qui ne pouvait être que le 
résultat d'un cruel besoin, et pour 
garantir la jeune fille des dangers qui 
menaçaient son innocence, le législa- 
teur recommande au maître de lui 
donner le droit d'épouse ou d'aider 
lui-même à la faire racheter ; si le 
fils du maître en a fait sa maîtresse, 
elle doit être traitée comme une fille 
véritable et conserver tous ses droits 
d'épouse légitime, si le fils veut 
prendre une autre femme à côté d'elle 
{Ex. 21,7-11). 

Pour l'esclave étranger les lois 
étaient moins paternelles , mais éga- 
lement pleines de bienveillance. Les 
étrangers ne pouvaient devenir la pro- 
priété des Hébreux que par une 
acquisition légale 1 , ou en étant faits 
prisonniers de guerre 2 . On a déjà vu 
(page U7)queresclavequi s'était enfui 
d'un pays étranger devenait homme 
libre en touchant le sol des Hébreux. 
Le prix moyen d'un esclave était de 
trente sicles (Ex. 21 , 32); mais ce 
prix variait selon l'ûge et le sexe , et 
se réglait probablement sur celui que 
la loi fixe pour les individus dont on 
avait fait vœu de payer la valeur au 
sanctuaire (Lév. 27, 2—7). Moïse 
défend sévèrement de traiter les es- 
claves avec dureté : si le maître frappe 

3 e partie , traité Kiddouschîn (des épousail- 
les ), ch. I, §2. 

1 De là les esclaves étrangers sont sou- 
vent désignés par les mots miknath késef 
(acquisition au moyen d'argent) ; les enfants 
des esclaves , qui restent également la pro- 
priété du maître , s'appellent yelidé ba ïth 
Jnés dans la maison)' , 

2 Voy. Nombr. 3I ? 26; Deut. 20, 14 ; 21 , 
10. « Hobbes (Impenum, -cap. 7 et 9) fonde 
l'esclavage sur la guerre. Grotius avait égale- 
lement admis ce principe, que presque tous 
les publicistes jusqu'à Montesquieu ont pro- 
fessé, parce qu'ils accordaient au vainqueur le 
droit de vie et de mort sur le vaincu. Dans 
l'antiquité, et surtout au temps d'Aristole, 
•cette maxime était reçue sans contestation et 
appliquée dans toute sa rigueur. On pourrait 
«n citer, dans la guerre du Péloponèse, plus 
de cent exemples. Après le combat on égorge 
toujours des prisonniers. (Voir Thucydide, 
liv. I, ch. 30; liv. Il, ch. 5, etc. etc.) Thu- 
cydide, témoin et peut-être acteur de ces 
atrocités , les rapporte aussi froidement qu'il 
décrit une manœuvre navale, et sans y at- 
tacher plus d'importance. » Note de M. de 
St. Hilaire dans sa traduct. de la Politique 
d'Aristote, t. I, p. 3o, 31. 

H e Livraison. (Palestine.) 



son esclave de manière à lui mutiler 
quelque membre, par exemple, s'il 
lui casse seulement une dent, il est 
obligé de le rendre libre immédiate- 
ment ( Ex. 2 1 , v. 26 , 27 ) ; si l'esclave 
meurt sous les coups du maître, il 
sera vengé (Ib. v. 20), c'est-à-dire 
le maître sera puni selon la gravité 
des circonstances; selon le droit tra- 
ditionnel, il pourra même être puni 
de mort , et tel paraît être , en effet , 
le sens des mots il sera vengé £ . En 
outre Moïse accorde aux esclaves 
plusieurs bénéfices : ils prenaient part 
au repos du sabbat (Ex. 20, 10), 
institué, en partie, en leur faveur 
(Deut. 5, 14); ils pouvaient, comme 
les pauvres de toutes les classes, 
s'approprier les produits spontanés 
des terres pendant l'année sabbatique 
(Lév. 25, 6); ils partageaient les re- 
pas des dîmes, etc. (Deut. 12, 18) et les 
joies des fêtes (Ib. 16, 11 et 14). 
L'esclave qui s'était soumis à la cir- 
concision partageait le repas solennel 
de l'agneau pascal avec les autres 
membres de la famille (Ex. 12, 44). 
Quel contraste entre ces lois plei- 
nes d'humanité et le traitement bar- 
bare que subissaient les esclaves chez 
les Grecs et les Romains et naguère 
encore dans les colonies! Chez les 
Hébreux les esclaves supérieurs qui 
dirigeaient les travaux des autres de- 
venaient souvent les amis intimes du 
maître et les gérants de tous ses biens , 
et ils pouvaient espérer même devenir 
ses héritiers , comme nous le voyons 
déjà dans l'histoire d'Abraham qui , 
avant d'avoir des enfants , avait des- 
tiné tous ses biens à son esclave 
Eliézer (Gen. 15, 3). Dans le 1 er 

1 Telle est l'opinion in Thalmud et de 
tous les commentateurs juifs. Voy. R. Salo- 
mon (ou Raschi) au v. 20. Maimonide, 
abrégé du Thalmud, liv. XI, traité v 
(de l'homicide) , ch. 2. Cet auteur insiste 
sur le mot schébet (verge) dont se sert le 
texte de la loi : si le maître s'est servi d'une 
verge, c'est-à-dire de l'instrument ordinaire 
de correction , il sera acquitté dans le cas où 
l'esclave aura survécu d'un ou de deux jours, 
comme le dit le v. 21 ; mais s'il s'est servi d'un 
autre instrument quelconque , on lui appli- 
quera toujours la peine capitale, quand même 
l'esclave ne serait mort que longtemps après. 

U 



SI* 



L'UNIVERS. 



livre des Chroniques (2, 34) on parle 
d'un esclave égyptien qui épousa la 
fille de son maître; celui-ci, n'ayant 
pas de fils, l'esclave devenu son gen- 
dre continua sa ligne généalogique. 
Nous devons ajouter qu'en général , 
chez les anciens peuples de l'Orient , 
les esclaves étaient bien moins mal- 
heureux qu'au milieu de la civilisation 
grecque et romaine. Les Arabes bé- 
douins ont conservé, sous ce rapport, 
les mœurs douces de leurs ancêtres 1 . 

B. Obligations civiles. 

Pour les relations d'intérêt, Moïse 
ne se contente pas de recommander la 
plus grande probité 2 ; souvent il place 
les intérêts mutuels des citoyens sous 
la sauvegarde de la charité et d'un 
désintéressement fraternel. Ses pres- 
criptions, à cet égard, sont toutes en 
harmonie avec la constitution et s'adap- 
tent bien à une société basée sur 
l'agriculture et où le commerce n'est 
nullement en faveur. Les lois dont 
nous voulons parler ici se rapportent 
principalement aux prêts, aux dom- 
mages causés à autrui, à l'abus de 
confiance , aux pauvres qui travail- 
laient comme mercenaires , ou qui 
avaient des droits à la bienfaisance 
publique. 

Là où il n'y a pas de commerce et 
où chacun possède sa propriété, les 
emprunts en argent ou en nature ne se 
feront que pour subvenir aux besoins 
matériels , soit que le propriétaire ait 
subi des sinistres ou que son revenu 
ne suffise pas à une famille devenue 
trop nombreuse. C'est pourquoi Moïse 
recommande les prêts comme une 
aumône (Deut. 15, 7 et 8), et H dé- 
fend à l'Hébreu de prendre de son 
concitoyen des intérêts en argent ou 
en nature 3 . L'homme aisé, ne pouvant 
retirer aucun fruit de ses prêts, ne 
spéculera pas sur son aisance, et con- 
tinuera à s'occuper de l'agriculture ; 

1 Voy. Bohlen, Das allé Indien, t. II, 
p. 157—159. 

J Lév. 19, 36; 25, 14; Deut. 2ô, 13—15. 

3 Voy. Exode, 22, 24; Lév. 25, 37; Deut. 
23, 20. 



mais, d'un autre côté, il refusera de 
prêter, si son capital n'est pas au moins 
suffisamment garanti. Il trouvera 
cette garantie dans la propriété du dé* 
biteur qui pourra.au besoin, être ven- 
du lui-même ou plutôt loué jusqu'au 
jubilé, si toutefois son bien ne rapporte 
pas assez pour qu'il puisse employer 
chaque année une partie de ses reve- 
nus au payement de sa dette. Il est 
vrai que Moïse ne parle pas positive- 
ment de ce droit du créancier par le- 
quel le débiteur pourra être forcé à 
la fin de se louer comme esclave; 
mais il l'indique suffisamment dans 
les lois qu'il prescrit pour les ventes 
forcées des propriétés et des personnes 
(Lév. 25, 25 et 39) et dont nous 
avons déjà parlé. Quels que soientles 
inconvénients de ce système, il laisse 
au moins au malheureux débiteur, ou 
à sa famille, la certitude de rentrer 
dans ses biens au plus tard à l'année 
jubilaire. On pouvait aussi prendre 
en gage des meubles et autres effets, 
notamment pour les petits prêts ; mais 
il était défendu au créancier d'aller 
lui-même choisir le gage au domicile 
du débiteur. Si celui-ci n'a autre chose 
à engager que la couverture dont il 
se sert la nuit, le créancier est obligé 
de la lui rendre chaque soir «. Les 
objets de première nécessité, tels que 
le moulin à bras et autres choses 
semblables, ne peuvent être pris comme 
gage (Deut. 24, 6). Dans aucun cas 
le payement d'une dette ne pouvait 
être réclamé pendant l'année sabba- 
tique, où le propriétaire n'avait pas de 
revenu (Deut. 15, 1 — 3) a . 

Toutes ces lois ont évidemment 
pour but de borner l'industrie des Hé- 
breux à l'agriculture, et à quelques 

1 Deut. ch. 24, v. 10 — 13; Exode, ch 
22, v. 25 et 26. M . „ 

2 Selon le Thalmud. l'intervention de 1 an : 
née sabbatique aurait entièrement dégage 
le débiteur ; mais le texte de la loi du Deu- 
téronome ne se prête nullement a une in- 
terprétation aussi singulière et aussi peu 
vraisemblable. Josèphe parle seulement d une 
rémission générale des dettes à l'époque 
jubilaire ( Ant. III , 12 , 3 ), ce qui est plus 
conforme à l'esprit général des institutions 
mosaïques. 



PALESTINE. 



211 



métiers de première nécessité, et à 
rendre impossibles les entreprises de 
commerce. Elles ont dû être négligées 
plus tard, lorsque, contre les intentions 
du législateur, l'industrie et le com- 
merce avaient pris quelque essor. Il 
fallait alors ou violer les lois ou in- 
venter toute sorte de moyens pour 
les éluder 1 . Dans toutes les circons- 
tances, ces lois ont dû avoir de graves 
inconvénients; à la vérité, elles inspi- 
rèrent aux Hébreux une profonde 
horreur pour l'usure 2 ; mais, d'un au- 
tre côté, elles exposèrent trop souvent 
les débiteurs à l'extrême dureté des 
créanciers, auxquels elles n'offraient 
pas de garanties suffisantes 3 . 

Dans les lois concernant les dom- 
mages causés à autrui nous recon- 
naissons également un législateur 
toujours préoccupé des intérêts agri- 
coles : si des troupeaux vont paître 
dans une propriété étrangère , si un 
champ est ravagé par un incendie, 
si des bestiaux tombent dans une 
fosse, ou sont tués d'autre manière, 
on en rendra toujours responsable 
celui qui peut être considéré comme 
la cause des dommages , et il paiera 
les dégâts avec la meilleure partie 
de son champ et de sa vigne 4. Mais 
il sera permis, en passant dans la 
uropriété d'autrui, de cueillir des 
fruits avec la main, autant qu'on en 
voudra manger immédiatement, pour- 
vu qu'on n'en emporte rien 5 . 

Celui qui se charge d'un dépôt, 
fût-ce même sans rétribution , doit y 
veiller avec soin. Si l'objet confié a 
disparu par quelque accident malheu- 
reux qui n'a pu être prévu ni empêché, 

1 Nous citerons pour exemple la clause 
introduite par le célèbre Hillel sous le titre 
de Prosbol ( probablement TrpoaëoXr) ) et par 
laquelle on déclarait judiciairement ne pas 
renoncer au droit de créancier pour l'année 
sabbatique. Voy. Mischnah, 1 er partie, 
traité Schebiilh, ch. io, § 3 et 4; Buxtorf, 
Lexic. thalmud. col. 1806. 

2 Voy. Proverbes, ch. 28, v. 8; Ëzé- 
chiel, ch. 18, v. 8, 13 et n; ch. 22, v. 12 ; 
Ps. 15,5. 

3 Voy. I Sam. 22, 2; II Rois , 4, l ; Ps. 109, 
Il ; Job, 22 , 6 ; 24, 3. 

4 Exode, ch 21, v. 33— 36; ch. 22, v. 
4, 5 et 13. 

* Deutéron. ch. 24, v. 25 et 26. 



le dépositaire sera obligé d'en pro- 
duire la preuve légale ou d'affirmer 
par serment qu'il n'a pas touché au 
dépôt. En cas de vol commis chez le 
dépositaire, celui-ci est responsable, 
si l'objet déposé est un animal , mais 
non pas si c'est une chose inanimée 
qui ne demande pas de soin et qu'on 
n'a pas toujours sous les yeux. Dé- 
couvre-t-on que le dépositaire n'a 
pas dit la vérité et qu'il s'est rendu 
coupable d'un abus de confiance, il 
sera condamné, comme un voleur, à 
payer la double valeur de l'objet sous- 
trait (Exode, 22,6—12). 

Trouve-t-on sur son chemin un 
objet quelconque, il faut le garder 
avec soin , jusqu'à ce qu'on puisse dé- 
couvrir celui qui l'a perdu. Le législa- 
teur recommande surtout les animaux 
domestiques qui se seraient égarés ; 
celui qui les trouve doit les recueillir 
dans sa maison et en avoir soin jus- 
qu'à ce qu'ils soient réclamés, sauf à se 
faire rembourser les frais. S'il en con- 
naît le propriétaire, fût-il son ennemi, 
il doit les lui ramener sur-le-champ. 
Celui qui est soupçonné d'avoir trouvé 
une chose perdue" et qui le nie, doit 
prêter serment 1 . 

La probité et la bienveillance doi- 
vent présider aux rapports du maître 
et de l'ouvrier mercenaire , indigène 
ou étranger. On doit payer l'ouvrier 
chaque jour avant le coucher du soleil; 
attendre jusqu'au lendemain serait un 
grave péché. Les produits spontanés 
de l'année sabbatique doivent aussi 
profiter à la classe ouvrière 2 . 

Les pauvres , en général , avaient 
certains droits qui devaient les garan- 
tir contre un dénûment complet. 
Outre un grand nombre de préceptes 
moraux qui recommandent les pau- 
vres à la bienfaisance et à une protec- 
tion spéciale, la loi leur assurait cer- 

i 

1 Voy. Deutéron. ch. 22, v. I - 3 ; Exode, 
ch. 23 , v. 4 ; Lév. ch. 5 , v. 22. Selon Josè- 
phe et les rabbins , il fallait faire faire des 
publications , pour découvrir le propriétaire 
des objets perdus. Voy. Antiqu. IV , 8, 29; 
Mischnah , 4 e partie, traité Bava Mesia, 
ch. 2. 

2 Deut. ch. 24, v. 14 et 15; Lév. ch. 19, v. 
I3;ch. 25, v. 6. 

14. 



212 



L'UNIVERS. 



tains revenus qui ne pouvaient leur 
être refusés. Le propriétaire ne pou- 
vait récolter ce qui croissait sur la li- 
mite de son champ , de sa vigne , de 
son plant d'oliviers , etc., ni revenir 
sur les endroits où la faux , la serpe 
et le bâton avaient passé sans tout en- 
lever, ni ramasser ce qui était tombé 
çà et là, ni faire chercher une gerbe 
qui par hasard avait été oubliée dans 
les champs. Tous ces objets appar- 
tenaient dedroitaux veuves, aux orphe- 
lins et aux pauvres en général , indi- 
gènes ou étrangers '. Ils pouvaient 
aussi s'emparer de tout ce qui croissait 
pendant l'année sabbatique (Lév. 
25 , 6 ). Enfin les repas des dîmes 
étaient institués principalement en 
leur faveur (Deut. 14,29). Toutes 
ces institutions ne permettaient pas 
que la profonde misère régnât jamais 
dans une famille hébraïque, surtout 
si l'on réfléchit que, tous les cinquante 
ans, ceux qui étaient appauvris ren- 
traient de droit dans leurs anciennes 
possessions. Aussi la loi mosaïque ne 
connaît-elle point les mendiants pro- 
prement dits ; et , chose bien remar- 
quable , ce mot ne se trouve même 
nulle part dans l'Ancien Testament 2 . 
Les préceptes concernant les égards 
dus au vieillards (Lév. 19, 32) et aux 
personnes qui ont quelque infirmité 
(Ib. v. 14), font plutôt partie de la 
morale que du droit. Se lever devant 
une tête grise , ne pas maudire un 
sourd , ne pas mettre d'obstacle de- 
vant un aveugle, sont d'ailleurs des 
expressions qui renferment en même 
temps un sens figuré. 

C. Police. 

En parlant du culte, nous avons 
déjà fait connaître plusieurs prescrip- 
tions de la loi qui, jusqu'à un certain 
point, peuvent être considérées comme 
des mesures de police. Nous rappelle- 
rons les lois sur la division du temps, 

1 Voy. Lév. ch. 19, v. 9 et 10 ; ch. 23, v. 
22; Deut. ch. 24, v. I9-2I. Comparez Ruth, 
ch. 2 , v. 2. 

2 Voy Michaèlis, 1. c, t. IF, g 142. Le verbe 
mendier ne se trouve que dans deux passages : 
Ps. 109, lo;Prov. 20, 4. 



sur la diète , la pureté corporelle et 
l'hygiène, et notamment sur la lèpre. 
Quelques autres lois qu'on pourrait 
placer dans la catégorie des règlements 
de police paraissent avoir pour but de 
détruire certaines pratiques idolâtres, 
ou qui portaient atteinte à la morale 
et aux lois organiques de la nature. 
Telles sont les lois qui défendent de 
porter des étoffes mêlées de laine et 
de lin, de semer ensemble des semen- 
ces hétérogènes, d'atteler ensemble un 
bœuf et un âne, d'accoupler des ani- 
maux de deux espèces différentes, 
de porter les vêtements de l'autre 
sexe «, de mutiler les parties génitales 
des hommes et des animaux 2 . D'au- 
tres lois ont pour but d'empêcher la 
cruauté envers les animaux. Ainsi il 
est défendu d'emmuseler le bœuf qui 
triture le blé ( Deut. 25, 4), d'égorger 
le même jour la mère et son petit 
(Lév. 22, 28) , de prendre , lorsqu'on 
trouve un nid d'oiseaux, la mère avec 
les petits 3 . Ces différentes ordonnan- 
ces étaient placées sans doute sous la 
sauvegarde des autorités 4 , qui devaient 
punir les transgresseurs, bien que le 
texte de la loi ne le dise pas positi- 
vement. Il en est de même de quelques 
autres ordonnances qui sont plus 
particulièrement du ressort de la po- 
lice : les autorités devaient veiller 
à ce qu'il ne se commît aucune fraude 
dans les poids et les mesures, ce 
que la loi appelle une abomination 
à Jéhova (Deut. 25, 13-16); à ce 
que les bornes qui marquaient les 
limites des champs ne fussent pas 
déplacées ( Ib. 19, 14 ; 27, 17) ; à ce 
que les maisons fussent en bon état et 
n'offrissent pas de danger. Ainsi, par 
exemple, les plates formes des maisons 
devaient être entourées de balustra- 
des, pour empêcher qu'il n'arrivât 
quelque malheur (Ib. 22 , 8); les mai- 
sons atteintes de la lèpre, c'est-à-dire 
de la carie des murailles, produite par 

1 Lév. 19, 19; Deut. 22, v. 5, 9-1 1. 

2 Lév. 22, 24; Deut. 23,2. Voy. Michaèlis. 
t. III, § 168. 

3 Voy. ci-dessus , page 29. 

* La police appartenait probablement au 
Schotenm. Voy. ci-dessus, page 195. 



PALESTINE 



213 



âne éruption de salpêtre 1 , devaient 
eire visitées avec soin par les hommes 
de l'art (les prêtres); et, s'il n'y avait 
pas de réparation possible, elles de- 
vaient être démolies (Lév. 14, 33-48). 
Des prescriptions analogues sont 
données sur la lèpre du cuir et de 
certaines étoffes {Vu. 13, 47-59); mais 
jusqu'ici ce point n'a pu être suffi- 
samment éclairci a . 

Ces exemples suffiront pour mon- 
trer que la législation mosaïque ren- 
ferme des règlements de police fort 
sages et même assez compliqués. Mais 
nous ne saurions passer sous silence 
une loi par laquelle Moïse voulut ga- 
rantir son peuple des dangers de la 
débauche, cette plaie des sociétés an- 
ciennes et modernes que partout nous 
voyons protégée par une tolérance 
jugée nécessaire et qui, dans l'anti- 
quité , a été mise en rapport avec le 
culte infâme de certaines divinités. 
La prostitution est proscrite par le 
législateur, comme une abominable 
profanation de la dignité humaine 
(Lév. 19, 29; Deut. 24, 18 et 19). 
Sans doute une peine grave frappait 
toute personne convaincue de dé- 
bauche; si c'était une fille de prêtre, 
elle était punie de mort (Lév. 21,9). 
Il ne pouvait être dans les intentions 
du législateur de tolérer les prostituées 
étrangères , d'autant moins qu'il se 
montre en général peu favorable aux 
liaisons même légitimes avec les fem- 
mes de l'étranger; mais, comme la 
loi n'était pas assez explicite à cet 
égard, elle était souvent éludée, et il 
n est que trop certain que la Palestine 
et même la ville sainte de Jérusalem 
avait ses bayadères. Toujours est-il 
que. grâces à la sévérité des lois mo- 
saïques, la prostitution était extrê- 
mement rare parmi les femmes Israéli- 
tes ; aussi la prostituée est-elle ordi- 

1 Voy. Michaëlis, t. IV, § 2 il. L'éruption 
du salpêtre peut corrompre l'air et nuire à la 
santé des habitants ; souvent aussi elle peut 
miner la maison et la faire écrouler avec le 
temps. 

2 On peut voir différentes conjectures 
dans l'ouvrage de Michaëlis, même en- 
droit, et dans l'Archceoloyie de Jahn, t. 1 , 2 e 
partie, p 165. 



nairement désignée dans les Prover- 
bes par les mots Zarah et Nochriyya 
(étrangère) *, ce qui prouve que la cou- 
pable tolérance des autorités , sous 
le règne de Salomon , ne s'était pas 
étendue jusqu'aux filles des Hébreux. 

III. Droit pénal. 

Les lois pénales de Moïse ont pour 
principe général Yexpiation et la com- 
pensation. Les crimes } de quelque 
nature qu'ils soient , sont des péchés 
envers le roi Jéhova dont le criminel 
a méconnu la loi. L'homme qui com- 
met un crime dérange l'équilibre du 
monde moral, et cet équilibre ne peut 
être rétabli que par la justice. Le châ- 
timent doit balancer le crime : comme 
l'homme a fait, ainsi il lui sera fait, 
dit la loi du talion (Lév. 24, 19). La 
gravité d'un acte coupable ne dépend 
pas seulement de la gravité du fait ma- 
tériel considéré en lui-même, mais de 
celle qu'il peut avoir sous le point de 
vue de la constitution théocratique et 
de la morale plus sévère établie par 
une loi divine ; plus les principes fon- 
damentaux de la loi se trouvent lésés 
et plus l'expiation devra être forte. 
C'est pourquoi la loi place dans la 
même catégorie pénale le meurtre , 
l'idolâtrie , l'insulte faite aux père et 
mère, la violation du Sabbat, certains 
incestes, l'adultère, etc. A côté du 
principe d'expiation et de compensa- 
tion nous trouvons le motif de mettre 
la société à l'abri de certains crimes 
par l'exemple d'un châtiment sévère. 
Ce motif est indiqué plusieurs fois par 
le législateur et notamment dans les 
cas où aucun acte matériel n'a été 
commis et où le principe d'expiation 
ne suffit pas pour justifier la peine 
sévère décrétée par la loi. Ainsi, lors- 
que la loi punit de mort la simple in- 
vitation à l'idolâtrie , le refus d'obéir 
aux décrets des juges suprêmes, le 
faux témoignage en matière criminelle 
( même quand ce témoignage n'a en- 
core eu aucun effet), la désobéissance 
envers les père et mère, le législateur 
a soin d'ajouter que c'est afin que les 

' Prov. 2, 16; 5, 3,6, 24; 7,5;23, 27, 



L'UNIVERS 



314 

autres l'entendent et soient intimidés 
et que pareille chose ne se fasse plus 1 . 
Si Moïse semble prodiguer la peine 
de mort pour des crimes que nos codes 
modernes ne connaissent pas, ou qu'ils 
ne punissent que de peines assez légè- 
res, il ne faut pas oublier que d'un autre 
côté, la loi mosaïque ne connaît pas les 
crimes si élastiques de haute trahison, 
de lèse-majesté, commis à l'égard d'un 
ou de plusieurs individus haut placés 2 , 
crimes souvent imaginaires qui de- 
viennent le prétexte d'assassinats ju- 
ridiques et une arme d'oppression. Et 
d'ailleurs la loi renferme elle-même 
les correctifs de sa sévérité : on verra 
plus loin que les conditions légales 
qu'il fallait pour prononcer une sen- 
tence de mort ont du rendre les con- 
damnations bien rares, et on dirait 
presque que le législateur a eu pour but 
plutôt l'intimidation que l'application 
des peines. 

Nous allons considérer d abord les 
différentes peines établies par la loi 
mosaïque , ensuite les différentes ca- 
tégories de crimes et leur punition, et 
eniin l'administration de la justice. 
Ici , comme dans tout le reste de no- 
tre résumé , nous faisons abstraction 
de tous les développements ultérieurs 
de la loi renfermés dans les codes 
rabbiniques, et nous nous en tenons à 
la lettre de la loi mosaïque, pour être 
sûr de ne point commettre d'anachro- 
nisme. 

A. Peines. 
Nous trouvons dans les lois mosaï- 
ques cinq espèces de peines , savoir : 
la peine capitale, le retranchement, 
le châtiment corporel, l'amende et les 
sacrifices expiatoires. m 

1° La peine capitale s exécutait de 

« Deut ch. 13, v. Il et 12; ch. 17, v. 12 et 
13; ch. 19, v. 19 et 20; ch. 21 v. 31. •- 

2 Moïse recommande seulement de ne 
ooint maudire un juge ni un prince (Exode. 
22 27 mais il ne menace d'aucune peine 
relui qui l'aurait fait. Après l'introduction 
de la royauté nous trouvons le crime de 
tèse -majesté, qui souvent est puni de mort 
voy I Rois/ch. 2, y. 8, 9 et ^«m);^ la 
conduite tenue à cet égard par David et 
Etres rois n'était nullement autorisée par 
ia loi mosaïque. 



différentes manières; la lapidation 
est celle que la loi mentionne le plus 
fréquemment sans pourtant indiquer 
le mode d'exécution , qui était connu 
par l'usage'. Cette peine s'appliquait 
sans doute toutes les fois que la loi 
portait la peine de mort sans la spé- 
cifier. Nous trouvons encore deux au- 
tres espèces de peines capitales, pour 
des cas exceptionnels, savoir : la peine 
du feu (Lév. 20,14; 21,9) et celle 
du glaive (Deut. 13,16). Quant à la 
première, plusieurs savants n'ont 
voulu y voir qu'une formalité aggra- 
vante qui consistait à brûler le cada- 
vre du lapidé 2 ; mais il me semble 
que c'est faire violence à la lettre du 
texte. Josèphe dit expressément que, 
selon la loi de Moïse, une fille de 
prêtre qui a sacrifié son innocence 
est brûlée vivante 3 . Le Thalmud 
trouve également la peine du feu 
dans la loi mosaïque; seulement il 
rapporte sur le mode d'exécution des 
choses fort peu probables 4. 

La peine du glaive, qui, après 
l'exil, consistait dans la décapitation, 
n'était pas déterminée par la loi; 
on tuait le criminel, avec le glaive, 
d'une manière quelconque. Une qua- 
trième peine capitale, dont parle le 
Thalmud, celle delà strangulation, 
n'est pas mentionnée dans la loi de 
Moïse, elle ne fut introduite qu'après 
l'exil 5. 

2° Le retranchement était une peine 
moins forte que la peine capitale, mais 

1 Selon la loi traditionnelle {Mischnah, 
4me partie, Sijnhedrin, ch. 4, § 4). on 
lançait le patient du haut d'un echataud 
élevé de deux hauteurs d'homme , et puis 
on l'accablait de pierres. 

2 Voy. Michaëlis, t. V, §235; ce savant 
cite à l'appui de son opinion l exemple 
d'Achanet de sa famille, dont les cadavres 
furent brûlés après la lapidation. Voy. 
Josué, 7, 25. Jahn, de Wette, Winer et 
autres partagent cette opinion. 

3 Katédôw Çâtoa. Antiqu. IV, 8, 23. 
« Selon la Mischnah (1. c. çh. 7,§ 2), on 

étranglait le patient avec un drap , jusqu a 
ce qu'il ouvrît la bouche, et alors on y coulait 
du plomb fondu qui lui brûlait les entrailles. 
On cite cependant au même endroit 1 exenv 
pie d'un tribunal qui fit brûler le patient 
sur un bûcher; mais on prétend que ce tri- 
bunal n'était pas versé dans les lois. 
f Voy. Michaëlis,!. c S 234. 



PALESTINE. 



215 



on ne saurait dire positivement en 
quoi elle consistait. Le législateur dit 
souvent : une telle personne sera re- 
tranchée du milieu de son peuple , 
sans dire de quelle manière doit s'o- 
pérer ce retranchement. Des savants 
modernes ont prétendu que le législa- 
teur, par cette expression , a voulu 
désigner, presque toujours, la peine 
capitale l ; mais il est impossible d'ad- 
mettre que Moïse ait voulu punir de 
mort de simples transgressions de la 
loi cérémonielle 2 . Tous les docteurs 
juifs, tant rabbanites que caraïtes, 
déclarent unanimement, sur la foi des 
anciennes traditions, que le retran- 
chement n'était pasune peine capitale; 
ils croient tous que cette peine n'était 
pas même du ressort de la juridiction 
humaine , et que Moïse menace seu- 
lement le transgresseur du châtiment 
du ciel 3 , ce qui paraîtrait, en effet, 
résulter de quelques passages où Dieu 
dit lui-même : Je le retrancherai du 
milieu de son peuple (Lév. 20, 5 et 6). 
Il nous semble cependant reconnaître 
dans les paroles du législateur plus que 
la simple menace d'une mort préma- 
turée. Il faut voir, sans doute, dans 
le retranchement une peine juridique ; 
c'était probablement l'exclusion de 
la communauté , ou la mort civile. 
Quoi qu'il en soit, ce n'était pas la 
peine capitale. 

S° Le châtiment corporel con- 
sistait ordinairement dans des coups 
de bâton ou de verge, que le patient 
recevait couché par terre (Deut. 
25, 2); le nombre des coups ne pou- 
vait jamais dépasser quarante (ib. 
v. 3). Cette peine n'avait, chez les 
Hébreux, rien d'humiliant. En gé- 
néral, la loi mosaïque considère la 

1 Michaëlis, I. c. § 237; Jahn, Archœologie, 
II , 2, p. 350 ; de même Winer, Realwœrter- 
ouch,t. II, p. 14; Gesénius, Diction, rad. 

am 

2 Voy., par exemple, Exode, 12, 15; 30, 
38; Lév. 7, 20; Nomb. 9, 13, et passim. 
Laou le législateur veut réellement parler de 
la peine de mort', par exemple dans les lois 
sur le sabbat , il le dit d'une manière expli- 
cite. Voy. Exode, 31, H. 

3 Voy. le Commentaire d'Isaac Abravanel, 
Nombres, ch. 15; Selden, De Synedriis, 1. 
I, c. 6. 



peine matérielle comme une expiation 
suffisante , et jamais elle n'aggrave le 
châtiment par l'infamation. Le grand 
prêtre lui-même, disent les rabbins, 
après avoir subi un châtiment corpo- 
rel pour une transgression des lois cé- 
rémonielles, rentrait dans ses fonctions 
et dans sa dignité x . 

Une autre espèce de châtiment cor- 
porel pouvait résulter du droit du ta- 
lion, qui , remontant à une haute an- 
tiquité, est consacré par la loi de 
Moïse. Celui qui, de propos délibéré, 
avait mutilé son prochain dans l'un 
de ses membres , devait , selon la loi , 
subir la même mutilation 2 ; mais ilétait 
permis au blessé de faire grâce à son 
agresseur et de se contenter d'une 
amende; car Moïse ne défend la com- 
position pécuniaire que pour l'homi- 
cide (Nomb. 35,31). Comme dans 
cette composition tout dépendait de 
la personne blessée , la loi du talion 
devait être très-efficace pour garantir 
le pauvre contre l'insolence du riche. 
11 paraît que, malgré le droit, le ta- 
lion matériel s'exerçait très-rarement 
et que bientôt il tomba entièrement 
en désuétude. Les rabbins refusent 
même de prendre à la lettre les paro- 
les de Moïse, et soutiennent que le lé- 
gislateur n'a voulu parler que d'une 
compensation pécuniaire 3 . 

4° V amende servait à expier cer- 
tains crimes involontaires, commis 
contre les personnes , ainsi que l'at- 
teinte à la propriété ou à l'honneur 
des individus. Elle variait selon l'im- 
portance de l'acte coupable. 

5° Le sacrifice expiatoire n'était 
qu'une peine ecclésiastique que devait 
subir celui dont la faute n'était pas 
du ressort de la justice et ne pouvait 
être punie par la société. Nous en 
avons déjà parlé plus haut ( page 160). 

On remarquera que la prison ne 

1 Voy. Selden, De Synedriis, p. 817 
et 895. 

2 Exode, 21, 23-25; Lév. 24, 19 et 20 ; 
Deut. 19, 21. Josèphe, Antiqu. IV , 8 , 35. 
Le talion existait aussi dans les auci.eunes 
lois athéniennes et romaines. 

3 Voy. le Commentaire de R. Saloroop 
ben-Isaac aux passages cités dans la note pré- 
cédente. 



216 



L'UNIVERS. 



figure point dans les lois pénales de 
Moïse ; la raison en est peut-être que 
le principal travail des Hébreux con- 
sistant dans l'agriculture, et chacun 
possédant régulièrement sa pièce de 
terre , l'emprisonnement d'un certain 
nombre de citoyens aurait privé la 
terre de bras utiles et aurait ruiné 
les propriétés. En outre, les prisons 
n'auraient pu être entretenues qu'aux 
frais de la nation, et on a déjà vu 
qu'il n'y avait, dans la république 
mosaïque, d'autre impôt que la dîme, 
et que, par conséquent, il n'y avait pas 
de trésor public. Le seul exemple 
d'emprisonnement que nous offre 
l'époque mosaïque (Lév. 24, 12) est 
une arrestation préventive, ayant 
pour but degarder le criminel jusqu'au 
jugement. 

B. Crimes. 

Les crimes et délits peuvent se di- 
viser en cinq catégories : 1° attentats 
contre Jéhova ou le roi invisible et 
désobéissance à ses lois ; 2° attentats 
contre les mœurs; 3° contre l'autorité 
des père et mère; 4° contre les per- 
sonnes ; 5° contre la propriété. 

1° Le plus grand crime, dans le 
sens théocratique, est l'idolâtrie, 
c'est-à-dire l'adoration des faux dieux 
ou d'un être quelconque, réel ou ima- 
ginaire, autre que le Dieu créateur et 
unique l . Ce crime est puni de la la- 
pidation (Deut. 17,2-7). Si c'est une 
ville entière qui s'est rendue coupable 
d'idolâtrie, elle devient un objet d'a- 
nathème : les habitants seront passés 

1 Représenter le vrai Dieu sous une image 
visible était le plus grand péché; Moïse 
lui-même châtia d'une manière terrible 
les adorateurs du veau d'or , qui n'était 
autre chose qu'une représentation visible 
de Jéhova (Ex. 32,5). Cependant le légis- 
lateur ne fait point de cette représentation 
un crime punissable de mort ; il menace 
seulement le coupable du châtiment céleste 
(Deut. 4, 24), et la justice humaine le 
punissait probablement d'un châtiment 
corporel. Nous observerons cette occasion 
que la sculpture en général, sans intention 
religieuse , n'était nullement détendue. Ce 
ne fut qu'après l'exil que le rigorisme des 
docteurs proscrivit les œuvres d'art, représen- 
tant des figures d'hommes et d'animaux. 
Voy. Michaêlis, t. V, § 250; Winer , t. I , 
p 213 



au fil de l'épée ( et c'est ici ie seul cas 
où Moïse parle expressément de la 
peine du glaive), et la ville avec tout 
ce qu'elle renferme deviendra la proie 
des flammes (ib. 13, 13-18). La peine 
de la lapidation frappait aussi le faux 
prophète qui prêchait au nom d'un 
dieu étranger (ib. v. 2-6); tout indi- 
vidu qui employait la persuasion pour 
attirer un Hébreu au culte des faux 
dieuxdevait être livré à la justice, fût- 
ce même par son propre frère ou par 
son père, sa femme, son ami intime, 
afin de subir la peine capitale 
(ib.v. 7-12.) On punissait avec la même 
sévérité jusqu'au simple blasphème pro- 
noncé contre Jéhova (Lév.24,14-16). 
L'exercice des arts occultes , en rap- 
port avec les cultes païens , tels que 
la sorcellerie , la nécromancie, etc., 
était également un crime capital 
(ib. 20,27). 

On a déjà vu que la violation du 
Sabbat était punie de mort ; la trans- 
gression de plusieurs autres lois céré- 
monielles entraînait la peine du re- 
tranchement; et, selon la tradition, le 
châtiment corporel est infligé à celui 
qui agit contrairement à un 'précepte 
négatif quelconque, lorsque la loi 
n'indique aucune peine spéciale l . Le 
faux serment entre dans cette même 
catégorie; il est considéré comme un 
attentat à la religion que Dieu lui-même 
se chargede punir avecsévérité(Exode, 
20,7). 

L'offense contre les autorités^ qui 
représentent le roi invisible est biâmée 
par Moïse ( Exode , 22 , 27 ) ; mais elle 
n'était probablement punie que d[un 
châtiment corporel. La rébellion 
contre la sentence du juge suprême 
prononçant au nom de la loi était 
punie de mort (Deut. 17, 12). 

2° Les attentats aux mœurs sont, 
pour la plupart, des crimes capitaux : 
ainsi les crimes contre nature sont 
punis de mort ( Lév. 20, v. 13 , 15 et 
16); il en est de même de l'adultère et 
de certains incestes dont nous avons 



« Selden (De Synedriis, p. 899-903) énu- 
mère, d'après Maïmonide , tous les précepte» 
qui entrent dans cette catégorie. 



PALESTINE. 



2i; 



déjà parlé. Si la mère et la fille con- 
sentent à se livrer au même homme , 
les trois coupables seront brûles (ib. 
v 14) ; il en sera de même de la fille 
d'un prêtre qui profane le ministère 
de son père par la prostitution (ib. 
ch. 21, v. 9). Ces deux cas sont les 
seuls ou le législateur décrète la peine 
du feu. La cohabitation légitime pou- 
vait aussi devenir un crime punissable 
du retranchement, si les époux n'obj 
servaient pas les préceptes de pureté 
(ib 20, 18). Le séducteur d'une jeune 
fille est forcé de l'épouser, à moins 
que le père ne refuse de la lui donner; 
dans ce cas le séducteur paie une 
amende de cinquante sicles (Ex. 22, 
15 et 16; Deut. 22, 28 et 29). Nous 
ne trouvons aucune peine spéciale 
pour le viol, probablement parce 
qu'un crime de cette nature ne peut 
jamais être prouvé avec l'évidence que 
la loi mosaïque exige dans les affaires 
criminelles. Moïse n'admet la réalité 
du viol que comme moyen de sauver 
la femme adultère de la*peine capitale 
(Deut. 22, 25-27). 

3° Nous avons déjà parle de 1 auto- 
rité paternelle et du châtiment sévère 
infligé aux enfants qui manquaient de 
respect à leurs parents, lœparricide 
n'est pas prévu par Moïse, probable- 
ment parce qu'un crime aussi déna- 
turé lui paraissait impossible 1 . D'ail- 
leurs la loi n'admettait aucune torture 
aggravante à côté de la peine capitale. 
4° L'homicide volontaire est puni de 
mort, et le meurtrier ne peut être 
racheté sous aucune condition. Tout 
meurtre est considéré comme volon- 
taire quand il a été consommé de sang- 
,froid avec un instrument propre à 
donner la mort, ou même sans cette 
dernière circonstance, quand le meur- 
trier a été poussé par des sentiments 
de haine notoires. Dans ces deux cas, 
on n'a pas à examiner si le meurtrier a 
eu l'intention de tuer. C'est là ce qui 

1 Cest par la même raison que Solon 
passa sous silence le crime du parricide : Is 
cum interrogaretur, cur nullum suppticium 
constituisset in eum qui parentem necasset , 
respondit se id nemïnem facturum putasse. 
Cicero, Pro Roscio Am&rino, c 25. 



résulte de la combinaison des différents 
passages qui traitent de l'homicide*. 
Une exception est admise en faveur 
de celui qui tue pendant la nuit un 
homme qui cherche à s'introduire 
pour voler (Exode, 22, 1). Le meurtre 
commis par quelque hasard ou par 
imprudence n'était pas puni parla loi, 
excepté dans le cas où quelques per- 
sonnes en se disputant avaient at- 
teint mortellement une femme en- 
ceinte; la loi du talion demandait 
alors vie pour vie. 

Si les coups portés à la femme n'a- 
vaient causé qu'un avortement, le 
mari pouvait demander une indemni- 
té en argent qu'il était libre de fixer 
lui-même ( ib. 21 , v. 22 et 23). Si un 
homme est tué par un animal domes- 
tique dont les habitudes dangereuses 
sont connues au maître , celui-ci peut 
en être rendu responsable sur sa tête , 
mais le vengeur du sang, dont nous al- 
lons parler tout à l'heure, pouvait, 
dans ce cas, accepter une rançon (ib. 
v. 29 et 30 ). Le meurtrier par impru- 
dence subissait néanmoins dans tous 
les cas une peine réelle, par le séjour 
forcé dans l'une des six villes de re- 
fuge 2 , où il devait rester jusqu'à la 
mort du grand prêtre en fonction , 
pour échapper à la vengeance que «e 
plus proche parent de la victime, ap- 
pelé Goel HA.D-DAJM {redemptor san- 
guinis), était en droit d'exercer contre 
le meurtrier (Nombres , 35 , 25). Cette 
vengeance du sang était considérée 
comme un devoir chez les Hébreux 
comme elle l'est encore aujourd'hui 
chez les Arabes et chez plusieurs au- 
tres peuples de l'Orient. Le parent 
qui aurait manqué à ce devoir, eut 
été considéré comme un homme sans 
honneur. Une loi directe contre le 
droit du Goël aurait eu le même sort 
qu'ont généralement chez nous les 
lois contre le duel. Le législateur 
se voyant forcé de céder à ce feux 
point d'honneur , tâcha du moins de 

» Vov. Exode , 21, 12-14; Nombres, 35 , 16 
et suiv; Deut. 19, 11 - 13. Comparez 
Mischnah, quatrième partie, Synnedrin t 
ch. 9, § 1 . 

2 Voy. ci-dessus, page I3i. 



218 



L'UNIVERS. 



prévenir les abus. Six villes situées 
à des distances à peu^rès égales, 
et dont les abords devaient être faciles 
(Deut. 19 , 3) , recevaient le meur- 
trier et le protégeaient contre le Goël 
pour le faire mettre en jugement. Si 
le meurtrier était déclaré non cou- 
pable , il restait dans l'asile ; à la mort 
<!ll grand prêtre le meurtre était 
pleinement expié et le Goël ne pouvait 
plus exercer son droit, sous peine 
d'être jugé lui-même commeassassin. 
Le meurtrier était-il trouvé coupable, 
on le livrait au Goël, qui était réguliè- 
rement chargé de l'exécution (ib. v. 
12} I .AdéfautdeGoë'/l'autorité faisait 
exécuter le meurtrier, qui, selon la 
tradition, subissait la peine du glaive. 

Nous avons déjà parlé (page 161) des 
formalités à remplir pour un meurtre 
dont l'auteur n'était pas connu. Le 
suicide, compris dans les paroles du 
Décalogue : tu ne tueras pas , n'est 
pas particulièrement mentionné par 
Moïse. 

Les coups et blessures ayant eu 
pour résultat la mutilation de quelque 
membre du corps, sont punis selon la 
loi du talion dont nous avons parlé 
plus haut. Si les blessures ont pu être 
guéries , l'agresseur ne paye que les 
trais du traitement et le dommage 
causé par l'interruption du travail 
(Exode, 21, v. 18 et 19). 

Si quelqu'un, par un faux témoi- 
gnage, cherche à faire condamner un 
innocent , il est puni sévèrement se- 
lon la loi du talion, et on lui inflige 
la même peine qu'il a voulu faire subir 
à son prochain ( Deut. 19 , 16 — 21 ). 

La diffamation, en général, est 
reprouvée par le législateur (Ex. 23, 
1). Si quelqu'un, le lendemain de 
son mariage, répand de faux bruits 
contre l'honneur de sa jeune épouse, 
il subit un châtiment corporel; en 
outre il paye au père de la femme une 
amende de cent sicles d'argent et il 
perd à jamais le droit de divorcer 
(Deut. 22, 13—19). 

5° L'atteinte portée à la propriété 

* Le même usage existe en Perse. Voy. les 
Voyages de Chardin, t. III, p. 418 (cdit. 

in-4°). 



d'autrui ne peut être punie que sur la 
propriété du coupable, et, sous ce 
rapport, les lois de Moïse, basées 
sur le principe du talion, sont bien 
plus douces que celles de la plupart 
des législateurs anciens et modernes. 
Nous avons déjà parlé, dans les lois 
civiles, de la soustraction frauduleuse 
d'un dépôt. Le vol est puni par la 
restitution du double de l'objet volé, si 
toutefois cet objet est retrouvé intact 
entre les mains du voleur (Exode, 
22, 3). Si le voleur a pris un ani- 
mal domestique, et qu'il l'a tué ou ven- 
du, il restituera quatre pièces pour 
chaque pièce de menu bétail , et cinq 
pour un bœuf, sans doute à cause de 
l'importance qu'a le bœuf pour l'a- 
griculteur (ib. 21, 37 y. Le voleur qui 
n'a pas de quoi payer l'amende est 
réduit en servitude , et le prix de son 
travail sert à acquitter sa dette. Pris 
en flagrant délit pendant la nuit, le 
voleur peut être impunément tué par 
le maître de la maison; mais si le 
soleil est levé, le coup mortel porté 
au voleur serait puni comme meurtre. 
Le brigandage à main armée sur 
la voie publique n'est pas prévu dans 
la loi de Moïse. 

C. Administration de la justice. 

En parlant du droit politique, nous 
avons fait connaître la composition 
du corps des juges , qui était en même 
temps un des pouvoirs de l'État. II 
nous reste peu de chose à dire sur 
l'administration de la justice et sur 
les formes de la procédure qui étaient 
d'une simplicité patriarcale. Nous 
allons recueillir le petit nombre de 
données que nous offrent à ce sujet 
le Pentateuque et quelques autres li- 
vres de l'Ancien Testament. La procé- 
dure plus compliquée que nous trou- 
vons dans les codes rabbiniques ne 
doit pas nous occuper ici. 

1 Comparez II Sam. 12 , 6. Le législateur 
ne se prononce pas sur l'amende exigible 
pour les choses inanimées que le voleur aurait 
vendues on détruites. La jurisprudence des 
Hébreux n'admettait dans ce cas que le mi- 
nimum de la peine, c'est-à-dire la restitu- 
tion du double. Mischnah) 4'*'e partie, 
Bava Kit m ma, ch. 7, § I. 



PALESTINE. 



219 



Selon un antique usage les tribu- 
naux siégeaient sur la place publique, 
aux portes des villes où se trouvait 
constamment un grand concours 
d'hommes». Le temps ordinaire des 
audiences était la matinée , ou la Joule 
était plus nombreuse». La publicité 
des débats, des juges non salaries et 
auxquels il était sévèrement interdit 
de recevoir le moindre cadeau des par- 
ties intéressées (Deut. 16, 19; 27, 25) 
offraient toutes les garanties désira- 
bles. Le procès était sommaire et 
verbal, mais il devait être précède 
d'un examen minutieux (Deut. 13, 
15- 17, 4 ). Dans les affaires crimi- 
nelles, on n'admettait d'autre preuve 
que la déposition verbale de témoins 
non suspects, qui devaient être au 
moins au nombre de deux 3 , et dé- 
clarer sous la foi du serment (Lév. 
5,1) qu'ils avaient vu commettre le 
crime. Dans les affaires civiles on 
recevait la déposition d'un seul té- 
moin et on admettait d'autres espèces 
de preuves, notamment le serment 
(Exode, 22, 10— 12). Il paraît que le 
coupable ne pouvait être régulière- 
ment condamné sur son simple 
aveu, sans qu'il y eût d'autres preuves. 
Dans l'affaire d'Achan (Josué, chap. 
7) on trouva le corps du délit (v. 22 ). 
On voit par ce même exemple, qu'on 
se servait quelquefois du sort sacre 
pour découvrir un coupable, et pour 
obtenir un aveu en frappant son ima- 
gination; car il n'y avait aucun au- 
tre moyen légal pour y arriver. La 
torture n'existait pas chez les anciens 
Hébreux ; on n'en trouve pas la moin- 
dre trace dans l'Ancien Testament. 
Elle n'apparaît que plus tard, sous le 
règne d'Hérode -*. 



Les parties plaidaient leur cause 
elles-mêmes ». La loi ne mentionne 
pas les avocats; il paraît néanmoins 
qu'il était permis a l'un des assistants de 
prendre la parole en faveur de l'accusé 
ou de la partie faible , ce qui était con- 
sidéré comme un acte de piété 2 . 

Si l'accusé était déclaré coupable, 
l'exécution du jugement ne se faisait 
pas attendre. S'il n'était condamne 
qu'à des coups, il les recevait immédia- 
tement, en présence des juges (Deut. 
25, 2). L'exécution delà peine capitale 
(ordinairement la lapidation) avait 
lieu hors de la ville 3 . Les témoins 
étaient obligés de jeter les premières 
pierres, excepté les parents qui li- 
vraient aux juges leur fils dénature; 
l'exécution s'achevait par le peuple*. 
Les bourreaux n'existaient pas dans 
la république mosaïque, nous ne les 
trouvons que plus tard sous les rois. 
On a vu que le meurtrier condamne a 
la peine du glaive était livré aux pa- 
rents de la victime, chargés de venger le 
sang versé. Le cadavre du supplicie res- 
tait pendu à un arbre ou à un poteau 
jusqu'au soir; mais il n'était pas per- 
mis de l'y laisser jusqu'au lendemain 
(Deut. 21, v. 22 et23). Quelquefois on 
le brûlait (Josué, 7, 25), ou on 1 en- 
sevelissait sous un monceau de pierres, 
qui restait pour servir d'avertisse- 
ment 5 . , 

C'est là le peu que nous savons de 
positif sur les formes judiciaires éta- 
blies par le législateur; nous aurons 
l'occasion, dans la suite, de faire re- 
marquer cà et là les modifications et 
les développements que les événements 
firent subir à la loi primitive. 



i Voy. Deut. 16, 18; 21 , 19; 22, 15; 
25, 7. Plus tard le Synedrium siégeait dans un 
local particulier. Voy. ci-dessus , page 48. 

1 Jérémie, 21 , 12; Ps. loi ,8. Voy. 
Waïmonide, Abrégé du Thalmud, 1. XIV, 
traité l (des Synhédrin), ch. 3, § 1. 

a Nombres, 35, 30; Deut 19, 15. 11 faut 
môme , disent les rabbins , que les témoins 
aient averti le coupable de la peine quii 
encourrait. Maïmonide. 1. c. ch. 12, fe 1. Un 
Interrogeait chaque témoin à part , et en 
pré sence de l'accusé. 

* Voy. Josèphe, Guerre de Juifs, I, 30, 3 



Nous avons fait connaître l'ensem- 

1 Deut. 25 , 1 ; 1 Rois 3, Ï6-2J. 
a Voy. Isaïe, I, 17; Job, 29, 12-17 , ^ 
3 Lév 24, 14; Nombres , 15 , 36 , 1 *uu 
21, v. 10 et 13. .---.« 21. Dans le 

5 Josué, 7, 26; II Sam. 17, 13. 



220 



L'UNIVERS. 



ble des lois mosaïques et nous en 
avons signalé tous les points princi- 
paux. Nous croyons en avoir tracé un 
tableau fidèle , et , en citant toujours 
nos autorités, nous avons mis le lec- 
teur à même de vérifier tous les faits 
que nous avançons. Revenons main- 
tenant à l'histoire des Hébreux que 
nous avons laissés dans les plaines de 
Moab prêts à passer le Jourdain. 



DEUXIÈME PÉRIODE. 

ÉTABLISSEMENT SUCCESSIF DANS 
LE PAYS DE CANAAN; JUGES. 

1. Conquête de Canaan. 

Lorsque les trente jours de deuil 
furent accomplis, Josué, que Moïse 
lui-même avait installé comme son 
successeur, en lui imposant ses mains, 
ordonna de faire les préparatifs du 
départ. Les Hébreux étant campés 
dans les plaines de Moab, enface.de 
Jéricho, cette place, la clef du pays de 
Canaan, devait avant tout fixer leur 
attention. Aussi Josué avait-il envoyé 
d'avance deux hommes pour explorer 
la ville de Jéricho et pour connaître 
l'esprit des habitants. Les deux explo- 
rateurs étaient allés se loger chez 
une courtisane nommée Rahab, qui, 
en les soustrayant aux investigations 
du roi de Jéricho , leur avait fait 
connaître le découragement des ha- 
bitants effrayés de tous les prodiges 
que la Providence avait faits en fa- 
veur des Hébreux et surtout de la 
victoire remportée par Moïse sur 
Sihon et Og. Le rapport favorable 
que firent les explorateurs, à leur re- 
tour dans le camp, détermina Josué 
à faire opérer promptement le passage 
du Jourdain. Les Schoterîm appor- 
tèrent au peuple l'ordre de départ, et 
on se mit en marche de Sittim vers le 
Jourdain. Le fleuve coulait alors à 
pleins bords ; car on était au mois 
d'avril *, Les Cananéens négligèrent de 
défendre le passage du fleuve qui leur 
paraissait impraticable. Après trois 
jours de préparatifs , Josué ordonna 

1 Voy. ci-dessus, page 9. 



aux prêtres qui portaientl'arche sainte, 
accompagnée probablement de la co- 
lonne de feu , de se mettre en marche 
pour servir de guide au peuple qui 
devait suivre l'arche à deux mille 
coudées de distance. Les prêtres n'ont 
pas plutôt mis le pied dans le Jour- 
dain que le cours du fleuve s'arrête 
dans cet endroit; l'eau descendue 
d'en haut s'amoncelle et forme une 
digue, tandis que de l'autre côté 
l'eau découle vers la mer Morte et 
laisse le lit du fleuve à sec. Les prêtres 
placés avec l'arche au milieu du lit 
laissèrent passer tout le peuple; puis 
ils montèrent eux-mêmes à l'autre 
rive pour reprendre leur place à la 
tête des colonnes. On plaça douze 
pierres au milieu du fleuve et douze 
autres sur sa rive droite, près de 
Guilgal , pour servir de monument, 
aux générations futures, du passage 
miraculeux du Jourdain. C'est ainsi 
que le livre de Josué raconte cet 
événement mémorable. Ici, comme 
dans le passage de la mer Rouge , le 
fait historique a été sans doute am- 
plifié par la tradition : le miracle 
n'est pas dans le passage en lui-même, 
car nous savons que le Jourdain est 
guéable dans plusieurs endroits; mais 
c'est la saison dans laquelle s'o- 
pérait le passage du Jourdain qui 
rend cet événement miraculeux. 
Nous ne répéterons pas les différentes 
conjectures des rationalistes; car il 
nous paraît difficile de faire la part 
du fait historique et celle de la tra- 
dition poétique, accueillie, quelques 
siècles plus tard, par l'auteur du 
livre de Josué. 

Les Hébreux, après avoir passé le 
Jourdain, campèrent à Guilgal, le 
dix du premier mois , quarante ans 
après la sortie d'Egypte et environ 
quinze siècles et demi avant l'ère 
chrétienne. 

Immédiatement après être arrivé à 
Guilgal, Josué ordonna la circoncision 
de tous les mâles ; car cette opération 
avait été négligée pendant le séjour 
dans le désert. Le quatorze du mois 
on célébra la Pâque, et on mangea 
des pains azymes du blé du pays. Josué 



PALESTINE. 



221 



Ct ensuite les préparatifs de la prise 
de Jéricho : chaque jour il fit faire aux 
troupes ea silence le tour de la ville; 
le gros de l'année était suivi de l'arche 
auprès de laquelle se trouvaient sept 
prêtres sonnant du cor , et la marche 
était fermée par l'arrière-garde. Ces 
processions durèrent six jours , et 
Josué avait probablement pour but 
d'endormir la vigilance des en- 
nemis par ces promenades insignifian- 
tes; le septième jour on alla ainsi 
sept fois autour de la ville, et au sep- 
tième tour toute l'armée poussa le cri 
de guerre. Ce fut sans doute le signal 
d'un assaut général; les murs s'é- 
croulèrent subitement et la ville 
tomba au pouvoir des Hébreux. 

On a essayé de donner différentes 
explications du récit merveilleux du 
livre de Josué , que les croyants se 
sont obstinés à prendre à la lettre et 
que les sceptiques ont cru devoir tour- 
ner en ridicule, mais qui est emprun- 
té sans doute à un antique poëme. 
Les uns ont supposé un tremblement 
de terre qui aurait fait écrouler les 
murs; d'autres ont pensé que Josué 
avait fait miner les murs et que les 
promenades inoffensives autour de la 
ville avaient pour but de masquer les 
opérations. L'hypothèse la plus proba- 
ble me paraît être celle d'un assaut au- 
quel le son des trompettes et le cri 
de guerre avaient servi de signal. 
Dans le langage poétique de la tradi- 
tion, on a pu dire que les murs de Jéri- 
cho s'écroulèrent au son retentissant 
des trompettes de guerre *. 

L'anathème fut prononcé contre la 
ville de Jéricho; tout ce qu'elle ren- 
fermait de vivant fut mis à mort , à 
l'exception de la courtisane Rahab et 
de sa famille; la ville fut brûlée avec 
tout ce qu'elle renfermait ; l'or et l'ar- 
gent, ainsi que les vases de métal, 
turent seuls transportés dans le trésor 
du sanctuaire. Josué prononça une 
malédiction contre celui qui rebâti- 

1 C'est ainsi que Herder explique le récit 
de la prise de Jéricho. Voy, Geisl der he- 
brœischen Poésie, t. II , ch. 7, édit. de Carls- 
ruhe , p. 239. De même Hartmann dans son 
ouvrage sur le Pentateuque, p. 312. 



rait la ville de Jéricho , ou du moins 
qui rétablirait ses fortifications *. 

Le quartier général de Josué, ainsi 
que le tabernacle, restait établi à Guil- 
gal. Un détachement d'environ trois 
mille hommes fut expédié pour la con- 
quête de la ville d'Aï à l'est de Béthel . 
Au dire des explorateurs que Josué y 
avait envoyés d'avance, un petit 
nombre d'hommes devait suffire pour 
s'emparer de cette ville; néanmoins 
le détachement fut repoussé avec 
perte. Josué, effrayé de cet échec 
qui pouvait décourager le peuple, se 
prosterne devant Dieu; il est convaincu 
que cette défaite est un châtiment cé- 
leste. On trouve en effet qu'un homme 
de la tribu de Juda, nommé Achan , 
a retenu plusieurs objets de l'anathème 
de Jéricho. Achan avoue son crime 
et on retrouve dans sa tente les objets 
qu'il a détournés. Par ordre de Josué, 
lui, ses fils et ses filles sont lapidés 
par le peuple, et tout ce qui lui 
appartient est consumé par le feu. 

Une seconde attaque contre Aï est 
conduite avec plus de prudence. Josué 
s'y rend lui-même avec toute l'armée ; 
trente mille hommes d'élite sont placés 
en embuscade à l'occident de la ville 2 ; 
le reste des troupes, ayant Josué en 
tête, campe au nord de la ville. Les 
habitants d'Aï ayant fait une sortie, 
les Hébreux simulèrent une fuite pour 
attirer l'ennemi loin de la ville. A 
un signal donné par Josué, les hom- 
mes qui étaient en embuscade entrè- 
rent dans la ville abandonnée de ses 
défenseurs et y mirent le feu. Alors 
l'armée des Hébreux, qui avait feint de 
fuir, se retourna contre l'ennemi; 
ceux qui avaient pris la ville arrivèrent 
du côté opposé , et bientôt l'ennemi , 
se trouvant enveloppé de tous les cô- 
tés , fut totalement battu et détruit. 
Aï eut le même sort que Jéricho ; 

1 Voy. ci-dessus, page 41. 

2 Voy. Josué, ch. 8, v. 3. Selon le verset 
12, il n'y avait eu que cinq mille hommes 
placés en embuscade; il est évident que les 
versets io à 13 ne sont qu'une variante tirée 
d'un autre document, et qui, mise d'abord 
en marge, sera entrée plus tard dans le 
texte. Pour avoir le texte primitif, on doif 
passer du verset 9 au verset 14. 



222 



L'UNIVERS. 



mais cette fois les bestiaux et tout le 
butin furent abandonnés aux soldats. 
Le roi d'Aï , pris vivant, fut pendu par 
ordre deJosué. 

Si l'ordre chronologique a été stric- 
tement observé dans le texte biblique, 
les Hébreux auraient pénétré immédia- 
tement jusqu'à Sichem; car le livre de 
Josué, après avoir parlé du sac d'Aï, 
ditqueJosué bâtit alors un autel sur le 
mont Ébal et qu'il y fit graver le ré- 
sumé de la loi de Moïse. Les bénédic- 
tions et les malédictions furent pro- 
noncées alors, conformément à l'or- 
dre de Moïse , près des monts Ébal 
et Garizim 1 . 

. Sur ces entrefaites les rois de Ca- 
naan, revenus de leur première stu- 
peur, préparèrent une ligue pour re- 
pousser l'invasion des Hébreux. 
Quelques villes hévites, qui formaient 
un petit État indépendant sous des 
institutions républicaines, auraient 
voulu traiter avec les Hébreux. N'es- 
pérant point obtenir de Josué des con- 
ditions de paix , elles se servirent d'une 
ruse pour arriver à leur but. Ce furent 
les villes de Gabaon , Caphira, Beéroth 
et Kiryath-Yîmaar 2 . Des députés de 
ces villes se présentèrent devant Josué 
à Guilgal sous l'aspect d'hommes ve- 
nant de faire un voyage lointain; 
leurs bagages, leurs vêtements et 
leurs provisions paraissaient être 
usés et détruits par le temps. Ils 
prétendirent venir de très-loin, en- 
voyés parles anciens de leurs villes 
pour faire une alliance avec les Hé- 
breux, ayant entendu parler de tout ce 
que leur dieu Jéhova avait fait pour 
eux en Egypte et de leur victoire sur 
les rois Sihon et Og. Josué, trompé 
parles apparences, s'empressa d'ac- 
cuellir les propositions des députés; 
il conclut une alliance avec eux , et 
les chefs des tribus la scellèrent par 
un serment. Mais trois jours après 
on apprit que ces prétendus étrangers 
étaient des Cananéens. Les Hébreux 
entrèrent dans leurs villes sans coup 
férir; mais, liés parle serment, ils ne pu- 

1 Voy. ci-dessus, page 5. 
3 Voy. ci-dessus, pages 43 et 80 



rent y renouveler les scènes de Jéricho 
et d'Aï. On accorda la paix aux habi- 
tants; mais, pour faire taire les murmu. 
resdu peuple, on Ils condamna à four» 
nir des coupeurs de bois etdes porteurs 
d'eau pour le service du sanctuaire. 

La défection de Gabaon , une des 
villes les plus importantes de tout le 
pays, effraya et révolta en même 
temps les peuplades voisines. Adoni- 
Sédek , roi de Jébus ou Jérusalem, 
fit un appel aux rois de Hébron , de 
Yarmouth, de Lachis et d'Églon, pour 
châtier les Gabaonites. Les cinq rois 
se mirent en marche, avec leurs trou- 
pes, contre Gabaon que les soldats 
hébreux avaient quitté. Les Gabaoni- 
tes envoyèrent à Guilgal pour avertir 
Josué du danger qui les menaçait. 
Celui-ci se mit immédiatement" en 
marche; en une nuit on arriva près 
de Gabaon. Les ennemis, qui déjà as- 
siégeaient cette ville, furent repoussés 
avec perte et poursuivis jusqu'à Azé- 
kah et Mackédah , dans la plaine de 
Schephélah.Dans leur fuite, ils furent 
surpris par une grêle terrible qui en 
tua un grand nombre. Cette éclatant- 
victoire remportée en un seul joue 
fut célébrée par Josué dans un canr 
tique jadis conservé dans un an- 
tique recueil de poésies nationales 
intitulé Sépher hayijaschar (le livre 
du juste). L'auteur du livre de Josué 
cite le commencement et la fin de ce 
cantique, dans lequel Josué, étonné 
de tout ce qui avait été accompli en 
une seule journée et pendant une 
partie de la nuit, présente poétique- 
ment le soleil et la lune comme s'e 
tant arrêtés à son gré pour éclairer le 
combat : 

« Soleil (ai-je dit), arrête-toi à 
Gabaon, et toi, ô lune, dans la val- 
lée d'Ayyalôn « ! » 

« Et le soleil s'arrêta, et la lune 
resta immobile jusqu'à ce que le peu- 
ple se fut vengé de ses ennemis » 

C'est ainsi, ajoute l'auteur, qu'il est 
écrit dans le livre Yaschar (jusqu'aux 
mots) : 

« Et le soleil s'arrêta au milieu 

1 Ayyalon était situé à l'ouest de Gabaon. 



PALESTINE. 



223 



du ciel, et il n'eut pas hâte de se 
coucher, bien que le jour fût accom- 
pli 1 . » . 

Josué continua la poursuite des en- 
nemis, dont un petit nombre put se 
réfugier dans les places fortes. On ap- 
prit que les cinq rois avaient échappé 
au carnage et s'étaient réfugiés dans 
une caverne près de Mackédah. Jo- 
sué les fit prendre, ils furent tués 
et attachés à cinq potences, et le soir 
on jeta leurs cadavres dans la caverne 
qui leur avait servi de refuge et qu'on 
ferma avec de grandes pierres. 

A la suite de cette victoire, les 
Hébreux s'emparèrent successivement 
des villes de Mackédah , Libnah , 
Lachis , Églon , Hébron , Debir, et 

f>eu à peu ils occupèrent presque tout 
e midi de la Palestine depuis Kadès- 
Barnea jusque dans les environs de 
Gaza 2 , à l'exception des villes des 
Philistins. 

En attendant, la ligue formidable 
qui s'était formée dans le nord, sous 
les auspices de Yabîn , roi de Hasor, 
engagea les Hébreux dans une lutte 
qui devait être longue et pénible. Le 
livre de Josué n'entre pas dans tous 
les détails de cette lutte ; nous savons 
seulement qu'un combat décisif fut 
livré enfin près des eaux de Merôm 
ou du lac Samochonitis 3 , et que, par 
suite de ce combat, les Hébreux en- 
trèrent victorieux dans la ville de 
Hasor et la brûlèrent. Le roi de Ha- 

1 Voy. Josué, ch. io , v. 12 et 13. « II faut 
s'étonner, dit Herder(l. c. p. 237), qu'on 
ait pu si longtemps se méprendre sur 
le sens de ce beau passage. Josué attaque 
les Amorites de bon malin et le combat 
dure jusque dans la nuit , c'est-à-dire une 
longue journée, et le jour paraissait se pro- 
longer pour achever la victoire. Le soleil et 
la lune étaient témoins des exploits de Jo- 
sué ; étonnés , ils s'arrêtent au ciel Jusqu'à ce 

que la victoire soit complète Qui ne 

!Voit pas que c'est ici de la poésie, quand 
même on ne citerait pas un livre de chants 
héroïques? Dans le langage d'Israël de pareil- 
les expressions n'étaient ni hardies ni étran- 
ges, etc. » Voy. aussi Jahn , Introductio in 
ïibros sacros , p. 225. 

2 Voy. Josué, 10, v. 28 — 42. Il paraîtrait 
cependant que quelques-unes de ces villes 
retombèrent au pouvoir des Cananéens; car 
plus loin on parle de nouveau de leur con- 
quête (ch. 15, v. 13-15). 

3 Voy. ci-dessus, page 8. 



sor , chef de la ligue , fut mis à mort t 
et les villes du nord tombèrent en 
grande partie au pouvoir des Hébreux. 

Une attaque contre les Anakîm du 
midi fut également couronnée de suc 
cès(Jos. 11,21). 

Cependant les Cananéens avaient 
pu se maintenir dans beaucoup d'en- 
droits et notamment dans les places 
fortes 1 . Josué déjà avancé en âge avaic 
acquis la conviction que l'œuvre de la 
conquête ne pourrait être achevée de 
sitôt et qu'il devait considérer sa 
mission comme terminée. Pendant 
six ou sept ans il avait lutté avec opi- 
niâtreté contre les Cananéens 2 , et 
trente et une principautés avaient été 
soumises 3 . Au lieu de faire de nouvel- 
les tentatives, qui exigeaient de grands 
efforts, il aimait mieux consolider 
ses conquêtes et organiser les affaires 
intérieures des Hébreux, abandon- 
nant aux différentes tribus le soin 
d'achever la conquête des villes qui 
devaient leur appartenir. 

Josué résidant toujours à Guilgal , 
commença à s'occuper de la distribu- 
tion des terres, opération longue et 
pénible. Trois tribus, celles de Juda, 
Éphràïm et Manassé, avaient pris pos- 
session des cantons qu'on leur avait 
assignés, lorsque Josué fit transpor- 
ter son quartier général , ainsi que le 
temple portatif, dans la ville de Siloh, 
qui appartenait à la tribu d'Éphraïm 
(dont J osué était issu). Arrivé à Siloh , 
Josué pressa les sept tribus qui ne 
s'étaient pas encoreinstallées dans leurs 
possessions , de hâter l'opération du 
partage, et il envoya, à cet effet, troi s 
hommes de chaque tribu, qui devaient 

*Voy. Josué, ch. 13, v. 1-6; Josèphe, 
Aniiqu. V, 1 , 20. 

2 II résulte du livre de Josué. ch. 14, v. 
10, que, à la lin des guerres de Josué, il 
s'était écoulé quarante-cinq ans depuis le 
temps où Moïse avait envoyé douze hommes 
pour reconnaître le pays dé Canaan. Or, cet 
envoi avait eu lieu la deuxième année de la 
sortie d'Egypte, vers l'époque des vendanges ; 
d'où il résulte que les guerres de Josué s e- 
taient prolongées jusque dans l'année 47 de 
la sortie d'Egypte , ou jusque d ans la 7 
année après l'entrée dans le pays de Canaan. 
Voy. des Vignoles, Chronologie de l his- 
toire sainte, t. I , p 8. 
. 3 Voy. ci -dessus, page 80. 



224 



L'UNIVERS. 



parcourir les différents cantons, 
noter les villes et les terrains et en 
soumettre à Josué l'état exact. Leur 
rapport amena quelques modifications 
dans les possessions déjà accordées 
aux trois tribus susdites. 

En assignant aux tribus leurs futu- 
res demeures, Josué suivait en partie 
les anciennes traditions qu'on faisait 
remonter jusqu'à Jacob 1 ; ce fut par la 
voie du sort qu'on distribua les lots 
aux familles de chaque tribu. Nous 
allons donner, sur le résultat général 
des opérations , quelques détails qu'il 
est important de connaître , pour l'in- 
telligence de l'histoire, et nous indi- 
querons brièvement la position relative 
des douze tribus. 

On a déjà vu (page 131) que les 
tribus de Ruben et de Gad et une par- 
tie de celle de Manassé s'étaient éta- 
blies , avant la mort de Moïse, à l'est 
du Jourdain. 

Voici dans quel ordre s'établirent 
les neuf tribus et demie à l'ouest du 
Jourdain; nous allons du midi au nord : 

1° Juda reçut le midi de la Pales- 
tine , depuis Kadès-Barnea et le tor- 
rent d'Egypte ( Wadi-el-Arîsch) , jus- 
3u'à la vallée de Ben-Hinnom, au midi 
e Jérusalem , et depuis la mer Morte 
jusqu'à la Méditerranée. La plus grande 
partie du territoire philistin devait ap- 
partenir à cette tribu, mais elle ne 
put s'en emparer d'une manière du- 
rable. Le canton de Juda était divisé 
en quatre districts appelés : le Midi, 
la Schephéla (bas pays sur la Médi- 
terranée), la Montagne ou l'intérieur, 
et le Désert ou la partie orientale près 
de la mer Morte. Le nombre des villes 
et bourgs de cette tribu se monta 
d'abord a environ 125 2 ; mais elle dut 
en céder une partie aux tribus de Si- 
méon et de Dan. Parmi les villes de 
Juda nous remarquons En-Gadi, 
Thecoa, Bethléhem, Hébron, Kadès- 
Barnea, etc. 

2° Siméon , une des tribus les plus 
faibles en nombre, ne reçut pas de dis- 
trict particulier; mais Juda dut lui cé- 

1 Voy. ci-dessus , page 115. 

2 Voy. les détails dans le livre de Josué , 
ch. 15. 



der une partie des villes qui lui avaient 
été accordées à la première distribution, 
de sorte que le territoire de Siméon se 
trouvait enclavé dans celui de Juda '. 
Au nombrede ces villes nous trouvons 
Siclag, Ether, Rimmon, Hormah, 
Beërséba. 

3° Benjamin , au nord-est de Juda, 
ayant pour limite orientalele Jourdain, 
et s' étendant à l'ouestjusqu'à Kiryath- 
Yaarîm. Cette tribu possédait, sur sa 
limite méridionale, la ville de Jébus 
(Jérusalem) , plus tard la capitale de 
tout le pays ; nous remarquons encore 
les villes de Jéricho, Guilgal, Ai, 
Gabaa, Rama, Gabaon, Anathoth, 
etc. La ville de Béthel qui lui fut as- 
signée par le sort, mais dont elle ne 
put expulser les Cananéens, fut prise 
plus tard par les Ephraïmites. 

4° Dan , au nord-ouest de Juda et 
à l'ouest de Benjamin ^jusqu'à la Mé- 
diterranée. Ses villes étaient Saréah , 
Esthaol, Ayyalôn,Thimnatha (Ekrôn), 
Yafo ouJoppé,etc. On verra qu'un 
peu plus tard, une colonie de Danites 
prit la ville de Laïsch, à l'extrémité 
septentrionale du pays , et lui donna la 
nom de Dan (ci-dessus, page 33). 

5° Éphraim s'étendait au nord de 
Benjamin et de Dan , jusqu'au delà du 
mont Ébal, et du Jourdain à la Mé- 
diterranée , et renfermait les villes de 
Sichem, Siloh, Thimnath-Sérah,etc. 
Les ossements de Joseph, que les Hé- 
breux avaient emportés d'Egypte, 
furent enterrés à Sichem, dans le 
champ jadis acquis par Jacob 2 . 

6° La seconde moitié de Manassé, 
au nord-ouest d'Éphraïm, avait pour 
limite , à l'occident, la Méditerranée, 
et possédait le littoral depuis le tor- 
rent de Kana jusqu'à Dor. Au nord, 
elle touchait Aser, au nord-est et 
à l'est Isachar (Jos. 17, 10), et non 
pas le Jourdain, comme le dit Josè- 
phe 3 . Ses villes étaient Dor, Thaanach, 
Megiddo ; plus tard Samarie fut bâtie 
sur son territoire. On lui avait donné 
en outre, sur le territoire d'Isachar 
et d'Aser, les villes d'Ên-dôr, de Beth- 

» Josué, ch. 19, v. 1-8. 

« Voy. Genèse, .13, 19; Josué, H t 32. 

3 Antiqu. i. V, ch. I,§22. 



PALESTINE. 



226 



seân et de Yibleâm ; mais les Cana- 
néens ne purent de longtemps être 
expulsés de ces villes (ib. v. 11— 13). 

7° Isachar, au nord-est d'Éphraïm, 
6'étendait au nord jusqu'au torrent de 
Kison;sa limite à l'est était le Jour- 
dain. A l'ouest et sud-ouest cette 
tribu touchait le territoire de Manassé 
et s'étendait au N. O. jusque vers le 
Carmel. Elle possédait les villes de 
Yezreël, Aphek, Thirsa, Gelboa, 
Dabrath,etc. 

8° Aser occupait la côte, au nord- 
ouest d'Isachar, depuis le midi du 
Carmel jusque près de Sidon. Ses 
villes, environ une vingtaine, étaient 
peu considérables; nous y remar- 
quons Achsaph, près d'Achzib 
(Ecdippa). Cette dernière ville ainsi 
que Acco et même Sidon devaient 
appartenir à Aser, mais elles ne pu- 
rent être conquises. 

9°Zabulon, au nord d'Isachar, 
jusque vers Kinnéreth (dans les envi- 
rons de Capharnaoum) ». Sa limite à 
l'est était le lac de Génésareth, et à 
l'ouest le territoire d'Aser. On y re- 
marque les villes de Yokneam , Kana, 
Gath-Hépher (patrie du prophète Jo- 
nas) , Abel-Beth-Maacha 2 , et, sur la 
limite d'Isachar, le mont ïhabor. 

10° Naphthali s'étendait au nord 
de Zabulon jusqu'aux sources du 
Jourdain; à l'ouest il touchait Aser 
et le territoire des Phéniciens, et à 
l'est le Jourdain supérieur avec le lac 
Samochonitis. Parmi ses villes nous 
remarquons Kédes , Hasor et Kinné- 
reth. 

Après avoir fait ce partage, Josué 
et le grand prêtre Éléazar assignèrent 
à la tribu de Lévi les quarante-huit 
villes qu'elle devait occuper sur le 
territoire de toutes les autres tribus. 
Selon le livre de Josué, les prêtres, 
qui étaient de la famille de Kehath , 
reçurent treize villes situées sur le 
territoire de Juda, de Siméon et de 
Benjamin 3 ; les autres descendants de 

1 Comparez l'Évangile de Matthieu , ch. 4, 
v. 13. 

5 Plus tard on trouve sur ce territoire quel- 
ques villes plus célèbres, telles que Tibé- 
riade, Sephoris, Nazareth. 

3 Voy. ci-dessus, pa^e. 177, col. I, note 2. 
16 e Livraison. (Palestïne.) 



Kehath eurent dix villes dans les 
cantons d'Ephraïm , de Dan et de Ma- 
nassé (en deçà du Jourdain). Treize 
villes furent données aux Gersonites, 
dans les cantons d'Isachar, d'Aser, de 
Naphthali et de Manassé (au delà du 
Jourdain) , et douze villes aux Méra- 
rites, dans les cantons de Zabulon, 
de Gad et de Ruben «. Six de ces villes 
devaient servir d'asile aux meurtriers 
involontaires; Moïse lui-même en 
avait déjà désigné trois au delà du 
Jourdain 1 , Josuéy en ajouta trois autres 
en deçà du fleuve, savoir : Kédes dans 
le canton de Naphthali , Sichem dans 
celui d'Éphraïm et Hébron dans celui 
de Juda. 

La guerre étant terminée pour le 
moment, Josué convoqua les tribus de 
Ruben et de Gad et la demi-tribu de 
Manassé auxquelles Moïse avait donné 
le pays à l'est du Jourdain, et, après 
les avoir exhortées à rester fidèles à la 
loi de Moïse, il leur donna sa béné- 
diction et les renvoya dans leurs pos- 
sessions. Arrivées au Jourdain, ces 
tribus élevèrent, sur les bords du 
fleuve, un grand autel , pour servir de 
monument à la postérité, afin qu'on 
ne pût les exclure un jour de la com- 
munauté de Jéhova. Le bruit se ré- 
pand bientôt que le symbole d'un 
culte étranger a été élevé sur le Jour- 
dain; aussitôt les représentants du 
peuple s'assemblent à Siloh , et déjà 
il est question de prendre les armes 
contre les tribus rebelles. Mais on 
veut d'abord leur demander des expli- 
cations ; Pinehas , fils du grand prêtre 
Éléazar, et dix représentants chefs 
de famille, un de chaque tribu, sont 
chargés de se rendre de l'autre côté 
du Jourdain, pour faire des représen- 
tations au sujet de l'autel. Les dépu- 
tés reprochent aux tribus de l'est leur 
infidélité envers Jéhova; mais ces 
tribus protestent de la pureté de leurs 
intentions. L'autel , disent-elles , n'a 
pas été élevé pour y faire des sacri- 
fices; nous craignions que vosdescen- 



1 On peut voir les noms de toutes ces villes 
dans le livre de Josué, ch. 21 , v. 13 et suv 
vants. 

2 Voy. ci-dessus, page 131. 

15 



326 



I/UK1VERS. 



dants* ne pussent un jour vouloir 
exclure les nôtres de la communauté 
d'Israël et du culte de Jéhova, en 
considérant le Jourdain comme une 
limite entre vous et nous, et nous 
avons bâti cet autel comme simple 
monument, pour servir de témoignage 
de l'unité de toutes les tribus sur les 
deux rives du Jourdain. Satisfaits de 
cette réponse, Pinehas et les députés 
retournèrent à Siloh , et les explica- 
tions qu'ils apportèrent furent accueil- 
lies avec une satisfaction générale. 
L'autel reçut cette inscription : C'est 
un témoignage entre nous que Jéhova 
est le (seul) Dieu l . 

Josué passa probablement le reste 
de ses jours tantôt à Sichem 2 , tantôt 
dans la ville de Thimnath-Sérah, qui 
lui avait été donnée pour récompense 
de ses services. II abandonna , sans 
doute, le gouvernement intérieur des 
tribus à leurs Anciens et à leurs chefs 
respectifs. Les Hébreux avaient re- 
noncé pour le moment à continuer 
la guerre avec les Cananéens; du 
moins le livre de Josué, la seule source 
que nous puissions consulter pour 
l'histoire de cette époque, ne relate- 
t-il aucun événement arrivé depuis le 
partage des terres jusqu'à la mort de 
Josué. Ce n'est que peu de temps 
avant sa mort que nous voyons re- 
paraître sur la scène le vainqueur 
des Cananéens. Se sentant près de 
mourir, Josué convoqua à Sichem 
tous les représentants de la nation 
dans une assemblée générale, à la- 
quelle le peuple lui-même assistait en 
grand nombre. Probablement l'arche 
sainte y fut transportée de Siloh 
(Jos. 24, 26). Josué adressa à l'as- 
semblée un discours, dans lequel il 
rappela les bienfaits dont Jéhova avait 
comblé les Hébreux. Il exhorta le 
peuple à la fidèle observation des 
lois de Moïse, et à la continuation de 
la guerre , lui prédisant de grands 
malheurs , s'il abandonnait le culte 

1 C'est ainsi que je comprends le passage 
de Josué, ch. 22, v. 34. 

2 Selon Josèphe (Antiqu. V, I, 28), il rési- 
dait à, Sichem. Le sanctuaire restait fixé à 
Siloh. 



du vrai Dieu, et s'il se mêlait avec 
les Cananéens qui restaient encore 
trop nombreux dans le pays. Les Hé- 
breux promirent d'obéir, et sanction- 
nèrent de nouveau leur alliance avec 
Jéhova. Josué dressa un acte de tout ce 
qui venait de se passer et de la nouvelle 
sanction de la loi , et l'inscrivit dans le 
livre de la loi de Moïse 1 . Il lit élever 
aussi, à l'endroit de l'assemblée, une 
pierre monumentale, qui, disait-il, ser- 
virait de témoin contre le peuple, s'il 
reniait son Dieu. Josué mourut bien- 
tôt après, à l'âge de cent dix ans, 
soixante-cinq ans après la sortie d'E- 
gypte, et il fut enseveli dans sa pro- 
priété à Thimnath-Sérah. Il avait été 
pendant vingt-cinq ans le chef su- 
prême du peuple hébreu *. Bientôt 
le grand prêtre Éleazar suivit Josué 
dans la tombe ; il fut enterré sur une 
colline qui appartenait à son fils Pine- 
has, sur la montagne d'Éphraïm. 

Tant que vécurent les Anciens qui 
avaient été contemporains de Josué et 
qui avaient assisté à la conquête, les 
Hébreux furent maintenus dans leres- 
pectdeslois et dans le culte de Jéhova. 
II y eut bien çà et là quelques hommes 
isolés qui se laissèrent entraîner à l'i- 
dolâtrie ( Jos. 24 , 23 ) ; mais la grande 
majorité de la nation persista dans la 
bonne voie et dans ses sentiments hos- 
tiles à l'égard des Cananéens. Confor- 
mément à la dernière exhortation de 
Josué, quelques tribus recommencè- 
rent les hostilités, soit pour faire de 
nouvelles conquêtes, soit pour re- 
prendre des villes déjà conquises au- 
trefois, et dont les Cananéens avaient 
pu de nouveau se rendre maîtres. 

« C'est probablement le document qui nous 
est conservé dans les chapitres 23 et 24 du 
livre de Josué. 

2 Ordinairement on ne fait durer que dix- 
sept ans le gouvernement de Josué, mais 
ce n'est là qu'une simple supposition qui 
ne se base sur aucune donnée historique. 
Josèphe (1. c. § 29) dit expressément que 
Josué avait gouverné les Hébreux pendant 
vingt-cinq ans ; la chronique samaritaine dit 
la même chose, et Des Vignoles a cherche 
à démontrer l'exactitude de ce chilfre. Voy. 
Ckronol. de Vhist. sainte, t. I, p. 8-16. La 
tradition rabbinique donne au gouvernement 
de Josué vingt-huit ans. Séder Otam rabba t 
ch. 12. 



PALESTINE. 



227 



€'est ainsi que les tribus de Juda et 
de Siméon attaquèrent quelques peu- 
plades cananéennes près de Bézek, 
ville dont la position est inconnue, 
mais qui était probablement située 
entre Jérusalem et le Jourdain 1 . 
Dix mille Cananéens furent défaits 
près de cette ville , dont le roi , nommé 
Adoni-Bézek, eut les pouces et les or- 
teils coupés, supplice que, de son 
propre aveu, il avait fait subir à 
soixante-dix rois (Juges, 1,7). Jéru- 
salem (la basse ville) fut prise à la 
même époque; toute la montagne de 
Juda fut déblayée, et on s'empara 
même momentanément des villes de 
Gaza, Ascalon et Ékron. Béthel, tomba 
par trahison au pouvoir des Éphraï- 
mites. 

Cependant les tribus manquèrent 
de force ou d'énergie pour expulser 
ou exterminer les Cananéens, comme 
l'avait ordonné Moïse. Josué avait 
peut-être fait une grande faute en ne 
se donnant pas de successeur ; le 
manque de chef et l'absence d'unité et 
d'ensemble dans les opérations paraly- 
sèrent les forces des Hébreux. Ce furent 
surtout les tribus du nord , celles de 
Dan, Manassé, Éphraïm, Aser, Za- 
bulon , Naphthali, qui ne purent s'em- 
parer de toutes les villes qui leur 
avaient été destinées, ou qui se con- 
tentèrent de rendre les Cananéens tri- 
butaires , en leur permettant de de- 
meurer au milieu d'elles. 

Un messager de Dieu, ou un pro- 
phète , se présenta pour montrer aux 
Hébreux les conséquences funestes 
de leur faiblesse. Le peuple reconnut 
la vérité de tout ce que disait l'homme 
de Dieu ; mais il ne pouvait plus ré- 
pondre à son appel que par des larmes 2 . 
Les Cananéens devinrent de plus en 
plus dangereux , par leur force maté- 
rielle qui n'était pas brisée , et plus 
encore par leur culte plein de séduc- 
tions et par l'exemple de leurs mœurs 
corrompues. Les Anciens qui avaient 
entouré Josué moururent peu à peu ; 
des beaux temps de l'élan guerrier 



et de l'enthousiasme religieux il 
n'en resta plus que le grand prêtre 
Pinehas qui ne pouvait plus , de son 
bras vieilli, venger comme autrefois 
l'outrage fait aux mœurs et au nom de 
Jéhova , et qui n'était pas capable de 
maintenir l'unité politique et reli- 
gieuse des tribus et de les préserver 
de l'anarchie. L'idolâtrie et la corrup- 
tion des mœurs augmentèrent de jour 
en jour; les tribus, manquant de chef 
et de centre commun, devinrent étran- 
gères les unes aux autres, et leur in- 
différence mutuelle menaça de dégé- 
nérer en hostilité. Deux événements 
racontés dans le livre des Juges, et 
que nous devons faire remonter à l'é- 
poque qui suivit la mort de Josué et 
des Anciens , montrent ce qu'étaient 
devenus, après si peu de temps, les 
beaux rêves de Moïse. 

Sur la montagne d'Éphraïm vi- 
vait, dans une retraite isolée, un 
homme , nommé Michah. Cet homme 
avait caché une somme d'argent ap- 
partenant à sa mère; celle-ci, ne sa- 
chant ce qu'était devenu cet argent, se 
lamenta et prononça des impréca- 
tions. Michah vint la rassurer en lui 
disant qu'il avait mis l'argent en sû- 
reté; la mère bénit la prévoyance de 
Michah , et, dans sa joie, elle consacra 
une partie de la somme à faire faire 
une image de Jéhova. La statue fut 
placée dans un petit temple que Mi- 
chah avait fait bâtir dans sa maison 
et qu'il fit desservir par un de ses 
fils revêtu d'un Éphod et muni de 
Théraphîm , à l'imitation des Ourim 
et Thummîm 1 . Quelque temps après, 
un jeune lévite de Bethléhem , voya- 
geant pour chercher une place, vint 
à passer devant la maison de Michah ; 
celui-ci étant entré en conversation 
avec le lévite, l'engagea à rester chez 
lui pour servir de prêtre à son tem- 
ple. Le jeune homme y consentit; il 
fut traité comme un fils par Michah 
qui ne doutait plus des faveurs dont 
Jéhova allait combler sa maison, 
ayant pour prêtre un véritable lévite - 



1 Voy. Juges , 1 , 7; I Sam. II , 8- 

« Voy. Juges, ch. 2, v. 1-5. 



1 Voy. ci-dessus , page 176. 



15. 



228 



L'UNIVERS. 



A cette époque la tribu de Dan, 
qui n'avait pu prendre possession de 
ses villes de la côte et que les Cana- 
néens avaient refoulée sur la monta- 
gne, se vit obligée d'envoyer des colo- 
nies sur d'autres points. Cinq hommes 
furent expédiés pour aller explorer le 
pays au nord de la Palestine. Leur 
chemin les conduisit par la montagne 
d'Éphraïm et ils passèrent une nuit 
dans la maison de Michah. Ayant vu 
le jeune lévite et ayant appris de lui 
quelles étaient ses fonctions dans 
cette maison, ils le prièrent d'inter- 
roger l'oracle pour savoir si leur en- 
treprise devait réussir. Le lévite leur 
fit une réponse favorable et les cinq 
hommes continuèrent leur voyage 
vers le nord. Ils arrivèrent à la ville 
de Laïsch habitée par des Phéni- 
ciens, qui y vivaient dans une paix 
profonde, et sans aucune crainte; 
car Laïsch était située hors des li- 
mites du pays des Hébreux. Aussi la 
ville était-elle sans défense , et les ex- 
plorateurs crurent y trouver une oc- 
casion pour faire facilement une bonne 
conquête. Laïsch était trop loin de 
Sidon pour pouvoir en attendre un 
prompt secours; une attaque à l'impro- 
viste ne pouvait donc manquer de réus- 
sir. Les cinq hommes retournèrent 
immédiatement auprès de leur tribu, 
qui expédia aussitôt six cents hommes 
armés pour s'emparer de Laïsch. 
Cette bande , en passant devant l'ha- 
bitation de Michah, fut avertie par 
les cinq explorateurs qu'il s'y trouvait 
une idole et un oracle. Les Danites, 
croyant sans doute que la présence de 
ces objets sacrés ne pouvait manquer 
de faire prospérer leur entreprise, 
emportèrent tout l'appareil du tem- 
ple et enlevèrent le prêtre. Michah les 
poursuivit avec ses gens ; mais voyant 
qu'il était trop faible pour lutter con- 
tre la bande , il se retira. Les Dani- 
tes s'en allèrent à Laïsch , et tombè- 
rent sur cette ville , qu'ils dévastèrent 
par le feu et le glaive. L'ayant res- 
taurée ensuite sous le nom de Dan, ils 
y établirent l'idole faite par Michah, 
et lui consacrèrent un culte en riva- 
lité avec le temple de Siloh; le lévite 



qu'on avait emmené y fonda un sa- 
cerdoce héréditaire 1 . 

On voit par ce récit que la loi de 
Moïse conservée dans le sanctuaire 
de Siloh restait sans influence sur le 
peuple qui méconnaissait entièrement 
son esprit, et qu'il n'y avait pas de 
pouvoir central assez fort pour em- 
pêcher le désordre et les abus. 

Une action atroce commise à Ga- 
baa, dans le canton de Benjamin, et 
que les autorités locales , si toutefois 
il en existait , avaient laissée impunie, 
devint la cause d'une guerre civile , 
qui se termina par la destruction pres- 
que totale de la tribu de Benjamin. 
Un lévite demeurant sur les confins 
de la montagne d'Éphraïm avait pris 
pour concubine une femme de Bethlé- 
hem. Cette femme l'ayant quitté et 
étant retournée chez son père à Beth- 
îéhem, le lévite la suivit quelque 
temps après , pour l'engager à revenir 
chez lui. Il fut bien accueilli par le père 
de la jeune femme, et celle-ci consen- 
tit à retourner avec lui. Cédant aux 
instances du père , le lévite avait passé 
quatre jours auprès de lui; le cin- 
quième jour il voulut partir dès le 
matin, mais le père parvint encore 
à le retenir jusque dans l'après-midi. 
Le lévite, pour ne pas éprouver de 
nouveau retard, voulut partir, malgré 
l'heure avancée, se proposant de pas- 
ser la nuit dans l'une des villes voi- 
sines, et il se mit en route avec sa 
femme et un serviteur qui l'avait ac- 
compagné à Bethléhem. Lorsqu'ils 
passèrent près de Jébus , ou Jérusa- 
lem, le serviteur proposa d'y passer la 
nuit ; mais le lévite refusa d'entrer 
dans cette ville, qui était encore au 
pouvoir des Cananéens, et il voulut 
aller à Gabaa, ou à Rama*. On 
poussa ^usqu'à Gabaa ; le soleil était 
couché* et personne ne voulant rece- 
voir les voyageurs, ils s'établirent 

1 Le texte (Juges, 18, 30) appelle ce lévite 
Jonathan, lils deGerson, lils de Manassé. 
Au, lieu de Manassé, une variante porte 
Mosché (Moïse ); de même la Vulgale. En ef- 
fet, une ancienne tradition, sans fondement 
historique, présente le lévite de Michah comme 
le petit-lils du grand législateur. 

2 Voy. notre Topographie , p. 43. 



PALESTINE. 



229 



avec leurs deux ânes sur la place pu- 
blique. Un bon vieillard d'Ephraïm , 
établi à Gabaa, revint de son travail 
des champs; ayant vu les étrangers, 
il leur offrit une généreuse hospita- 
lité. Un repas joyeux réunissait la 
famille du vieillard et les voyageurs, 
lorsque des gens de la populace, imi- 
tant la conduite des habitants de So- 
dom , frappèrent à la porte, deman- 
dant à grands cris qu'on leur livrât 
le lévite. Toutes les représentations 
de l'hospitalier vieillard furent inu- 
tiles; enfin le lévite ayant conduit sa 
femme à la porte, ces gens s'empa- 
rèrent d'elle et l'outragèrent pendant 
toute la nuit. A l'aube du jour, ils 
la renvoyèrent; la malheureuse femme 
se traîna jusqu'à la porte du vieil- 
lard , et tomba morte sur le seuil. Le 
matin le lévite ayant trouvé à la porte 
le cadavre de sa femme , le chargea 
sur son âne et partit pour la mon- 
tagne d'Ephraïm. Arrivé dans sa de- 
meure, il découpa le cadavre en douze 
morceaux qu'il envoya aux douze tri- 
bus des Hébreux , afin de les exciter à 
venger le crime des Benjamites. Cette 
action inouïe révolta tous les esprits , 
et en peu de temps quatre cent 
mille hommes furent prêts à prendre 
les armes contre la tribu de Benja- 
min. Une diète fut convoquée à Mis- 
pan , où le lévite outragé se présenta 
pour exposer sa plainte. On envoya 
d'abord des députés auprès des Ben- 
jamites, pour leur ordonner l'extra- 
dition des coupables; mais les Benja- 
mites ayant refusé d'obéir, on décida 
de leur faire la guerre. Chaque tribu 
envoya son contingent, et la tribu de 
Juda ouvrit la marche contre Gabaa, 
où les Benjamites s'étaient assemblés 
de toutes ieurs villes. Pendant deux 
jours de suite les Benjamites sortis 
de Gabaa repoussent l'armée nom- 
breuse des assaillants avec une grande 
perte. Déjà les tribus se retirent à 
Béthel, où se trouvait momentané- 
ment l'arche sainte ; là on célèbre un 
jeûne public, on offre des sacrifices, 
et hésitant sur le parti qu'on devait 
prendre, on consulte de nouveau l'o- 
racle sacré. Le grand prêtre Pinehas , 



animé comme autrefois dune sainte 
jalousie , encourage le peuple , au nom 
de Jéhova , à marcher de nouveau 
contre Gabaa. Cette fois l'attaque est 
entourée de plus de précautions ; un 
stratagème, semblable à celui qui 
avait été employé dans l'attaque contre 
Aï, réussit complètement. L'armée 
des tribus , feignant de fuir, attire les 
Benjamites loin de la ville ; en même 
temps dix mille hommes, placés en 
embuscade près de Gabaa, fondent 
sur cette ville et y mettent le feu. 
Les Benjamites, voyant monter les 
flammes, sont stupéfaits, perdent 
courage, et s'enfuient en désordre. 
Mais ils se trouvent enveloppés de 
tous les côtés ; alors il s'en fait un mas- 
sacre tel que six cents hommes seule- 
ment parviennent à se réfugier dans le 
désert, où ils restent cachés pendant 
quatre mois, dans une grotte appelée 
Séla-Rimmôn ( rocher de Rimmôn ou 
du grenadier). L'armée des Hébreux 
dévasta et brûla toutes les villes de 
Benjamin et massacra tous les habi- 
tants. 

Après cette vengeance terrible , les 
esprits s'étant calmés, on regretta 
d'avoir anéanti une tribu entière, et 
un deuil public fut célébré à Béthel. 
Par malheur tous les Hébreux avaient 
fait un serment solennel de ne point 
donner leurs filles en mariage aux Ben- 
jamites ; de sorte que le désastre pa- 
raissait irréparable. Pour éviter la 
perte totale de la tribu de Benjamin, 
on ne sut imaginer rien de mieux que 
de tomber sur la ville de Jabès-Ga- 
laad l , dont les habitants n'avaient 
point envoyé de contingent pour l'at- 
taque de Gabaa. On extermine les ha- 
bitants de Jabès, à l'exception de qua- 
tre ^ents vierges , qu'on réserve à la 
tribu de Benjamin. Ensuite on offre 
la paix aux six cents Benjamites re- 
tranchés à Séla-Rimmôn , et on leur 
livre les quatre cents filles de Jabès. 
Quant aux deux cents Benjamites res- 
tés sans femmes , on leur conseille de 
se rendre à la fête nationale qu'on cé- 
lébrait tous les ans à Siloh, et où les 

1 Voy. ci-dessus , page 72 . 



230 



L'UNIVERS. 



Î'eunes filles allaient danser, et on 
eur permet de surprendre les dan- 
seuses et d'en enlever une chacun , 
afin de la prendre pour femme. De 
cette manière les parents pouvaient 
consentir, sans violer leur serment. 
Ce plan est mis à exécution et les Ben- 
jamites se trouvent rétablis. 

Les détails de cet événement nous 
offrent un triste tableau des mœurs 
barbares de l'époque : la conduite in- 
fâme des habitants de Gabaa, le cada- 
vre dépecé de la femme du lévite 
servant de provocation à la guerre, le 
carnage qu'on fait des Benjamites, 
et où se trouvent confondus les inno- 
cents et les coupables , enfin l'expédi- 
tion contre Jabès et l'enlèvement des 
filles de Siloh, sont autant d'actes 
indignes d'un peuple policé et vivant 
sous un gouvernement régulier et 
sous des lois civilisatrices. Aussi, l'au- 
teur du livre des Juges, en rappor- 
tant ces faits, ajoute-t-il, qu'en ce 
temps-là il n'y avait pas de roi en 
Israël et que chacun faisait ce qui lui 
semblait bon. 

2. Juges. 

Les Hébreux se trouvèrent alors 
dans la position d'un enfant dont 
l'éducation, commencée avec beau- 
coup de méthode par un maître 
habile et sévère, a été subitement 
interrompue. L'enfant, abandonné à 
lui-même, n'a encore que quelques 
idées confuses des doctrines qui lui 
ont été enseignées ; il les abandonne 
facilement, ou il les interprète sans in- 
telligence. Il lui fautdetempsen temps 
une rude expérience pour lui rappeler 
les leçons utiles qu'il a si vite ou- 
bliées', et un bras qui le soutienne 
pour le faire rentrer, s'il est possible, 
dans une voie meilleure. 

Se plaisant dans les douceurs de la 
paix, les Hébreux s'allièrent avec les 
Cananéens , et abandonnant de plus 
en plus le temple de Siloh, ils ne 
craignirent plus bientôt de se livrer 
au culte de Baal , d'Astarôth et de 
toutes les divinités phéniciennes. Le 
sentiment national, qui devait tou- 
jours se retremper dans le culte cen- 



tral et dans les assemblées solennel- 
les des fêtes mosaïques, se relâchait 
de plus en plus , et bientôt les tribus 
isolées et sans chef se virent attaquées 
parles peuplades voisines, et par les 
ennemis qu'on avait tolérés dans l'in- 
térieur du pays et qui recommencèrent 
à se recueillir et à acquérir des forces. 
De temps en temps un homme éner- 
gique se met à la tête de certaines tri- 
bus, ou même de la nation tout en- 
tière, pour faire revivre l'esprit natio- 
nal et pour secouer le joug étranger , 
mais il n'a pas toujours la faculté, ni 
même la volonté, de faire renaître le 
sentiment religieux et l'amour des 
institutions mosaïques, et, après sa 
mort, le peuple retombe dans l'anar- 
chie.Pendant plusieurs siècles c'est une 
variat^n perpétuelle de revers et de 
prospLrté, d'anarchie et de dictature, 
mais des institutions mosaïques, il 
n'en est point question. On appelle 
cette période celle des Juges, parce 
que les héros qui , de temps à autre, 
se mirent à la tête du peuple , por- 
taient le titre de Schophêt, mot qui en 
effet signifie juge, mais qui désignait 
aussi , comme le mot phénicien suf~ 
fête, un homme revêtu du suprême 
pouvoir ». 

Les schophetîm, ou juges, ne fu- 
rent pas toujours élus; nous ne sa- 
vons rien de positif sur leurs fonctions 
et leurs droits qui n'étaient probable- 
ment pas basés sur une sanction lé- 
gale; le schophêt s'emparait d'un pou- 
voir que lui mettaient entre les mains 
et son courage personnel et la néces- 
sité du moment. Sa mission tempo- 
raire accomplie, il conservait ordinai- 
rement pendant toute sa vie une cer- 
taine autorité sur le peuple qui lui 
devait son salut; mais quelquefois il 
rentrait dans la vie privée, comme, 
par exemple, Gédéon (Juges, 8, v. 23 
et 29). Ce n'est que vers la fin de 
cette période que nous trouvons dans 
les Juges de véritables chefs de la ré- 
publique ; déjà après la mort de Jephté 
nous voyons successivement trois 
Schophetîm qui ne doivent leur di- 

1 Voy. ci-dessus , page 196. 



PALESTINE. 



233 



gnité à aucun acte éclatant, et qui pro- 
bablement turent appelés au pouvoir 
par le choix du peuple qui reconnut 
enfin les avantages d'un pouvoir cen- 
tral régulièrement constitué. Ensuite 
Éliet Samuel jouissent d'une autorité 
très-étendue et signalent une époque 
intermédiaire entre la démocratie et 
la monarchie. 

Au reste , il est impossible de pré- 
senter de l'époque des Schophetîm un 
tableau historique. Le livre des Juges, 
que seul nous pouvons consulter pour 
cette époque, n'est point un 1 i vre d'his- 
toire; tout y est raconté d'une manière 
décousue, et les événements se succè- 
dent sans une suite rigoureuse et sans 
ordre chronologique. C'est un recueil 
de traditions détachées sur les temps 
des Schophetîm , composé probable- 
ment sur d'anciens poèmes et sur des 
légendes populaires qui célébraient 
la gloire de ces héros. Ce recueil, qui 
date des premiers temps de la royauté, 
avait pour but , à ce qu'il paraît , d'en- 
courager le nouveau gouvernement à 
achever l'œuvre commencée par Jo- 
sué, et de montrer au peuple tous 
les avantages d'une royauté hérédi- 
taire. Dans ce but il suffisait de mon- 
trer par une série d'exemples quels 
furent les désordres auxquels se li- 
vrèrent les Hébreux du temps de la 
république; quelles furent les suites 
malheureuses qu'avait eues la faiblesse 
des Hébreux vis-à-vis des Cananéens, 
et comment le pouvoir temporaire 
d'un seul les avait toujours préservés 
d'une ruine totale. Il ne faut donc 
pas penser à établir avec exactitude 
l'ordre chronologique des faits et l'é- 
poque de chaque juge. Lés savants 
se sont donné, sous ce rapport, une 
peine inutile et tous leurs efforts ont 
complètement échoué'. Il suffira de 
dire que les chiffres que nous trou- 
vons dans le livre des Juges et dans 
le premier livre de Samuel nous don- 
nent, depuis la mort de Josué jus- 
qu'au commencement du règne de 
Saùl , le nombre total de cinq cents 

1 On peut voir la discussion des différentes 
opinions dans la Chronologie de Des Yi- 
Çiioies, 1. 1, p. 91 et suivantes. 



ans 1 ; ce qui ferait depuis la sortie 
d'Egypte , cinq cent soixante-cinq 
ans, tandis que le premier livre d^s 
Rois (6, 1) ne compte que quatre cent 
quatre-vingts ans depuis la sortie 
d'Egypte jusqu'à la fondation du Tem- 
ple sous Salomon 1 . Il faudrait sup- 
poser d'après cela que plusieurs des 
Schophetîm gouvernaient simultané- 
ment dans différentes contrées. 

Dans l'incertitude des dates et dans 
le manque de sources historiques , 
nous devons nous contenter de résu- 
mer ici les traditions renfermées 
dans le livre des Juges, pour donner 
un tableau général de l'état des Hé- 
breux dans cette période, sans pré- 
tendre tablir la suite chronologi- 
que. 

Dans les temps d'anarchie qui sui- 
virent la mort de Josué et des An- 
ciens, un roi de Mésopotamie, appelé 
Couschân-Rischataïm, étant devenu 
puissant, étendit peu à peu sa domi- 
nation à l'ouest de l'Euphrate, jus- 
qu'au pays de Canaan. Dans l'état où 
se trouvèrent alors les Hébreux, ils 
ne purent défendre leur indépendance, 



1 Voy. Des Vignoles, 1. c. p. 135, 136. 
J'observerai qu'il faut encore ajouter à ces 
cinq cents ans quelques époques que le li- 
vre des Juges laisse indéterminées, savoir : 
l'époque de Samgar ch. 3, v. 31; et l'anar- 
chie qui précède la 3 e servitude, sous Ya- 
bin (ch. 4, v. I), de même les époques d'à 
narchie qui suivent la mort de Gédéon (ch. 
8, v. 33-35), et celle de Jair (ch. 10, v. 6). 
Aussi Joséphe dit-il dans un endroit que 
la république, sous les Juges, avait duré 
plus de cinq cents ans. Antiqu. XI, 4, 8. 

2 En étant de ces quatre cent quatre- 
vingts ans les soixante-cinq ans qui s'étaient 
écoulés depuis la sortie d'Egypte jusqu'à 
la mort de Josué , et 84 ans qui se passè- 
rent depuis l'établissement de la royauté jus- 
qu'à la construction du Temple, il ne nous 
resterail, pour la période des juges, que 
trois cent trente et un ans. Josèphe substitue 
au nombre de quatre cent quatre vingts du li- 
vre des Rois, celui de cinq cent quatre-vingt- 
douze {Antiqu. VIII , 3, I); mais celte 
date n'est basée, sans doute, que sur les 
calculs de Josèphe; ailleurs ce même auteur 
compte six cent douze ans {Ant. XX, 10; 
contre A pion, II, 2). Les calculs des Juifs de 
Chine , auxquels d'ailleurs nous ne saurions 
attacher que peu d'importance, paraîtraient 
s'accorder avec les dates de Josèphe. Yoy. 
Taciti Opéra, éd. Brotier, t. III, p. 567, etc.» 
de Judaeis sinensibus. 



232 



L'UNIVERS. 



et ils devinrent tributaires du roi de 
Mésopotamie, qui les opprima pen- 
dant huit ans. Mais ils trouvèrent un 
libérateur dans Othniel , fils de Ke- 
naz , qui , après dix-huit ans d'anar- 
chie 1 , fut le premier à prendre le titre 
de Schophêt et a rétablir l'ordre et 
l'indépendance. Othniel , demi-frère 
ou, selon d'autres, neveu de Galeb 2 , 
s'était déjà distingué par la conquête 
de Debir ou Kiryath-Sépher, et ce 
fait d'armes lui avait valu la main 
d'Achsa , fille de Caleb 3 . Étant devenu 
Schophêt, il fit la guerre au roi de 
Mésopotamie; sorti vainqueur de cette 
lutte, il procura aux Hébreux qua- 
rante années de paix et de prospérité. 

A la fin de cette époque, Eglôn , 
roi des Moabites 4, s'étant allié avec 
les Ammonites et les Amalécites, 
envahit le territoire des Hébreux 
et s'empara de la ville des palmiers 
ou de Jéricho 5 . Il subjugua les Hé- 
breux ( du moins les tribus de la Pe- 
rée et du midi de la Palestine) et les 
rendit tributaires pendant dix-huit 
ans. 

Un jour les Hébreux lui envoyèrent 
une députation , pour lui offrir un 
présent ; à la tête des députés se trouva 
Ehoud (Aod), fils de Géra, de la 
tribu de Benjamin, homme gaucher 
ou ambidextre 6 . A près avoir accompli 
sa mission et s'être retiré avec les 
autres députés, il revint seul pour 

1 Voy. Josèphe, Antiqu. VI, 5, 4. 

3 Le texte dit : Othniel , fils de Kenaz , 
frère cadet de Caleb (Jos. 15 , 17; Juges, I, 
13; 3, 9). Selon les accents masoréthiques et 
la Vulgate, le mot frère se rapporte à 
Othniel. Or, comme Caleb est appelées de 
Jéphoné, les rabbins supposent que sa mère 
avait épousé Kenaz en secondes noces, et 
que Othniel était le frère de Caleb du côté de 
sa mère. Selon les Septante, le moi frire se 
rapporte à Kenaz; ils traduisent : foOovirjX 
uîô; Kevàç àSsXooO XâXeê , faisant de Caleb 
l'oncle d'Othniel. D'autres enfin considèrent 
Caleb et Othniel comme frères germains, 
voyant dans Kenaz leur grand-père: car 
Caleb est appelé aussi le Kenézite (Nombres , 
32, 12; Jos. 14, 6 et 14). 

3 Jos. 15, 17; Juges, I, 13. 

4 Voy. ci-dessus, page 96. 

5 Voy. page 41. 

6 II parait que la tribu de Benjamin pos- 
sédait beaucoup d'hommes exercés à se ser- 
vir égakmeot des deux mains. Voy. Juges, 
«o, 16 



demander au roi une audience particu- 
lière, ayant, disait-il, quelque secret à 
lui communiquer. Eglôn fit aussitôt re- 
tirer tout le monde. « J'ai une mission 
divine pour toi, » dit Éhoud, et le roi 
se leva de son trône. Alors Éhoud 
tira avec sa main gauche un glaive à 
deux tranchants qu'il portait à sa droite 
caché sous ses vêtements , et il plon- 
gea le glaive jusqu'à la garde dans 
le ventre du corpulent Églôn. Ensuite 
il se retira promptement en fermant 
la porte sur lui , et sortit sans obs- 
tacle. Les gens du roi trouvant la 
porte fermée , n'osèrent d'abord péné- 
trer dans l'appartement , croyant que 
le roi voulait rester seul ; mais après 
avoir attendu fort longtemps, ils se 
décidèrent à ouvrir avec la clef, et 
ils trouvèrent le roi étendu mort par 
terre. Ehoud avait eu le temps de s'en- 
fuir, et il arriva sain et sauf à Seïra 
sur la montagne d'Éphraïm. Là il fait 
retentir la trompette de la guerre; 
on s'assemble autour de lui ; il des- 
cend à la tête de ses troupes et s'em- 
pare des gués du Jourdain qui ser- 
vaient de passage aux Moabites. Ayant 
ainsi coupé la retraite aux ennemis 
qui occupaient la Palestine , et empê- 
ché leurs frères de la rive gauche du 
Jourdain de venir à leur secours, il 
attaque les troupes moabites et en fait 
un grand carnage. L'ennemi perdit 
environ dix mille hommes. Cette vic- 
toire fut suivie de quatre-vingts ans 
de repos r . 

Les Philistins, à ce qu'il paraît, 
essayèrent alors, pour la première 
fois, d'attaquer les tribus du midi; 
mais Samgar, fils d'Anath, s'étant 
mis à la tête d'une troupe de labou- 
reurs armés d'aiguillons servant à 
piquer les bœufs , les repoussa avec 
une perte de six cents hommes. On 
fait ordinairement de Samgar le troi- 
sième Schophêt, et Josèphe dit qu'il 
mourut dès la première année de son 
règne. 

1 Josèphe ( Ant. V , 4,3) dit que , à la 
suite de cette victoire, Éhoud, nommé chef 
de tout le peuple , gouverna pendant quatre- 
vingts ans; ce qui ne résulte nullement du. 
texte du livre des Juges. 



PALESTINE. 



233 



Les Cananéens du nord que Josué 
avait vaincus près du lac de Mérôm 
( Samochonitis ) étaient redevenus 
très-puissants, et avaient repris , en 
grande partie, le pays conquis par 
les Hébreux. Comme du temps de Jo- 
sué , nous trouvons à leur tête un roi 
résidant à Hasor et portant le nom 
de Yabîn. Avec ses neuf cents chariots 
de guerre et une nombreuse armée 1 , il 
opprima les tribus du nord , sur les- 
quelles il fit peser son joug pendant 
vingt années. Ses troupes étaient 
commandées par Sisera, qui avait 
son quartier général dans une ville 
appelée Haroseth des païens. 

A cette époque vivait, sur la mon- 
tagne d'Éphraïm, une femme célèbre 
appelée Déborah (abeille) et mariée à 
un certain Lapidoth. Ayant nourri 
son imagination des traditions reli- 
gieuses des Hébreux, et douée d'un 
haut élan poétique , elle savait , par sa 
parole puissante, ranimer dans le peu- 
ple la croyance en Jéhova et les senti- 
ments de piété étouffés par l'entraîne- 
ment séducteur de l'idolâtrie cana- 
néenne. Aussi lui donnait-on le titre 
de Nebiah (prophétesse), et, assise 
dans un bois de palmiers entre Rama 
et Béthel , elle répondait, au nom de 
Jéhova, à la foule des Hébreux qui 
venait dans sa retraite lui demander 
des enseignements et des conseils. 
Elle s'était élevée par là au rang de 
Schophét; car elle dirigeait par son 
influence toutes les affaires publiques 
et privées, et les enfants d'Israël 
montaient auprès d'elle pour se faire 
juger (Juges, 4, 5). Son âme géné- 
reuse se sent émue par les souffrances 
de ses frères; elle veut briser le joug 
honteux de Yabîn, et rendre les tri- 
bus du nord indépendantes. Barak , 
fils d'Abinoam, résidant à Kédès, 
dans le canton de Naphthali , jouissait , 
à ce qu'il paraît, d'une grande consi- 
dération parmi ces tribus; c'est lui 
que Déborah fait appeler auprès 
d'elle, et elle lui ordonne au nom de 



Josephe (ib. ch. 5, § I) ne lui donne 
pas moins do 300, ooo hommes d'infanterie, 
10,000 cavaliers et 3000 chariots. 



Jéhova , le Dieu d'Israël , de se mettre 
à la tête de dix mille hommes des 
tribus de Zabulon et de Naphthali, 
pour attaquer l'armée de Sisera. Ba- 
rak ne veut obéir qu'à condition que 
Déborah ira avec lui. « Eh bien, dit la 
prophétesse , j'irai avec toi ; mais aussi 
la gloire de cette lutte ne t'appartien- 
dra pas, car Sisera sera livré aux 
mains d'une femme. » 

Arrivé à Kédès avec Déborah , Ba- 
rak y assembla ses troupes qu'il con- 
duisit sur le mont Thabor. Sisera, 
ayant appris ce mouvement , assembla 
ses neuf cents chariots près du torrent 
de Kison 1 . Barakmarcha contre lui, 
avec ses dix mille hommes, et en un 
seul jour l'armée ennemie fut totale- 
ment battue 2 . Les Cananéens fuyant 
en désordre furent poursuivis par Ba- 
rak jusqu'à Haroseth, et ils furent 
tous passés au fil del'épée. Sisera, des- 
cendu de son char, s'enfuit à pied ; il 
chercha un refuge auprès de Jaël, 
femme du Kénite Héber (delà famille 
de Hobab, beau-frère de Moïse) 3 , qui 
était établi dans les environs de Kédès. 
Jaël, étant allée au-devant de Sisera, 
l'engagea à entrer dans sa tente; le 
guerrier accablé de fatigue demande 
un peu d'eau, elle lui donne du lait, 
et l'engage à se reposer, en lui pro- 
mettant le secret. Mais lorsqu'il est 
endormi, elle l'assassine traîtreuse- 
ment, en lui enfonçant un clou dans 
la tempe. Barak arrivé bientôt après, 
à la recherche de Sisera , est introduit 
dans la tente par Jaël , qui lui montre 
son ennemi étendu par terre. La dé- 
faite totale de Yabîn et des Cananéens 
du nord fut la suite de cette victoire, 
chantée par Déborah dans le célèbre 
cantique qui porte son nom , et qui est 
le plus ancien chant de victoire que 

1 Voy. page 8, col. I. 

"Josephe (V, 5,4) fait intervenir un 
grand orage; les Hébreux ayant le vent par 
derrière , eurent pour auxiliaires la pluie et 
la grêle, qui accablèrent les Cananéens et 

3ui les empêchèrent de combattre. Déborah 
it aussi dans son cantique : « Du haut des 
deux on combattit; les astres, de leur car- 
rière, combattirent contre Sisera. ■» (Juge», 
6, 20. ) 
3 Voy. ci-dessus, page 76, col. I , note. 



234 



L'UNIVERS. 



nous possédions, comme il est aussi 
un des plus sublimes et des plus ac- 
complis dans son genre. Il est trop 
!ien empreint des couleurs des temps 
et des lieux pour que la critique doive 
Jouter de son authenticité. A côté 
du haut élan patriotique et de l'en- 
thousiasme religieux digne de la pro- 
phétesse, nous remarquons les mou- 
vements moins.nobles, mais bien na- 
turels, du cœur humain, du cœur 
d'une femme. Après avoir parlé en 
prophétesse, en héroïne, voyez com- 
me elle se plaît à faire l'éloge de la 
trahison de Jaël , avec quelle sanglante 
ironie elle parle de la mère du mal- 
heureux général des Cananéens 1 : 

« La mère de Sisera regardait par 
« la fenêtre et gémissait à travers le 
« treillis : Pourquoi son char tarde- 1- 
« il à venir? Pourquoi les pas de ses 
« chariots sont-ils si lents? Les plus 
« sages d'entre ses femmes la conso- 
« laient; elle aussi s'adressait à elle- 
« même cette réponse : Ne doivent-ils 
« pas trouver du butin? Ne faut-il pas 
« le partager? Une jeune fille, deux 
« jeunes filles, pour chaque homme; 
« du butin de différentes couleurs pour 
« Sisera, des vêtements de couleur 
« brodés, des broderies doubles et 
« variées pour la parure du cou. » 

Sous le rapport historique, nous 
apprenons par ce cantique que les 
tribus de Zabulon et de Naphthali, 
vivant sur le théâtre de la guerre, et 
principales victimes de l'oppression de 
Yabîn, avaient combattu avec un 
courage héroïque (v. 18). Quant aux 
autres tribus, celles que Déborah 
avait pu encourager par sa parole, en 
se rendant de la montagne d'Éphraïm à 
Kédès, telles que Benjamin, Ëphraïm, 
Manassé, Isachar, n'avaient pas re- 
fusé leur secours. Dan et Aser, ainsi 
que les tribus de l'est du Jourdain , 
n'avaient pas répondu à l'appel. Celles 
de Juda et de Siméon, demeurant à 
l'extrémité méridionale du pays, ne 
sont pas mentionnées par Déborah; 

1 Sur le Cantique de Déborah, jugé et 
commenté sous le rapport poéiique, voyez 
Herder : Briefe, etc. (Lettres concernant L'é- 
tude de la théologie ), 1. 1 , 7 e lettre 



probablement elles n'avaient pas éïê 
appelées au combat. 

Il résulte de là, avec évidence, que 
le pouvoir de Yabîn ne s'étendait pas 
même sur toutes les tribus du nord, 
que les tribus des Hébreux ne for- 
maient pas alors une république unie, 
gouvernée par un pouvoir central, et 
que Déborah et Barak, tout en 
jouissant d'une grande influence dans 
leurs districts, n'exerçaient nullement 
une autorité légale sur toute la nation. 
Dans cet état d'isolement, les tribus 
ne pouvaient manquer d'être en butte 
aux invasions de voisins hostiles. Selon 
le livre des Juges, une tranquillité de 
quarante ans suivit la victoire rem- 
portée sur Yabîn ; nous ne savons pas 
si le texte veut parler d'une paix gé- 
nérale dans toute la Palestine, ou seu- 
lement dans les contrées du nord. 
Quoi qu'il en soit, nous voyons bien- 
tôt apparaître au sud-est et à l'est 
un nouvel ennemi des Hébreux. 

Les Midianites, les Amalécites et 
d'autres tribus bédouines de l'Orient, 
faisaient souvent des incursions dans 
la Palestine. Parcourant le pays de 
l'est à l'ouest, jusque vers Gaza, ils 
y campaient avec leurs troupeaux et 
leurs nombreux chameaux; ils pil- 
laient les bestiaux des Hébreux, et, 
semblables aux nuées de sauterelles,, 
ils ravageaient les campagnes, détrui- 
saient les récoltes, et amenaient la 
famine. Les Hébreux étaient obligés 
alors de mettre à l'abri leurs bestiaux 
et les produits de la terre dans des sou- 
terrains et des lieux fortifiés. Cette ca- 
lamité durait depuis sept ans, lorsque, 
dans les environs d'Ophra, canton de 
Manassé, il se présenta un prophète 
qui, parlant aux Hébreux au nom de 
Jéhova , leur fit voir dans les malheurs 
dont ils étaient frappés les suites de 
leur infidélité envers le Dieu de leurs 
ancêtres. Ensuite il se présenta 1 à 

1 Selon le texte (Juges, 6, il ), ce fut un 
messager de Jéhova qui apparut a Gédéon; 
selon Josèphe, ce fut une apparition (tpcxv- 
raafia ) sous la forme d'un jeune homme. 
Nous croyons, avec quelques commentateurs 
juifs , que le messager de Jéhova est le 
même que le prophète qui avait parlé au 



PALESTINE. 



28$ 



Gédéon, fils de Joas, qui battait le 
froment dans un pressoir, n'osant pas 
le faire publiquement sur l'aire, à 
cause dts Midianites. « Jéhova avec 
toi, vaillant héros, » dit-il à Gédéon. 
« Pardon, seigneur, répondit Gédéon, 
6i Jéhova était réellement avec nous, 
comment tout cela nous serait-il ar- 
rivé? que sont devenus tous ses prodi- 
ges que nos ancêtres nous ont racontés 
en nous parlant de la sortie d'Egypte! 
Hélas! Jéhova nous a abandonnés et 
nous a livrés au pouvoir de Midian. » 
« Va, reprit l'autre, c'est Jéhova qui te 
dit : « Avec ta force tu sauveras Is- 
raël du pouvoir de Midian, c'est moi 
qui t'envoie. » — « Mais, dit Gédéon , 
avec quoi sauverai-je Israël ? Ma famille 
est la plus faible dans Manassé, et moi 
je suis le plus jeune delà maison de 
mon père. » — « Je serai avec toi, dit 
Jéhova , et tu battras Midian , comme 
si c'était un seul homme. » — Gédéon, 
subitement inspiré, offrit un sacrifice 
à Jéhova, et lorsque la flamme s'éleva , 
le messager divin disparut, en disant : 
« La paix à toi ! » Dans la nuit Gédéon 
détruisit l'autel que son père Joas, de 
la famille d'Abiézer, avait élevé à Baal. 
Le lendemain, les gens de la ville, 
ayant su que Gédéon avait détruit 
l'autel de Baal, voulurent le tuer ; mais 
Joas, prenant la défense de son fils, 
leur dit : « Si Baal est un Dieu, qu'il 
plaide lui-même sa cause. » De là on 
donna à Gédéon le nom de Jérubbaal, 
c'est-à dire : Baalplaidera avec lui • . 
Gédéon, désormais plein d'en- 
thousiasme pour Jéhova, se sentit la 
force de combattre les ennemis. Il sut 

peuple. Au reste, tout le récit du livre des 
Juges est enveloppé d'un voile mythique. 

1 C'est à cause de ce surnom de Jérub- 
baal que quelques savants ont cru pouvoir 
identifier Gédéon avec Hicrombal , prêtre du 
dieu Jevo dont Sanchoniathon, selon Por- 
phyre { ap. Euseb. Prœv. ev. I , 9), aurait 
appris beaucoup de choses concernant les 
Juifs. Et c'est avec de pareilles combinai- 
sons que Bochart et autres ont prétendu 
iixer l'âge de Sanchoniathon ; et encore de 
oos jours Saint-Martin n'a pas craint d'appeler 
le témoignage de Porphyre une indication 
précieuse et propre, selon toute apparence, 
à faire connaître la véritable époque de cet 
historien. Voy. Biogr. universelle, article 
Sanchoniathon. 



faire partager son courage à toute h 
famille d'Abiézer, qui se rassembla 
autour de lui, et, ayant envoyé des 
messagers à toutes les autres familles 
delà tribu de Manassé, ainsi qu'à Aser, 
Zabulon et Naphthali, il se vit bientôt 
entouré d'une nombreuse armée. Les 
Midianites étaient campés dans la 
plainedeYezreël; Gédéon fitassembler 
ses troupes sur une hauteur au midi du 
camp ennemi, près d'une source, 
appelée Harod. Aimant mieux compter 
sur l'enthousiasme des guerriers que 
sur le grand nombre qui n'eût fait 
qu'embarrasser la marche, il renvoya 
tous ceux dont le courage était dou- 
teux. Dix mille hommes avides de 
combattre restèrent avec lui; mais 
Gédéon voulut d'abord employer un 
stratagème pour lequel il ne lui fallait 
qu'un petit nombre d'hommes déter- 
minés. Les troupes s'étant rendues au 
ruisseau pour boire, Gédéon remarqua 
un certain nombre d'hommes qui ne 
se donnaient pas le temps de boire à leur 
aise , et qui prenaient à la hâte quel- 
ques gorgées d'eau puisée avec leurs 
mains. Gédéon crut reconnaître à ce 
signe ceux qui étaient le plus impa- 
tients de combattre 1 ; ils étaient au 
nombre de trois cents, et ce fut avec 
eux que Gédéon voulut essayer son 
stratagème, en renvoyant, pour le 
moment, tout le reste des troupes. 
Dans la nuit il se hasarda lui-même, 
avec son écuyer Pourah, jusqu'aux 
avant-postes de l'ennemi. Là il en- 
tendit un homme raconter un songe 
qu'il avait eu et que son interlocuteur 
interpréta en faveur de Gédéon qui 
viendrait détruire le camp des Mi- 
dianites. Cet incident confirma Gé- 
déon dans son projet. Revenu aussitôt 
auprès de ses trois cents hommes , il 
les divisa en trois bandes; il donna à 
chaque homme une trompette et une 

1 Tel me parait être le sens du texte, et 
c'est aussi l'opinion de plusieurs commenta 
teurs. Josèphe, au contraire, pense que 
ceux qui buvaient à la hâte étaient les plus 
craintifs, et, selon lui, Gedeon aurait 
choisi , par ordre de Dieu , ceux qui mon- 
traient le moins de courage , pour que le mi- 
racle fût plus éclatant. Voy. Antiqu, > * 



236 



L'UNIVERS. 



cruche de terre vide avec une torche 
dedans. « Ce que vous me verrez faire , 
dit-il à ses hommes, vous le ferez aussi; 
quand je sonnerai de la trompette, 
vous en ferez de même , et vous crie- 
rez : Pour Jéhova et pour Gédéon! » 
On était au commencement de la se- 
conde veille, c'est-à-dire à dix heures 
du soir «. Les ennemis , qui venaient 
de placer les sentinelles, se livraient 
au sommeil. Gédéon marcha sur l'en- 
trée du camp ennemi avec une bande 
de cent hommes; les deux autres 
bandes s'étaient placées à deux autres 
points différents. Gédéon et ses gens 
firent retentir leurs trompettes et bri- 
sèrent leurs cruches ; les autres bandes 
en firent de même. Tenant les torches 
dans la main gauche et les trompettes 
dans la droite, tous les hommes 
s'écrièrent : Guerre pour Jéhova et 
pour Gédéon! Les ennemis subite- 
ment réveillés, en entendant le 
son des trompettes et le cri de guerre , 
et en voyant le feu des torches 
autour du camp , se crurent entourés 
par une nombreuse armée». La 
terreur se répandit parmi eux; ils 
poussèrent des cris et s'enfuirent à 
la hâte , et , dans le désordre , ils tour- 
nèrent leurs armes les uns contre les 
autres. Ils s'enfuirent au sud-est , vers 
Abel-Mehola 3 , pour repasser le Jour- 
dain. Alors toutes les troupes de 
Naphthali, d'Aser et de Manassé , que 
Gédéon avait d'abord fait retirer , se 
rassemblèrent pour se mettre à la 
poursuite des Midianites. LesÉphraï- 
mites -aussi descendirent de leurs 
montagnes, et Gédéon fit occuper 
tous les gués du Jourdain jusqu'à 
Bethabara*. Il paraît cependant que 
les Midianites, en grande partie, 
avaient eu le temps de passer le Jour- 
dain; car ce fut de l'autre côté du fleu- 
ve (Juges, 7, 25) que les Éphraïmites 

1 Voy. ci-dessus, page 179. 

» Des stratagèmes de ce genre sont rappor- 
tés aussi par les anciens auteurs profanes. 
Hannibal employa la ruse des torches (Tite- 
Live, t. 22, c. 16 et 17); Marius celle des 
trompettes et des cris de guerre (Salluste, 
Jugurtha, c. 96 ). 

3 Voy. ci-dessus, page »8. 

* Vov. ci-dessus , page 73 



apportèrent a Gédéon les têtes de 
deux princes midianites, nommes 
Oreb et Zeêb , qu'ils avaient tués dans 
leur fuite. En même temps les Éphraï- 
mites voulurent chercher querelle 
à Gédéon de ce qu'il ne les avait pas 
appelés , dès le commencement , pour 
prendre part à la guerre; et, sans le 
calme et la modestie de Gédéon , cette 
querelle aurait pu dégénérer en une 
guerre civile. Mais le héros sut per- 
suader aux Éphraïmites , que , par la 
victoire qu'ils venaient de remporter 
sur Oreb et Zeêb, ils avaient mérité 
de la patrie bien mieux que lui-même: 
« Qu'ai je donc fait, leur dit-il, à 
l'égal de vous? LegrapillagedÉphraïm 
ne vaut-il pas mieux que les vendanges 
d'Abiézer? » 

Après avoir ainsi calmé les Éphraï- 
mites, Gédéon passa le Jourdain, 
pour se mettre à la poursuite de deux 
autres chefs des Midianites, Zébah et 
Salmona, qui avaient pu se sauver 
avec quinze mille hommes. Arrivé à 
Succoth avec ses trois cents guerriers 
d'élite fatigués de la marche, il de- 
manda aux habitants de fournir du 
pain à sa troupe; mais on lui répondit 
avec ironie : « Tiens-tu déjà Zébah et 
Salmona, pour que nous donnions du 
pain à ta troupe? m Une réponse sem- 
blable lui fut faite à Phanuel. Gé- 
déon, ayant hâte de continuer sa mar- 
che , se retira avec des menaces. Il 
atteignit le camp ennemi à l'est de 
Nobah ou Kenath x ; les Midianites , 
pris à l'improviste , furent battus , et 
les deux chefs fugitifs tombèrent vi- 
vants entre les mains de Gédéon. Celui- 
ci les ramena avec lui pour les montrer 
aux habitants de Succoth : «Les voici, 
leur dit-il, ce Zébah et ce Salmona, 
au sujet desquels vous m'avez insul- 
té. » Un châtiment bien mérité , mais 
barbare, fut infligé aux soixante- 
dix-sept chefs et anciens de la ville, 
dont Gédéon s'était fait écrire les 
noms par unjeune homme qu'il avait 
fait saisir. On les frappa avec des 
ronces, et on leur fit passer sur le 



1 Voy. ci-dessus , page 69. 



PALESTINE. 



237 



corps des machines qui servaient à tri- 
turer le blé. I>e semblables scènes de 
massacre se renouvelèrent à Phanuel , 
dont on démolit le fort. Ensuite Gé- 
déon ordonna à Jéther, son fils pre- 
mier-né, de tuer les deux chefs ennemis; 
mais lejeune homme hésita, et Gédéon 
se chargea lui-même de cette exécu- 
tion. C'est ainsi que se termina la dé- 
faite des Midianites, que, depuis cette 
époque, nous ne voyons plus reparaître 
sur la scène. 

La victoire remportée par Gédéon 
avait excité l'enthousiasme et l'admi- 
ration à tel point qu'une partie du 
peuple offrit à ce héros la souveraineté 
héréditaire, et c'est ici pour la première 
fois que nous voyons germer parmi 
les Hébreux , instruits par les adver- 
sités, l'idée d'un gouvernement fixe 
3ui eût assez de force pour prévenir 
e nouveaux désastres. Mais Gédéon 
sentitprobablementquel'espritd'unité 
ne pénétrait pas encore toutes les 
tribus, et que, en acceptant la cou- 
ronne de la main d'un parti , il ne fe- 
rait qu'augmenter la désunion et le 
désordre; il refusa donc, en disant : 
«« Ni moi ni mon fils, ne dominerons sur 
vous ; que Jéhova domine sur vous. » 
Ce fut peut-être avec de bonnes in- 
tentions, et pour faire revivre par son 
influence personnelle le culte de Jé- 
hova, qu'il établit dans Ophra, sa 
ville natale, un brillant Éphod, ou 
oracle, pour lequel il s'était fait livrer 
par ses guerriers une partie de l'or 
provenant du butin. Mais par cet 
attentat flagrant contre la loi de Moïse, 
il établit une nouvelle concurrence 
1res dangereuse pour le sanctuaire de 
Siloh, le seul autorisé par la loi. 
L'oracle d'Ophra eut une très-grande 
vogue , et Gédéon , rentré en appa- 
rence dans la vie privée, exerçait 
peut-être par son Éphod une influence 
bien plus grande que celle que lui 
aurait donnée la souveraineté. Il vécut 
encore quarante ans, pendant lesquels 
aucun ennemi ne vint inquiéter les 
Hébreux. 

Gédéon, qui avait épousé plusieurs 
femmes, laissa soixante-dix fils légiti- 
mes , et , en outre , une concubine 



qu'il avait eueàSichem, lui avait donné 
un fils, nommé Abimélech. Il paraît 
qu'après la mort de Gédéon , ses nom- 
breux fils manifestèrent des projets 
ambitieux*, Abimélech, le plus per- 
vers et en même temps le plus ambi- 
tieux de tous, se rendit à Sichem, 
où i , par l'influence de la famille de sa 
mère, il sut se créer un parti. « Ne 
vaudrait-il pas mieux pour vous, fit-il 
dire aux habitants de Sichem , d'être 
gouvernés par un seul homme, que 
de l'être par soixante-dix? souvenez- 
vous que je suis votre proche parent. » 
Les Sichémites , disposés en sa faveur, 
lui donnèrent soixante-dix pièces d'ar- 
gent prises dans le trésor du temple de 
Baal-Berith, dieu phénicien , qui avait 
trouvé alors de nombreux adorateurs 
parmi les Hébreux r . Abimélech solda 
des vagabonds avec lesquels il se ren- 
dit à Ophra ; il fit massacrer tous ses 
frères, à l'exception de Jothâm , le 
plus jeune, qui s'était caché. Après ce 
forfait inouï il retourna à Sichem , où 
il fut reconnu roi. Son frère Jotham 
eut le courage de se présenter sur le 
montGarizîmduhautduquel il adressa 
aux Sichémites le discours suivant : 

« Écoutez-moi, habitants deSichem, 
« et Dieu vous écoutera : Les arbres 
« allèrent un jour élire un roi, et, s'a- 
« dressant à l'olivier, ils lui dirent: 
« Règne sur nous; mais l'olivier leur 
« répondit : Renoncerai-je à mon huile 
« par laquelle on honore Dieu et les 
« nommes, pour aller planer sur les 
« arbres ? — Et les arbres dirent au fi- 
« guier: Viens, règne sur nous; mais 
« lefiguierleurrépondit .-Renoncerai- 
« je à ma douceur et à mon bon fruit, 
« pour aller planer sur les arbres? — 
« Et les arbres dirent à la vigne : 
« Viens, règne sur nous ; mais la vigne 
« leur répondit : Renoncerai-je à mon 
« moût qui réjouit Dieu et les nom- 
« mes, pour aller planer sur les ar- 
« bres? — Alors tous les arbres di- 
« rent au buisson épineux : Viens, 
a toi, règne sur nous. Et le buisson 
« épineux répondit.aux arbres : Si c'est 
« avec sincérité que vous voulez 

* Voy. ci-dessus, page 89. 



n$ 



L'UNIVEKS. 



«. m'oindre pour être votre roi, venez 
« vous abriter sous mon ombre; si- 
« non, un feu sortira du buisson épi- 
« neux et dévorera les cèdres du Li- 
« ban. — Ainsi donc, si vous avez 
« agi avec sincérité et intégrité en pre- 
« nant Abimélech pour roi; si c'a été 
« pour vous montrer reconnaissants 
« envers Jérubbaal et sa famille —et 
« certes, il n'en est pas ainsi, puisque 
« vous avez fait massacrer tous ses 
« fils , et que vous avez pris pour roi 

« le fils de sa servante Si donc, dis- 

« je, vous avez agi avec sincérité , ré- 
« jouissez-vous d' Abimélech et qu'il 
« se réjouisse de vous ; sinon, qu'un 
« feu sorte d'Abimélech et dévore les 
« habitants de Sichem et de Beth- 
« Millo r , et qu'un feu sorte de 
« ceux-ci et dévore Abimélech. » 

Après avoir prononcé ce discours, 
Jothâm s'enfuit hors des limites du 
petit royaume, et le bras d'Abimé- 
lech ne put l'atteindre. Après trois ans 
la prédiction de Jothâm s'accomplit. 
Les Sichémites, mécontents d'Abi- 
mélech, profitèrent un jour de son 
absence pour se déclarer indépen- 
dants : durant les fêtes des vendan- 
ges, un certain Gaal ameuta le peuple 
contre le gouvernement d'Abimélech. 
Zébul, gouverneur de Sichem, fit pré- 
venir le roi, qui accourutavec des trou- 
pes. Gaal étant sorti au-devant de lui 
avec les autres rebelles fut battu et mis 
en fuite. La ville, prise le lendemain, 
fut détruite de fond en comble ; Abi- 
mélech lit mettre le feu à la tour du 
temple de Baal-Berith, où les princi- 
paux de la ville s'étaient réfugiés; en- 
viron mille personnes, hommes et fem- 
mes, y perdirent la vie. La ville de Thé- 
bès a , ayant pris part à la révolte 
des Sichémites , eut le même sort que 
Sichem. Les habitants se réfugièrent 
dans le fort, et Abimélech s'en étant 
approché pour y faire mettre le feu , 
une femme lui jeta une meule sur la 

1 Nom d'an bourg dans les environs de Si- 
hem. 

2 Cette ville était située , selon Eusèbe et 
saint Jérôme, à treize milles romains de Si- 
chem, sur le chemin de Beth-Seàn ou Scy- 
thopolis. 



tête et lui brisa le crâne. Abimélech, 
mortellement blessé, ordonna à son 
écuyer de le tuer sur-le-champ , afin 
qu'on ne pût pas dire qu'il avait été 
tué par une femme. Ses troupes se 
dispersèrent aussitôt et la guerre fut 
finie. Telle fut la fin d'Abimélech et du 
royaume de Sichem, qui n'avait eu 
qu'une très-petite étendue; il paraît 
que la grande majorité des Hébreux 
était restée indépendante, et n'avait 
pris aucune part dans les querelles 
d'Abimélech. 

Nous trouvons ensuite un Schophêt; 
nommé Thola, de la tribu d'Isachar 1 ; 
il résidait à Schamir, sur la montagne 
d'Éphraïm, où il mourut après avoir 
gouverné vingt-trois ans. Le livre des 
Juges (10,1) nous dit qu'il secourut 
Israël; mais nous ne savons pas dans 
quelle occasion. Après lui Jaïr, de Gi- 
lead, fut revêtu de la dignité de Scho- 
phêt; nous ne savons rien de lui, si 
ce n'est qu'il eut trente fils qui occu- 
paient trente localités , appelées villa- 
ges de Jaïr, et qui montaient autant 
d'ânes de luxe. Jaïr mourut après 
avoir gouverné vingt-deux ans , et il 
fut enterré àKamôn, dans la Pérée. 

Près d'un siècle s'était écoulé de- 
puis l'éclatante victoire de Gédéon 
qui avait laissé sans doute une pro- 
fonde impression dans l'esprit des 
peuples voisins; mais ni Gédéon, ni 
ses successeurs, n'avaient rien fait 
pour constituer les Hébreux en corps 
de nation, pour rétablir le culte natio- 
nal et pour prévenir de nouvelles inva- 
sions. L'idolâtrie se répandit de plus 
en plus; on consacrait un culte à une 
foule de divinités païennes; Jéhova 
seul restait oublié. De nouveaux en- 
nemis s'élevèrent contre les Hébreux ; 
la puissante tribu de Juda, qui jusque- 
là paraît être restée en dehors de 
toutes les luttes, commença elle-même 
à être inquiétée par de dangereux voi- 
sins ; car les Philistins étaient devenus 
de plus en plus forts, et ils prêtèrent la 
main aux Ammonites qui recommen- 
cèrent à faire valoir d'anciens griefs 

• Ce juge manque dans Josèphe, probable 
ment par une inadvertance des copistes. 



PALESTINE. 



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